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lundi 14 décembre 2009

Les flibustiers de la sonore de Michel Le Bris


C'est un roman d'aventures quasi historique qui relate l'épopée des révolutionnaires français de 1848 et  des "bouchers de Cavaignac"rejetés par la France et déçus par elle qui émigrèrent en Californie à partir du Havre ou de Marseille via le Panama (le canal n'était pas encore creusé) jusqu'à San-Francisco, ville dépotoir, le "chancre mou" du 31ème Etat de l'Union. Nos protagonistes y survivent difficilement non sans panache et fortes personnalités: Pindray, Raousset- Boulbon, le Consul Colton, en compagnie de spécimens d'humanité, les"arsouilles et grisettes, grinches, escarpes, goualeux". L'or de la Sierra Nevada a ébloui les quarante-huitards qui pour une chimère sont devenus les "forty-niners" ou mieux les "kezquidiz" comme les surnomment les anglophones qui se gaussent de leur ignorance de l'anglais, mais prêts à tous les sacrifices pour palper le métal précieux et qui vont jusqu'au bout de leur passion. Des tensions surgissent vite entre les Américains, qui n'étaient que cinq cents colons en 1846, contre 10 000 Mexicains et 20 000  Amérindiens et les chercheurs d'or qui viennent de tous les horizons mais  la Californie est américaine depuis le 18 septembre 1850 et le pouvoir fédéral veut mettre au pas les arrivants, les soumettre au tribut sans toutefois éviter les tensions entre communautés et l'inversion du rapport de force. Nos charmants  révolutionnaires idéalistes sentent le vent tourner et quittent une chimère pour une autre. Ils répondent à l'offre de Paredes, le héros du Sonora qui s'était dressé contre le général Bustamante et Mexico. Sous la férule du Comte Raousset-Boulbon, fine gâchette et cavalier émérite; ils partent en expédition pour un nouvel Eldorado et marchent sur ses brisées.
L'histoire est vraiment originale et tient la route. Le début n'évite pas l'effet catalogue mais la force des personnages et leur destin tragique prennent vite le dessus. L'auteur domine de la tête et des épaules sa matière et nous montre qu'il sait décrire la ville et la promiscuité, la misère et la lie de la société comme chez Eugène SUE, avec un vrai amour du peuple et des petites gens, sans escamoter leurs travers humains. Il écrit de très belles pages sur la communion de l'homme et de la nature, c'est beau comme du Jim HARRISON et du Fenimore COOPER. Il sait prendre son temps pour planter le décor et dépeindre les personnages comme il sait accélérer le rythme et insérer de la tension dramatique, des scènes de western ou de batailles , il est tout aussi à l'aise à décrire la sensibilité féminine et l'innocence qu'à sculpter des hommes bruts de décoffrage et à relater des scènes triviales(Je pense aussi à ORO de Cyzia ZYKE). La palette de son talent est plus que riche.
J'ai adoré son bouquin et j'aimerais lire les autres.

Gwenaël CONAN

vendredi 2 octobre 2009

Le rêve de Saxe de Michel Chaillou

Le rêve de Saxe n’est pas un roman comme les autres. Peut être est-ce une rêverie, un bavardage… Un homme parle. Est-ce Michel Chaillou ou un autre, un double ou bien un personnage imaginaire, professeur comme lui et amateur du XVIIIème siècle. Qu’importe ! Il nous entraîne à sa suite dans les méandres érudits de sa glose. L’homme essaie d’écrire sur l’amour, il mène l’enquête sur l’art d’aimer, les mots d’amour et les tendres aveux. A la vieille Bibliothèque Nationale ou sur les quais, il interroge les livres. Le XVIIIème siècle est son plaisir. Le roman est une belle et longue méditation, entrecoupée des interventions de son épouse, d’un conservateur ou d’un guide, parfois d’une passante ou d’une courtisane de la Cour de Louis XV. Les époques se mêlent, le narrateur s’embrouille. Le passé se raconte au présent et le quotidien s’illumine d’insolite. A-t-on à faire à un vieux fou ou à un merveilleux personnage habité de sa passion. Le savant bavardage est vagabond, volubile. L’homme soliloque, il s’emmêle et se retrouve, il déraille parfois. Il baptise sa femme du nom d’une actrice de l’époque, la Gaussin ; elle entre dans son jeu pour son plus grand plaisir, elle le laisse faire et les voilà transportés tous les deux en d’autres temps. Les épisodes où le passé habite le présent se succèdent. Le maître nageur de son fils, danseur à ses heures, se confond d’ignorance quand le narrateur énumère d’illustres chorégraphes contemporains … de Louis XIV. On sourit avec lui, on n’est pas tous contemporains de la même époque. Michel Chaillou est un maître du maniement de la langue. Son style, son phrasé comme on dit en musique, est unique et enchanteur. Il y a là de fulgurantes beautés. Les idées vagabondent, de nulle part elles arrivent n’importe où. Le rêve de Saxe se lit à haute voix. Il est vivant. Parfois espiègle pour un lecteur attentif. Jacky GLOAGUEN

mercredi 23 septembre 2009

Le Jeu du Monde de Michel Jeury

En ce XXe siècle, la société terrienne est dominée par les diverses formes de jeu, et repose sur un jeu de hasard central : le Jeu du Monde, qui conditionne la fortune et la situation sociale. Bruno Mansa, excellent entraîneur de Jeu Troyen, est très convoité : d'abord par Fêtes & Territoires, société leader des jeux de rôle qui tente désormais de s'imposer sur le marché des jeux d'action, mais aussi par les Iles de l'Espace, qui développent eux aussi cette forme de jeux. Mais voilà que Mansa obtient un score médiocre au Jeu du Monde : Il a tout perdu, il n'a même plus assez de points pour jouer. Le hasard serait-il truqué ? En tout cas, Mansa doit remonter la pente très vite. Quitte à rejoindre l'un de ces groupes, que ses membres appellent association d'entraide, et les autorités des tricheurs... Le roman est raconté à la première personne par Mansa. Mais si le héros est plutôt sympathique et si on suit avec intérêt son parcours du combattant, ses multiples expériences constituent surtout un fil directeur pour découvrir les différentes facettes de cette société future entièrement organisée autour du jeu : la lutte de pouvoir entre les deux principales sociétés de jeux, qui ne reculent devant aucun coup bas ; la manière dont certains manipulent le système pour augmenter leurs chances ; la fièvre du jeu qui s'empare de certaines personnes, les poussant à jouer maladivement quel que soit leur score ; le dédain que les habitants de l'Espace portent à la société terrienne obnubilée par les jeux, sans se rendre compte qu'eux-mêmes sont en passe de suivre cette même voie... C'est vraiment un monde très riche que nous offre ici l'auteur, plus subtil qu'il n'y paraît de prime abord. D'ailleurs, seules certaines formes de jeux nous sont présentées, d'autres étant juste évoquées, laissant travailler l'imagination du lecteur. Le personnage principal passe par des hauts et des bas sans temps morts, enchaînant les péripéties et entraînant le lecteur à sa suite : S'en sortira t'il ou pas... ? Les phrases sont simples et directes, percutantes. Intéressant et distrayant, voilà un agréable roman de science-fiction qui n'a pas pris une ride. Marie-Soleil WIENIN

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