jeudi 1 octobre 2009

La résurrection de Fu Manchu de Sax Rohmer

Il s’agit du 2ème roman de la saga du Dr Fu Manchu. On l’avait laissé pour mort dans l’incendie de son repaire à la fin du tome précédent (le mystérieux Dr Fu Manchu). L’histoire se déroule donc 3 ans après cet événement. Le Dr Petrie exerce toujours à Londres et Nayland Smith lui est retourné en Birmanie. Pourtant la menace Fu Manchu est de retour sur Londres et les 2 amis vont devoir mener une nouvelle bataille face au démon chinois. Ce roman est un parfait exemple de roman feuilleton : l’intrigue y est menée tambours battants et l’on retrouve le charme des rebondissements et des machinations perverses du Dr chinois, comme dans le roman précédent. Ici, pas de grande phrase poétique, pas de longue description : le style est concis, efficace. Ce roman se dévore et on retrouve le Dr Fu Manchu plus vicieux et déterminé que jamais, accompagné d’une ménagerie et de potions variées, qui mettent à mal la société anglaise et l’ordre du monde. On retrouve également la troublante Karamaneh et son frère, qui avaient été tirés des griffes du chinois lors du tome précédent. Mais que se passe-t'il ? Karamaneh est retombée sous l’emprise de son bourreau ? Pourquoi ? Comment ? Tout cela est à découvrir dans ce roman. Certes, le style est simple, l’histoire suit un cheminement devenu classique depuis, mais quel bonheur de lire ce type de roman, qui se rapproche des Sherlock Holmes et des séries télé que l’on suivait avec assiduité chaque semaine, pour connaître le dénouement. On ne pourra que regretter le côté partial et quelque peu raciste de Rohmer face au « péril jaune » comme il le nomme. Mais cela nous renvoie à la période actuelle où les Chinois sont montrés du doigt comme étant notre ennemi économique, et c’est assez drôle, surtout que ce roman a été écrit il y a quasiment un siècle. Et puis, ça montre la mentalité des personnes de cette époque : effrayés par les peuples qu’ils ne connaissent pas. Bref, j’ai adoré ce roman qui donne une bonne alternative aux romans de Conan Doyle. Heureusement, les styles, les héros et les méchants sont suffisamment différents. Ce n’est Sherlock Holmes, non, c’est bien Nayland Smith et Dr Pétrie, face au terrifiant et énigmatique (et un peu caricatural tout de même) Dr Fu Manchu. Un livre qui se dévore et qui vous procure un agréable moment de lecture. Florent OLLIVIER

mercredi 30 septembre 2009

Les cerfs volants de Romain Gary

Depuis la mort de ses parents, Ludo, 10 ans vit en Normandie chez son oncle Ambroise Fleury. Ce dernier est un rescapé de la Grande Guerre et passe désormais son temps à construire des cerfs-volants ce qui lui vaut d’être surnommé « le facteur timbré ». Par un bel après-midi Ludo rencontre Lila Bronicki, jolie aristocrate polonaise qui habite un château voisin. Malgré la différence sociale qui les sépare Ludo va faire le maximum pour être digne d’elle. Pour cela il devra rivaliser avec « Hans » le cousin allemand et avec Bruno le pianiste. Mais grâce à sa fabuleuse mémoire et à son incroyable capacité de calcul Ludo devient le secrétaire du comte Bronicki. Et voilà la seconde guerre mondiale qui sépare Ludo de ses amis, Lila, Bruno, Hans, Tad le frère de Lila et plus tard de son oncle. Ludo lui va s’engager dans la résistance, assister au débarquement et retrouver Lila. Mais Amboise Fleury reviendra- t-il d’Auschwitz ? Quelles répercussions cette guerre a-t-elle eu sur Lila ? Les cerfs-volants revoleront-ils dans le ciel de Normandie à la poursuite du bleu ? J’ai beaucoup aimé ce roman qui nous raconte une histoire d’enfants devenus adulte sous la guerre. Le style de romain Gary est comme souvent direct, clair et facile à lire. J’en ai apprécié les nombreux personnages. Mme Estherazy, de religion juive, maquerelle et donneuse de renseignements à la Résistance. Mr Marcellin Duprat, cuisinier d’exception du Clos Joli, qui résiste à sa manière en continuant son métier même si l’ennemi est son client essentiel pendant la guerre. Mr Ambroise Fleury, ses cerfs-volants et sa manière de voir la vie pour ce rescapé de la 1ère guerre et Résistant durant la seconde. L’ensemble de la famille Bronicki complètement anachronique et qui représente une certaine idée de la noblesse polonaise de l’époque. De plus ce roman est foisonnant de personnages secondaires avec des destins dramatiques tels que von Tiele, Francis… Une partie de ce roman que j’ai trouvée également intéressante concerne l’explication de la mise en place et de l’organisation des réseaux de Résistance à Paris comme en Normandie. Par ailleurs, l’auteur ne cache pas le destin mortuaire des hommes de l’ombre qui ont résisté et de ceux qui ont collaboré. Ce livre qui nous mène du Front Populaire à l’après-guerre suit en fil conducteur l’histoire d’amour entre Lila et Ludo. Histoire faite de patience, de tendresse, de tolérance, et surtout de pardon. Edouard RODRIGUEZ

mardi 29 septembre 2009

Venise en hiver de Emmanuel Roblès

Vers la fin des années soixante-dix, l’Italie paraît en pleine déliquescence. Secouée par les scandales plus ou moins étouffés, saignée par la fuite des capitaux et gangrenée par la corruption jusqu’au sommet de l’État, elle subit la violence quotidienne des attentats terroristes d’Ordre noir et des Brigades rouges. Hélène, une jeune Française de vingt-huit ans, arrive à Venise au début de l’hiver. Ce voyage n’a rien d’un séjour d’agrément. Hélène fuit. Elle fuit Paris, elle fuit un passé que le narrateur nous dévoile peu à peu et dont je ne dirai rien pour ne pas émousser le plaisir du lecteur. Elle a tout abandonné et s’installe chez sa tante mariée à un Vénitien. Au cœur de cette ville singulière, ultime refuge encore à l’écart d’une certaine modernité, elle cherche à renaître, à naître véritablement et à vivre enfin: « Ici, à Venise, je suis arrivée. De tout temps Venise était ma destination. Tout ce qui a précédé ne compte pas. Ne compte plus. N’a jamais compté. » Mais cela ne va pas sans difficultés, ni sans douleurs. Il lui faut échapper à ses déprimants souvenirs, à cette prison où parfois son esprit s’épuisait à tourner. Emmanuel Roblès, ami proche d’Albert Camus, a plus de soixante-cinq ans lorsqu’il écrit ce roman. Dans un style sobre et efficace, il nous dépeint par petites touches la vie quotidienne des Vénitiens. Ceux du peuple qui travaillent dur et brûlent parfois leurs poumons dans les usines de Marghera, la cité industrielle dont les torchères fument en arrière-plan de la lagune comme pour nous rappeler que même la Sérénissime ne peut se soustraire à l’emprise de notre époque ; ceux aussi des milieux aisés, Vénitiens de souche ou d’adoption, aux destins divers et qui vivent cloîtrés dans leurs riches demeures ; et Venise bien sûr, vidée de ses touristes et presque fantomatique dans la brume ou sous la neige, avec une profusion d’instantanés drôles ou pittoresques saisis au vol. Au fil des pages, un suspense savamment entretenu – presque trop pourrait-on dire – maintient l’attention en éveil. L’atmosphère n’est jamais pesante et pourtant on est tenu en haleine. Et le lecteur de s’interroger : est-ce seulement pour Hélène que mon cœur bat si fort ? Sans doute pas, car des craintes bien plus universelles sont clairement mises à nu : la fragilité du bonheur et la versatilité du destin. La vie peut basculer à tout instant et cela n’est pas vrai que pour Hélène. La violence des hommes reste une menace permanente, celle des terroristes bien sûr, mais aussi celle, plus banale, plus insidieuse, des individus prêts à écraser les autres pour assouvir leur égoïsme. Tout au long de l’interminable lacis des calli qu’elle parcourt presque sans relâche, la fragile Hélène, dressée à attendre depuis l’enfance, tente de s’étourdir, de se perdre pour mieux se trouver. Parviendra-t-elle au terme de sa douloureuse métamorphose ? Sortira-t-elle indemne de sa pesante chrysalide et sera-t-elle enfin elle-même, libre et heureuse ? Daniel REYNAUD

mercredi 23 septembre 2009

Le Jeu du Monde de Michel Jeury

En ce XXe siècle, la société terrienne est dominée par les diverses formes de jeu, et repose sur un jeu de hasard central : le Jeu du Monde, qui conditionne la fortune et la situation sociale. Bruno Mansa, excellent entraîneur de Jeu Troyen, est très convoité : d'abord par Fêtes & Territoires, société leader des jeux de rôle qui tente désormais de s'imposer sur le marché des jeux d'action, mais aussi par les Iles de l'Espace, qui développent eux aussi cette forme de jeux. Mais voilà que Mansa obtient un score médiocre au Jeu du Monde : Il a tout perdu, il n'a même plus assez de points pour jouer. Le hasard serait-il truqué ? En tout cas, Mansa doit remonter la pente très vite. Quitte à rejoindre l'un de ces groupes, que ses membres appellent association d'entraide, et les autorités des tricheurs... Le roman est raconté à la première personne par Mansa. Mais si le héros est plutôt sympathique et si on suit avec intérêt son parcours du combattant, ses multiples expériences constituent surtout un fil directeur pour découvrir les différentes facettes de cette société future entièrement organisée autour du jeu : la lutte de pouvoir entre les deux principales sociétés de jeux, qui ne reculent devant aucun coup bas ; la manière dont certains manipulent le système pour augmenter leurs chances ; la fièvre du jeu qui s'empare de certaines personnes, les poussant à jouer maladivement quel que soit leur score ; le dédain que les habitants de l'Espace portent à la société terrienne obnubilée par les jeux, sans se rendre compte qu'eux-mêmes sont en passe de suivre cette même voie... C'est vraiment un monde très riche que nous offre ici l'auteur, plus subtil qu'il n'y paraît de prime abord. D'ailleurs, seules certaines formes de jeux nous sont présentées, d'autres étant juste évoquées, laissant travailler l'imagination du lecteur. Le personnage principal passe par des hauts et des bas sans temps morts, enchaînant les péripéties et entraînant le lecteur à sa suite : S'en sortira t'il ou pas... ? Les phrases sont simples et directes, percutantes. Intéressant et distrayant, voilà un agréable roman de science-fiction qui n'a pas pris une ride. Marie-Soleil WIENIN

vendredi 18 septembre 2009

L'âme de Hegel et les vaches du Wisconsin de Alessandro Baricco

Pour Hegel, "La musique doit soulever l'âme au-dessus du sentiment dans lequel elle est plongée". A l'inverse, selon une étude, la musique symphonique stimulerait la lactation des vaches... De la confrontation de ces deux éléments, Alessandro Baricco tire un essai où il tente de déterminer la place de la musique classique dans la société contemporaine. S'interrogeant d'abord sur la musique classique souvent considérée comme "musique cultivée", il essaie de comprendre l'origine de cette idée de suprématie, et enchaîne sur le thème de l'interprétation, par laquelle selon lui la musique doit être réinventée pour s'inscrire dans l'époque contemporaine. S'ensuit un réquisitoire contre la Nouvelle musique, dite d'avant-garde, qui serait déconnectée du public et de la société, et Baricco en explique les raisons. Enfin, si la Nouvelle Musique s'est fourfoyée, il tente, à travers les oeuvres de Puccini et Mahler, d'analyser les autres voies possibles pour que la musique retrouve tout son sens, en s'ancrant dans la modernité. Il s'agit d'un court essai, rapide à lire, rempli de formules chocs qui tiennent parfois de l'aphorisme. C'est très bien écrit, et la construction est claire : une introduction définissant les termes utilisés, et quatre chapitres abordant chacun une thématique précise. La forme est un peu scolaire, mais le fond est iconoclaste, volontiers provocateur et très affirmatif. Selon qu'on adhère ou pas aux thèses de l'auteur, on passera au fil des pages de la surprise à l'irritation, de l'indignation au scepticisme, du saisissement à l'approbation. Très érudit, ce texte est pourtant fluide, facile à comprendre, et bien que catégorique dans ses conclusions, il est facile de le mettre à distance pour y confronter ou y adjoindre sa propre réflexion. J'ai beaucoup apprécié ce livre, et en particulier l'analyse de l'oeuvre de Mahler, déconcertante car osée, mais qui fait sens au regard de ma perception personnelle. Par contre, j'ai été moins convaincue par certaines idées de l'auteur. Mais il dit lui-même qu'il vise davantage à formuler les questions qu'à apporter les réponses. En ce sens, c'est une réussite. Mes idées, mes certitudes ont été bousculées par cet essai brillant et provocateur, qui suscite la réflexion, tant sur les thèmes abordés que sur d'autres questions - comme la musique populaire (pop, rock, etc.), délaissée par l'auteur, contrairement à ce que laisse entendre la quatrième de couverture. Je le regrette un peu, mais cet ouvrage reste un vrai plaisir de lecture, très stimulant. Fanny LOMBARD

jeudi 17 septembre 2009

L'île du crâne de Anthony Horowitz

David Eliot, un jeune garçon de bientôt treize ans se fait renvoyer de son école... Son père est furieux, si il ne fait pas d'éfforts jamais il ne reprendra sa suite dans sa banque. Et pourtant, après avoir eu six filles, il était heureux d'avoir enfin trouvé un héritier! Quelle déception ! C'est pour cette raison qu'il décide d'envoyer David à Groosham Grange une école de redressement, croit-il ; mais qui abrite en réalité : vampires, sorcières, fantômes, loups-garous...et toute autre sorte de créatures maléfiques. Là-bas, tous les élèves, hormis David et ses deux amis Jill et Jeffrey, sont étranges... Ils utilisent un faux nom, sont toujours sages, portent tous la même bague, mais plus curieux encore, tous les adolescents se lèvent à minuit pour entrer dans la bibliothèque, et y disparaître! Les trois amis, effrayés, se font la promesse d'étre toujours alliées. Mais quand après une dispute, Jeffrey passe brutalement dans le camps des sorciers, Jill et David, apeurés, essayent de s'enfuir ... Tâche pour le moins ardue! Ce roman de littérature jeunesse est très facile de lecture et accessible aux plus jeunesadeptes de romans fantastiques... Il est surprenant et vraiment agréable à lire! Le début est un peu monotone, ennuyeux. Cependant assez rapidement l'action arrive, et va en s'amplifiant au fil de l'histoire... La fin est inattendue et elle m'a beaucoup plu ! En résumé ce livre est plaisant et nous promet de passer de bons moments...
Nolwenn RAULET

mercredi 16 septembre 2009

Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol

Joséphine est la très attendrissante héroïne de ce roman de Katherine Pancol. Elle va découvrir les réelles difficultés de la vie suite à sa rupture avec son mari Antoine qui s’est sauvé avec sa maîtresse pour une nouvelle existence au Kenya. Joséphine se retrouve alors seule face à des factures à régler, des crédits à rembourser, l’éducation de ses filles à faire... Son maigre salaire ne suffit malheureusement pas à subvenir aux besoins de sa famille. En outre, elle endure la présence d’une mère méprisante, d’une sœur égoïste, d’une voisine envahissante... L’idée de surmonter seule ce quotidien la terrifie, elle est complètement dépassée par les événements, et puis Antoine lui manque terriblement. J'ai eu un vrai coup de cœur pour ce roman à la fois moderne et très réaliste, qui aborde de nombreux sujets de société et de moeurs, notamment sur les différentes classes sociales, les mères célibataires, l'éducation des enfants, les problèmes financiers, l’expultion pour cause de loyers impayés, les rencontres sur internet, l'envie de devenir parents, ou encore les problèmes d’incompréhension, de lassitude, d’infidélité, voire de mépris au sein du couple. J'ai bien apprécié l'évolution psychologique du personnage Joséphine qui, au début du roman, s'avérait être une personne fragile, naïve et complexée. Elle se dévalorisait constamment et se laissait maltraiter par ses proches. Par la suite, elle va se métamorphoser en une femme plus affirmée et volontaire, ayant davantage confiance en elle. Elle va puiser dans ses tripes cette énergie et volonté nécessaires pour se battre grâce à l'amour qu’elle porte à ses enfants. Kathrine Pancol nous peint un tableau fascinant des personnages, ils proviennent des milieux sociaux très divers, ce qui rend la lecture vraiment captivante. J'ai trouvé Mylène et Josiane très attachantes, ces maîtresses dans « Les yeux jaunes des crocodiles » se révèlent être des femmes de cœur et de courage. Et puis, il y a Shirley, l’amie de Joséphine, cette adorable mère célibataire qui dissimule bien des mystères. En revanche, vous découvrirez un personnage détestable et insupportable en la petite Hortense. J'ai pris énormément de plaisir à lire cette saga familiale vraiment sensationnelle, c’est un récit contemporain très facile à lire, le roman jouit d'un style agréable et d'une écriture fluide. On se plonge sans conteste avec délectation dans l'œuvre. Ngan Dai BUI

mardi 15 septembre 2009

Piège à fillesde Dashiel Hammett

L'ouvrage comprend deux nouvelles: « Piège à filles » 84 pages et « Un petit coin tranquille » 101 pages. Pour être bref, il est question dans la première nouvelle de secte et de chantage, et dans la deuxième d'un nouveau shériff qui arrive dans un trou perdu et doit s'imposer.Ca canarde et cogne dans tous les coins. Mais les histoires ne sont pas ce qu'il y a de plus intéressant. Ce qui rend Dashiell HAMMET si captivant c'est son style, sa manière de dresser les portraits des personnages et de décrire les lieux et les ambiances. C'est l' Amérique des années trente , les hommes prennent des coups et savent les rendrent, ils ont un gros colt à la ceinture et deux petits calibres dans les poches au cas où. Les femmes sont victimes ou putains, mégères ou manipulatrices. Les personnages sont extrêmement stéréotypés et le style vraiment unique, très accrocheur et évocateur, les images sont originales et varient vraiment du roman classique. Pas étonnant que Dashiell HAMMET ait inspiré le cinéma de genre américain. C'est très dépaysant et original, je ne suis pas persuadé que ce soit de la littérature mais en tous les cas , c'est un monument de style qui est paraît-il, un monument de la littérature américaine. Ca devrait plaire aux mâles.
Gwenaël CONAN

jeudi 27 août 2009

L'affaire Kustermann de Roberto Ampuero

Voilà quatre mois que Cristian Kustermann, fils d'une richissime famille germano-chilienne de droite, a été abattu, dans la pizzeria de Renaca dont il était propriétaire depuis son retour d'Allemagne, quelques années auparavant. Si la police a privilégié la thèse d'un braquage ayant mal tourné, aucun suspect n'a été arrêté. Son père demande alors à Cayetano Brulé, détective privé cubain exilé au Chili, de reprendre l'enquête. Très vite, celui-ci comprend que la victime a été exécutée. Ecartant la thèse de la police, il suit celle d'une vengeance, d'un règlement de compte entre trafiquants de drogue... avant d'apprendre que le jeune homme avait bénéficié, pour son retour au Chili, du programme de protection des opposants d'extrême-gauche. Plus étrange encore : il avait apparemment passé plusieurs années hors d'Allemagne, sans que personne ne sache où il était. Brulé doit donc remonter la piste depuis Bonn pour retrouver la trace de cet homme dont il est bien difficile de cerner les idées politiques... Et l'enquête s'annonce plus délicate et complexe que prévu. Ce roman se lit rapidement : le style est fluide, la langue simple mais agréable, et l'alternance entre récit et dialogues rend l'écriture vivante. C'est une investigation classique : le détective interroge les témoins, déroule les fils de l'enquête, active ses réseaux d'informateurs... Mais la particularité de ce roman tient au cadre - entre Chili, Allemagne et Cuba - et aux thèmes que cela permet d'aborder, qu'il s'agisse du poids des extrémismes politiques, de la lutte des classes, des mouvements révolutionnaires, de l'exil, de l'identité latino-américaine... Sans oublier les personnages, tous bien campés mais éclipsés par le sympathique Cayétano Brulé, détective haut en couleurs, plutôt pauvre mais d'une certaine classe, plein de malice, qui résout ses enquêtes avec tact, intelligence et un grand sens moral. Fidèle lectrice des enquêtes de Cayétano Brulé, je me suis régalée avec ce premier roman mettant en scène le détective. Ce n'est cependant pas le meilleur à mon avis, et certains passages auraient mérité d'être développés. Néanmoins, si l'intrigue est un peu légère, les thèmes sous-tendant le récit, pour délicats et sensibles qu'ils soient, sont abordés avec finesse par l'auteur, qui ne tombe jamais dans le prosélytisme. S'il affirme ses opinions, il permet surtout d'entrevoir en arrière-plan une réalité sociale et politique certes simplifiée, mais pas pour autant simpliste, et donc plus compréhensible. C'est un aspect que j'ai trouvé très intéressant, et ce dans tous les romans de la série. Fanny LOMBARD

mardi 25 août 2009

Le voyage du père de Bernard Clavel

L’histoire se passe au début des années 60. Nous sommes en hiver, perdus dans un petit hameau du Jura. Le père, Quantin, la mère, Isabelle, et leur fille, Denise, préparent les fêtes de Noël en attendant fébrilement Marie-Louise, l’aînée qui est montée à Lyon depuis quelques années pour se faire une situation dans le monde de la coiffure. Isabelle est admirative face à l’ambition de sa fille aînée et de son désir de ne pas rester prisonnière d’une vie qu’elle juge médiocre, au pays. Denise attend cette sœur prodige avec l’impatience d’une petite fille qui espère rencontrer une princesse de conte de fées. Même l’instituteur du village se languit de la visite de sa bien aimée. Quantin, lui, attend sa fille sereinement avec l’assurance tranquille du paysan maître de ses terres, de ses bêtes, en harmonie avec le temps qui passe, imperméable aux accès de mauvaise humeur de sa femme, sensible à la simplicité de Denise et complice des sentiments de l’instituteur. Cette quiétude est brutalement mise à terre par l’arrivée d’un courrier provenant de Lyon. Marie-Louise ne peut pas venir pour les fêtes, son emploi la retient en ville. Toutes les frustrations semblent alors éclater. La panique et l’amertume s’empare des personnages, Isabelle somme Quantin d’aller chercher Marie-Louise et de la ramener à la maison pour les fêtes. Le père entame alors un voyage qui lui ôtera tous ses repères, toute la maîtrise qu’il pensait avoir sur sa vie et celle des siens, ses certitudes réduites à néant. On pourrait presque voir dans ce roman l’antagonisme entre la nature et la culture. Clavel nous embarque dans une errance. Ici, la quête d’un père pour retrouver sa fille devient une descente aux enfers au fur et à mesure que l’on avance dans le roman. Clavel met de la force dans le personnage de Quantin qui reste debout pour aller jusqu’au bout tout en sachant préserver les siens. Il affronte seul les manques qu’il a eu en tant que père. Les descriptions de Clavel sont nettes, précises, colorées. Ce grand voyageur sait de quoi il parle, il s’attache à décrire les lieux parce qu’il les connaît, il s’attache également à décrire les personnages, leur façon d’être, leur peur, parce qu’il semble les connaître aussi. Christine BENASSAYA

jeudi 20 août 2009

Le long crépuscule de Keith J. Laumer

Une nouvelle centrale expérimentale de télétransmission d’énergie vient d’être lancée. Parallèlement, une gigantesque tornade défiant toutes les données météorologiques connues se forme au dessus de l’océan. Mais personne ne fait le lien immédiatement. Personne, hormis deux « hommes » singuliers. Deux extra-terrestres coincés sur Terre depuis douze siècles, deux frères d’arme devenus ennemis mortels qui se sont opposés régulièrement au fil des âges et vont le faire une nouvelle fois... Voilà un livre très prenant. L’auteur ne nous décrit jamais les sentiments des personnages, mais bien que pour leur entourage ils semblent des hommes froids et mystérieux, on s’attache tout de suite à eux et on les comprend. Physiquement, ce sont des surhommes, immortels et dotés d’une grande force physique, mais tous deux s’attachent à ne jamais blesser le peuple de leur terre d’adoption, s’attirant la loyauté de ceux qui les côtoient. Le livre alterne les passages relatant les péripéties des deux personnages avec des flash-back du passé. Grayle/Thor, emprisonné dans un pénitencier fédéral depuis la Guerre de Sécession, décide soudain de s’évader et sera poursuivi par les autorités. Falconer/Loki, vieil homme fatigué, retrouve soudain une nouvelle jeunesse et se lance dans un voyage au Nord, empruntant des routes voisines de celles de son ancien compatriote. On devine bien vite l’existence d’un troisième paramètre dans l’équation, mais celui-ci ne sera révélé que lors du final, où va se jouer le sort de la Terre et où les énigmes seront résolues. En attendant, pour nous tenir en haleine, l’auteur nous dilue à petite dose les éléments permettant de comprendre comment les deux extra-terrestres sont devenus ennemis et comment ils ont vécu et se sont affrontés depuis leur arrivée sur la Terre. Le livre ne manque pas d’action : Les voyages des deux hommes ne seront pas de tout repos. Mais ce qui est surtout intéressant, c’est de découvrir comment on est arrivés dans cette situation et comment elle va enfin être résolue, ce qui va advenir des deux hommes engagés dans une lutte éternelle qui semble leur peser autant à tous deux, car ils étaient amis autrefois. L’atmosphère est prenante, la catastrophe étant imminente. Le style est fluide et les événements s’enchaînent parfaitement, nous entraînant avec eux vers une fin très belle. Un sans faute ! Marie-Soleil WIENIN

mercredi 19 août 2009

Le pavillon d'or de Yukio Mishima

Mizoguchi, bègue, vit chez son oncle à Yasuoka pour des raisons scolaires. A l’école son bégaiement lui vaut d’être la raillerie des autres. Son père est bonze dans un temple dont il dispose les droits. Sentant son mal de poitrine faire des progrès effrayants, le père décide d’emmener Mizoguchi dans la région de Kyoto pour visiter un temple du 14ème siècle, le Pavillon d’Or, et d’autre part le présenter à son ami le Prieur Tayama Dôsen. A brûle pour point, Mizoguchi est déçu par le temple car d’après les descriptions faites jadis il s’attendait à plus de beauté. Par contre Dôsen promet de s’occuper de Mizoguchi au décès de son père. De retour à Yasuoka deux événements vont survenir dans la vie de Mizoguchi. Primo,il comprend que la beauté Pavillon d’Or est visible quant il est considéré dans son ensemble et, secundo son père meurt d’une hémorragie. Selon les dernières volontés de son père, Mizoguchi entre comme novice au temple du Pavillon d’Or. Durant cette période, il se fera un ami : Tsurukawa qui ne se moque pas de son défaut de prononciation. Mizoguchi voit se développer en lui beaucoup d’interrogations sur la beauté et assiste au Temple à une scène étrange entre un jeune officier et une belle jeune femme. Quand sa mère lui annonce qu’elle a tout vendu même les droits du Temple de son père, Mizoguchi n’a plus qu’un objectif devenir Prieur du Pavillon d’Or. En d’autres terme devenir le successeur Prieur Tayama Dôsen. En 1947, Mizoguchi rentre à l’Université et se lie d’amitié avec Kashiwagi qui a les pieds bots. Chemin faisant, Tsurukawa décède, la belle jeune femme du Temple réapparaît, le Prieur traîne avec une geisha et tout cela amène Mizoguchi à se poser des questions sur la vie du Temple et sur son utilité, sur la beauté des choses et des êtres. Jai énormément apprécié les descriptions simples et réalistes de la campagne japonaise, de la forêt et de la mer. Les us et coutumes de la cérémonie religieuse de l’enterrement sont des découvertes intéressantes pour qui comme moi ne les connaît pas. Les passages dédiés au Pavillon d’Or, lieu central du livre y sont saisissants. Le Pavillon d’Or y est décrit dans les moindres détails, à différentes saisons, de nuit comme de jour, avec des touristes mais aussi dans son côté le plus tranquille. J’ai trouvé parfois que tant de détails alourdissaient le livre. J’ai beaucoup aimé les expressions « oubli dans le sommeil », « ouverture de la règle », « session du gruau de riz » et d’autres encore qui correspondent toutes à un moment de la journée du moine. Un paradoxe saute aux yeux du lecteur, ce livre évoque beaucoup la beauté au travers de l’architecture, de la musique, des fleurs alors que l’auteur a voulu que deux des principaux personnages ne soient pas beaux et atteints de problème (bégaiement pour l’un et pieds bots pour l’autre). A méditer également les deux petits passages sur le comportement imbécile des Américains pendant leur occupation du Japon. Edouard RODRIGUEZ

lundi 17 août 2009

Garce d'étoile. Sur les chemins de Compostelle de Hervé Bellec

Dans ce récit, Hervé Bellec nous invite à le suivre sur le chemin de Compostelle, au départ de Brest. Il quitte ainsi, par un beau matin d’août, son bar de la place Guérin, pour ce rite initiatique. Sans trop savoir pourquoi… Avec pour compagnons son bâton de pèlerin, en orme de l’Aber Wrac’h, s’il vous plaît, sculpté par son copain Marcel, son short en jean et ses baskets sur coussin d’air. Il va nous livrer en toute sincérité un fabuleux journal de bord retraçant ses pérégrinations le long de la côte atlantique, puis à travers les Pyrénées et le nord de l’Espagne. Au programme, rencontres hétéroclites, endroits fantastiques, idées noires et pensées joyeuses. Un jour le moral est dans les baskets, qui n’ont plus leur éclat du premier jour, le lendemain il frôle la transe. Toute la gamme des émotions va y passer. Pour notre plus grand bonheur. Hervé Bellec est un poète moderne. À la fois naïf et tranchant, terriblement drôle et profondément émouvant, pétri d’autodérision, son style ne laisse pas indifférent. Cet auteur viscéralement attaché à sa terre, à ses racines, aime la Bretagne, et la raconte si bien. Celle de son enfance près de Rostrenen, celle de sa jeunesse dans les années 70, celle des réalités des années 80. On se délecte de ses expressions typiques des lieux et des époques. Véritable puits de savoir, il ponctue ses récits d’anecdotes truculentes. Et il s’intéresse à l’humanité, ainsi qu’à ses travers, qu’il souligne avec un réalisme bouleversant. Bien plus profond qu’un simple récit de voyage, cet ouvrage est un vrai régal, que je ne saurais que conseiller aux amateurs de découverte, d’émotion, d’humour, de Bretagne, et à tous les autres ! Delphine HAMON

lundi 10 août 2009

La pêche à la truite en Amérique de Richard Brautigan

La pêche de la truite en Amérique ne ressemble à aucun autre livre. Il est étrange, farfelu, déconcertant. Ni cannes, ni moulinets, ni asticots, il n’est pas question ici des usages et pratiques de l’art de la pêche, ni en Amérique ni ailleurs. Cet ouvrage se définit d’abord facilement par ce qu’il n’est pas. Composé d’une cinquantaine de textes courts, il ressemble à un recueil de textes en prose ou de nouvelles. On ne saurait trancher. Aucune logique habituelle, aucun schéma narratif usuel ne semble le gouverner. Rien n’est fait pour apaiser un lecteur trop pressé d’étiqueter l’ouvrage. Pourtant la magie opère instantanément. Le lecteur est emporté par le style naïf, sans aucune complexité, sans esbroufe, d’où naît une poésie à nulle autre pareille. L’écriture est basée sur la simplicité : des phrases courtes, des dialogues de la vie de tous les jours retranscrits tels quels. L’œuvre est pourtant déconcertante, tellement éloignée du sens commun et de la raison usuelle. Richard Brautigan est maître de la métaphore incongrue et des comparaisons désarçonnantes. Au gré de son humeur, il brinquebale avec lui le lecteur dans les bars ou sur la route, au pied des statues ou dans un magasin de bricolage. Son capharnaüm artistique est plein d’histoires abracadabrantes, d’amour, de douleur et de tendresse, de solitude ou plus simplement d’anecdotes de la vie courante. Avec Sucre de pastèque, le lecteur croit se retrouver en pays connu. Il y a bel et bien une histoire, un début et une fin, un déroulement. Mais là aussi, Richard Brautigan mène la danse pour notre plus grand plaisir. La fantaisie est au rendez-vous. Jacky GLOGUEN
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lundi 3 août 2009

Moi, Charlotte Simmons de Tom Wolfe

Charlotte Simmons est une célébrité dans sa ville de Sparta en Caroline du Nord. Ses exceptionnelles capacités intellectuelles lui permettent en effet d’intégrer la prestigieuse université Dupont. Elle va enfin pouvoir s’adonner à sa passion des études sans honte. Enfin c’est du moins ce qu’elle croit. Parce qu’elle va vite s’apercevoir que dans cette université l’alcool, le sexe et les fêtes ont une place bien plus importante dans l’esprit des étudiants que les études. Pas facile d’être différent et surtout de l’assumer. Même pour une jeune fille aussi volontaire et déterminée que Charlotte Simmons! Dès son arrivée à l’université, elle constate qu’elle dénote complètement des autres étudiants de par ses origines provinciales (elle vient d’un coin perdu dans les montagnes), son milieu social (modeste voire pauvre) et sa conception de la vie (elle est complètement innocente des choses du sexe et ne peut admettre que l’on puisse se laisser aller à boire de l’alcool au point de ne plus savoir ce que l’on fait). Du coup, elle se retrouve seule et a beaucoup de mal à l’accepter. Pourtant quelques étudiants sont comme elle mais leur amitié ne lui suffit pas : il lui faut la reconnaissance des gens « cool » qui sont « la référence » du campus. Il va sans dire qu’elle rêve aussi de clouer le bec à ceux qui se moquent d’elle, persuadée qu’elle est de pouvoir être acceptée malgré sa différence. Alors quand l’occasion se présente, peut-elle vraiment résister ? Mais n’est ce pas un peu jouer avec le feu? Même si les faits racontés peuvent paraître parfois un peu caricaturaux, cette envie de se fondre dans la masse est très réaliste, mais le constat est effrayant : un individu brillant a vite fait de devenir quelconque. Et tout cela pour que le regard des autres change et qu’il soit reconnu socialement…Cela mérite réflexion… En tout cas le personnage de Charlotte ne nous laisse pas indifférent, nous touchant mais aussi nous agaçant par sa naïveté, son orgueil mal placé. Avec beaucoup de talent l’auteur s’est attaché à nous faire partager les pensées intimes des autres personnes qui gravitent autour d’elle nous permettant ainsi de mieux comprendre leur comportement, ce que j’ai trouvé très intéressant et instructif. Nous avons ainsi un aperçu non seulement des sentiments de différents types d’étudiants mais aussi du système universitaire dans son ensemble avec ses excès, ses préjugés, ses dangers et les conséquences de tout cela sur l’avenir de chacun. Grâce à un style fluide, y compris dans les passages où l’auteur s’amuse à nous parler « patois fuck » (quand on pense qu’il a plus de soixante quinze ans !), on se laisse emporter par ce roman de plus de mille pages sans même s’en rendre compte. En conclusion, je me suis régalée de cette peinture au vitriol de la société américaine au ton acide et un tantinet provocateur. Nicole Vougny

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