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samedi 9 janvier 2010

Une mort dans la famille de James Agee


Le titre Une mort dans la famille résume parfaitement le roman de James Agee. Jay est marié à Mary et ils ont deux enfants, Rufus l’aîné et la petite Catherine. Une nuit, Jay alerté par un coup de téléphone de son frère Raph, se précipite au chevet de son père. Fausse alerte, encore une fois, l’alcool aura brouillé la raison de Raph. Le lendemain sur la route du retour, Jay trouve la mort.
Le roman est découpé en trois parties égales. Elles sectionnent la narration en un avant, pendant et après très chronologique, qui pourraient s’intituler les dernières heures d’une famille américaine, l’annonce de la mort et pour finir les lendemains. Ce traitement très linéaire et classique du récit est pourtant émaillé de quelques retours en arrière qui donnent une dimension supplémentaire à l’histoire.
James Agee est un maître du détail, son regard est avant tout cinématographique. Il s’acharne parfois dans l’accumulation d’impressions visuelles pour faire mieux ressentir le poids des évènements. L’angoisse devient vite palpable. Car James Agee décortique l’avènement de la Mort à travers les quatre membres de la famille, il hisse le lecteur au niveau de chacun d’eux, lui faisant percevoir avec la même clarté son angle d’appréhension de l’événement : la mère bien sûr, mais aussi l’enfant de six ans, Rufus. Même si le reste de la famille, grands parents, oncles et tantes, ne restent pas dans l’ombre, il centre la focale de son regard sur le noyau familial qui explose.
Ce n’est pas pour rien si l’ouvrage débute sous l’égide d’un Charlie Chaplin muet, maître du rire et du drame, maniant toujours l’un et l’autre pour offrir aux spectateurs l’humanité dans son plus beau dénuement.
Par une écriture parfois aux limites du lyrisme, James Agee offre au lecteur le portrait d’êtres vivants en plein désarroi et dans l’ignorance, confrontés à une vie trop difficile et qui pourtant trouvent la force de continuer, chacun avec ses armes, parce qu’il n’est pas possible de faire autrement.

Jacky GLOAGUEN

vendredi 11 décembre 2009

La mort de la terre de Joseph-Henry Rosny Ainé


La Terre, dans une centaine de milliers d'années, est devenue un désert montagneux et aride. L'eau a quasiment disparu, évaporée dans l'espace, absorbée dans les profondeurs de la planète. Les Derniers Hommes, qui ne sont plus que quelques milliers, subsistent dans une poignée d'oasis, à la merci des multiples séismes qui font disparaître les ressources. Le règne humain s'achève, cédant progressivement la place à une nouvelle forme de vie : les Ferromagnétaux, des minéraux indirectement issus des activités humaines et dont la proximité est mortelle à ceux-ci.

La race humaine est résignée. Contre le manque d'eau, la solution employée est l'euthanasie, acceptée par tous avec passivité. Seuls quelques individus espèrent encore et ont foi dans la possibilité de survivre...

Ce court roman a été écrit voilà près d'un siècle, mais il reste terrifiant d'actualité. Parmi les divers scénarios d'extinction de l'Humanité, Rosny Aîné, l'auteur du célèbre "la Guerre du Feu", a choisi d'explorer l'un des plus probables : Une projection visionnaire d'un futur où les Hommes dépérissent par insuffisance de ressources.

Bien que le vocabulaire soit recherché, les phrases sont courtes et simples, touchant directement le lecteur : Un style direct et poignant. Pour augmenter l'aspect science-fictif, l'auteur use de nombreux néologismes, inventant de nouvelles technologies à la disposition des humains du futur. L'emploi du passé (imparfait et passé simple) renforce l'ambiance de disparition du monde tel qu'on le connaît : L'Humanité est passée et révolue ; l'auteur n'emploie le présent que lors de la description des Ferromagnétaux, qui eux représentent l'avenir... Le lecteur ressent parfaitement l'accablement et l'apathie des derniers hommes, las et découragés, qui n'attendent plus rien. Le livre baigne dans une atmosphère tragique et désolante, le tout renforcé par un paysage apocalyptique de désolation.

Tous les événements sont décrits du point de vue du personnage central, Targ le veilleur, qui fait partie des rares qui luttent encore contre la fatalité. C'est aussi à travers ses pensées et souvenirs qu'on découvre comment l'on en est arrivés là. Accompagné de sa soeur et de sa compagne, il se distingue de ses semblables, étant le dernier à éprouver encore des sentiments forts : passion, espérance... Au fil des pages, on le voit lutter inlassablement et héroïquement contre les coups du sort qui s'abattent sans répit sur les hommes.
Un livre très fort.

Marie-Soleil WIENIN

vendredi 17 octobre 2008

La treizième mort du Chevalier de Daniel Picouly

Nous sommes en 1799. Le chevalier de Saint Georges, escrimeur, homme de guerre et musicien mulâtre est atteint d’une maladie qui le fait beaucoup souffrir. Le temps où il était célèbre et riche est désormais révolu. Sans cesse à court d’argent, il doit faire patienter ses créanciers tout en montant un spectacle musical avec des enfants. Or, voila qu’un beau soir le sieur Beaumarchais mourant le mande à son chevet…Ils ont eu des mots autrefois, notamment parce que le Chevalier a dû laisser gagner la chevalière d’Eon lors d’un duel à Londres… Aussi, quand un mystérieux homme arrive pour tuer le célèbre auteur, le chevalier hésite mais défend quand même son ex-ami…Il est vrai qu’en contrepartie il récupère un coffret à secrets et un prospectus pour une représentation théâtrale spéciale qui va lui réserver bien des surprises… Dire que ce livre est seulement un roman cape et d’épée me semble un peu réducteur même si la présentation que j’en ai faite le laisse à penser. Il y a certes de l’aventure, des rebondissements, des duels, des questions d’honneur, de l’amour mais il y a aussi beaucoup de profondeur et d’humanité dans les personnages notamment dans celui de notre héros, le chevalier de Saint Georges, homme vieillissant, luttant contre la maladie mais tombant amoureux tel un jeune homme, d’une jeune fille au parfum envoûtant. La vulnérabilité que lui procure cet émoi, la fraternité et la solidarité qui existe entre les hommes de couleur dans une France encore esclavagiste, donne une dimension supplémentaire au roman. Le rythme du récit est variable en fonction de l’évolution de la souffrance du personnage principal, tantôt en étant vif dans les périodes de rémission tantôt lent lorsque la douleur se manifeste. Nous sommes donc parfois témoins d’états d’âmes tristes : le héros sait qu’il va mourir et il imagine les différentes morts possibles. Et pourtant on n’a pas le sentiment de morbide ni de lugubre pendant la lecture grâce à l’humour et à la dérision de l’écriture. Toutefois certaines tournures de phrases peuvent paraître un peu compliquées, parce qu’on sent que l’auteur a fait le choix d’écrire à la manière des grands feuilletonistes du XIXe siècle. Il en résulte que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, d’autant plus que l’écriture est souvent plus suggestive qu’explicite. Mais cette impression s’atténue rapidement au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire et arrive même à nous charmer. Je ne dirais pas que c’est un roman que l’on dévore mais il est somme toute assez plaisant. Il faut aussi préciser que l’auteur fait intervenir une pléthore de personnages connus comme la reine Marie-Antoinette, le romancier Beaumarchais, Fulton l’inventeur du Nautilus, le chevalier d’Eon et même les Beatles(si si) ! Il est à noter quand même qu’il y a un lien avec un des précédents romans de Daniel Picouly, « l’enfant Léopard » (que j’ai de beaucoup préféré d’ailleurs) mais que les deux romans peuvent se lire séparément.
Nicole VOUGNY

mercredi 7 novembre 2007

La mort pour la mort d'Alexandra Marinina

Tout commence par le dépôt d’une plainte après qu’un garagiste peu scrupuleux ait tenté de faire chanter un modeste couple moscovite en révélant à leur fils qu’il est en fait un enfant adopté. Après l’arrestation du garagiste, le juge Olchanski, en charge du dossier, découvre que ce dernier doit ses informations à un certain Galaktionov, escroc notoire retrouvé récemment mort. Il décide alors de prendre contact avec la brigade criminelle du colonel Gordeïev afin de déterminer l’origine des fuites. Confiée à l’inspecteur Anastasia Kamenskaïa, l’enquête fait rapidement apparaître des connivences entre Galiaktionov, les milieux scientifiques russes et la hausse de la criminalité dans certains quartiers de Moscou…
Si comme moi, vous aimez les romans noirs, alors vous aimerez les livres d’Alexandra Marinina, ancien lieutenant-colonel de la police de Moscou devenue aujourd’hui une véritable îcone dans son pays grâce aux succès des aventures de l’enquêtrice Anastasia Kamenskaïa. Il est vrai que la personnalité de l’héroïne est attachante. Et pourtant, l’auteur n’a pas pris de pincette avec elle : physique quelconque, caractérielle, pleurnicharde ! Mais son intelligence et sa persévérance nous attirent irrémédiablement… comme la plupart des personnages masculins du livre, d’ailleurs. J’ai trouvé toutefois que la mise en place de l’intrigue était lente et complexe ; il est vrai que l’acclimatation aux noms russes des personnages et des lieux est difficile. Mais ensuite, l’histoire monte en puissance et c’est avec plaisir que l’on suit pas à pas l’inspecteur Kamenskaïa dans son combat face à l’institution scientifique russe ! Mais le véritable héros du roman de Marinina, c’est bien l’Etat russe en déliquescence ! Corruptions, traîtrises, chantages et règlements de compte se succèdent sous le regard bienveillant, voir complice, d’une administration russe gangrénée par la Mafia, les nostalgiques du passé communiste et les arrivistes de tout acabit. Dans de telles conditions, bien difficile de rester intègre ! Pierre LUCAS

lundi 1 octobre 2007

Le marchand de mort de C.L Grace

Kathryn Swinbrooke, à la fois médecin et enquêtrice va se voir confrontée d'un côté à un triple meurtre et de l'autre, à celui d'un marchand dans une taverne un peu excentrée de la grande ville de Cantorbéry. Grâce à l'aide de Murtagh, commissaire du roi et devenu son ami, elle va chercher, interroger et remuer ciel et terre pour comprendre l'inexplicable. Le froid, la neige et les témoins pour le moins étranges ne vont pas lui faciliter la tâche rendue ardue par une sorte de mysticisme ambiant qui remonte du vieux vieux temps.
Contrairement à beaucoup d'enquête écrites dans une époque moyennageuse, l'histoire est enlevée et cette double (enquête)énigme permet au livre de ne pas s'enliser dans des mystères profonds où pourraient s'enterrer le lecteur. Les personnages sont décrits de telle manière qu'on a l'impression d'assister à des tableaux. Les scènes défilent sous le paysage enneigé, dans l'ambiance d'une ville cloitrée pour cause de mauvais temps et d'un froid dur. Coutumier de ce genre d'histoire, C.L. Grace - Alias Paul Doherty – n'en est donc pas à son coup d'essai et il poursuit dans ce roman, l'histoire de son docteur favori. On y retrouve une ambiance et des personnages familiers mais qui ont su évoluer au fur et à mesure des romans. Chaque protagoniste vit, dans le présent avec ses secrets et son passé. Ils resurgissent de temps en temps, sans s'imposer ce qui permet de se lier à l'histoire, à mieux l’appréhender. On connaît ou non ce que l'un ou l'autre a vécu mais on comprend comment l'événement qui vient d'arriver peut influer sur les sentiments de chacun. Les relations entre les personnages sont fouillées, suffisamment floues pour nous permettre de les imaginer évoluer comme on aimerait. En bref, j'ai beaucoup aimé et je m'apprête à lire les autres. A lire toutefois avec modération, les enquêtes pêchant un peu par leur simplicité et leur conclusion. Benjamin DUQUENNE

mercredi 26 septembre 2007

La mort à la traîne de Dean Ray Koontz

Philadelphie - San Francisco : un trajet de cinq mille kilomètres en voiture entrepris par Alex, trente ans, et Colin, 11 ans. Le voyage s'annonce long mais agréable car tous deux s'entendent à merveille. Ils sont censés retrouver Courtney, femme d'Alex et soeur de Colin.
Alex est heureux : son couple fonctionne à merveille, sa nouvelle maison est enfin disponible à San Francisco, son métier le passionne, son jeune beau-frère est très agréable et très intelligent. Rien ne peut donc amener nos deux protagonistes à penser au pire, et pourtant...leur voiture est suivie par une camionnette de déménagement, avec un conducteur qui se montre de plus en plus menaçant, et par la suite de plus en plus violent : en effet, celui-ci ne fait rien pour se cacher, et va même jusqu'à attenter à leur vie. Il est difficile d'en dire plus sans dévoiler trop d'éléments clés de ce roman qui est assez court pour être lu en peu de temps. L'auteur réussit à merveille à maintenir le suspense jusqu'à la dernière page, avec un rythme haletant grâce à cette poursuite effrénée à travers les paysages des Etats-Unis. J'ai beaucoup aimé l'impression qui est donnée à la lecture, car il est très facile de se projeter à l'intérieur de la voiture à la place des deux héros, avec le sentiment que les mots défilent aussi rapidement que les kilomètres parcourus. De la même façon, lorsqu'il passe des scènes d'action aux moments de suspense, Dean Koontz parvient à créer une atmosphère très pesante et le lecteur se retrouve au coeur du livre, en ayant le sentiment de regarder un très bon film digne d'Alfred Hitchcock. Une des forces de ce livre est d'ailleurs de ne pas pouvoir le refermer à la fin de chaque chapitre car la cadence imposée par l'auteur est vraiment infernale, et on regrette presque qu'il ne soit pas un peu plus long. Mais Dean Koontz a justement eu, je pense, la sagesse de le terminer rapidement et sobrement, sans fioritures. "La Mort à la traîne", le premier livre que je lis de cet auteur, m'a donné envie de renouveler l'expérience. C'est un roman que j'ai trouvé efficace et qui devrait figurer dans toute bonne bibliothèque de suspense et de terreur. Laurent ENGLE

lundi 21 mai 2007

Vivre avec lamort et les mourants de Elisabeth Kübler-Ross

Un sujet qui n’a pas vraiment de quoi attirer. La raison ? Nous sommes tous mortels mais nous n’aimons pas qu’on nous le rappelle. Le Dr Ross (pas celui d’Urgences qui milite pour sauver le Darfour, où il y a vraiment urgence http://www.sauverledarfour.org/appel.php) est une éminente psychiatre américaine qui a introduit l’accompagnement aux mourants depuis les années 60. Aujourd’hui décédée elle a laissé de nombreux témoignages notamment par ces livres. Comment faire face à la mort de nos proches ? A l’annonce médicale de notre possible mort ? Comment gérer et parler de nos peurs, et à qui les confier pour que l’écoute soit bénéfique ? Ce livre édité au début des années 80 apporte des réponses simples grâce à des personnes variées (familles, personnel médical…) que le Dr Ross nous donne en exemple afin d’apprendre ce qu’ils ont traversé. Dans la deuxième partie écrite par un étudiant, nous découvrons une approche dans l’analyse des dessins (présents dans le livre dans les pages centrales)… ce que l’inconscient nous dévoile par eux. Parfois cela étonne mais dans de graves circonstances on peut considérer que la vérité ne doit pas être loin. Nous suivons ensuite le parcours de Meredith enfant décédée d’une leucémie et de sa mère qui est la voix de la troisième partie. Pour finir un chapitre sur la mort brutale (accidents…), celle qui ne peut pas être préparée donc la plus délicate. Je déconseillerai ce livre aux personnes trop émotives car le vécu de la mort, celle des enfants notamment, par le témoignage des gens qui l’ont approché est parfois bouleversant. On ne peut en effet s’empêcher de mettre en relief les paroles d’Elisabeth Ross et d’envisager le pire pour nous et nos proches. Mais n’est-ce pas un bien ? Cette américaine a fait avancer les choses en matière de thanatologie moderne, du mouvement des soins palliatifs et de l’accompagnement des personnes en deuil (intégration des familles dans le milieu médical) et nous ne pouvons que l’en remercier. Elle nous offre par cet ouvrage simple une réflexion profonde qui parlera à tous, croyant ou non, et nous donne des clefs sur les comportements psychologiques face à la mort. En espérant que cette aide ne soit pas évincée par le tabou collectif de notre société lorsqu’il s’agit de la mort, et de son accompagnement Fanny JOLIVET

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