En ce XXe siècle, la société terrienne est dominée par les diverses formes de jeu, et repose sur un jeu de hasard central : le Jeu du Monde, qui conditionne la fortune et la situation sociale. Bruno Mansa, excellent entraîneur de Jeu Troyen, est très convoité : d'abord par Fêtes & Territoires, société leader des jeux de rôle qui tente désormais de s'imposer sur le marché des jeux d'action, mais aussi par les Iles de l'Espace, qui développent eux aussi cette forme de jeux. Mais voilà que Mansa obtient un score médiocre au Jeu du Monde : Il a tout perdu, il n'a même plus assez de points pour jouer. Le hasard serait-il truqué ? En tout cas, Mansa doit remonter la pente très vite. Quitte à rejoindre l'un de ces
groupes, que ses membres appellent association d'entraide, et les autorités des tricheurs...
Le roman est raconté à la première personne par Mansa. Mais si le héros est plutôt sympathique et si on suit avec intérêt son parcours du combattant, ses multiples expériences constituent surtout un fil directeur pour découvrir les différentes facettes de cette société future entièrement organisée autour du jeu : la lutte de pouvoir entre les deux principales sociétés de jeux, qui ne reculent devant aucun coup bas ; la manière dont certains manipulent le système pour augmenter leurs chances ; la fièvre du jeu qui s'empare de certaines personnes, les poussant à jouer maladivement quel que soit leur score ; le dédain que les habitants de l'Espace portent à la société terrienne obnubilée par les jeux, sans se rendre compte qu'eux-mêmes sont en passe de suivre cette même voie... C'est vraiment un monde très riche que nous offre ici l'auteur, plus subtil qu'il n'y paraît de prime abord. D'ailleurs, seules certaines formes de jeux nous sont présentées, d'autres étant juste évoquées, laissant travailler l'imagination du lecteur.
Le personnage principal passe par des hauts et des bas sans temps morts, enchaînant les péripéties et entraînant le lecteur à sa suite : S'en sortira t'il ou pas... ? Les phrases sont simples et directes, percutantes. Intéressant et distrayant, voilà un agréable roman de science-fiction qui n'a pas pris une ride.
Marie-Soleil WIENIN
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mercredi 23 septembre 2009
mardi 20 novembre 2007
L'Impératrice de la soie Tome I - Le Toit du monde de José Freches
Un viol dans un monastère, une concubine de cinquième rang propulsée au rang d'Impératrice, un moine rompu aux arts martiaux affublé d'une mission très délicate, et d'autres situations encore, sans rapport entre elles à priori, vont se rejoindre magistralement dès le début de ce premier tome au style clair, enchaîné, palpitant et de plus très didactique sur le Bouddhisme.
Entre la Chine, l'Inde et le Tibet se trame sous fond de concurrences religieuses pacifiques, un trafic de fabrication de soie clandestine qui s'oppose à la toute puissante Chine impériale. Malgré le monopole exclusif de cette denrée imposé par l'Empire chinois, l'argent généré par son commerce attise les convoitises des différentes obédiences pour servir de moteur à leurs expansions et ainsi chacune espère devenir la religion principale de l'Asie et surtout de la Chine. La technique d'élevage des chenilles du Bombyx, l'exploitation du fil précieux extrait du dévidage des cocons, les procédés de teinture des tissus de soie, sont des secrets qu'il va falloir découvrir au mépris de tous les dangers en défiant les services de polices de l'Empereur au péril de la vie et surtout de la ruine des puissances commanditaires.
Ce premier tome d'une trilogie nous laisse sur notre faim, et un désir irrépressible s'empare de nous de lire la suite. Les personnages bien campés et hauts en couleurs gardent une humanité pleine de sensibilité, de compassion et souvent de cruauté.
Les premiers chapitres dédiés à la mise en scène des différents protagonistes peuvent dérouter une lecture trop linéaire de l'histoire. Ils apparaissent comme les couches successives d'un mille-feuilles aux multiples textures, pour ensuite se fondre les unes dans les autres et fusionner comme les affluents font naître les grands fleuves. L'impératrice de la soie avec ce premier tome : Le Toit du monde, surprend déjà par le nom de l'auteur à consonnance occidentale, et pourtant si on ose sa lecture on est dès le début happé par un fort courant d'aventure et de dépaysement qui transporte aux temps anciens de l'Asie où la route de la soie drainait non seulement cette dernière mais aussi tout un cortège de drames et de bonheurs pour que la cupidité de beaucoup et l'amour de certains s'équilibrent afin que le monde humain perdure toujours et encore.
Wuzaho saura-t-elle à force de séduction amoureuse et de vilenies, parvenir à sa destiné prophétique et remplacer son mari Gaozong, esclave de ses charmes, sur le trône de l'Empire ? Cinq défenses, moine intègre du grand véhicule bouddhique sauvera-t-il les jumeaux célestes qu'un marché de dupe a mis dans ses bras ? L'éléphant blanc sacré est-il mort dans le froid du Tibet abandonné par Bouddhabadra dont le sort final n'a rien d'enviable ?
... et mille autres questions auront-elles leurs réponses dans le second ou le troisième tome ?
A vous de les lire.
Frédéric MOLLICA
mardi 13 février 2007
Le sang du monde de Catherine Clément
Théo, rescapé de la leucémie grâce à un voyage initiatique à travers le monde et ses multiples religions, a maintenant vingt-six ans; Il est médecin humanitaire et écologiste convaincu.
Le mémoire qu'il doit rédiger va servir de prétexte à des rencontres multiples avec des scientifiques touchant à ces différents domaines. Les thèses et les arguments avancés par ces personnages sont tous très riches d'enseignements car sous-tendus par des données vérifiables que l'auteur a récolté auprès d'éminents spécialistes.
Habilement contré dans ses affirmations par sa tante Marthe, Théo va passer du radicalisme qui lui fait préférer la préservation de la Nature avant celle de l'Humain, à une réflexion plus approfondie sur l'équilibre à trouver entre les deux.
Le ton résolument moderne et le langage très actuel qui sous-tend les rapports souvent conflictuels mais toujours tendres des deux héros, rendent ce livre très vivant et très attractif.
Ces sujets brûlants d'actualité sont abordés très complètement, même si l'on repart parfois d'éléments déjà bien connus du grand public. Mais il ne faut pas oublier que cet ouvrage s'adresse en priorité aux jeunes voire aux très jeunes et c'est là son grand mérite.
Les points de vue contradictoires et étayés de données exactes en l'état actuel des connaissances, permet d'enrichir son propre argumentaire dans un sens ou dans l'autre et de savoir encore plus précisément pourquoi et comment il est temps d'agir.
Je ne suis plus jeune et pourtant ce livre comme le précédent "le voyage de Théo" m'a beaucoup intéressé. A mettre donc entre toutes les mains.
Florence TOUZET
mardi 6 février 2007
Le monde du bout du monde de Luis Sepùlveda
L’action se déroule en majeure partie dans les terres et les mers australes de l’extrême Sud chilien. Le narrateur, un journaliste chilien exilé en Allemagne, va devoir mener l’enquête sur le curieux naufrage d’un baleinier japonais au sud de la Patagonie. Celle-ci va alors réveiller en lui des souvenirs d’enfance. C’est ainsi qu’à travers souvenirs et récits, le narrateur va nous embarquer littéralement à la découverte de l’univers réel ou imaginaire des baleiniers d’hier, respectueux de la mer et de la vie en général. Mais son enquête l’amènera surtout à revenir au Chili et à y faire la découverte d’un univers moins rêvé, celui des chasseurs de baleines actuels, contrebandiers bravant les interdits et les écologistes pour parvenir à tout prix et surtout pour le prix à leurs fins.
Cette histoire très courte est subtilement mise en scène sous la forme d’un polar maritime rythmé en trois parties. L’auteur plante d’abord le décor en nous racontant le récit initiatique de sa découverte des baleiniers, qu’il entreprit à l’âge de quinze ans à la suite de sa lecture de « Moby Dick ». Dans une deuxième partie, qui se déroule à Hambourg, on entre en possession de plusieurs indices à propos de ce mystérieux naufrage d’un cargo japonais au sud du Chili. Et enfin la troisième partie est celle des révélations; où l’on suit le narrateur dans sa quête de la vérité et même plus en vérité sur les lieux même du drame.
Avant de lire ce livre, il faut savoir que l’auteur, Luis Sepulveda, est lui-même journaliste et romancier chilien exilé en Allemagne. Cela étant dit, on peut se poser la question que je me suis posée tout au long de ma lecture de savoir si les récits sont tous imaginaires ou réels. Moi j’ai pris mon parti de croire que tout cela est … bien réel.
Si les contes, et plus particulièrement ceux où il est question de baleines, de pirates, de bateaux fantômes car il y en a vous plaisent, je vous invite à plonger dans cette aventure. On est en effet à tout moment entraîné dans une nouvelle histoire, mettant en scène des baleiniers, des Indiens, des marins … et j’en passe.
Pour moi cependant, l’important de ce livre réside ailleurs. Si ce livre invite au voyage, au rêve, il invite aussi à l’action. Dans sa manière de nous faire palpiter aux côtés d’écologistes luttant contre des barbares des mers, ou de nous apporter, par petites touches, une vision des conséquences de l’invasion espagnole sur les Indiens, ce livre a un réel rôle politique et pédagogique. A travers ces récits il nous fait prendre conscience, plus sûrement qu’à travers des démonstrations savantes et scientifiques, de l’importance de lutter pour la vie en général, et plus particulièrement celle des baleines et de l’environnement qui leur est attaché.
Et ce qui est peut être le plus fort du livre est de découvrir des baleines… plus humaines que certains hommes…
Alice JOLIVET
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