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jeudi 28 octobre 2010

Enfances de Françoise Dolto



Françoise Marette, surnommée Vava, nait en 1908. Elle est rapidement confrontée à l’incompréhension entre adultes et enfants. Vava trouve rigolo, elle, de sauter dans des flaques d’eau, et magique de se laisser envelopper par la fumée d’un train à vapeur qui passe. En prenant au pied de la lettre des expressions, elle se retrouve punie pour son insolence. Pourtant, « Elle est bête, la dame, elle est bête ! », pourquoi vient-elle chercher chez Vava ce mari « perdu » à la guerre ? Alors qu’elle n’a que 12 ans, sa mère la culpabilise pour ne pas avoir su prier efficacement afin de sauver sa sœur aînée morte d’un cancer. A 25 ans, Vava garde toujours la naïveté de son enfance. Et se fiancer ne signifie rien de plus pour elle que d’avoir l’autorisation de continuer à voir ce jeune homme qu’elle apprécie amicalement pour son intelligence et sa culture. Mais là encore les adultes ne l’entendent pas ainsi. C’est à devenir dingue…
Françoise Dolto était psychanalyste. C’est son implication dans « la cause des enfants » qui l’a rendu très populaire à partir de la fin des années 60. Elle retrace dans ce livre des épisodes de son enfance et de sa vie de jeune adulte qui ont forgé sa personnalité, et l’ont conduite à faire ce choix. Cet ouvrage n’est pas une autobiographie à proprement parlé, mais un dialogue entre elle et sa fille Catherine. Cette dernière pose des questions courtes auxquelles Françoise répond longuement. Le lecteur est partagé entre la drôlerie engendrée par la candeur de Vava, et une certaine tristesse devant les « histoires d’éducation (…) qui compliquent la vie des enfants qui pourrait être si tranquille ». Catherine s’intéresse au contexte de l’époque (la guerre, les mentalités…), ce qui a bien sur son importance dans le déroulement des faits. Quelques photos de famille viennent compléter cette conversation.
J’ai trouvé ce livre passionnant. Françoise Dolto répond en toute sincérité aux questions qui lui sont posées. Elle était sans doute une petite fille précoce donc un peu hors normes, et  les mentalités ont évolué depuis. Mais nous avons tous vécu dans notre enfance et adolescence des situations de malaise engendrées pas la maladresse des adultes… que nous reproduisons avec nos propres enfants ! Découvrir les 25 premières années de la vie de Françoise Dolto permet aussi de voir comment est née sa vocation. Ce qui est également très intéressant.

Sophie HERAULT

lundi 25 février 2008

Enfance de Françoise Dolto

Enfances : pourquoi « enfances » au pluriel ? C’est ce que vous découvrirez en lisant cet ouvrage autobiographique de Françoise DOLTO. Vous ne lirez pas un écrit sous forme de mémoires, longuement revues, rédigées, corrigées, mais des réponses aux questions de sa fille, Catherine DOLTO-TOLICH, psychanalyste des enfants, elle aussi. Ce dialogue (courtes questions/longues réponses) entre mère et fille, entre psychanalystes dévouées à la cause des enfants, peut être lu de différentes manières : Témoignage historique et sociologique de ce que pouvait être l’enfance et l’adolescence d’une petite fille née dans une famille bourgeoise, en 1908. Sur ce plan, l’on trouve des correspondances avec les « mémoires d’une jeune fille rangée », de Simone de Beauvoir, née, elle aussi, en 1908 dans une famille bourgeoise. Témoignage de l’émancipation d’un individu par rapport à ce qui le « formatait » (statut social, rôle, devoirs et charges incombant à une jeune fille de cette classe) : là encore, on trouve de nombreuses correspondances avec les « mémoires… » de S. de Beauvoir : comment se construit un individu -une femme en l’occurrence- en rupture avec son milieu, sa classe jusqu’à occuper un rôle unique et novateur dans son domaine (pour l’une, la psychanalyse, pour l’autre, la philosophie), à la première place. Témoignage et reconstitution de la naissance d’une vocation et de ses futurs concepts : pas à pas, Françoise DOLTO nous livre tout ce qui l’a portée de manière résolue et déterminée vers la cause des enfants. Un premier constat, souvent éprouvé depuis sa petite enfance : les adultes méconnaissaient de manière parfois sidérante les enfants ; c’est ce qui a forgé sa volonté de devenir « médecin d’éducation ». Autre constat : les enfants somatisaient par rapport à leur entourage (exemples de ses frères). Enfin, par les liens très forts qui l’ont unis à son plus jeune frère, l’importance de toujours répondre à un enfant, y compris que l’on ne sait pas ; l’importance de ces échanges avec un individu en construction (les enfants ont longtemps été considérés comme des « sous-adultes », et non des adultes en devenir, des individus à part entière. A partir de son enfance, vous comprendrez son intérêt jamais démenti, au point qu’elle a construit sa vie autour de cela : les « enfances ».
Sylvaine DEKESTER

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