La petite Sylvie, huit ans, vit avec ses grands-parents qui possèdent un commerce de matériaux de construction, charbons et cokes en gros, la Maison Lesoyeux. Sa mère, retenue à Paris par son travail de secrétaire médicale et ses études de perfectionnement, l'a confié à ses beaux-parents. Son père tué en 44 n'est plus pour elle qu'un vague souvenir que seule la photo de sa table de chevet rappelle. Le soir avant de s'endormir elle pense à sa maman, ses gestes d'affection et le surnom de "Viou" qu'elle lui avait donné. Viou est tiraillée entre son grand-père sensible et doux et sa grand-mère austère et pieuse qui la vouvoie. Ses résultats scolaires ne sont pas reluisants, ce qui fait le désespoir de sa grand-mère. La petite fille espiègle et vive cause la joie de son grand-père et
le tourment de sa grand- mère. Elle adule et idolâtre sa maman et souffre d'en être séparée. L'attitude joueuse et désinvolte de la petite Viou, n'est pas sans nous rappeler des situations connues. La banalité de grands-parents élevant leurs petits enfants est grande et ne constitue pas une situation extraordinaire, mais plongée dans des rapports tendus de personnes liées par l'affectif, elle peut amener une dynamique intéressante à suivre. Dans un monde policé de vieilles personnes bien établies, une jeune enfant séparée par le sort de ses géniteurs peut apparaître comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. On ne peut qu'être attendri par cette enfant victime d'un enchevêtrement de circonstances néfastes. Une fois de plus Henri Troyat nous transporte dans un univers humain, balisé, accessible à nos sens. Pourtant située dans une époque de crise et de privation, c'est avec un rythme bon enfant que l'auteur nous fait vivre cette histoire qui sous des couverts d'instants de vie simples, cache un petit drame d'enfant. Une occurrence de destin comme beaucoup et finalement peu vivent, car chaque vie est unique et pourtant ressemble aux autres pour l'essentiel de son temps d'existence. C'est avant tout sous le regard innocent et crédule d'une enfant douce et aimante, mais aussi qui se débat contre un monde adulte dirigiste que les événements sont présentés, comme une caméra au ras du sol qui n'accède qu'à un horizon restreint. Regard un peu naïf et édulcoré d'une situation grave qui ballote un être en devenir. Riche d'enseignements, clair d'expression et de simplicité, ce roman peut-être mis entre toutes les mains.
Frédéric MOLLICA
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vendredi 16 octobre 2009
vendredi 7 septembre 2007
La lumière des justes de Henri Troyat
Les compagnons du coquelicot, La barynia, La gloire des vaincus, Les dames de Sibérie, Sophie ou la fin des combats.
Une fois tournée la dernière page du cinquième tome de cette saga, on ressent un grand vide. Déjà fini? Il me semble avoir lu la première ligne hier.
Si Troyat a choisi de faire revivre, à travers cette histoire mouvementée le destin des Décembristes, il n'a pas résisté au plaisir d'y inclure deux personnages fictifs, Sophie et Nicolas dont le destin à tout jamais lié par l'amour va nourrir cette épopée.
Habitée par les idées de la toute récente révolution française, jeudi 1 février 2007
Le vivier de Henri Troyat
Un huis-clos à cinq personnages., une sorte de pièce de théâtre, celui des émotions masquées, des désirs refoulés.
Dans chaque scène un, deux, rarement trois personnes échangent un dialogue décalé, froid, banal pour mieux contenir le torrent de rancoeurs, de calculs et de lâchetés qui les rongent.
Et puis tout à coup, l'explosion, la fureur des non-dits qui submerge, ravage, détruit. L'irrémédiable des mots prononcés a lieu et, s'il laisse place à nouveau au calme, l'équilibre de la relation dominant-dominé est rompu. Un transfert s'opère alors entre les acteurs de ce vivieret
cette vieille femme qui tyrannisait une aussi vieille fille soumise jusqu'à la veulerie, se retrouve prise au piège, totalement dépendante de ses sentiments envers un jeune homme oisif, falot et sans volonté.
Quelle précision met Henri Troyat à décrire par le menu la nature des émotions qui envahissent tour à tour ses personnages et les manifestations physiques qu'elles engendrent! un raffinement de détails nous transporte dans le cœur même de chacun d'eux.
Sans qu'il n'en soit jamais prononcé le nom, c'est bien de souffrance dont il s'agit, celle de ces êtres que leur univers étriqué oblige à concentrer sur un seul individu toute la violence de leurs sentiments.
Aucun d'entre eux n'est vraiment sympathique, pas même la bonne muette qui fait les frais des caprices de ses patrons. Pourtant on se surprend à éprouver pour chacun de la compassion: allons, soyons honnête, qui n'a jamais fomenté de plan plus ou moins scabreux envers un de ses congénères pour parvenir à ses fins?! Qui n'a jamais tenté de manipuler l'autre? Le talent de Troyat à démontrer la complexité de ces comportements nous rendrait presque indulgent envers nous-même face à ce terrible constat!
Florence TOUZET
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