Jacky GLOAGUEN
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mercredi 17 février 2010
L'innocence de l'âge de Neil Bissoondath
Jacky GLOAGUEN
mercredi 10 février 2010
Un brin de verdure de Barbara Pym
L’histoire se passe dans le Sud Est de l’Angleterre. Emma Howick anthropologue, vient habiter dans la maison de sa mère, située dans un petit village, le temps d’achever son travail de recherches. Pour cela, elle observe les habitants en se mêlant à tous les évènements de ce lieu.
Avec l’humour anglais, mais aussi avec tendresse, l’auteur décrit en détails, les gens, les choses, les évènements, en un mot, la vie de ce village, dans lequel on trouve des pasteurs anglicans, des vieilles filles, des nouveaux venus, des médecins… Mais on découvre aussi, leurs diverses réunions, les brocantes, les traditions du pays et leurs pensées. On y retrouve les mesquineries et les rêves de gens ordinaires, la mentalité d’un petit village anglais des années 60. Sous des apparences paisibles, elle critique la société anglaise de ce temps.
J’ai trouvé le début un peu long, il ne se passe pas grand-chose et j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, mais peu à peu on se familiarise avec les habitants de ce village. J’y ai ressenti une atmosphère étrange, un peu comme un huis clos, bien que l’action se déroule aussi à l’extérieur.
Elle emploie des phrases longues, qui pourraient alourdir le texte, mais elles sont entrecoupées de dialogues. Des répliques directes qui animent l’histoire.
Que va faire Emma à la fin de l’histoire ? A vous de le découvrir dans ce livre qui n’est pas aussi désuet qu’il y parait.
Hélène SALVETAT
Avec l’humour anglais, mais aussi avec tendresse, l’auteur décrit en détails, les gens, les choses, les évènements, en un mot, la vie de ce village, dans lequel on trouve des pasteurs anglicans, des vieilles filles, des nouveaux venus, des médecins… Mais on découvre aussi, leurs diverses réunions, les brocantes, les traditions du pays et leurs pensées. On y retrouve les mesquineries et les rêves de gens ordinaires, la mentalité d’un petit village anglais des années 60. Sous des apparences paisibles, elle critique la société anglaise de ce temps.
J’ai trouvé le début un peu long, il ne se passe pas grand-chose et j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, mais peu à peu on se familiarise avec les habitants de ce village. J’y ai ressenti une atmosphère étrange, un peu comme un huis clos, bien que l’action se déroule aussi à l’extérieur.
Elle emploie des phrases longues, qui pourraient alourdir le texte, mais elles sont entrecoupées de dialogues. Des répliques directes qui animent l’histoire.
Que va faire Emma à la fin de l’histoire ? A vous de le découvrir dans ce livre qui n’est pas aussi désuet qu’il y parait.
Hélène SALVETAT
dimanche 7 février 2010
Danseur de Colum McCann
En 1944 des soldats russes blessés en soin à l’hôpital d’Oufa en Oural sont éblouis par la danse d’un jeune garçon de 6 ans. Pour ce fils du petit peuple, c’est la révélation. Il sera danseur, et ce, malgré les moqueries de ses camarades de classe, les brimades de son père, la peine de sa mère. Ce personnage que nous allons suivre s’appelle Rodolf Nouraiev...danseur universellement connu dont la personnalité fascinante est admirablement mise en valeur dans ce roman de Colum McCann.
Car Danseur n’est pas une biographie comme on pourrait le penser, mais bel et bien un roman à la construction originale et très intéressante. L’auteur a en effet choisi de changer de narrateur très souvent au cours du récit, à tel point qu’on a l’impression qu’il nous lance un défi: deviner qui raconte…Et c’est un jeu prenant et formidable qui nous fait découvrir de superbe manière la vie de ce personnage hors du commun. De plus l’alternance des types de narration donne une dimension supplémentaire au roman. Que ce soit à travers des journaux intimes, des souvenirs de personnes qui l’ont côtoyé ou encore quelques chapitres ne comportant pas de ponctuation et se lisant donc à toute allure en nous laissant un sentiment d’urgence à profiter de la vie pendant qu’il est encore temps, tout contribue à mieux nous faire cerner le personnage. Les passages dans lesquels l’auteur donne la parole à Rodolf Nouraiev sont plein d’émotion parce qu’ils traduisent la blessure profonde de n’avoir pas été compris par les siens, et surtout le remord de leur avoir porté préjudice. Le fait de choisir des voix différentes pour parler de lui nous permet non seulement de découvrir comment il était perçu par les autres et de comprendre sa personnalité, ses comportements exubérants et provocateurs mais aussi d’assister à de véritables tranches de vie, celles des anonymes en Russie sous l’ère de Staline puis de Kroutchev en opposition avec celles des célébrités de le jet-set et leurs scandales dus à l’alcool, à la drogue, au sexe. Ces diverses interventions pas toujours chronologiques donnent au livre une allure de puzzle qui petit à petit se met en place pour arriver à un résultat qui est le reflet de la vie de ce danseur dont le génie, la folie, l’ambiguïté ont marqué son époque.
Sans conteste, ce livre est vraiment un grand moment de littérature à consommer sans modération même si le milieu de la danse n’est pas votre tasse de thé !
Nicole VOUGNY
Car Danseur n’est pas une biographie comme on pourrait le penser, mais bel et bien un roman à la construction originale et très intéressante. L’auteur a en effet choisi de changer de narrateur très souvent au cours du récit, à tel point qu’on a l’impression qu’il nous lance un défi: deviner qui raconte…Et c’est un jeu prenant et formidable qui nous fait découvrir de superbe manière la vie de ce personnage hors du commun. De plus l’alternance des types de narration donne une dimension supplémentaire au roman. Que ce soit à travers des journaux intimes, des souvenirs de personnes qui l’ont côtoyé ou encore quelques chapitres ne comportant pas de ponctuation et se lisant donc à toute allure en nous laissant un sentiment d’urgence à profiter de la vie pendant qu’il est encore temps, tout contribue à mieux nous faire cerner le personnage. Les passages dans lesquels l’auteur donne la parole à Rodolf Nouraiev sont plein d’émotion parce qu’ils traduisent la blessure profonde de n’avoir pas été compris par les siens, et surtout le remord de leur avoir porté préjudice. Le fait de choisir des voix différentes pour parler de lui nous permet non seulement de découvrir comment il était perçu par les autres et de comprendre sa personnalité, ses comportements exubérants et provocateurs mais aussi d’assister à de véritables tranches de vie, celles des anonymes en Russie sous l’ère de Staline puis de Kroutchev en opposition avec celles des célébrités de le jet-set et leurs scandales dus à l’alcool, à la drogue, au sexe. Ces diverses interventions pas toujours chronologiques donnent au livre une allure de puzzle qui petit à petit se met en place pour arriver à un résultat qui est le reflet de la vie de ce danseur dont le génie, la folie, l’ambiguïté ont marqué son époque.
Sans conteste, ce livre est vraiment un grand moment de littérature à consommer sans modération même si le milieu de la danse n’est pas votre tasse de thé !
Nicole VOUGNY
lundi 1 février 2010
Le pavillon rouge de Robert Van Gulik
Je ne suis pas un lecteur assidu de romans policiers, pourtant certains livres comme les Sherlock Holmes m’ont toujours attiré. Ainsi, le Pavillon Rouge de Van Gulik m’a semblé être une alternative intéressante, puisqu’il conte les aventures d‘un juge spécialisé dans la résolution d’énigmes mystérieuses. De plus, le cadre géographique et historique étant la Chine du neuvième siècle, c’était l’occasion de découvrir un roman de détective dans une ambiance originale.
L’histoire se déroule donc en Chine, et plus particulièrement sur une île réputée pour ses plaisirs: jeux d’argent, bars et même maisons closes. Le juge Ti, héros de l’histoire, doit juste traverser cette île avant de regagner son canton. Pourtant, alors qu’il venait saluer un autre juge, voilà que ce dernier doit quitter l’île précipitamment pour des raisons professionnelles. Il nomme donc le juge Ti comme suppléant. Ce dernier doit rester sur l’île afin de résoudre une enquête qui semble simple : confirmer et classer une affaire concernant un jeune étudiant fortuné qui se serait donné la mort dans la chambre d’un hôtel, le Pavillon Rouge. Pourtant, le juge Ti va rapidement déceler des incohérences qui remettent en cause les conclusions de son collègue : cet étudiant se serait suicidé? Au fur et à mesure que l'enquête avance le mystère s’épaissit : la chambre serait-elle porteuse d’une malédiction ? C’est au fil des pages que l’on suit l’enquête du juge Ti, qui va devoir démêler le vrai du faux et découvrir le passé trouble des personnages importants de l’île, secondé par son lieutenant Ma Jong.
Cette histoire est un dépaysement total : l’auteur nous transporte dans une Chine mystérieuse et envoûtante. Les personnages ont tous de lourds secrets et on en vient à accuser tous les protagonistes.
J’ai donc passé un moment de lecture très agréable en compagnie d’une galerie de personnages éclectiques et originaux. L‘ambiance asiatique est très bien suggérée avec même une bagarre d’arts martiaux (peut-être un peu trop cliché pour le coup !). Le style de l’auteur est simple ; il ne s’embarrasse pas de descriptions longues des paysages et des personnages : c’est concis tout en étant suffisamment bien écrit pour retranscrire l’atmosphère entourant ce lieu de débauche. Une découverte envoûtante pour ceux aimant les ambiances asiatiques. Sur moi, le charme a agi !
Florent OLLIVIER
L’histoire se déroule donc en Chine, et plus particulièrement sur une île réputée pour ses plaisirs: jeux d’argent, bars et même maisons closes. Le juge Ti, héros de l’histoire, doit juste traverser cette île avant de regagner son canton. Pourtant, alors qu’il venait saluer un autre juge, voilà que ce dernier doit quitter l’île précipitamment pour des raisons professionnelles. Il nomme donc le juge Ti comme suppléant. Ce dernier doit rester sur l’île afin de résoudre une enquête qui semble simple : confirmer et classer une affaire concernant un jeune étudiant fortuné qui se serait donné la mort dans la chambre d’un hôtel, le Pavillon Rouge. Pourtant, le juge Ti va rapidement déceler des incohérences qui remettent en cause les conclusions de son collègue : cet étudiant se serait suicidé? Au fur et à mesure que l'enquête avance le mystère s’épaissit : la chambre serait-elle porteuse d’une malédiction ? C’est au fil des pages que l’on suit l’enquête du juge Ti, qui va devoir démêler le vrai du faux et découvrir le passé trouble des personnages importants de l’île, secondé par son lieutenant Ma Jong.
Cette histoire est un dépaysement total : l’auteur nous transporte dans une Chine mystérieuse et envoûtante. Les personnages ont tous de lourds secrets et on en vient à accuser tous les protagonistes.
J’ai donc passé un moment de lecture très agréable en compagnie d’une galerie de personnages éclectiques et originaux. L‘ambiance asiatique est très bien suggérée avec même une bagarre d’arts martiaux (peut-être un peu trop cliché pour le coup !). Le style de l’auteur est simple ; il ne s’embarrasse pas de descriptions longues des paysages et des personnages : c’est concis tout en étant suffisamment bien écrit pour retranscrire l’atmosphère entourant ce lieu de débauche. Une découverte envoûtante pour ceux aimant les ambiances asiatiques. Sur moi, le charme a agi !
Florent OLLIVIER
vendredi 22 janvier 2010
L'étrangleur de Cater Street de Anne Perry
Premier tome de la série « Charlotte et Thomas Pitt », ce livre met en scène la famille Ellisson, famille aisée qui vit dans les quartiers chics de Londres à l’époque victorienne où les apparences et les convenances comptent plus que tout. Un mystérieux assassin tue des jeunes filles du quartier sans faire de distinction sur leur condition sociale. L’inspecteur Pitt, dont la venue dans les beaux quartiers est très mal vécue et mal vue sous prétexte de n’être pas aussi bien né et de faire un métier presque « honteux », va enquêter et surtout va leur faire découvrir, en particulier à Charlotte un monde qu’ils ne connaissaient pas : celui de la misère des bas fonds de Londres où la pauvreté et les meurtres sont quotidiens et banals mais où l’entraide et les sentiments sont beaucoup plus vrais. Dans le milieu aisé de cette époque, les convenances sont tellement importantes que même les personnes d’une même famille ne se connaissent pas vraiment mais il suffit d’un meurtre et de la peur qui s’installe, qui fait soupçonner tout le monde pour que les secrets de chacun soient dévoilés et la vérité prend alors le dessus sur l’apparence.
Ce premier tome sert surtout à présenter les personnages centraux de toute la série, la rencontre de Thomas et Charlotte, le cadre de leur vie avec toutes les inégalités hommes-femmes ou de condition sociale de cette époque…On sait assez rapidement qui est l’assassin, il n’y a pas beaucoup de suspense mais la fin est assez étonnante (concernant le mobile du meurtrier). Certains passages ne sont pas très réalistes surtout en ce qui concerne les sentiments des personnages qui je trouve ne sont pas assez approfondis: après la mort d’une personne de leur famille, ils n’ont pas l’air franchement attristés et continuent leur vie comme si rien de s’était passé. En revanche, on apprend beaucoup sur les us et coutumes de cette époque et dans ce milieu social où tout est régi par des codes, où chacun doit rester à sa place et où les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes libertés. Même Charlotte qui est sensée être la « rebelle », se plie sans trop discuter à ces règles.
Ce roman est très simple à lire, on se laisse embarquer dans l’histoire et on s’attache assez rapidement aux personnages surtout parce que l’on sait qu’on va les retrouver dans les prochains tomes de la série et qu’on va les voir évoluer. Je pense que ces romans policiers plairont plus aux femmes car Charlotte et sa sœur Emily sont les héroïnes principales, on se met donc plus facilement à leurs places et on comprend leur façon de penser mais aussi parce qu’il n’y pas assez d’actions pour intéresser un homme. On apprend plein de choses à propos de l’époque victorienne : la vie quotidienne des milieux bourgeois en particulier des femmes où les visites chez leurs voisines constituent la principale activité de la journée, leur conditionnement par les hommes à leur rôle de maîtresse de maison et de mère… Anne Perry nous inonde de pleins de petits détails pour nous faire oublier l’enquête policière pendant quelques pages mais surtout pour mieux nous emmener au dénouement final. Et juste pour information, il faut se renseigner sur la vie d’Anne Perry, elle a eu une adolescence assez mouvementée…
Florence Touzet
Ce premier tome sert surtout à présenter les personnages centraux de toute la série, la rencontre de Thomas et Charlotte, le cadre de leur vie avec toutes les inégalités hommes-femmes ou de condition sociale de cette époque…On sait assez rapidement qui est l’assassin, il n’y a pas beaucoup de suspense mais la fin est assez étonnante (concernant le mobile du meurtrier). Certains passages ne sont pas très réalistes surtout en ce qui concerne les sentiments des personnages qui je trouve ne sont pas assez approfondis: après la mort d’une personne de leur famille, ils n’ont pas l’air franchement attristés et continuent leur vie comme si rien de s’était passé. En revanche, on apprend beaucoup sur les us et coutumes de cette époque et dans ce milieu social où tout est régi par des codes, où chacun doit rester à sa place et où les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes libertés. Même Charlotte qui est sensée être la « rebelle », se plie sans trop discuter à ces règles.
Ce roman est très simple à lire, on se laisse embarquer dans l’histoire et on s’attache assez rapidement aux personnages surtout parce que l’on sait qu’on va les retrouver dans les prochains tomes de la série et qu’on va les voir évoluer. Je pense que ces romans policiers plairont plus aux femmes car Charlotte et sa sœur Emily sont les héroïnes principales, on se met donc plus facilement à leurs places et on comprend leur façon de penser mais aussi parce qu’il n’y pas assez d’actions pour intéresser un homme. On apprend plein de choses à propos de l’époque victorienne : la vie quotidienne des milieux bourgeois en particulier des femmes où les visites chez leurs voisines constituent la principale activité de la journée, leur conditionnement par les hommes à leur rôle de maîtresse de maison et de mère… Anne Perry nous inonde de pleins de petits détails pour nous faire oublier l’enquête policière pendant quelques pages mais surtout pour mieux nous emmener au dénouement final. Et juste pour information, il faut se renseigner sur la vie d’Anne Perry, elle a eu une adolescence assez mouvementée…
Florence Touzet
A la poursuite de Cacciato de Tim O'Brien
Le roman A la poursuite de Cacciato mêle deux récits. L’un très linéaire relate de façon chronologique la poursuite qui s’organise pour récupérer un déserteur. La guerre de Vietnam fait rage. L’autre récit, plus tortueux, plus sombre, raconte divers moments de cette guerre, la mort des camarades, les missions, l’arrivée des nouvelles recrues sur le théâtre des opérations où on leur annonce « Vous allez mourir »…
Les chapitres se succèdent alternant sans ordre apparent les deux récits. Pourtant un chapitre intitulé « Le poste d’observation » revient par dix fois tout le long du roman, il est comme une respiration, un rappel constant de l’architecture romanesque. Car assez rapidement le lecteur comprend ce dont il est question : Paul Berlin surnommé Spec Four est un jeune soldat, il est de garde dans une tour de guet dans un endroit où il n’y a rien à observer, au bord de la Mer de Chine méridionale. Il occupe son temps en se remémorant des évènements particulièrement douloureux de sa jeune vie de soldat, mais aussi parce que cela est trop douloureux, en inventant une histoire, l’histoire d’un soldat un peu idiot camarade de section qui a décidé de déserter et de se rendre à Paris. Mais en partant à sa recherche le groupe de poursuivants dont il fait parti déserte à son tour. Treize mille huit cent sept kilomètres seront parcourus en l’espace de quelques centaines de pages.
Le travail d’imagination complète le travail de mémoire pour mieux exprimer le sentiment de désarroi et de culpabilité des acteurs de cette guerre. Car la relation des évènements est insuffisante à dire la vérité. L’interaction entre la mémoire et l’imagination est seule apte à faire appréhender et à faire comprendre la complexité de la situation.
Grâce à ce procédé O’Brien réussit merveilleusement son pari. Ce n’est pas là un roman de guerre supplémentaire, c’est une œuvre riche et moderne qui s’achève là où elle a commencé.
Jacky GLOAGUEN
Les chapitres se succèdent alternant sans ordre apparent les deux récits. Pourtant un chapitre intitulé « Le poste d’observation » revient par dix fois tout le long du roman, il est comme une respiration, un rappel constant de l’architecture romanesque. Car assez rapidement le lecteur comprend ce dont il est question : Paul Berlin surnommé Spec Four est un jeune soldat, il est de garde dans une tour de guet dans un endroit où il n’y a rien à observer, au bord de la Mer de Chine méridionale. Il occupe son temps en se remémorant des évènements particulièrement douloureux de sa jeune vie de soldat, mais aussi parce que cela est trop douloureux, en inventant une histoire, l’histoire d’un soldat un peu idiot camarade de section qui a décidé de déserter et de se rendre à Paris. Mais en partant à sa recherche le groupe de poursuivants dont il fait parti déserte à son tour. Treize mille huit cent sept kilomètres seront parcourus en l’espace de quelques centaines de pages.
Le travail d’imagination complète le travail de mémoire pour mieux exprimer le sentiment de désarroi et de culpabilité des acteurs de cette guerre. Car la relation des évènements est insuffisante à dire la vérité. L’interaction entre la mémoire et l’imagination est seule apte à faire appréhender et à faire comprendre la complexité de la situation.
Grâce à ce procédé O’Brien réussit merveilleusement son pari. Ce n’est pas là un roman de guerre supplémentaire, c’est une œuvre riche et moderne qui s’achève là où elle a commencé.
Jacky GLOAGUEN
mardi 19 janvier 2010
Cave Canem de Danila Comastri Montanari
Rome, 1er siècle après J.C. Le Sénateur Publius Aurelius est issu d'une riche famille patricienne. Epicurien convaincu, s'il collectionne les conquêtes féminines, il est également un fin lettré, perspicace et curieux, avec une propension à s'attacher à la résolution d'affaires mystérieuses... Au cours d'un voyage, il fait une halte dans la Villa des Plautii et apprend que l'aîné de la famille a été retrouvé noyé dans un vivier de murènes. Très vite, le Sénateur comprend qu'il s'agit d'un meurtre et qu'on l'a poussé. Mais entre sa veuve qui ne semble pas touchée par ce décès et la fille de celle-ci, son frère devenu seul héritier, la première épouse de son père et le fils de cette dernière, les suspects ne manquent pas. Publius Aurelius a fort à faire pour démasquer l'assassin...
Il s'agit d'un roman policier de facture assez classique. Cependant, l'intrigue est bien menée, ses nombreux rebondissements tiennent le lecteur en haleine, et le style est agréable, sans être extraordinaire. L'originalité du roman tient évidemment au cadre spatio-temporel : l'Empire romain sous le règne de Claude. L'auteur maîtrise son sujet et présente des aspects de la société et de la vie quotidienne de façon très précise, sans exposé rébarbatif. Au contraire, elle procède par petites touches, intégrant ces éléments à la narration avec naturel et fluidité. Qu'il s'agisse des rapports familiaux, du statut des esclaves ou plus simplement du maquillage ou des habitudes alimentaires de l'époque, tout cela confère au récit une atmosphère unique.
M'intéressant à l'Empire romain et appréciant les romans policiers, j'ai été enchantée par cet ouvrage qui mêle habilement les deux. L'intrigue est assez prenante, mais c'est surtout l'atmosphère que dégage ce livre que je retiendrai. Je me suis véritabelement sentie transportée dans l'Empire du 1er siècle, au sein d'une famille romaine et des rapports complexes qui la régissent. Plus encore, tous les détails sur le quotidien m'ont ravie : j'ai appris énormément de choses, sans jamais m'ennuyer. Quant aux personnages, si je ne me suis pas vraiment attachée à eux, je les ai trouvés très crédibles et j'ai rapidement été happée par le récit. C'est pour moi un excellent roman, et je compte bien lire les autres ouvrages de la série !
Fanny LOMBARD
Il s'agit d'un roman policier de facture assez classique. Cependant, l'intrigue est bien menée, ses nombreux rebondissements tiennent le lecteur en haleine, et le style est agréable, sans être extraordinaire. L'originalité du roman tient évidemment au cadre spatio-temporel : l'Empire romain sous le règne de Claude. L'auteur maîtrise son sujet et présente des aspects de la société et de la vie quotidienne de façon très précise, sans exposé rébarbatif. Au contraire, elle procède par petites touches, intégrant ces éléments à la narration avec naturel et fluidité. Qu'il s'agisse des rapports familiaux, du statut des esclaves ou plus simplement du maquillage ou des habitudes alimentaires de l'époque, tout cela confère au récit une atmosphère unique.
M'intéressant à l'Empire romain et appréciant les romans policiers, j'ai été enchantée par cet ouvrage qui mêle habilement les deux. L'intrigue est assez prenante, mais c'est surtout l'atmosphère que dégage ce livre que je retiendrai. Je me suis véritabelement sentie transportée dans l'Empire du 1er siècle, au sein d'une famille romaine et des rapports complexes qui la régissent. Plus encore, tous les détails sur le quotidien m'ont ravie : j'ai appris énormément de choses, sans jamais m'ennuyer. Quant aux personnages, si je ne me suis pas vraiment attachée à eux, je les ai trouvés très crédibles et j'ai rapidement été happée par le récit. C'est pour moi un excellent roman, et je compte bien lire les autres ouvrages de la série !
Fanny LOMBARD
samedi 16 janvier 2010
L'appel de la forêt de Jack London
Buck, est un magnifique animal dont le poids, la majesté, la beauté des formes et l'intelligence humaine de son regard résultent d'un croisement entre Elno, son père, un impressionnant terre-neuve et Sheps, sa mère, une petite chienne colley de pure race écossaise.
De par son physique, son intelligence et l'étoile sur son pelage, Buck va découvrir à quelle communauté il devra appartenir pour le reste de sa vie.
Ce merveilleux chien va connaitre des moments plus qu'insupportables au fil des différentes étapes et rencontres de sa vie.
Il va affronter l'enfer pendant de long mois ... le froid jusqu'à -50°C, la neige, la méchanceté des êtres humains et des autres chiens. Il accumulera de nombreuses cicatrices autant physiques que morales.
Apeuré, rempli de colère et de haine, Buckluttera pour tenter de survivre et d'atteindre "l'appel de la forêt" qui se révèle, de plus en plus fort, en lui.
Il changera de comportement au fil du temps, rencontrera un être humain, aux côtés de qui il vivra, enfin un moment de répit.
Roman "illustré" de Jack London où l'on suit les actions de Buck (illustrations de Philippe Munch en rapport à certaines scènes).
L'écriture est simple et composée de phrases assez longues à la 3ème personne.
A travers ce livre, on partage sa vie : ses souffrances, ses sentiments, sa haine ainsi que ses bons moments qui sont malheureusement rares.
Quand on aime et qu'on est passionnée par les animaux, il est difficile de s'arrêter à la fin d'un chapitre car pages après pages, on a envie de partager les souffrances de Buck et de lui venir en aide ...
Johann BATSLEER
De par son physique, son intelligence et l'étoile sur son pelage, Buck va découvrir à quelle communauté il devra appartenir pour le reste de sa vie.
Ce merveilleux chien va connaitre des moments plus qu'insupportables au fil des différentes étapes et rencontres de sa vie.
Il va affronter l'enfer pendant de long mois ... le froid jusqu'à -50°C, la neige, la méchanceté des êtres humains et des autres chiens. Il accumulera de nombreuses cicatrices autant physiques que morales.
Apeuré, rempli de colère et de haine, Buckluttera pour tenter de survivre et d'atteindre "l'appel de la forêt" qui se révèle, de plus en plus fort, en lui.
Il changera de comportement au fil du temps, rencontrera un être humain, aux côtés de qui il vivra, enfin un moment de répit.
Roman "illustré" de Jack London où l'on suit les actions de Buck (illustrations de Philippe Munch en rapport à certaines scènes).
L'écriture est simple et composée de phrases assez longues à la 3ème personne.
A travers ce livre, on partage sa vie : ses souffrances, ses sentiments, sa haine ainsi que ses bons moments qui sont malheureusement rares.
Quand on aime et qu'on est passionnée par les animaux, il est difficile de s'arrêter à la fin d'un chapitre car pages après pages, on a envie de partager les souffrances de Buck et de lui venir en aide ...
Johann BATSLEER
dimanche 10 janvier 2010
Rideau pour le cardinal de Elizabeth Eyrew
Encore une réussite de la série Grands Détectives de 10-18. Cette fois-ci, un duo improbable à la Sherlock Holmes et Docteur Watson œuvre dans les intrigues du pouvoir de l’Italie de la Renaissance : le mystérieux Sigismondo et le malicieux Benno, pas si idiot qu’il ne veut bien le montrer aux yeux de ses contemporains, auxquels il faut adjoindre l’indispensable chien orphelin d’une oreille, Biondello.
Cet opus est le deuxième de la série, et nous retrouvons nos compères aux prises avec de sombres intrigues de cour : trahisons, adultères, meurtres, princesses escamotées, filles déguisées en garçon, courtisanes, amours, malédictions, vengeances, lettres cachées, coffres pleins d’or, sorcières, poison…
Le prince de Montenero découvre sur le lit de mort de sa femme qu’elle l’a trompé et que ses enfants ne sont donc pas de lui. Sa réaction est immédiate et Sigismondo intervient à temps pour sauver sa fille, qui devait épouser le fils du duc voisin. Il la prend sous son aile et fait tout pour déjouer les pièges qui s’ouvrent sous ses pieds, démasquer les traîtres et sauver les innocents.
On entre de plein pied dans ces aventures trépidantes dès le début du livre et l’action ne se ralentit que pour nous faire voir avec beaucoup de précision et d’exactitude la vie dans l’Italie du XVIème siècle. On y voit les mœurs violentes, la justice expéditive, mais aussi la dévotion aux saints et le pouvoir des hommes d’Eglise égal à celui des princes. Les descriptions des cérémonies présidant à l’entrée des reliques dans la ville, l’accueil d’un duc, le mariage entre deux grandes familles sont précises et nous donnent bien à voir à la fois l’ambiance, les décorations, les mêts servis et tous les préparatifs nécessaires à ces fêtes, emblématiques de cette époque. Les scènes de bataille sont également de vrais morceaux de bravoure tandis que les détails vestimentaires sont un vrai délice.
Cet ouvrage est autant à lire pour l’intrigue, bien ficelée et aux multiples rebondissements, que pour les personnages hauts en couleurs et l’arrière-plan historique fidèle et bien documenté.
Mélanie BART
Cet opus est le deuxième de la série, et nous retrouvons nos compères aux prises avec de sombres intrigues de cour : trahisons, adultères, meurtres, princesses escamotées, filles déguisées en garçon, courtisanes, amours, malédictions, vengeances, lettres cachées, coffres pleins d’or, sorcières, poison…
Le prince de Montenero découvre sur le lit de mort de sa femme qu’elle l’a trompé et que ses enfants ne sont donc pas de lui. Sa réaction est immédiate et Sigismondo intervient à temps pour sauver sa fille, qui devait épouser le fils du duc voisin. Il la prend sous son aile et fait tout pour déjouer les pièges qui s’ouvrent sous ses pieds, démasquer les traîtres et sauver les innocents.
On entre de plein pied dans ces aventures trépidantes dès le début du livre et l’action ne se ralentit que pour nous faire voir avec beaucoup de précision et d’exactitude la vie dans l’Italie du XVIème siècle. On y voit les mœurs violentes, la justice expéditive, mais aussi la dévotion aux saints et le pouvoir des hommes d’Eglise égal à celui des princes. Les descriptions des cérémonies présidant à l’entrée des reliques dans la ville, l’accueil d’un duc, le mariage entre deux grandes familles sont précises et nous donnent bien à voir à la fois l’ambiance, les décorations, les mêts servis et tous les préparatifs nécessaires à ces fêtes, emblématiques de cette époque. Les scènes de bataille sont également de vrais morceaux de bravoure tandis que les détails vestimentaires sont un vrai délice.
Cet ouvrage est autant à lire pour l’intrigue, bien ficelée et aux multiples rebondissements, que pour les personnages hauts en couleurs et l’arrière-plan historique fidèle et bien documenté.
Mélanie BART
samedi 9 janvier 2010
Une mort dans la famille de James Agee
Le titre Une mort dans la famille résume parfaitement le roman de James Agee. Jay est marié à Mary et ils ont deux enfants, Rufus l’aîné et la petite Catherine. Une nuit, Jay alerté par un coup de téléphone de son frère Raph, se précipite au chevet de son père. Fausse alerte, encore une fois, l’alcool aura brouillé la raison de Raph. Le lendemain sur la route du retour, Jay trouve la mort.
Le roman est découpé en trois parties égales. Elles sectionnent la narration en un avant, pendant et après très chronologique, qui pourraient s’intituler les dernières heures d’une famille américaine, l’annonce de la mort et pour finir les lendemains. Ce traitement très linéaire et classique du récit est pourtant émaillé de quelques retours en arrière qui donnent une dimension supplémentaire à l’histoire.
James Agee est un maître du détail, son regard est avant tout cinématographique. Il s’acharne parfois dans l’accumulation d’impressions visuelles pour faire mieux ressentir le poids des évènements. L’angoisse devient vite palpable. Car James Agee décortique l’avènement de la Mort à travers les quatre membres de la famille, il hisse le lecteur au niveau de chacun d’eux, lui faisant percevoir avec la même clarté son angle d’appréhension de l’événement : la mère bien sûr, mais aussi l’enfant de six ans, Rufus. Même si le reste de la famille, grands parents, oncles et tantes, ne restent pas dans l’ombre, il centre la focale de son regard sur le noyau familial qui explose.
Ce n’est pas pour rien si l’ouvrage débute sous l’égide d’un Charlie Chaplin muet, maître du rire et du drame, maniant toujours l’un et l’autre pour offrir aux spectateurs l’humanité dans son plus beau dénuement.
Par une écriture parfois aux limites du lyrisme, James Agee offre au lecteur le portrait d’êtres vivants en plein désarroi et dans l’ignorance, confrontés à une vie trop difficile et qui pourtant trouvent la force de continuer, chacun avec ses armes, parce qu’il n’est pas possible de faire autrement.
Jacky GLOAGUEN
Le roman est découpé en trois parties égales. Elles sectionnent la narration en un avant, pendant et après très chronologique, qui pourraient s’intituler les dernières heures d’une famille américaine, l’annonce de la mort et pour finir les lendemains. Ce traitement très linéaire et classique du récit est pourtant émaillé de quelques retours en arrière qui donnent une dimension supplémentaire à l’histoire.
James Agee est un maître du détail, son regard est avant tout cinématographique. Il s’acharne parfois dans l’accumulation d’impressions visuelles pour faire mieux ressentir le poids des évènements. L’angoisse devient vite palpable. Car James Agee décortique l’avènement de la Mort à travers les quatre membres de la famille, il hisse le lecteur au niveau de chacun d’eux, lui faisant percevoir avec la même clarté son angle d’appréhension de l’événement : la mère bien sûr, mais aussi l’enfant de six ans, Rufus. Même si le reste de la famille, grands parents, oncles et tantes, ne restent pas dans l’ombre, il centre la focale de son regard sur le noyau familial qui explose.
Ce n’est pas pour rien si l’ouvrage débute sous l’égide d’un Charlie Chaplin muet, maître du rire et du drame, maniant toujours l’un et l’autre pour offrir aux spectateurs l’humanité dans son plus beau dénuement.
Par une écriture parfois aux limites du lyrisme, James Agee offre au lecteur le portrait d’êtres vivants en plein désarroi et dans l’ignorance, confrontés à une vie trop difficile et qui pourtant trouvent la force de continuer, chacun avec ses armes, parce qu’il n’est pas possible de faire autrement.
Jacky GLOAGUEN
jeudi 31 décembre 2009
Madrid, Montana de Deirdre McNamer
Madrid, Montana dresse le portrait d’un lieu. Tout commence en hiver 1963 avec l’ouverture d’un nouveau grill-room par un groupe d’investisseurs locaux, trois agriculteurs, un chiropracteur, un banquier et le secrétaire de mairie. L’établissement doit servir de mess aux officiers ; ils sont basés dans la montagne à surveiller les missiles dirigés vers l’ennemi, Khrouchtchev, qui a établi les siens à Cuba. Nous sommes dans l’état du Montana, dans une petite ville reculée, aux pieds des Rocheuses, la guerre froide est arrivée à son paroxysme.
Le temps du roman, le chic et fier restaurant aura vécu. Avec lui disparaissent les illusions d’une fille mère, les rêves d’une serveuse et les interrogations d’une jeune adolescente.
Attentive à la fragilité des êtres, Deirdre McNamer nous fait partager l’atmosphère d’incertitude de cette époque, la difficulté de vivre de personnages fragiles dans une petite ville américaine, leur peine à échapper aux conventions et aux schémas tracés d’avance.
Les femmes sont au cœur de ce roman : il y a une bibliothécaire qui ne mettra pas longtemps à perdre sa place, une femme au foyer qui devient étrangement libre et folle en même temps, une coiffeuse portée sur la bouteille pour supporter sa vie…, toute une pléiade de femmes courageuses et perdues, en perpétuel combat avec la vie. Les hommes sont décrits sans concession, sans complaisance mais sans méchanceté : ils sont vils et ennuyeux, pleins de violence et d’égoïsme, avant tout faibles. Leur union est inévitable et pourtant presque toujours désastreuse.
Le roman est découpé en de nombreux chapitres. Ils nous font passer d’un personnage à un autre sans monotonie. Et même s’il est vrai que trois d’entre eux reviennent plus souvent, c’est bien à une dizaine de personnages en même temps que nous confronte l’auteur. Même si la première personne n’est pas employée, nous partageons une très grande proximité avec chacun d’eux.
Madrid, Montana est le beau premier roman de Deirdre McNamer, un écrivain qui se place dans la droite ligne des écrivains du Montana, rien moins que Jim Harrison, Thomas McGuane et Richard Ford.
Jacky GLOAGEN
mardi 15 décembre 2009
Bandini de John Fante
L’essentiel de l’histoire se concentre au cœur d’un hiver rigoureux, période la plus difficile pour les Bandini puisque à cause de la rigueur du climat le travail se raréfie pour Svevo. Incapable d’honorer ses dettes quotidiennes, il les alourdit en passant ses nuits au casino. L’unité familiale déjà bien vacillante et sensée protéger de la violence ordinaire vole en éclats le jour où Svevo se laisse charmer par Mme Hildegarde, une riche cliente.
Fante, dans ce premier roman aux nombreux accents autobiographiques, décrit avec beaucoup de subtilité l’univers des Bandini et la complexité des relations humaines. On se retrouve tour à tour dans la peau du père, de la mère ou du fils aîné, Arturo. Ainsi, des situations qui pourraient paraître de prime à bord manichéennes se tintent de nuances au fur et à mesure qu’elles nous sont décrites du point de vue de chacun. De nombreux personnages gravitent autour de la famille et donnent une vraie épaisseur à la narration. Il y a Rosa petite écolière modèle à qui Arturo voue un véritable culte, Dona Toscana, belle-mère acariâtre de Svevo qui développe à son encontre une haine féroce et lui reproche son incapacité à tirer les siens du marasme ou encore Sœur Mary Célia, maîtresse d’école à l’œil de verre dont Arturo est l’un des souffres douleur. Sans jamais tomber dans le misérabilisme ou l’apitoiement, l’auteur nous livre une chronique familiale forte où la difficulté du quotidien fait de petites misères et de désirs réprimés frappe inexorablement chaque être.
Rémi VIALLET
mardi 19 août 2008
Marcus Aper chez les rutenes de Anne De Leseleuc
Marcus Aper, le célèbre avocat gaulois, doit être nommé à la fonction de juge à Gergovie. C’est alors que pénètre dans son bureau Floris, le patron d’une grande "usine" de terre cuite de Millau.
mercredi 13 août 2008
Sorcier de Jim Harrison
John LUNDGREN a pour surnom « sorcier » depuis son passage chez les scouts.
Depuis qu'il est au chômage, sorcier passe son temps à préparer des petits plats, à manger, boire, dormir, fantasmer sur sa femme ou d'autres. Il a perdu une situation lucrative de responsable d'un fonds d'investissement et traverse une mauvaise passe.
lundi 21 juillet 2008
Traversée de Nikki Gemmell
La dernière ligne est lue, …déjà ! Vite, trouver le roman suivant de cet auteur et le lire « à bout de souffle » comme celui-ci.Nikki Gemmel, née en Australie en 1967, est journaliste de radio, aujourd’hui établie à Londres et travaillant pour la BBC. Elle effectua en 1995 un voyage professionnel en Antarctique, afin de « couvrir » une expédition scientifique : de cette expérience unique et inoubliable est né son premier roman, « Traversée ».
Elle a choisi un mode de récit direct, à la première personne, oscillant entre journal de bord, autobiographie ou récit proche du documentaire : cela donne un récit d’une fluidité totale, bien que riche d’émotions et d’événements.
La « Traversée » se fait, ici, de plusieurs manières.
« Traversée » d’Australie, terre natale de Fin l’héroïne, en Antarctique...et trajet retour : on ressent par ses yeux, par son corps, par son état d’âme cet Antarctique si mystérieux et difficilement accessible. Le lecteur voyage lui-même en Antarctique.
« Traversée » de soi…à l’autre : Fin est journaliste, vivant seule, en décalage perpétuel du reste de la cité car elle travaille de nuit : écoute de la radio de la police en vue de trouver de quoi écrire ses chroniques radiophoniques. Le contexte dans lequel elle exerce son métier, son mode de vie l’ont amenée à se forger certaine « carapace » contre ce qui pourrait l’atteindre, venant des autres. Elle vit en « autarcie affective », pourrait-on dire. Or, la promiscuité de la vie à bord, puis celle de la vie en base polaire, modifieront de fait la posture sociale de Fin. Autrui lui deviendra accessible, elle se rendra accessible à autrui.
« Traversée » de soi à soi : Fin mue au fil des événements, des rencontres humaines et animales, des conditions climatiques. C’est là le récit d’une métamorphose, tout au long de cette aventure journalistique, métamorphose qui se poursuivra une fois revenue en terre natale.
Le désert –ici, de glace, dans son roman suivant de sable rouge- est un lieu de quête, de révélation, de « nettoyage » : N. Gemmel y aura consacré ses deux premiers romans.
La quête de soi au fil d’un voyage, dont le cours peut être défini ou non, est un thème fort en littérature, déjà traité par de grandes plumes, telles celle de Théodore Monod ou celle de Jack Kerouac (« Sur la route » ou « Satori à Paris »). Le talent de Nikki Gemmel est de la même eau et lui permet d’apporter une contribution aussi unique que précieuse à cette thématique.
Vite, lire le prochain livre de cet écrivain….
Sylvaine DEKESTER
jeudi 22 mai 2008
La cité de l'horizon d'Anton Gill
Anton Gill nous entraîne dans les aventures de Huy, scribe au temps d’Akhenaton, déchu après la mort de ce dernier et qui doit refaire sa vie sous Toutankhamon. Ainsi on découvre l’opprobre subie par ceu
x qui soutenaient Akhenaton, premier et unique pharaon monothéiste. Huy se trouve dans l’impossibilité de poursuivre sa carrière de scribe. Il va donc devoir coûte que coûte refaire sa vie, car, en plus, il a divorcé de sa femme qui a la garde de leur fils unique. Mais au moment où il commence à perdre tout espoir en l’avenir, Huy rencontre Amotjou, un ami d’enfance qui l’emmène sur son navire en direction du nord de l’Egypte, où se situe la nouvelle capitale du pharaon.
Celui-ci connaît la situation délicate dans laquelle se trouve Huy, il lui propose donc de travailler pour lui, pas en temps que scribe, mais comme détective, afin de lui permettre de démanteler un réseau de trafiquants d’objets volés dans les tombeaux des riches familles égyptiennes. Mais, l’aventure s’annonce délicate car lors de son arrivée à Thèbes, Huy s’aperçoit vite que la disgrâce dont il est victime depuis la chute de l’empire d’Akhenaton est déjà connue de tous.
Ce roman nous permet d’imaginer les temps de troubles qui secouent l’Egypte à cette période. On retrouve également tout un mode de vie que l’on connaît mal et cela est très dépaysant… Pourtant, eh oui pourtant, ce livre n’est pas une franche réussite. Je m’explique : certes l’Egypte antique m’a toujours intéressé et retrouver cet univers m’a plu, mais il y a quand même beaucoup de maladresses d’écriture (ou de traduction). En effet, les dialogues sont assez surréalistes : j’ai eu beaucoup de mal à imaginer les protagonistes égyptiens de l’époque s’exprimer comme nous le dépeint Anton Gill. Ensuite, oui on est dans l’Egypte ancienne, mais heureusement que les termes vestimentaires et religieux utilisés par l’auteur nous le rappellent, car pour les descriptions des paysages et des us et coutumes de la population c’est maigre et superficiel. Et enfin pour clore le tout : Anton Gill n’est pas Conan Doyle, et cela se ressent vraiment dans la manière dont il suit l’enquête de Huy.
En fin de roman, il y a bien une confrontation avec les coupables et l’explication du comment Huy a résolu l’énigme mais alors quelle déception car on ne pouvait vraiment pas trouver le coupable par nous même ! Eh oui, tous les indices déterminants, nous apprenons que Huy les a découverts lors de visites aux archives ou lors de ses rencontres avec tel ou tel personnage, mais tous ces événements, nous ne les avons pas suivis dans le livre. Les déductions et les révélations de Huy sont donc aussi improbables et mystérieuses pour les accusés que pour le lecteur.
Si comme moi, vous êtes fan de l’Egypte antique, n’entrez pas dans « La cité de l’horizon » ou attendez vous à de grandes déconvenues. Peut-être faut-il préférer les tomes suivants, où l’auteur aura (j’espère) corrigé les maladresses de ce premier roman.
Florent OLLIVIER
vendredi 16 mai 2008
La conjuration du troisième ciel de Leoni Giulio
Florence, Juin 1300. Un crime macabre a été commis dans l’église San Giuda. La victime est un maître artisan mosaïste qui y travaillait sur une fresque. Devant les particularités du cadavre,
Dante Aligheri, alors un des plus hauts magistrats de la ville, est chargé de découvrir le coupable. Très vite ses soupçons se portent sur une société, la confrérie du troisième ciel, composée de sages, tous récemment arrivés de Rome et ayant des idées quelque peu séditieuses…
Tout le monde connaît au moins de nom Dante Aligheri, le célèbre poète auteur, entre autre, de la Divine Comédie. Mais ce que l’on sait beaucoup moins c’est qu’il fut durant environ deux ans l’un des plus hauts responsables de la ville de Florence. C’est pendant cette période que l’auteur a choisi de le faire évoluer et nous faire découvrir sa personnalité à travers la résolution d’un crime, période qui se situe aussi après qu’il eut écrit les fameux poèmes pour Béatrice, son grand amour platonique et avant qu’il n’écrive la divine comédie. La précision est importante puisque dans le récit, il est très souvent fait référence à ses écrits passés et à venir notamment l’image qu’il se fait de l’enfer en voyant vivre ses concitoyens.
Je ne sais pas si Dante était vraiment tel qu’il nous est présenté dans ce livre mais je l’ai trouvé particulièrement détestable. Imbu de lui-même et de sa charge, méprisant, intransigeant, belliqueux, vaniteux… Je n’ai rien trouvé qui vienne me le rendre sympathique… Du coup, je n’ai pas aimé ce livre. Et pas seulement à cause du personnage mais aussi parce que l’écriture est lente, lourde et que la narration manque de rythme. Le récit est étouffé par des considérations philosophiques, un peu trop nombreuses à mon goût, surtout pour une ignare en la matière telle que je suis, ce qui nuit considérablement à l’intrigue. De plus, la fin tombe comme un cheveu sur la soupe, sans qu’on ait vraiment compris le cheminement de Dante pour arriver à cette conclusion (ou alors j’ai tellement décroché que je n’ai rien compris ?).
Il est rare que je m’ennuie lors d’une lecture mais cela a cependant été le cas ici, au point de ne même pas avoir envie de découvrir le coupable ! Pourtant les thèmes abordés étaient intéressants : la vie quotidienne à Florence au début du XIVe siècle, les luttes pour le pouvoir entre les différentes familles de la ville et le pape, le climat social et politique, les alchimistes, les sociétés secrètes, les complots... Il y avait matière à nous faire vibrer ! Mais malgré cela, à aucun moment je n’ai adhéré à l’histoire…Je ne sais pas si le deuxième volume de cette série est plus réussi mais je ne tenterais certainement pas l’expérience…
Nicole VOUGNY
mercredi 14 mai 2008
Demande à la poussière de John Fante
Nous sommes à la fin des années 30. Arturo Bandini, 20 ans, est venu s'installer à Los Angeles. Il rêve de devenir écrivain. Il a publié une nouvelle dans une modeste revue, mais depuis
, incapable d'écrire la moindre ligne, il vit misérablement, dans un hôtel miteux, sans un sou en poche. Il passe son temps à traîner dans les rues, oscillant entre une confiance absolue en son talent d'écrivain et la plus noire auto-dépréciation, entre les rêves d'un futur radieux et une sombre angoisse quant à son avenir... Il rencontre Camilla, une serveuse mexicaine dont il tombe immédiatement amoureux. Mais ces exclus du rêve américain, blessés par la vie, enfermés dans leur orgueil et leurs préjugés, n'ont de cesse de s'affronter, gâchant ce qui pourrait être une belle histoire d'amour...
Au fond, l'histoire en elle-même importe peu car ce roman marque véritablement par son style direct, voire brutal, sans fioriture. C'est ce qui fait la force du livre car on entre en totale empathie avec Bandini, alors qu'il pourrait être détestable. Mais c'est un homme complexe, un paumé magnifique, plein de contradictions, à qui l'on s'attache malgré soi. Et tous les personnages sont à l'avenant, tous minables, mais humains dans cette déchéance si bien décrite par Fante. L'atmosphère glauque des bas-fonds de Los Angeles est magnifiquement bien rendue, et j'ai rarement lu un livre aussi fort, aussi puissant. Je comprends qu'il soit considéré comme un chef d'oeuvre de la littérature américaine.
Voilà un roman qui ne correspond pas au style de lecture que j'affectionne habituellement, mais dès les premières lignes, j'ai été happée par le livre, et impossible de m'en détacher ! Arturo Bandini, ce paumé vulgaire et pathétique, que j'aurais pu détester, m'a immédiatement touchée par sa complexité, ses blessures, son caractère à fleur de peau qui perce derrière le masque qu'il affecte, comme pour se protéger de sentiments qu'il a d'ailleurs parfois du mal à exprimer. C'est un roman sombre, étouffant parfois, mais illuminé par un fin sublime. Ce livre, c'est un coup de poing dans le ventre. Je ne peux que vous encourager à le lire : c'est un roman trop beau et trop fort pour que vous risquiez de passer à côté !
Fanny LOMBARD
vendredi 2 mai 2008
Le secret des enfants rouges de Claude Izner
27 Mars 1892. Une explosion secoue le quartier de la rue de Clichy. A sa table de travail, un homme couche sur le papier la mission divine qu'il se doit d'accomplir. Quelques temps plus tard, un assassinat en Ecosse et le cambriolage de l'appartement de Kenji
Mori à Paris sont perpétrés. Lors de ce cambriolage, les voleurs n'ont emporté qu'une coupe exotique sans grande valeur. Les rapports entre ces trois évènements nous sont dévoilés au cours de ce roman.
Le personnage central de ce livre est Victor Legris. Aidé de son père adoptif, Kenji Mori, de Joseph Pignot son commis à la librairie Elzevir sise rue des Saints Pères, il nous entraîne dans le Paris de la fin du XIX siècle. Sur fonds d'attentats terroristes dus aux groupuscules anarchistes de l'époque, Victor Legris se lance dans une enquête où tous les faits s'imbriquent les uns dans les autres.
A travers les quartiers et les rues de Paris décrits dans ce roman, nous suivons une certaine évolution de la société parisienne de cette période avec ses quartiers bourgeois et populaires, ses fiacres et ses premières automobiles, son opulence et sa misère.
Ce livre s'attache plus particulièrement au milieu des chiffonniers parisiens et au quartier des Enfants-Rouges. Nous y faisons la connaissance de personnages typiques et haut en couleur avec leurs expressions argotiques du Paris miséreux de l'époque. Nous jouons au jeu des "Maléfices" (jeu de rôle de cette période), nous découvrons les théories du chaînon manquant prôné par Ernst Haeckel et Eugène Dubois. Nous croisons la route de Toulouse-Lautrec, Paul Verlaine, Paul Fort et bien d'autres.
Je n'avais jamais lu d'ouvrages de Claude Izner (écrivain à quatre mains), mais j'ai été enchantée par cette lecture. L'intrigue policière permet de découvrir une période de l'histoire de Paris que je ne connaissais pas et cela m'a beaucoup plu.
Dominique BLANCHO
mardi 4 mars 2008
Roseanna de Per Wahlöö et Maj Sjöwall
Suite à des travaux de dragage dans l’écluse de Borenshult le corps d’une femme nue est repêché. Selon l’autopsie, elle a été étranglée et a subi des violences sexuelles. Après une enquête minutieuse, l’inspecteur Martin Beck venu tout spécialement de Stockholm et son équipe réussit à identifier la
victime. Il s’agit de Roseanna Mc Graw, une jeune bibliothécaire de 27 ans originaire des Etats-Unis qui voyageait sur le Diana, un bateau de croisière. Après avoir retrouvé et interrogé tous les passagers et membres de l’équipage puis visionné des quantités de photos ou films réalisés au moment de sa disparition, la police finit par soupçonner un homme. Encore faut-il le confondre. Après avoir enfin découvert qui il était, elle décide de le traquer et de lui tendre un piège. Mais va-t-il tomber dedans ? Et est-ce vraiment lui l’auteur du crime ?
J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à l’histoire. Je l’ai trouvée en définitive plutôt banale, fade et l’ambiance terne. Cela a été aussi très difficile pour moi de m’attacher aux personnages, de me mettre dans leur peau. C’est vrai que Martin Beck a tout de l’anti-héros. Et pourtant ce livre, publié en 1965, par Maj Sjowall et Per Wahlöö les pionniers de ce qu’on appellera plus tard le roman policier nordique est loin d’être sans intérêt notamment du point de vue du déroulement de l’enquête. Celle-ci est en effet réalisée selon les bonnes vieilles techniques d’investigation : recherche méticuleuse d’indices, recueil et recoupement de témoignages, filature, interrogatoire sans relâche du suspect en espérant qu’il finisse par craquer et avoue. Ici il n’est pas question donc d’utilisation de procédés ultra performants comme par exemple le spectromètre de masse ou d’analyse d’ADN mais juste de relevé d’empreintes digitales et de balistique. Cela change évidemment énormément de toutes ces histoires qu’on peut nous proposer aujourd’hui et où tout est fondé principalement sur les bases de données de fichiers informatiques ou les expertises scientifiques dont les résultats sont quasi irréfutables et laissent peu de place à l’intuition, le flair.
Marlène EVEN
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