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vendredi 30 octobre 2009

Les racines du mal de Maurice G. Dantec

Andreas Schaltzmann est persuadé que les habitants de Vega ont élu domicile dans son quartier de Vitry Sur Seine et tentent d'infiltrer son esprit. Paranoïaque, sa psychose s'aggravant, il se lance dans une cavalcade meurtrière à travers la France. Lorsqu'il est arrêté, il reconnait ses meurtres mais nie être l'auteur de trois des assassinats qu'on lui impute. Parmi les experts se trouve Antoine Darquandier, cogniticien, père d'une intelligence artificielle appelée neuromachine, capable de comprendre et de simuler les comportements humains. Celle-ci est formelle : Schaltzmann dit la vérité. Mais les autorités tiennent leur coupable, et Antoine est écarté de l'enquête. Cinq ans plus tard, il retrouve Sveltana, psychiatre qui avait travaillé sur cette affaire. Elle lui révèle que ce sont des dizaines de disparitions qui pourraient être liées aux fameux trois assassinats. A l'aide de sa machine, qu'il n'a cessé de perfectionner, Antoine se penche à nouveau sur ces meurtres, sans se douter de l'horreur de ce qu'il va découvrir...

Présentant le récit des évènements par Darquandier, dans un style direct, agréable et aéré, ce gros roman est un étonnant mélange de polar, science fiction, considérations philosophiques, religieuses, quantiques... Ces digressions sont parfois difficiles à comprendre, et un peu indigestes car elles alourdissent le récit et ralentissent l'action. Malgré tout, elles sont intéressantes parce qu'elles présentent une thèse qui donne tout son sens au livre. En gros, l'homme serait naturellement enclin à la prédation, au meurtre et à la violence, et ce n'est qu'en s'attaquant aux racines du Mal que la société pourrait se sauver elle-même. Que l'on soit d'accord ou pas, il reste un roman transgenre au suspense haletant, qu'on ne peut pas lâcher.

J'ai beaucoup aimé ce livre, et si je ne suis pas fan de science-fiction, cet aspect du roman ne m'a pas gênée : cela permet d'aborder des questions passionnantes, comme notre peur face aux technologies, l'intelligence artificielle, ou ce qui fait l'essence de l'Homme et de sa conscience. J'ai été déstabilisée par les diverses théories qui se mêlent au récit, et qui m'ont parfois semblé tenir un peu du salmigondis... J'ai également trouvé certains passages très violents, presque "gore". Néanmoins, il y a quelque chose de fascinant dans ce roman : est-ce l'histoire prenante, la forme originale, les thèmes qui sont abordés, le style d'écriture ? Je suis en tous cas contente de m'être forgé ma propre opinion sur ce livre dont j'avais tellement entendu parler - autant en bien qu'en mal !

Fanny LOMBARD

vendredi 9 novembre 2007

Les racines du mal de Maurice Dantec

Si l’on se fie à la quatrième de couverture, on s’attend à une énième histoire de tueur en série. Or il s’agit là d’une histoire à la frontière entre le roman noir, l’anticipation et le fantastique, dans une ambiance satanico-millénariste de fin de XXe siècle. L’auteur, dans ses remerciements, évoque ses « délires ». On n’en est pas loin, au sens médical du terme.
Le résumé est simple pour un livre qui n’en finit pas. Il débute par la course folle et meurtrière d’un tueur en série qui rate son suicide et se fait mettre sur le dos des crimes supplémentaires atroces qu’il ne peut pas avoir commis. Un groupe de trois chercheurs, spécialistes en psychologie, neurosciences, informatique et autres, dont le narrateur Arthur Darquandier, va essayer de comprendre ses mobiles. Ils sont rapidement convaincus qu’il y a au moins un autre tueur, à l’encontre de la thèse officielle qui arrange la hiérarchie policière, ce qui leur vaut d’être écartés de l’affaire. C’est là que l’on rentre dans le fumeux, il ne faut pas hésiter à le dire. Darquandier, sur une période de plusieurs années, va traquer les autres tueurs par internet grâce à un ordinateur intelligent, une « neuromatrice » qui rappelle Carl dans « 2001 Odyssée de l’espace », en beaucoup plus performant, mais cette fois au service du bien, ou presque…. Jusqu’à un dénouement surprenant, à l’aube de l’an 2000. Voilà l’histoire. Dans ce pavé de plus de six cents pages serrées, on est frappé par une diarrhée verbale truffée de références éclectiques. Les incessantes réflexions du narrateur mêlent en vrac des notions philosophiques mal assimilées, des pseudo-notions de psychiatrie, de neurobiologie, de criminologie, de religion. On a du mal à y trouver une cohérence. Mais le pire est que l’auteur semble fasciné par l’atroce. Il s’ingénie à décrire de multiples mises à mort plus horribles les unes que les autres. C’est morbide, dérangeant, inutile. On espère alors un peu de douceur dans une relation qui se noue avec Svetlana, la collaboratrice de Darquandiier. Mais rien, pas un seul sentiment. Ce livre est d’ailleurs dépourvu de toute expression crédible de sentiment. Le mot qui revient le plus souvent est « chaos ». Faut-il y voir ce qui se passe dans la tête de Maurice G. Dantec, que la photo montre caché derrière des lunettes de soleil ? Chaos et délire sont des mots qui vont bien ensemble, après tout…
Philippe Duchesne

mardi 12 juin 2007

Les racines du ciel de Romain Gary

Sorti vivant d’un camp de concentration, Morel se retrouve en Afrique, au Tchad plus précisément en territoire Oulé et veut arrêter les massacres des éléphants pour sauvegarder la faune africaine. Une fois le combat enclenché contre les braconniers de toutes sortes, Morel se voit dans l’obligation pour continuer son noble combat de s’associer avec Waitari. Waitari, qui a fait ses études en France est un nationaliste « africain », ex député français, qui veut se servir de la lutte de Morel pour se faire connaître aux yeux de l’opinion mondiale. A cela viennent se greffer des personnages qui rejoindront Morel, tels que : •Minna, serveuse allemande au bar « le Tchadien » de Fort-Lamy, qui a réussi à se sortir du Berlin en ruine de la 2nde guerre •Abe Fields, photographe américain, dont la famille a été gazée à Auschwitz, •Peter Qvist, naturaliste danois qui a participé à différents mouvements humanitaires, •Forsythe, militaire américain, qui a dénoncé l’utilisation d’armes bactériologiques durant la guerre de Corée. Mais Morel et ses compagnons sortiront-ils vivants d’un combat « écologique » face au nationalisme africain qui se lève ? J’ai trouvé ce livre plaisant à lire car il parle d’un sujet grave et toujours d’actualité hélas la destruction de la savane. Les pages où l’auteur nous décrit la variété des paysages, de la faune les us et coutumes des Africains sont particulièrement intéressantes pour comprendre ce que l’humanité pourrait perdre de son patrimoine. Par ailleurs, les descriptions des massacres d’éléphants m’ont semblé le triste reflet d’une hallucinante réalité. J’ai apprécié dans ce drame le fait que l’Afrique soit défendue par des Européens et que les Africains optent pour une européanisation de leur continent. De plus cette façon narrative de Romain Gary de passer du présent au passé donne le tournis mais ne fait perdre ni la réalité, ni le fil des événements et ajoute un plaisir supplémentaire à la lecture de ce livre. Ce qui m'a touché dans ce roman c'est cette identification de Morel au monde des pachydermes et cette envie d'aller de l'avant en sachant que le prix à payer est sa vie comme toute personne qui privilégie un combat idéologique. Ce livre entraîne le lecteur vers une réflexion qui va bien plus loin que la mort des éléphants. Romain Gary nous montre que l'homme de par sa cupidité peut provoquer l'extinction d'une race (dans ce cas animal) sans remords d'aucune sorte. En interchangeant les animaux par des êtres humains nous voyons apparaître en filigrane le mot génocide. Edouard RODRIGUEZ

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