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dimanche 3 janvier 2010

L'homme des jeux de Iain M. Banks

Jernau Morat Gurgeh est un joueur-de-jeux exceptionnel : Quel que soit le jeu fondé sur la stratégie ou le calcul, il domine ses adversaires. Mais dans la Culture, cette vaste société galactique pacifique et anarchiste, il s'ennuie et manque de nouveaux défis pour donner un sens à son existence. La mystérieuse section Contact, spécialiste de l'évaluation des civilisations étrangères, lui apprend alors l'existence d'un jeu merveilleusement complexe : Le jeu d'Azad est la clé de voûte de l'empire d'Azad, déterminant la place de chacun dans la société ; au plus haut niveau, il décide également du prétendant au trône. Moitié captivé, moitié contraint, Gurgeh accepte d'apprendre le jeu et de traverser la galaxie pour participer à un tournoi quinquennal où il représentera la Culture.
Le livre démarre doucement, présentant le héros et son cadre de vie. Mais passé le premier tiers du roman, dès que Gurgeh arrive dans l'Empire, tout s'accélère. Il joue à l'Azad bien sûr, mais se rend également compte que la section Contact se joue de lui (sans jeu de mots !). Surtout il découvre une société nouvelle, qui a des valeurs très différentes des siennes. Ceci nous permet de découvrir non seulement l'Empire, mais aussi la Culture, qui sont deux sociétés complètement opposées. L'Empire est agressif, très hiérarchisé et exploite à outrance les classes inférieures. La Culture elle est très avancée techniquement et socialement : La notion de propriété n'existe plus, les gens peuvent changer de sexe à volonté et les Intelligences Artificielles ont le statut de personnes. Clin d'oeil humoristique, les noms de vaisseaux – qu'ils choisissent eux-mêmes en fonction de leur personnalité - sont particulièrement cocasses : "Mais oui, je t'aime !" ou "Veuillez consulter la notice" par exemple.
Le style est très plaisant : un vocabulaire simple, beaucoup de dialogues, des paragraphes courts. Le lecteur n'est pas enseveli dans de complexes explications  sur les deux univers opposés ; au contraire, l'auteur nous immerge dedans au travers des aventures du héros, et on ne s'ennuie pas une seconde à le suivre dans ses pérégrinations. L'aspect humoristique est assuré par le compagnon de voyage du héros, le drone Flère-Imsaho : Râleur et agaçant, il agace Gurgeh mais divertit le lecteur !
Ce roman, qui fait partie du célèbre cycle de la Culture imaginé par Iain M. Banks, vous fera donc passer un moment tout  à la fois agréable et intéressant, et fait certainement partie de la bibliothèque de SF idéale.

Marie-Soleil WIENIN

mardi 22 décembre 2009

L'homme et le sacré de Roger Caillois


Avec cet ouvrage, le sociologue Roger Caillois a tenté de comprendre la signification du sacré en comparant les sociétés archaïques et les sociétés développées.
À la fin de son livre il analyse ainsi ce qui relève du sacré, « qui donne la vie et la ravit » comme il l’annonce sur le quatrième de couverture, dans la fête et dans la guerre (pp.215-224). Nous découvrons alors les mêmes principes de transgression des règles, d’abolition des interdits et d’énergie destructrice dans les deux situations qui auraient pour fonction de renforcer les structures sociales existantes.
Ce livre, qui se situe à la frontière entre la philosophie et la sociologie, est un des livres incontournables de tous les étudiants en sciences humaines et sociales et permet de se familiariser avec un sujet difficile, analysé de manière méthodique, tout en découvrant, au fil des pages, un sujet présenté sous des angles très variés.

Pierre SECOLIER

jeudi 26 novembre 2009

Le vieil homme et la mer de Ernest Hemingway

Santiago le vieux pêcheur tente sa chance en haute mer, après quatre-vingt quatre jours de pêche bredouille. Manolin, un enfant à qui il a appris l'art de la pêche depuis l'âge de cinq ans, est très attaché au vieux. Entre eux s'est instauré un lien indéfectible de confiance, d'affection et de soutien mutuel. Le père de Manolin veut que son fils aille avec des pêcheurs plus chanceux.
La mort dans l'âme l'enfant obéit, mais sa liaison avec le vieux ne faiblit pas, bien au contraire.
Santiago d'une extrême pauvreté n'a presque rien a manger sans le produit d'une pêche généreuse.
Manolin se charge de lui emmener des plats et lui paie des cafés quand au petit matin frisquet ils se retrouvent avant le départ de leur journée de pêche. Au cours de son escapade solitaire, la chance met Santiago aux prises avec un énorme espadon que lui et sa frêle embarcation ont du mal à maîtriser. Ils se trouvent emportés vers un destin où le hasard confronté aux contingences de la mer se joue de leurs désirs.
Présentés comme cela les faits sont simples, mais l'auteur amène une dimension supplémentaire.
Le pêcheur vit un combat titanesque. C'est David contre Goliath. Pour se donner du courage il imagine son héros préféré de Base-ball : Di Maggio. Qu'aurait-il fait en pareille situation ?
Aurait-il capitulé ? Et ce poisson qui se bat pour sa vie, n'est-il pas lui-même digne de respect ?
Le corps du pêcheur lutte, mais son esprit libre gamberge. Doué d'une force peu commune dont il a donné la preuve dans sa jeunesse, Santiago fait corps avec sa ligne. Il est tout entier fondu dans ce câble où le sort va choisir vers quelle extrémité se diriger pour prolonger la vie et donner la victoire : l'homme ou le poisson.
Ce roman de 1952 d'Ernest Hemingway, est très renommé puisqu'il a fait l'objet d'un film en 1958 avec Spencer Tracy. De son titre original "The Old Man and the Sea" avec une traduction en français par Jean Dutourd, malgré le temps, il garde toute sa force. C'est le combat d'un homme seul contre les éléments naturels. C'est aussi un défi contre la malchance et pour la survie. L'auteur a su de manière simple et évocatrice mettre le lecteur dans la peau du pêcheur pour qu'il épouse sa cause. La pauvreté de cet homme, son affection réciproque pour l'enfant, son honnêteté, sa grandeur d'âme, sa hauteur de vue, ne manquent pas de le rendre sympathique. On aimerait être du combat, tiré avec lui sur cette ligne, au bout de laquelle la mort et la vie se toisent fièrement.

Frédéric MOLLICA


vendredi 29 mai 2009

Terre des hommes de Antoine De Saint Exupéry

Dans « Terre des hommes » Antoine de Saint-Exupéry commence par nous parler de sa profession d'aviateur pour vols postaux telle qu'elle existait dans les années vingt. A cette époque, la navigation aérienne se faisait à vue. Les voyageurs se repéraient aux paysages. A travers plusieurs anecdotes personnelles ou de ses confrères, Saint-Exupéry nous présente la Terre vue pendant le vol. Entre les repères visuels qui le guident vivent les hommes. Ces hommes, qui peuplent les différentes contrées, l'auteur ne nous les décrit pas comme une masse mais comme un addition d'individus. Chaque individu a sa vérité propre dans sa relation à lui-même et aux autres. Et lors de ses voyages, Antoine de Saint-Exupéry a pu collecter une foule de personnalités. Il y a : le citadin qui prend le bus, l'aviateur explorateur, le colon guerrier du désert, son opposant l'insurgé, l'esclave qui devient affranchi, le combattant espagnol républicain... tous vivent sur cette même planète et portent dans leurs idéaux, leur noblesse. Pour commencer, le lecteur est confronté à l'appréhension du jeune pilote avant son premier vol. Ce sentiment n'est pas dû à l'avion qu'il va piloter ou la ligne qu'il va parcourir, il vient des disparitions de ses collègues plus chevronnés. Juste avant le vol, le débutant est instruit par le pilote aguerri et cette leçon transforme la géographie des cartes en géographie des hommes : les traits sans importance s'effacent et c'est la vie qui s'impose: la ville espagnole de Guadix n'est pas signalée par de grandes lettres couchées au sol mais par des orangers qui bordent un champ, un champ se change en piste d'atterrissage, une petite rivière se révèle être un piège sournois camouflé dans les herbes et un coin raisonnable pour servir de base. Mais quand les limites habituelles sont dépassées et que l'avion se retrouve par dessus l'océan avec une réserve de carburant limitée, alors ce sont les aventuriers qui s'élèvent et qui sont seuls responsables de l'arrivée du courrier à bon port. Cette charge, si importante, s'accompagne d'une mise en jeu encore plus grande : leur propre vie. Saint Exupéry conte des voyages dont l'issue est incertaine : parce que l'aviateur a perdu sa route et s'égare au dessus de l'océan, ou encore parce que le vent a mis l'avion à terre en plein désert. Ce sont tous ces risques qui sont pris pour transmettre des nouvelles d'hommes à d'autres hommes. D'en haut le narrateur voit donc les hommes qui vivent ensemble et passent le temps en fraternisant, en s'aimant et en se combattant. Dans ces différents rapports entre eux, ils apprennent peu à peu, ils se rapprochent de leur propre vérité et si possible vivent leur vocation. Enfin l'auteur nous parle de l'humanité des hommes. Car les hommes ne deviennent humains que quand leur esprit les élèvent et qu'ils se mettent à créer. Ils peuvent créer du savoir, de la musique, des histoires, … Et ce sont ces instants qui les font heureux. Pour finir « Terres des hommes » est un livre qui décrit la réalité au lecteur pour qu'il y trouve les trésors de l'humanité. Les histoires qui y sont contées sont uniques, mais les situations qui y prennent place exacerbent ces trésors. Ceux-ci aideront sans doute un jour les hommes à peupler ensemble leur terre pour qu'elle soit complètement une Terre des hommes. Pris au fil des pages, le lecteur reçoit le message de l'aviateur, sa vision. Dans cette vision du monde, il existe des hommes. Laetitia MENS

vendredi 4 avril 2008

L’homme du labrador de Bernard Clavel

Freddy débarque dans le café des Trois Maries du vieux Lyon. Il cherche Wallace, un américain à qui il manque quelques doigts comme à sa propre main. La serveuse rousse s’interroge face à cet homme beau et mystérieux : « C’est à cause du froid du Labrador ». Et nous voilà entraînés comme Sophie rebaptisée Nelly et les habitués du café, dans le grand Nord où Freddy compte retourner après avoir récupéré la carte de la piste conduisant à la mine d’or. Autour de l’aventurier se pressent des lyonnais ébahis et la rencontre amoureuse entre Nelly et Freddy les conduit rapidement dans la chambre de la serveuse, coup de foudre entre deux êtres trop seuls. Pour le bien de la future expédition et semblant concrétiser un rêve inaccessible de partage et de couple, Nelly sera du voyage pour le Grand Nord. Mais retrouveront-ils Wallace ? Partiront-ils vraiment tous les deux ou n’est-ce qu’une illusion, l’histoire de ces quelques jours et nuits passés à rêver de ce pays lointain, ses fleuves, ses indiens, et son froid mordant… ? Entretenant le suspense avec de brefs rebondissements, des préparatifs et des interrogations, on se prend à croire au bonheur de Nelly et au courage de Freddy tout en redoutant une désillusion possible devant tant de bonheur prévu (le Voyage, l’Aventure, l’Or…). Bernard Clavel décrit avec des phrases brèves et des pointes d’émotions, les bruits des rues et les brouhahas de café, les brumes de la Saône et les pensées de la jeune Nelly. Un petit livre à lire d’un trait pour un voyage rare, un bref passage de vie sur lequel s’ouvre et se referme « la porte du café, celle qui grince lorsqu’on ne la soulève pas, gonflée par l’humidité du temps ». J’ai choisi ce livre de Bernard Clavel, connaissant déjà l’auteur de réputation et d’écriture. Après avoir lu Le Carcajou, ou Les petits bonheurs, j’ai été touchée par son écriture simple et ses récits où la nature et les hommes aux purs instincts prennent toute la place, et avec quelle dimension poétique par les mots de cet auteur jurassien qui nous fait découvrir plus que sa région ! Dès le livre fermé on a envie de se plonger dans un nouveau récit de gens ordinaires, de gens du passé et de les suivre sur les routes, dans leurs maisons ou dans le Grand Nord, sujet de prédilection de Clavel. Un conseil : piocher dans sa longue bibliographie et lisez un de ces morceaux de vie aussi intense qu’un (très) bon film hollywoodien. Fanny JOLIVET

lundi 24 septembre 2007

L'homme qui voulait vivre sa vie de Douglas Kennedy

Ben Bradford vit une vie normale d'avocat aisé : femme qui l'aime, deux enfants, bien que le dernier soit particulièrement difficile à gérer, boulot train train, pas très intéressant mais très bien payé et dont les perspectives d'évolution sont très intéressantes. Matériellement parlant, il a et peut obtenir ce qu'il veut. Mais dans sa tête, Ben est obligé de refouler ses envies, celles notamment de devenir photographe. Oh, il la compense en s'achetant le dernier cri des nouveautés en matière de photographie semi-professionnelle mais il ne s'évade pas. Et il s'en contente. C'est toute la différence.
Jusqu'au jour où, fatalement, tout bascule. Sa femme le trompe et le pire arrive. Il tue l'amant. Son métier et ses connaissances dans le droit vont faire de lui un meurtrier au crime parfait. Il va usurper l'identité de sa victime, salaud notoire. Entre culpabilité, remords, égoïsme ou tout simplement l’envie de vivre non sa propre vie mais celle de l'Autre, il va réaliser son rêve, devenir photographe. Le style de Douglas Kennedy coule, sans fausse note. L'histoire défile, implacable. C'est logique, bien écrit, sans concession. On vit dans la tête du héros, ses moments d'errance, de doute et ses moments de réussite, qu'il a du mal à assumer. Les détails sont omniprésents tant au niveau technique de la photographie que dans les décors, les descriptions de lieu ou de personnes. Les images se forment naturellement dans la tête. Mais lorsque on a lu le dernier mot, il reste comme un manque. Quelque chose que je ne saurai expliquer. On a suivi ses rencontres et tout son chemin de croix pour tenter de se pardonner à lui-même, Mais tout cela est trop. Trop pour un seul homme. On se demande comment quelqu'un peut encore assumer tout ça en existant, coûte que coûte ? Jusqu'à quel point est-on prêt à vivre ? A quel point aussi notre égoïsme peut-il prendre le dessus dans les relations avec les autres ? Le livre provoque, au final, une espèce de malaise. La morale en reste-elle pour autant sauve ? Mais le pari de l'auteur est réussi et le livre interroge. Benjamin DUQUENNE

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