Voilà quatre mois que Cristian Kustermann, fils d'une richissime famille germano-chilienne de droite, a été abattu, dans la pizzeria de Renaca dont il était propriétaire depuis son retour d'Allemagne, quelques années auparavant. Si la police a privilégié la thèse d'un braquage ayant mal tourné, aucun suspect n'a été arrêté. Son père demande alors à Cayetano Brulé, détective privé cubain exilé au Chili, de reprendre l'enquête. Très vite, celui-ci comprend que la victime a été exécutée. Ecartant la thèse de la police, il suit celle d'une vengeance, d'un règlement de compte entre trafiquants de drogue... avant d'apprendre que le jeune homme avait bénéficié, pour son retour au Chili, du programme de protection des opposants d'extrême-gauche. Plus
étrange encore : il avait apparemment passé plusieurs années hors d'Allemagne, sans que personne ne sache où il était. Brulé doit donc remonter la piste depuis Bonn pour retrouver la trace de cet homme dont il est bien difficile de cerner les idées politiques... Et l'enquête s'annonce plus délicate et complexe que prévu.
Ce roman se lit rapidement : le style est fluide, la langue simple mais agréable, et l'alternance entre récit et dialogues rend l'écriture vivante. C'est une investigation classique : le détective interroge les témoins, déroule les fils de l'enquête, active ses réseaux d'informateurs... Mais la particularité de ce roman tient au cadre - entre Chili, Allemagne et Cuba - et aux thèmes que cela permet d'aborder, qu'il s'agisse du poids des extrémismes politiques, de la lutte des classes, des mouvements révolutionnaires, de l'exil, de l'identité latino-américaine... Sans oublier les personnages, tous bien campés mais éclipsés par le sympathique Cayétano Brulé, détective haut en couleurs, plutôt pauvre mais d'une certaine classe, plein de malice, qui résout ses enquêtes avec tact, intelligence et un grand sens moral.
Fidèle lectrice des enquêtes de Cayétano Brulé, je me suis régalée avec ce premier roman mettant en scène le détective. Ce n'est cependant pas le meilleur à mon avis, et certains passages auraient mérité d'être développés. Néanmoins, si l'intrigue est un peu légère, les thèmes sous-tendant le récit, pour délicats et sensibles qu'ils soient, sont abordés avec finesse par l'auteur, qui ne tombe jamais dans le prosélytisme. S'il affirme ses opinions, il permet surtout d'entrevoir en arrière-plan une réalité sociale et politique certes simplifiée, mais pas pour autant simpliste, et donc plus compréhensible. C'est un aspect que j'ai trouvé très intéressant, et ce dans tous les romans de la série.
Fanny LOMBARD
jeudi 27 août 2009
mardi 25 août 2009
Le voyage du père de Bernard Clavel
L’histoire se passe au début des années 60. Nous sommes en hiver, perdus dans un petit hameau du Jura.
Le père, Quantin, la mère, Isabelle, et leur fille, Denise, préparent les fêtes de Noël en attendant fébrilement Marie-Louise, l’aînée qui est montée à Lyon depuis quelques années pour se faire une situation dans le monde de la coiffure. Isabelle est admirative face à l’ambition de sa fille aînée et de son désir de ne pas rester prisonnière d’une vie qu’elle juge médiocre, au pays. Denise attend cette sœur prodige avec l’impatience d’une petite fille qui espère rencontrer une princesse de conte de fées. Même l’instituteur du village se languit de la visite de sa bien aimée. Quantin,
lui, attend sa fille sereinement avec l’assurance tranquille du paysan maître de ses terres, de ses bêtes, en harmonie avec le temps qui passe, imperméable aux accès de mauvaise humeur de sa femme, sensible à la simplicité de Denise et complice des sentiments de l’instituteur. Cette quiétude est brutalement mise à terre par l’arrivée d’un courrier provenant de Lyon. Marie-Louise ne peut pas venir pour les fêtes, son emploi la retient en ville.
Toutes les frustrations semblent alors éclater. La panique et l’amertume s’empare des personnages, Isabelle somme Quantin d’aller chercher Marie-Louise et de la ramener à la maison pour les fêtes.
Le père entame alors un voyage qui lui ôtera tous ses repères, toute la maîtrise qu’il pensait avoir sur sa vie et celle des siens, ses certitudes réduites à néant.
On pourrait presque voir dans ce roman l’antagonisme entre la nature et la culture. Clavel nous embarque dans une errance. Ici, la quête d’un père pour retrouver sa fille devient une descente aux enfers au fur et à mesure que l’on avance dans le roman.
Clavel met de la force dans le personnage de Quantin qui reste debout pour aller jusqu’au bout tout en sachant préserver les siens. Il affronte seul les manques qu’il a eu en tant que père.
Les descriptions de Clavel sont nettes, précises, colorées. Ce grand voyageur sait de quoi il parle, il s’attache à décrire les lieux parce qu’il les connaît, il s’attache également à décrire les personnages, leur façon d’être, leur peur, parce qu’il semble les connaître aussi.
Christine BENASSAYA
jeudi 20 août 2009
Le long crépuscule de Keith J. Laumer
Une nouvelle centrale expérimentale de télétransmission d’énergie vient d’être lancée. Parallèlement, une gigantesque tornade défiant toutes les données météorologiques connues se forme au dessus de l’océan. Mais personne ne fait le lien immédiatement. Personne, hormis deux « hommes » singuliers. Deux extra-terrestres coincés sur Terre depuis douze siècles, deux frères d’arme devenus ennemis mortels qui se sont opposés régulièrement au fil des âges et vont le faire une nouvelle fois...
Voilà un livre très prenant. L’auteur ne nous décrit jamais les sentiments des personnages, mais bien que pour leur entourage ils
semblent des hommes froids et mystérieux, on s’attache tout de suite à eux et on les comprend. Physiquement, ce sont des surhommes, immortels et dotés d’une grande force physique, mais tous deux s’attachent à ne jamais blesser le peuple de leur terre d’adoption, s’attirant la loyauté de ceux qui les côtoient.
Le livre alterne les passages relatant les péripéties des deux personnages avec des flash-back du passé. Grayle/Thor, emprisonné dans un pénitencier fédéral depuis la Guerre de Sécession, décide soudain de s’évader et sera poursuivi par les autorités. Falconer/Loki, vieil homme fatigué, retrouve soudain une nouvelle jeunesse et se lance dans un voyage au Nord, empruntant des routes voisines de celles de son ancien compatriote. On devine bien vite l’existence d’un troisième paramètre dans l’équation, mais celui-ci ne sera révélé que lors du final, où va se jouer le sort de la Terre et où les énigmes seront résolues. En attendant, pour nous tenir en haleine, l’auteur nous dilue à petite dose les éléments permettant de comprendre comment les deux extra-terrestres sont devenus ennemis et comment ils ont vécu et se sont affrontés depuis leur arrivée sur la Terre.
Le livre ne manque pas d’action : Les voyages des deux hommes ne seront pas de tout repos. Mais ce qui est surtout intéressant, c’est de découvrir comment on est arrivés dans cette situation et comment elle va enfin être résolue, ce qui va advenir des deux hommes engagés dans une lutte éternelle qui semble leur peser autant à tous deux, car ils étaient amis autrefois. L’atmosphère est prenante, la catastrophe étant imminente. Le style est fluide et les événements s’enchaînent parfaitement, nous entraînant avec eux vers une fin très belle. Un sans faute !
Marie-Soleil WIENIN
mercredi 19 août 2009
Le pavillon d'or de Yukio Mishima
Mizoguchi, bègue, vit chez son oncle à Yasuoka pour des raisons scolaires.
A l’école son bégaiement lui vaut d’être la raillerie des autres.
Son père est bonze dans un temple dont il dispose les droits.
Sentant son mal de poitrine faire des progrès effrayants, le père décide d’emmener Mizoguchi dans la région de Kyoto pour visiter un temple du 14ème siècle, le Pavillon d’Or, et d’autre part le présenter à son ami le Prieur Tayama Dôsen.
A brûle pour point, Mizoguchi est déçu par le temple car d’après les descriptions faites jadis il s’attendait à plus de beauté. Par contre Dôsen promet de s’occuper de Mizoguchi au décès de son père.
De retour à Yasuoka deux événements vont survenir dans la vie de Mizoguchi. Primo,il comprend que la beauté Pavillon d’Or est visible quant il est considéré dans son ensemble et, secundo son père meurt d’une hémorragie.
Selon les dernières volontés de son père, Mizoguchi entre comme novice au temple du Pavillon d’Or. Durant cette période, il se fera un ami : Tsurukawa qui ne se moque pas de son défaut de prononciation. Mizoguchi voit se développer en lui beaucoup d’interrogations sur la beauté et assiste au Temple à une scène étrange entre un jeune officier et une belle jeune femme.
Quand sa mère lui annonce qu’elle a tout vendu même les droits du Temple de son père, Mizoguchi n’a plus qu’un objectif devenir Prieur du Pavillon d’Or. En d’autres terme devenir le successeur Prieur Tayama Dôsen.
En 1947, Mizoguchi rentre à l’Université et se lie d’amitié avec Kashiwagi qui a les pieds bots. Chemin faisant, Tsurukawa décède, la belle jeune femme du Temple réapparaît, le Prieur traîne avec une geisha et tout cela amène Mizoguchi à se poser des questions sur la vie du Temple et sur son utilité, sur la beauté des choses et des êtres.
Jai énormément apprécié les descriptions simples et réalistes de la campagne japonaise, de la forêt et de la mer. Les us et coutumes de la cérémonie religieuse de l’enterrement sont des découvertes intéressantes pour qui comme moi ne les connaît pas.
Les passages dédiés au Pavillon d’Or, lieu central du livre y sont saisissants. Le Pavillon d’Or y est décrit dans les moindres détails, à différentes saisons, de nuit comme de jour, avec des touristes mais aussi dans son côté le plus tranquille. J’ai trouvé parfois que tant de détails alourdissaient le livre.
J’ai beaucoup aimé les expressions « oubli dans le sommeil », « ouverture de la règle », « session du gruau de riz » et d’autres encore qui correspondent toutes à un moment de la journée du moine.
Un paradoxe saute aux yeux du lecteur, ce livre évoque beaucoup la beauté au travers de l’architecture, de la musique, des fleurs alors que l’auteur a voulu que deux des principaux personnages ne soient pas beaux et atteints de problème (bégaiement pour l’un et pieds bots pour l’autre). A méditer également les deux petits passages sur le comportement imbécile des Américains pendant leur occupation du Japon.
Edouard RODRIGUEZ
lundi 17 août 2009
Garce d'étoile. Sur les chemins de Compostelle de Hervé Bellec
Dans ce récit, Hervé Bellec nous invite à le suivre sur le chemin de Compostelle, au départ de Brest. Il quitte ainsi, par un beau matin d’août, son bar de la place Guérin, pour ce rite initiatique. Sans trop savoir pourquoi… Avec pour compagnons son bâton de pèlerin, en orme de l’Aber Wrac’h, s’il vous plaît, sculpté par son copain Marcel, son short en jean et ses baskets sur coussin d’air.
Il va nous livrer en toute sincérité un fabuleux journal de bord retraçant ses pérégrinations le
long de la côte atlantique, puis à travers les Pyrénées et le nord de l’Espagne. Au programme, rencontres hétéroclites, endroits fantastiques, idées noires et pensées joyeuses. Un jour le moral est dans les baskets, qui n’ont plus leur éclat du premier jour, le lendemain il frôle la transe. Toute la gamme des émotions va y passer. Pour notre plus grand bonheur.
Hervé Bellec est un poète moderne. À la fois naïf et tranchant, terriblement drôle et profondément émouvant, pétri d’autodérision, son style ne laisse pas indifférent. Cet auteur viscéralement attaché à sa terre, à ses racines, aime la Bretagne, et la raconte si bien. Celle de son enfance près de Rostrenen, celle de sa jeunesse dans les années 70, celle des réalités des années 80. On se délecte de ses expressions typiques des lieux et des époques. Véritable puits de savoir, il ponctue ses récits d’anecdotes truculentes.
Et il s’intéresse à l’humanité, ainsi qu’à ses travers, qu’il souligne avec un réalisme bouleversant.
Bien plus profond qu’un simple récit de voyage, cet ouvrage est un vrai régal, que je ne saurais que conseiller aux amateurs de découverte, d’émotion, d’humour, de Bretagne, et à tous les autres !
Delphine HAMON
lundi 10 août 2009
La pêche à la truite en Amérique de Richard Brautigan
La pêche de la truite en Amérique ne ressemble à aucun autre livre. Il est étrange, farfelu, déconcertant. Ni cannes, ni moulinets, ni asticots, il n’est pas question ici des usages et pratiques de l’art de la pêche, ni en Amérique ni ailleurs. Cet ouvrage se définit d’abord facilement par ce qu’il n’est pas.
Composé d’une cinquantaine de textes courts, il ressemble à un recueil de textes en prose ou de nouvelles. On ne saurait trancher. Aucune logique habituelle, aucun schéma narratif usuel ne semble le gouverner. Rien n’est fait pour apaiser un lecteur trop pressé d’étiqueter l’ouvrage.
Pourtant la magie opère instantanément. Le lecteur est emporté par le style naïf, sans aucune complexité, sans esbroufe, d’où naît une poésie à nulle autre pareille. L’écriture est basée sur la simplicité : des phrases courtes, des dialogues de la vie de tous les jours retranscrits tels quels. L’œuvre est pourtant déconcertante, tellement éloignée du sens commun et de la raison usuelle. Richard Brautigan est maître de la métaphore incongrue et des comparaisons désarçonnantes.
Au gré de son humeur, il brinquebale avec lui le lecteur dans les bars ou sur la route, au pied des statues ou dans un magasin de bricolage. Son capharnaüm artistique est plein d’histoires abracadabrantes, d’amour, de douleur et de tendresse, de solitude ou plus simplement d’anecdotes de la vie courante.
Avec Sucre de pastèque, le lecteur croit se retrouver en pays connu. Il y a bel et bien une histoire, un début et une fin, un déroulement. Mais là aussi, Richard Brautigan mène la danse pour notre plus grand plaisir. La fantaisie est au rendez-vous.
Jacky GLOGUEN
Voir la fiche complète de ce livre sur Bibliopoche
lundi 3 août 2009
Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe
Charlotte Simmons est une célébrité dans sa ville de Sparta en Caroline du Nord. Ses exceptionnelles capacités intellectuelles lui permettent en effet d’intégrer la prestigieuse université Dupont. Elle va enfin pouvoir s’adonner à sa passion des études sans honte. Enfin c’est du moins ce qu’elle croit. Parce qu’elle va vite s’apercevoir que dans cette université l’alcool, le sexe et les fêtes ont une place bien plus importante dans l’esprit des étudiants que les études.
Pas facile d’être différent et surtout de l’assumer. Même pour une jeune fille aussi volontaire et déterminée que Charlotte Simmons! Dès son arrivée à l’université, elle constate qu’elle dénote complètement des autres étudiants de par ses origines provinciales (elle vient d’un coin perdu dans les montagnes), son milieu social (modeste voire pauvre) et sa conception de la vie (elle est complètement innocente des choses du sexe et ne peut admettre que l’on puisse se laisser aller à
boire de l’alcool au point de ne plus savoir ce que l’on fait). Du coup, elle se retrouve seule et a beaucoup de mal à l’accepter. Pourtant quelques étudiants sont comme elle mais leur amitié ne lui suffit pas : il lui faut la reconnaissance des gens « cool » qui sont « la référence » du campus. Il va sans dire qu’elle rêve aussi de clouer le bec à ceux qui se moquent d’elle, persuadée qu’elle est de pouvoir être acceptée malgré sa différence. Alors quand l’occasion se présente, peut-elle vraiment résister ? Mais n’est ce pas un peu jouer avec le feu? Même si les faits racontés peuvent paraître parfois un peu caricaturaux, cette envie de se fondre dans la masse est très réaliste, mais le constat est effrayant : un individu brillant a vite fait de devenir quelconque. Et tout cela pour que le regard des autres change et qu’il soit reconnu socialement…Cela mérite réflexion…
En tout cas le personnage de Charlotte ne nous laisse pas indifférent, nous touchant mais aussi nous agaçant par sa naïveté, son orgueil mal placé. Avec beaucoup de talent l’auteur s’est attaché à nous faire partager les pensées intimes des autres personnes qui gravitent autour d’elle nous permettant ainsi de mieux comprendre leur comportement, ce que j’ai trouvé très intéressant et instructif. Nous avons ainsi un aperçu non seulement des sentiments de différents types d’étudiants mais aussi du système universitaire dans son ensemble avec ses excès, ses préjugés, ses dangers et les conséquences de tout cela sur l’avenir de chacun.
Grâce à un style fluide, y compris dans les passages où l’auteur s’amuse à nous parler « patois fuck » (quand on pense qu’il a plus de soixante quinze ans !), on se laisse emporter par ce roman de plus de mille pages sans même s’en rendre compte. En conclusion, je me suis régalée de cette peinture au vitriol de la société américaine au ton acide et un tantinet provocateur.
Nicole Vougny
vendredi 17 juillet 2009
Les métiers de la sociologie de Alexandrine Civard
La question centrale du livre est posée par l’auteur en ces termes : Peut-on faire de la sociologie un métier ? La réponse est claire : oui.
Pour savoir comment faire, Alexandrine Civard a enquêté pour savoir de quelle manière s’opérait le recrutement des sociologues en herbe.
Elle explique ainsi qu’il existe de multiples voies au-delà du monde de la recherche scientifique. Les entreprises ont également besoin des spécialistes en sciences humaines et sociales qui peuvent apporter un regard neuf et neutre, tout en ayant une rigueur et une méthodologie spécifique à leur discipline.
C’est cette expertise que les jeunes diplômés doivent aujourd’hui valoriser pour conduire des enquêtes dans un monde en perpétuelle mutation.
Le travail du sociologue consiste à se poser des questions sur la société qui l'entoure et à essayer d'y répondre en dépassant les idées préconçues. C’est une sorte d’enquêteur qui cherche à comprendre le fonctionnement de la société en essayant de trouver des informations, des indices auprès des individus, des collectivités ou de certains groupes sociaux pour résoudre une problématique qu’il a choisie ou pour répondre à des commandes des pouvoirs publics.
Dans son ouvrage, Alexandrine Civard propose quelques sujets qui intéressent les sociologues: les tagueurs, Les banlieues, l’immigration, l’alcoolisme, la publicité, les stades de foot, etc. Elle nous explique ensuite le parcours des « têtes chercheuses » de l’enseignement et de la recherche ainsi que les débouchés dans le monde de l’entreprise.
Même si le livre est d’une lecture facile et que les informations sont très intéressantes (elles sont une bonne base pour une recherche d’emploi) ce livre a été publié en 1993 et doit être complété par la lecture d’autres revues et/ou ouvrages plus récents. Cette constatation est d’autant plus vraie que les réformes s’accumulent et ne cessent de bousculer les parcours universitaires. Cela ne concerne pas les débouchés au sein des entreprises et des collectivités locales qui ont régulièrement besoin de chargés d’études.
En conclusion, cet ouvrage, qui concerne les étudiants de sociologie qui sont en passe de terminer leurs études, est un premier contact avec le monde du travail mais nécessite de se tenir au courant des évolutions incessantes des filières au sein de l’Education Nationale.
Pierre SECOLIER
La valse aux adieux de Milan Kundera
Après une nuit d’amour, Ruzena ,infirmière dans un centre thermal situé dans une ville d’eaux à quelques heures de Prague, tombe enceinte du célèbre trompettiste Klima qui y donnait un concert.
Une fois averti, Klima sous un faux prétexte laisse sa femme Kamila à Prague et va à la rencontre de Ruzena. Chemin faisant il décide de rendre visite à un riche ami américain Mr Bertlef qui séjourne dans la ville d’eau. Celui-ci lui propose de rencontrer le Docteur Skreta, amateur de batterie à ses heures perdues, qui préside la commission des avortements.
Skreta « bon prince », se propose de faire le nécessaire pour convaincre la commission mais en
contre partie il veut organiser un concert à trois et Klima serait le trompettiste. Ce dernier accepte bien entendu.
Alors qu’il tente et réussit de persuader Ruzena d’avorter avant de repartir à Prague, Klima est agressé par Frantisek, le petit ami de notre infirmière.
Et voilà qu’apparaît Jakub, ancien détenu politique qui vient dire adieu avant de quitter définitivement son pays au Docteur Skreta ainsi qu’à Olga jeune femme dont il se sent responsable suite à une vieille promesse faite dans sa jeunesse.
Jakub profite de cette visite pour rendre au médecin un comprimé bleu qui n’est rien d’autre qu’un violent poison mais ce –dernier ne le prend pas et le laisse donc à Jakub.
Qu’adviendra t-il de ce comprimé ? Jakub quittera t-il la Tchecoslovaquie en l’esprit tranquille ? En faisant avorter Ruzena, Klima sauvera t-il son couple ?
Ce bon roman de Kundera est très vivant dans sa conception. Il s’étale sur cinq jours et chaque jour qui passe fait se télescoper nos personnages à une vitesse qui ne cesse de croître. Les personnages sont très différents presque à l’opposé les uns des autres, ce qui rend l’histoire drôle mais n’empêche pas une issue tragique.
D’autre part autour d'une histoire truffée d'humour noir Kundera pose des questions existentielles sur la société et la vie bien entendu. De l'adultère à l'avortement, à la procréation en passant par l'amour et la trahison sans oublier le système politique d’un pays communiste avec tout cela Kundera nous pousse d’une manière subtile à nous regarder, nous observer tels que nous sommes avec nos défauts mais aussi nos qualités.
J'ai ressenti un vrai plaisir à lire ce livre qui pour moi nous prouve le talent de cet auteur en alliant comédie et tragédie, légèreté et gravité, détente et réflexion.
Edouard RODRIGUEZ
lundi 13 juillet 2009
Même les cow-girls ont du vague à l’âme de Tom Robbins
Même les cow-girls ont du vague à l’âme est avant tout un grand et magnifique récit excentrique. L’auteur y est omniprésent. Il intervient régulièrement et perturbe sans vergogne le bon déroulement de l’histoire. Il s’amuse à hacher le récit, à le bousculer en faisant fi des procédés littéraires usuels. En ne cessant d’apostropher le lecteur, il le fait rire, car avant tout il
se moque de lui, de nous, de la société et de ses conventions. Tout du long, on rit, parfois on s’esclaffe, mais on garde toujours la bonne humeur qui sied à ce gros roman atypique.
Si le style original bouscule les attentes du lecteur, si le bagout et la faconde de l’auteur l’interpellent, la complexité de l’histoire le fascine. Tout commence avec l’apparition de deux énormes, deux incroyables et gigantesques pouces. Sissy Hankshaw en est dotée et ne pourra rien faire comme tout le monde. Puisque ces deux appendices l’empêchent de se servir d’outils trop compliqués, puisqu’ils l’empêchent d’utiliser les armes, il est naturel qu’elle se fasse avant tout auto-stoppeuse. Elle nous entraîne dans son sillage à la rencontre d’une galerie de personnages tous plus fous et loufoques les uns que les autres. Ils sont nombreux, mais retenons pour exemple ce vieux sorcier indien, ce vieux nigaud, un ermite retiré en haut d’une vieille butte défraîchie, dernier sanctuaire d’une tribu indienne, les Siwash. Il est le gardien des dernières traditions, mais on l’appelle étrangement Le Chinetoque, bien qu’il soit japonais. Il refuse d’être ce que tous veulent qu’il soit, c’est à dire un gourou, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des choses à dire et à faire, en l’occurrence avec la belle Sissy, lui faire longuement l’amour.
Tom Robbins brasse ici merveilleusement toutes les utopies des années soixante. C’est à dire le sexe, la drogue et la philosophie. Rien ni personne n’en sort indemne. Ni la littérature, ni la société américaine, encore moins la contre culture, pas même les grues.
Jacky GLOAGUEN
vendredi 10 juillet 2009
2061 : Odyssée trois de Arthur Charles Clarke
2061 : Odyssée trois est le troisième tome de la série issue du film de Stanley Kubrick, 2001, l’Odyssée de l’espace. Il nous raconte comment, dans le cadre de la conquête de l’espace, le vaisseau Univers va d’abord se poser sur la comète de Halley pour en effectuer des analyses, avant d’être envoyé à la rescousse des passagers du Galaxy, qui s’est échoué sur Europe, l’une des lunes de Jupiter. Seul problème : quelques 50 ans auparavant, un mystérieux message
provenant d’une intelligence extraterrestre avait précisément interdit aux humains de se poser sur Europe, et avait donné un poids considérable à ses menaces en créant un nouveau soleil, Lucifer…
Comme pour les volumes précédents, Arthur Clarke s’est basé sur les dernières avancées en aéronautiques, physique, et autres disciplines pour étayer son histoire et, de fait, on se laisse facilement entraîner dans ses romans. Bien que ce soit de la science-fiction pure, il donne un poids certain à ses affirmations et explique tous les aspects géopolitiques, historiques, scientifiques, etc., qu’il utilise de manière très plausible.
En plus, ce que j’apprécie chez cet auteur, c’est qu’on peut tout à fait lire par exemple ce 3e tome sans relire les deux premiers d’abord, parce qu’il constitue une histoire en lui-même. Il contient évidemment de nombreuses références aux deux premières parties et reste ouvert pour la suite, mais on peut comprendre toute l’histoire sans aucun problème. Et il reste très crédible, sans tomber dans le travers d’autres auteurs de science-fiction qui inventent des mondes trop compliqués ou présentent des inventions scientifiques à dormir debout. Pour moi, il reste donc un incontournable du genre.
Dernière précision : je n’ai pas du tout aimé le film de Kubrick, que j’ai trouvé extrêmement long et lent, alors que je relis toujours avec plaisir les 4 tomes de Clarke…
Anne ALBERT
jeudi 9 juillet 2009
Quatre garçons dans la nuit de Val McDermid
A St Andrews, en Ecosse, une froide nuit de décembre 1978, à quatre heures du matin, quatre jeunes hommes éméchés découvrent le corps de Rosie DUFF, in articulo mortis. Elle a été violée,
poignardée et laissée agonisante dans un antique cimetière celte. Les jeunes hommes alertent immédiatement la police, mais tout les accuse, ils n'échappent pas aux soupçons des enquêteurs, de la presse et de ses articles au vitriol, à la vindicte populaire. Faute de preuves, ils sont laissés en liberté après des interrogatoires éprouvants.
Trente ans plus tard, la police décide de rouvrir le dossier, confortée par les nouvelles possibilités de la recherche médico-légale. L'enquête patauge toujours, l'un des protagonistes décide, malgré les risques, de forcer le destin pour connaître la vérité et confondre le coupable. Le résultat sera saisissant.
La romancière, Val McDermid, ancienne journaliste, nous prend aux tripes par sa maîtrise des arcanes de l'âme et de l'esprit, des multiples connexions de la chair et du sang. Elle traite sa matière dans toute son ampleur et sa profondeur, psychologique et sociologique. Cette auteure est vraiment impressionnante, il n'est pas possible de passer à côté. Personne n'est vraiment innocent, chacun a ses préjugés, ses forces et ses faiblesses. Elle décrit avec science et subtilité les tourments de la psyché au moyen d'un camaïeu qui s'étale du gris anthracite au gris clair. Val McDermid domine son sujet, à lire absolument.
Gwenael CONAN
mercredi 8 juillet 2009
Le testament français de Andreï Makine
Dans un petit bourg nommé Saranza figé à la bordure des steppes, Aliocha et sa sœur, passent leurs vacances d’été année après année chez leur grand-mère Charlotte née en France, et ils en profitent pour parler français entre- eux.
Alors qu’Aliocha fouille une vieille valise il découvre des photos de famille et de vieux magazines français. Dès lors il se crée une nation : la France-Atlantide.
Cette valise, va pousser Aliocha à nous faire découvrir la vie de Charlotte , fille d’Albertine Lemonnier . En Juillet 1914, alors qu’elle est âgée de onze ans Charlotte est envoyée en France chez sa tante qui habite Neuilly-sur-Seine. En 1921, elle revient en Russie et retrouve sa mère.
Après le décès de cette-dernière, elle se marie mais déjà arrive la seconde guerre mondiale et les déplacements de population.
Après la guerre, Aliocha perd ses parents et s’en va vivre chez une tante. Là, il découvrira que Charlotte fut victime d’un viol en Asie Centrale durant la guerre.
Grandissant dans cette Russie qui est devenue l’Union Soviétique, il va découvrir l’amour, l’amitié et s’éloigner de sa grand –mère.
Un jour il part pour la France mais reverra t-il Charlotte vivante ?
Que lui réserve la vingtaine de pages écrites par Charlotte et remise par Val Grig ? Et si Aliocha était un enfant né du système tortionnaire stalinien ?
J’ai trouvé ce livre très beau car l’amour, la tendresse qui lient Aliocha à sa grand-mère sont présents en permanence et on constate également qu’en grandissant Aliocha s’émancipe mais revient toujours vers Charlotte.
Un point surprenant dans ce roman consiste en ce que l’auteur évoque ses parents durant quelques pages à peine mais une profusion de détails lui reviennent en mémoire dès qu’il parle de ses grand- parents et ses arrière-grands- parents.
J’ai fortement apprécié cette confrontation pacifiste entre les cultures française et russe ainsi que ce va et vient dans le temps. On passe de l’inauguration du pont Alexandre III à la seconde guerre au Président Faure puis on repart vers l’Union Soviétique de Staline ce qui donne une impression de mouvement perpétuel.
Pour finir je voudrais signaler la fluidité d’écriture de l’auteur qui rend ce livre agréable à lire, à aucun moment je ne me suis ennuyé et ce livre relate également la vie d’un adolescent dans l’URSS des années 50 et 60.
Edouard RODRIGUEZ
lundi 6 juillet 2009
le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers
La solitude et la quête de l’amour constituent l’essentiel de ce roman. Les personnages se croisent, se heurtent sans jamais réussir à se libérer du poids du destin. Comme un astre étincelant qui attire tous les autres, il y a Singer, sourd et muet, qui fascine tout le monde autour de lui. Parce qu’il est sourd, parce qu‘il se tait et ne discute jamais, il est par excellence
l’interlocuteur idéal, celui qui comprend. Autour de lui gravitent Jake Blount, Biff le propriétaire du New York Café, l'adolescente Mick et le vieux docteur noir Copland.
Tous vivent pendant les années trente dans la même ville du Sud des Etats Unis. En chacun d'eux, des peines, des douleurs, mais également des rêves. Pour Mick, l'adolescente qui hésite à quitter le monde de l’enfance, celui d'apprendre à jouer de la musique : elle s'est confectionné un violon qu'elle cache sous son lit. Biff passe ses journées et ses nuits à observer ses clients, il traque en eux la part d’humanité qui les rend plus beaux et l’enrichit. Jack que la vie passée a rendu à moitié fou, rêve d'un monde plus juste. Le docteur Copland, victime de harcèlements liés à sa couleur de peau, s’épuise à aider ses frères. Ces personnages se sentent seuls, abandonnés, jusqu'au jour où ils feront la connaissance de John Singer. Sans le vouloir, il attire leur confiance. Mais le silence dans lequel vit Singer n’est pas celui qu’ils croient. Le drame final dénouera tous les liens fictifs ou réels qui les unissent.
Avec ce premier roman, Carson Mc Cullers brosse une véritable galerie de portraits. Chacun des protagonistes est traité dans son entier, mais chaque rencontre vient l’enrichir. Le roman est composé comme une fugue. Seul le personnage de Singer nous est décrit de manière extérieure et objective.
Le lecteur est conquis par le style simple et clair, dépouillé de Carson Mc Cullers. Ici pas d’esbroufe, pas de mots rares, de figures surprenantes, rien de précieux. L’apparente simplicité, l’économie de moyens, participe de la fascination du lecteur pour ce lumineux et beau roman.
Jacky GLOAGUEN
vendredi 3 juillet 2009
Sept jours pour une éternité de Marc Lévy
Dieu et Satan ont conclu un marché fort insensé : ils doivent envoyer chacun de leur côté leur meilleur agent pour un ultime combat du bien contre le mal. Ce combat doit durer sept jours au bout duquel, soit Dieu, soit Satan, prendra le pouvoir absolu pour l'éternité. Ainsi s'achèvera, une fois pour toute, cet affrontement qui a déjà que trop duré.
La scène se déroule à San Francisco. Zofia, l'envoyée de Dieu (on nomme ce dernier « Monsieur » dans le roman), travaille comme agent de sécurité au Quai 80 du port marchand. Tel un vrai ange, elle incarne la bonté même, reste toujours à l'écoute des autres, et est sensible au malheur des gens qui l'entourent. Quant à
la personne envoyée par le Diable (on l'appelle « Président »), il s'agit de Lucas, le démon par excellence, qui nous choque par sa malignité, sa cruauté cynique, ses pensées corrompues. Il n'était pas du tout prévu que ces deux-là se rencontrent. Dieu et Satan ont établi, chacun de leur côté, une stratégie méticuleuse et bien étudiée, seulement, la rencontre de Zofia et Lucas va complètement altérer leur plan…
Marc Levy signe de nouveau un ouvrage dans lequel on retrouve du surnaturel, un couple, des sentiments, de l'amour… Le sujet traité est élémentaire, il est simplement question de la lutte du bien contre le mal, mais en même temps, est original à cause du fait que l'ange et le démon se rencontrent sous forme humaine, respectivement une charmante jeune femme et un beau jeune homme. Que va-t-il se passer ? N'oublions pas que tout oppose ces deux personnages. Un proverbe dit : « qui se ressemble, s’assemble ». Or, tout oppose Zofia et Lucas, tant au niveau de leur personnalité que de leur ambition.
« Sept jours pour une éternité » est un roman très bien écrit, mais en ce qui concerne l'histoire en elle-même, j'ai trouvé qu'elle traîne un peu en longueur, elle a du mal à prendre de l'élan, et par conséquent, elle peut démotiver une lectrice comme moi qui aime que les actions s'enchaînent, que le rythme soit plus rapide. Ceci dit, cela n'enlève en rien l'intérêt du livre en matière d'évènements ou d'intrigues. En tout cas, j'ai bien apprécié les dialogues entre Zofia et Lucas, ainsi que la relation subtile et pénétrante qui s'est installée entre ces deux héros.
J'ai quand même une préférence pour « La prochaine fois » et « Et si c'était vrai », mais cela reste une question de goût tout à fait personnel. J'ai apprécié le roman, mais je ne dirais pas que c’est le meilleur que j'ai pu lire jusqu'à présent.
Ngan Dai BUI
Inscription à :
Articles (Atom)