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mercredi 18 juin 2008

Boulevard Durand de Armand Salacrou

Connaissez-vous le boulevard Durand, au Havre ? Connaissez vous Jules Durand ? La plupart d’entre nous répondront non, car cet homme et son histoire sont aujourd’hui fort peu connus.
Celle-ci a pourtant été comparée à « l’affaire Dreyfus du milieu ouvrier portuaire » et fait encore figure de référence dans de nombreuses mémoires politiques ou syndicalistes. Elle se tint au Havre, au début du XXe siècle, fit parler d’elle en France et sur d’autres continents, où des grèves se déclenchèrent en masse. Elle provoqua la plume de Jean Jaurès ou d’Anatole France, et de bien d’autres encore, à une époque où la révolution russe n’avait pas encore eu lieu et où l’affaire Dreyfus semblait si proche. Alors, de quelle histoire s’agit-il ? Jules Durand travaillait parmi les charbonniers du port, ces autres «gueules noires », qu’on appelle ainsi non parce qu’elles descendent au fond d’une mine, mais parce qu’elles descendent à fond de cale, à charger ou décharger du charbon jour et nuit, sans repos, si bien que tout est noir, chez elles : la face, la peau, les habits, les poumons. Il avait les « yeux ouverts et ne pouvait plus les fermer», conscient des inégalités économiques, sociales et culturelles entre les différents acteurs du milieu portuaire : les armateurs, affrêteurs, négociants d’un côté, les ouvriers de l’autre. Tous avaient en commun de vivre par et pour le port, mais de façon si différente….Alors Jules Durand choisit de mener un combat militant (Ligue des Droits de l’Homme, alors si « peu correcte ») et syndical : il devint le responsable de son syndicat, déclencha une grève des charbonniers. Chose banale, de nos jours, me direz-vous. La suite des événements l’est moins, vous le saurez en lisant l’ouvrage d’A. Salacrou. Armand Salacrou avait vingt ans de moins que Jules Durand. Pourquoi eut-il besoin –il le dit ainsi- d’écrire cette histoire ? Il avait dix ans lorsque la vie de Jules Durand prit un tour dramatique et publique. Ses parents suivirent de près cette histoire –ils habitaient en face de la prison du Havre- et sa perception du bien et du mal, de la justice et l’injustice se construisit à l’aune de « l’affaire Jules Durand ». Cette pièce, écrite à l’âge mûr, est comme son ultime message : partager avec le plus grand nombre possible ce qui fut si essentiel à sa vie et à son être. Elle se lit comme un roman : les faits s’enchaînent dans une logique tout aussi implacable qu’incroyable ; les personnages (réels pour la plupart) sont touchants, fascinants, y compris ceux par qui le drame arrive ; les thèmes abordés, universels : l’injustice, l’arbitraire, la bêtise, la méchanceté, la « lutte des classes », la misère humaine, le progrès technique et son impact sur le travail, l’engagement pour défendre un monde meilleur… On pense à Zola, à tant d’autres : cette œuvre d’Armand Salacrou mériterait sans nul doute d’être rejouée, tant pour sa valeur intrinsèque que pour la permanence des thèmes évoqués. Il a choisi de dessiner quatorze tableaux, comme un peintre réaliste : le décor, les éclairages, les enchaînements sont décrits, et cela permet d’imaginer encore plus aisément le travail de la troupe d’acteurs qui la créa, en 1961 au Havre. Quelques lettres de Jules Durand figurent en fin d’ouvrage, comme pour confirmer que cette histoire ne fut pas un cauchemar mais bien réelle. Pour aller plus loin, encore, dans la connaissance de cette affaire Durand, et relire ensuite la pièce d’Armand Salacrou, on pourra lire un ouvrage très récent : « Les quais de la colère » de Philippe Huet.
Sylvaine DEKESTER

jeudi 6 décembre 2007

La lionne du boulevard d' Alexandra Lapierre

Un beau matin de mars 1842, la jeune Céleste Vainart se fait renvoyer de son emploi de couturière. Elle se met alors en tête de sortir de la vie de misère qui lui est promise. Aussi lorsque deux ans plus tard, elle se fait une renommée comme danseuse de polka et devient la fameuse « Céleste mandragore », elle croit avoir atteint son but. Seulement dans ce milieu, les choses peuvent être très éphémères et la chute ne s’en trouver que plus dure…
« La lionne du boulevard » nous raconte l’histoire d’une petite grisette de Paris qui cherche à s’élever au dessus de sa condition dans le milieu du XIXe siècle. A travers sa vie, c’est toute une époque que l’on découvre : une époque agitée politiquement (révolution de 1848, puis le deuxième empire, puis la guerre de 1870 contre les prussiens…), une époque riche pour les arts (sculpture, peinture, littérature…), une époque impitoyable pour ceux qui sont dans la misère et où les mœurs sont quelques peu dissolus, les grandes courtisanes faisant la pluie et le beau temps. Dans un style limpide et simple, l’auteur nous fait partager la solitude, les doutes, les craintes, les souffrances, les maladresses ainsi que la stratégie du personnage principal dont les sentiments sont parfaitement analysés. On se surprend même parfois à lui donner des conseils de prudence devant son courage excessif ou son orgueil mal placé…Ce que j’ai trouvé de particulièrement réussi, c’est de raconter cette vie sans prendre parti , sans excuser les côtés dérangeants utilisés pour arriver au but recherché… « Jamais plus, je ne serais celle que le monde rejette… ». Cette phrase, la jeune Céleste en fait sa devise et grâce à une volonté implacable arrive à se sortir d’une situation bien compromise. Mais à quel prix ? N’a-t-elle pas perdue de son humanité ? On ne peut s’empêcher de se poser la question à la fin de la lecture...N’est elle pas allée trop loin ? Le jeu en valait il vraiment la chandelle ? Il n’empêche que j’ai beaucoup aimé ce roman, parce que je l’ai trouvé dépaysant, enrichissant, remarquablement documenté et très bien écrit : on a envie de rire dans les moments gais et de pleurer dans les moments tristes… De plus, notre héroïne côtoie des personnages hauts en couleurs tels Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Charles Baudelaire…en nous faisant connaître d’eux des aspects plutôt sympathiques, amusants, voire surprenants… Mené tambour battant, ce roman est vraiment une réussite dans le genre, même si on ressent un sentiment de tristesse à la fin… Nicole VOUGNY

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