A l'invitation du résident général de France au Maroc, le général Lyautey, Edith WHARTON a
visité le Protectorat en 1917. Elle écrit le premier guide touristique du Maroc sans photographies et sans illustrations. Son périple la conduit de Rabat et Salé à Marrakech, après être passée par Volubilis, Moulay-Idriss, Meknès et Fès. Avant d'assumer son rôle de thuriféraire de l'oeuvre coloniale de Lyautey, elle dépeint les cérémonies traditionnelles et la vie des harems, la claustration des femmes et l'esclavage. Elle finit son ouvrage par l'évocation de l'architecture et de l'histoire marocaines.
Il ne s'agit pas du récit d'une exploratrice, Charles de Foucauld l'avait précédée en cela en 1883-1884, mais d'une évocation précise et documentée de ses périples facilités par ses relations. L'auteur a réussi la gageure de rendre son voyage captivant par son style aux images somptueuses et ses références culturelles très lestées. C'est une New- Yorkaise de la haute société et de grande culture qui nous expose ses considérations et ses impressions sur un pays claquemuré sur ses traditions.
L'intérêt de son livre écrit par une authentique romancière est qu'elle nous présente le Maroc mystérieux et féodal de jadis qui s'ouvre avec réticence aux influences occidentales.
Au lecteur de juger si elle n'est pas trop dépendante de l'influence coloniale française et si elle a vraiment pu partager avec le peuple marocain.
Gwenael Conan
vendredi 27 mars 2009
jeudi 26 mars 2009
Le bal des louves Tome II de Mireille Calmel
Nous sommes en 1531 et la vengeance d'Isabeau n'a pu être accomplie. Elle et sa fille ont retrouvé un mode de vie normale à Paris. Isabeau est devenue lingère du roi François Ier et tient une boutique où elle taille et brode les plus beaux tissus de la Cour.
Sa fille Marie quant à elle est très appréciée par les personnes de la Cour des Miracles. Mais elle
passe son temps à faire des « pieds de nez » à la police du roi avec son ami d'enfance, Constant, fils du nain Croquemitaine. Mais, un jour de printemps, leur vie tranquille bascule. En effet, un nouveau personnage arrive à Paris – pas si nouveau que cela en fait – il ne s'agit d'autre que de François de Chazeron, il vient d'être nommé chargé de justice. Et s'ensuit comme, on peut l'imaginer une nouvelle traque. Isabeau a peur, mais c'est l'occasion qu'elle attendait pour pouvoir enfin mener sa vengeance à terme. Qui sera le vainqueur et Isabeau arrivera-t-elle à survivre ?
Ce livre, qui est le tome 2, ne perd rien à la magie du tome 1. Mireille Calmel arrive à garder la même attention du lecteur. Ce tome-ci est même plus poignant puisque malgré un retour à la vie normal d'une des victimes de François de Chazeron, elle va quand même tout faire pour rendre enfin la justice. Ce qui est assez ironique d'ailleurs puisque le bourreau n'être autre que le nouveau chargé de justice de Paris.
Mireille Calmel arrivera toujours à me tenir aussi passionné par ces livres et heureusement celui-ci n'est pas le dernier. Dans ce tome-là, on se sent évoluer à la Cour des Miracles, célèbre bastion des voleurs, brigands en tout genre de Paris. Mais pas seulement, François de Chazeron pensait avoir surmonté la vengeance d'Isabeau mais il se trompe, il pensait être au Purgatoire mais va vite découvrir que cela n'est autre qu'un prémisse à son arrivée, plus que rapide à son goût, à la porte des Enfers. Et on pourra enfin, nous lecteurs, apprécier à sa juste valeur la vengeance de cette femme hors du commun qui à réussit à survivre pour pouvoir enfin se battre.
Elodie RENAULT
mardi 24 mars 2009
Le foyer breton de Emile Souvestre
Le narrateur passe ses journées de rêverie dans la ferme des nids et alentour.
Le soir il écoute les histoires, les leçons et les chants qui se développent près de l’âtre. Ce livre rassemble quelques vingt cinq contes glanés au gré des rencontres dans cette Bretagne du XIXème siècle.
Bien que Dieu, Diable et préceptes chrétiens sont omniprésents, on y voit apparaître en alternance, princes et princesses, animaux munis de pouvoirs surnaturels, ogre et sorcière, nains et korrigans, revenants et malédictions. Tout cela baigne dans une atmosphère de justice divine, de punition par le Diable (le vieux Guillaume), d’infidélités misent à l’épreuve, de nains tourmenteurs.
Quels vont être les sorts de ces amants qui n’ont pas grâce aux yeux des pères
de leurs belles ?
Quelles dynamiques secouent ces fratries héritières de biens matériels ou
d’autres avantages ? Qui sont ces animaux magiciens donneurs de leçons ou de qualités ésotériques ? Ce florilège de contes abscons qui peuvent paraître d’un autre temps voire d’une autre dimension, garde une fraîcheur d’innocence sinon d’incrédulité. Les personnages hormis leurs rapports humains ancestraux côtoient un monde que l’on dirait de nos jours imaginaire, mais dont ils subissent réellement les effets, soit pour les sauver de quelque perdition, soit pour les punir le plus souvent de n’avoir pas su observer les règles divines que nul n’est censé ignorer suivant l’état d’esprit que l’auteur a cru bon de mettre en scène. On ne peut s'empêcher de rapprocher cette mise à jour des traditions orales des légendes rustiques de George SAND où le pittoresque des situations mêlé à un ésotérisme rural naïf laisse songeur et donne comme un regret de ne pas les avoir vécues. On se prend a visionner tout au long du déroulement de ces histoires un film coloré de relents campagnards où les effets spéciaux venant à la rescousse de l'auteur leur donneraient une véracité de rêves cauchemardesques.
Le rythme de ces contes va croissant au fur et à mesure de leur lecture. Sur fond de rencontres fortuites mais recherchées par le narrateur qui nous les fait vivre, vont crescendo : la précision des faits, la densité des histoires et l’insolite des événements d’une époque révolue. Le style d’écriture est clair et accrocheur, seule la trame vécue par le narrateur doit conduire à lire le conte qui suit comme une collection d'anecdotes qui révèle une atmosphère où l'on ne sait trop si le désir de se faire peur n'était pas finalement communément répandu. La découpe de l’ensemble a été faite par pays breton visité, ce qui ancre chacune de ces historiettes dans une tradition propre et localisée géographiquement. Ces contes ne manquent pas de surprendre par leur diversité et un mélange de genres savoureux.
Frédéric MOLLICA
mercredi 18 mars 2009
Les crimes célèbres de Alexandre Dumas
Ce livre présente quatre récits tirés des "Crimes Célèbres", recueil publié en 1840 par Alexandre Dumas. Comme le titre l'indique, il y relate des affaires criminelles restées célèbres dans l'histoire. Les textes réunis ici sont consacrés à la Marquise de Brinvilliers - qui avec l'aide de son amant, empoisonne son père et ses deux frères hostiles à cette liaision afin d'hériter de leur fortune -, la Marquise de Gange - femme douce et fidèle assassinée par ses beaux-frères, aux avances desquels elle résiste -, Murat - ancien Maréchal de Napoléon et ex-roi de Naples banni de France, arrêté et exécuté en
tentant de remonter sur le trône - et la Comtesse de Saint-Géran - dont l'enfant sera la proie du marquis de Saint-Maixent, criminel en fuite et amant de la soeur du comte qui, si celui-ci était sans descendance, hériterait de toute sa fortune...
On retrouve dans ces brefs récits tout ce qui caractérise l'oeuvre de Dumas : l'attrait pour les anecdotes et épisodes qui font l'Histoire, un style essentiellement narratif, privilégiant l'action loin de toute introspection, un ton souvent épique qui rejoint le genre de cape et d'épée et met l'accent sur les rebondissements... Le tout dans une écriture agréable, bien que parfois un peu lourde, mais où l'action est menée tambour battant. On sent un vrai travail de recherche, et les références documentaires freinent parfois un peu la fluidité de la lecture. Mais bien qu'il se contente d'énoncer les faits, notamment à l'aide des minutes des procès ou de lettres d'époque, on ne s'ennuie pas une seconde. Comme toujours, les personnages de Dumas sont spectaculaires : qu'ils soient flamboyants, lâches ou héroïques, on est forcément happés par leurs histoires, bien qu'on y trouve parfois un certain manichéisme.
J'ai beaucoup aimé ce livre, qui m'a permis de lire autre chose que les grands classiques de Dumas que l'on connait. Résumer chaque récit serait trop long, mais j'ai été particulièrement saisie par celui consacré à Murat. Assez atypique par rapport aux trois autres, les dialogues y sont très présents, mettant en relief le caractère de l'homme, à la fois attachant et admirable de dignité. Mais de manière plus générale, j'ai surtout remarqué que ces textes semblaient vraiment poser les jalons des futures oeuvres de l'auteur : les germes du "Comte de Monte-Cristo", de "La Reine Margot", ou du "Vicomte de Bragelonne" sont indéniablement présents. Et cet aspect très intéressant donne à lui seul une bonne raison de lire ces "Crimes Célèbres".
Fanny LOMBARD
mardi 17 mars 2009
Les disparus de Saint-Agil de Pierre Véry
Printemps 1914. Trois collégiens de Saint-Agil ont formé à l’insu des surveillants une association secrète. Leur nom : Les Chiche-Capon. Leur but : S’enfuir en Amérique. Leur boîte à lettres : Le squelette Martin dans la salle de sciences naturelles. Les trois inséparables amis n’ont aucun secret l’un pour l’autre. Aussi, quand le rêveur Mathieu Sorgue disparaît inexplicablement du pensionnat, pour envoyer quinze jours après une carte postale de Chicago, ses amis sont plutôt
vexés. Mais quand Philippe Macroy disparaît à son tour dans des circonstances similaires, le futé André Beaume se rend compte de certaines anomalies. Et s’il ne s’agissait pas de fugues ? Le voilà déterminé à résoudre ce qu’il va appeler “le mystère de la croix grecque”. D’autres événements énigmatiques et angoissants vont suivre…
Ce grand classique de la littérature policière jeunesse va tambour battant : escapades nocturnes, codes secrets, mort suspecte, l’action ne faiblit jamais. Le mystère non plus, au contraire : De chapitre en chapitre, la situation - qui parait simple de prime abord - devient petit à petit de plus en plus complexe ; les hypothèses se multiplient, les suspects aussi, jusqu’à ce que le lecteur soit embrouillé dans un sac de nœud inextricable qui ne sera démêlé que dans les dernières pages. Les plus malins auront peut-être débrouillé d’eux-mêmes les divers nœuds de l’énigme, mais je suis pour ma part restée perplexe jusqu’aux explications finales.
L’écriture est simple et fluide, et se fait oublier au profit de l’intrigue. Les trois adolescents, dont nous sont dévoilés petit à petit les secrets et les rêves, sont très attachants. On découvre aussi en toile de fond la vie de tous les jours au pensionnat de Saint-Agil en cette période où couve la Première Guerre Mondiale, à travers une galerie de personnages pittoresques, qu’ils soient élèves (le cafardeur, l’éleveur de hanneton…) ou adultes (Le surveillant sympathique, l’économe qui connaît mieux les élèves par leur numéro que par leur nom, le préfet de discipline craint car il a la réputation de ne jamais dormir…).
Au final, ce court roman se dévore en un clin d’œil, tout d’une traite !
Marie-Soleil WIENIN
lundi 16 mars 2009
Cristal qui songe de Theodore Sturgeon
Un petit garçon nommé Horty, se fait renvoyer de l’école car il mange des fourmis. Maltraité par ses parents adoptifs, il s’échappe de la maison et se retrouve par hasard, dans un camion de cirque ambulant.
Il va rester plusieurs années dans ce cirque avec des personnages particuliers (des nains, un homme-serpent etc) et le féroce directeur, qui collectionne des cristaux, moitié vivants, moitié minéraux.
Un livre étrange ! que j’ai beaucoup aimé, surtout au début. L’auteur nous tient en haleine, et on a toujours envie de savoir ce qui va se passer par la suite.
Ce livre commence comme un récit réel, mais peu à peu, sournoisement, on ne sait plus très bien, si on est dans la réalité ou dans un autre univers.
Pourtant, il ne se passe pas grand-chose et l’arrivée brutale d’autres personnages, au milieu du livre, (malgré leur nécessité dans l’histoire) coupe un peu le fil du roman. Quant à la fin, elle traine en longueur, pour arriver à un dénouement pas très original à mon avis.
Cependant, l’auteur a une imagination merveilleuse, pour inventer une histoire pareille avec de nombreuses précisions sur l’état des cristaux et les sentiments des personnages.
Il vaut vraiment la peine d’être lu.
Hélène SALVETAT
mercredi 11 mars 2009
Hopital souterrain de Hervé Jaouen
Lors d’un séjour en famille à Jersey, une petite fille disparaît au cours de la visite de l’ancien hôpital souterrain de l’île, construit pendant la guerre par les Nazis. Un endroit qui fait froid dans
le dos… Et lorsqu’en plus on sait que Jersey est célèbre pour ses sorcières, que des tas d’ouvrages sur le sujet y remplissent les rayons des librairies, que le père de la fillette a tendance à beaucoup cogiter, et que son épouse, avec qui il ne s’entend plus, se comporte de manière égoïste et imprévisible, rien d’étonnant à ce que cet homme fou de sa fille devienne paranoïaque après ce tragique événement…
Au fil des pages de ce roman à l’atmosphère étrange, voire oppressante, flirtant avec le fantastique, on découvre des personnages mis à nu par l’auteur, qui n’hésite pas à nous offrir en détail leurs sentiments, leurs sensations, leurs pensées, même les moins reluisantes, avec une précision époustouflante. Il nous entraîne dans les méandres de l’esprit d’un homme angoissé, dans celui d’une petite fille aussi, toujours avec la même efficacité.
Avec Hôpital souterrain, qui a obtenu le Grand Prix de la Littérature policière, Hervé Jaouen nous montre une fois de plus ses talents d’écrivain aux multiples styles. On le connaît surtout pour ses fabuleux récits de voyage sur l’Irlande, pour ses polars noirs aussi, ici on le découvre dans un roman à suspense émouvant laissant une grande place à l’analyse psychologique, genre dans lequel décidément il excelle également !
Et surtout un conseil, lisez-le jusqu’à la dernière ligne, vous en resterez scotché !
Delphine HAMON
mercredi 4 mars 2009
L'inconnue de las Vegas de Jacques Sadoul
Troisième roman de la série du cycle Carol Evans, ex-agent spécial de la CIA à la sexualité ambiguë, sarcastique et violente, surnommée la tueuse par les anciens du Vietnam où elle a passé deux années.
Sur fond de guerre froide, Carol doit se rendre à Las Vegas, capitale mondiale des paillettes mais aussi du jeu et de la prostitution, afin d’élucider l’assassinat d’un agent de la CIA qu’elle détestait
ouvertement du nom de Kevin Matthews.
La veille, Matthews avait été retrouvé mort d’une balle en plein cœur, dans sa chambre d’hôtel après avoir assisté avec des amis à un match de boxe féminin. Qui aurait pu en vouloir à un agent de la CIA en permission ? Surement des centaines de personnes mais Carol découvre qu’il faisait des investigations sur sa fille, qui avait fugué d’une institution dans laquelle elle se trouvait depuis son plus jeune âge.
Et nous voilà en voyage à travers les réseaux de prostitution de las Vegas. Sadoul ne porte en aucun cas un jugement quelconque à leur encontre. Il s’agit d’un roman assez léger, sans engagements.
Même la violence de Carol est palpable dans toutes les pages du roman, mais on lui pardonne presque, c’est normal pour un ex-agent spécial d’action de la CIA. Pour eux, la fin justifie les moyens même si ceux-ci passent par les coups, le sang et finalement la mort. Ce ne sont que des malfrats qui meurent, donc finalement c’est une bonne chose.
En plus de Carol Evans on y trouve d’autres personnages déjà connus des fans de la série, comme Amanda Greenwood, protagoniste du premier roman du cycle « L’héritage Greenwood ».
Etant une férue amatrice de romans policiers, j’ai beaucoup aimé ce récit que se lit très vite, grâce à son écriture rapide, à ses dialogues omniprésents. Jacques Sadoul ne s’attarde pas sur les descriptions. Il s’agit d’un vrai livre d’action.
Marie Leveziel
lundi 2 mars 2009
Rabbit rattrapé de John Updike
L’année 1969 aux Etats Unis. Les Américains sont engagés aux Vietnam et 40 000 soldats y sont déjà morts. La contestation enflamme les universités et le système économique subit l’inflation. Le mouvement afro-américain des droits civiques s’amplifie et à l’assassinat de Martin Luther King succède celui de Robert Kennedy. La décennie qui s’achève est une période d’incertitude et de doute. Les premiers pas de Neil Amstrong sur la Lune ne cachent rien du renversement des valeurs traditionnelles de la way of life.
En Pennsylvanie, dans la petite ville de Brewer, Harry Angstrom, surnommé Rabbit, est linotypiste. « C’est un brave gars raciste et impérialiste typique » à l’image de tous ces américains de la classe moyenne. Sa femme s’ennuie et elle boit. Elle prend un amant et retrouve un peu de sa joie de vivre. Quand elle le quitte, le laissant seul avec son fils Nelson, Harry se trouve désemparé : quelque chose lui échappe, la marche du monde lui est devenue totalement étrangère.
Son chemin va croiser celui de Jill, une frêle adolescente de la haute bourgeoise qui est en fuite, et celui d’un jeune soldat noir démobilisé qui est recherché par la police, Skeeter. A la fois fasciné et dégoûté, troublé, Harry les héberge. L’amour libre et la drogue côtoient pendant plusieurs semaines leurs discussions politiques. Au final, l’unité de cette nouvelle famille est réconfortante mais désastreuse.
En ne choisissant pas un intellectuel ou un artiste pour héros de son roman, John Updike réussit à nous rendre très proche le tumulte des années 60 aux USA. Avec Harry, son héros si attachant, il nous touche et nous étonne. En Skeeter il dépeint un déconcertant et effarant jeune noir, à la fois prédicateur inspiré de religiosité rudimentaire et imbibé de drogue, plein d’illusions, de grandeur et de colère, d’indignation et de rage.
Le style de John Updike est limpide et facile. Les dialogues sont vifs, parfois émaillés d’un beau vocabulaire trivial qui nous rend plus vivant l’impétuosité des désirs sexuels ou des colères noires de ses personnages.
La lecture de ce gros roman de 500 pages qui succède à Cœur de lièvre, est un plaisir de bout en bout.
Jacky GLOAGUEN
vendredi 20 février 2009
La courte lettre pour un long adieu de Peter Handke
Fin avril, le narrateur descend à son hôtel de Providence, ville située près de Boston aux Etats-Unis. Là on lui remit avec la clé de sa chambre une lettre de Judith, sa femme. Cette
dernière qui se trouve à New York veut rompre.
Du coup notre narrateur commence un long chemin d’Est en Ouest sur le continent américain à la recherche de sa femme.
Ce périple va l’emmener, entre autre, à Phoenixville pour voir Claire une ancienne amie. Puis à Saint-Louis, chez des amis de Claire. Chemin faisant il décide d’aller voir son frère qui réside dans l’Oregon et tout cela bien entendu en suivant à distance sa femme.
Mais qu’adviendra t-il lors des retrouvailles avec Judith à TwinRocks ?
J’ai trouvé ce roman désolant et même très ennuyeux à lire. On se perd dans cette histoire sans saveur particulière plutôt bancale à mon goût.
De plus les personnages ne sont guère « attractifs » et ont des caractères sans relief voire fade.
Le seul point un peu positif sont les rares descriptions des paysages que nous fait découvrir le narrateur en parcourant les Etats-Unis d’Amérique .
En résumé un livre qu’il m’a été pénible de lire (et même de finir) car vraiment trop banal et sans grand intêret.
Edouard Rodriguez
jeudi 19 février 2009
Bubble gum de Lolita Pille
D’une part, il y a Manon, une belle jeune femme d’origine modeste, qui aspire comme tant d’autres filles de son âge à devenir un jour actrice. Elle se sent affreusement lasse dans sa vie immuable de serveuse dans le café provincial de son père où y fréquentent que de vieux ivrognes. Le soir de ses vingt-et-un ans, elle décide de fuir son sinistre quotidien pour la capitale, la ville lumière dans laquelle tous les rêves sont permis et espère ainsi concrétiser le sien.
D’autre part, il y a Derek Delano, un beau et jeune héritier milliardaire qui se drogue et se laisse tomber dans une déprime profonde et chronique tellement l’ennui le ronge jusque dans ses
entrailles. Un jour, il décide de briser, détruire une vie, celle d’une innocente personne juste pour se divertir un peu… Et il rencontre Manon…
J’ai découvert cette nouvelle auteure française, Lolita Pille, grâce à « Hell », un roman fort intéressant que j’ai beaucoup aimé, et je ne suis point déçue en découvrant « Bubble Gum ». Toujours fidèle dans son registre d’écriture âcre et cynique, on a l’impression que Lolita Pille cherche à faire réagir les lecteurs/lectrices sur des sujets qui semblent lui porter très à cœur, notamment concernant une certaine jeunesse issue d’une classe sociale très privilégiée qui n’a plus grande chose à espérer de la vie. En effet, son personnage de Derek Delano, né avec une cuiller d’argent dans la bouche, ne sait plus quoi faire ou inventer pour apprécier son existence, il ne sait plus quoi souhaiter ou désirer puisqu’il possède déjà tout. L’ennui est donc devenu son véritable ennemi et finalement, il est bien plus malheureux qu’heureux avec sa grande fortune. Il devient insensible à tout ce qui l’entoure, autant le matériel que les gens.
Par l’intermédiaire de l’autre personnage du récit nommé Manon, Lolita Pille pointe du doigt toute une génération d’aujourd’hui qui rêve d’accéder à la célébrité et la gloire, notamment en exerçant le métier de mannequin ou actrice, un milieu qu’on définit comme superficiel. Et ces jeunes filles qui seraient prêtes à se damner pour en faire partie, appartenir à ce monde où il n’y a que l’apparence qui compte. L’histoire est plutôt tragique pour le cas de Manon, elle va tomber dans la déchéance et va récolter la désillusion et non le strass et les paillettes.
L’auteur donne alternativement la parole à Manon et Derek qui nous permet de saisir la mentalité de chacun. L’histoire est dérangeante dans son contenu, on se sent mal à l’aise la plupart du temps, on est souvent choqué. Ce roman est très moderne, original et rythmé, on est effectivement essoufflé en arrivant à la fin des phrases qui sont souvent longues, mais le récit est très bien écrit.
Ngan Dai BUI
mardi 17 février 2009
Lakota Woman : Ma vie de femme sioux de Dog Mary Crow
Mary Crow Dog, née Brave Bird, nous relate sa vie de femme sioux engagée.
Elle évoque son enfance misérable, sa scolarisation forcée, l'attitude condescendante et franchement hostile des Blancs à l'endroit des Amérindiens.
Les forces de l'ordre et les corps constitués marinent dans la mauvaise foi et la partialité lorsqu'il
s'agit de traiter les différends entre Primonatifs et Blancs. Que de meurtres, de viols, de spoliations impunis, que de traités bafoués! Les Sioux marginalisés sombrent dans l'alcoolisme et la violence domestique.
A l'exemple des Noirs Américains, les Indiens créent leur mouvement revendicatif: l' « American Indian Movement ».
Mary Crow Dog a participé en 1972 à l'occupation du bâtiment du Bureau des Affaires Indiennes et en 1973 au siège de Wounded Knee où elle mit au monde son fils Pedro. En 1977, c'était « la plus longue marche » jusqu'à Washington DC.
Concomitamment à cette lutte légitime pour les droits civiques de ceux qui ont été dépouillés de tout, notre guerrière Lakota nous présente sa démarche spirituelle identitaire. Elle s'approprie la religion de ses ancêtres et leurs cérémonies: la danse du soleil, la tente de sudation, les sacrifices corporels, les transes, le payotl.
Le surnom de Mary Crow Dog est « Ohitika Win », Femme Brave, et elle a eu beaucoup de courage pour traverser tant d'épreuves. De façon sincère et très personnelle, Mary nous présente son point de vue et celui de ses frères et soeurs Amérindiens, le constat est accablant. Il n'y a pas de pathos, juste l'exposition des faits, à charge et à décharge. C'est un témoignage pas une étude ethnologique universitaire. Les Occidentaux rationalistes, positivistes, scientistes et de mauvaise foi pourraient dire: « Qu'est-ce- qu'elle cherche? », la justice et qu'on la laisse vivre à sa guise.
Ce livre est un « must », pour ceux qui n'ont pas peur d'être secoués.
Gwenael CONAN
mercredi 11 février 2009
Douce Tamise de Matthew Kneale
Joshua Jeavons a une passion dans la vie : l’assainissement du système des égouts de la ville de Londres, passion dont il ne peut s’occuper que lors de ses rares heures de loisirs, ayant un emploi d’ingénieur dans l’entreprise de son beau-père. En cette année 1849, il a en plus l’esprit préoccupé par des lettres anonymes le mettant en garde contre la vertu de sa femme. Ce qui ne manque pas de le perturber puisque, bien que marié depuis plusieurs mois, celle-ci se refuse toujours à lui…Or voilà que le jour où il évoque le sujet avec elle, elle disparaît mystérieusement. Commencent alors pour lui des semaines de recherches, de doute et de déchéance sociale…
Idée originale que celle de nous présenter le système des égouts de Londres en ce milieu de XIXe siècle. Les questions d’hygiène sont loin d’être à l’ordre du jour, et l’accroissement incessant de la population de cette ville n’arrange rien. Sans oublier que les épidémies sont nombreuses, comme
celle de cholera et qu’il y a peut être un lien de cause à effet…Par la même occasion nous nous retrouvons plongé aussi bien dans les beaux quartiers que dans les bas fonds de Londres où nous sommes témoins de la misère et des conditions de vie précaires des pauvres, aggravées par l’incurie des autorités sanitaires notamment en période d’épidémie.
Intéressant donc, sauf que la construction du roman et le style de narration m’ont très souvent agacé. Comme il est écrit à la première personne, nous sommes dans la peau de Joshua qui prend un malin plaisir, à faire très souvent des retours en arrière ou des bonds en avant sans vraiment nous le signaler. Il en résulte une certaine difficulté à se plonger dans l’histoire, parce qu’on a souvent la sensation d’un manque de repère chronologique. Les changements trop nombreux de lieux, de dates, au gré des pensées du narrateur cassent le rythme du récit. Je dirai que finalement le cadre dans lequel évoluent les personnages est bien mieux traité que l’histoire en elle-même. Et pourtant, paradoxalement ce n’est pas un livre que j’ai trouvé ennuyeux. J’ai eu envie de connaître la fin que j’ai d’ailleurs trouvée trop courte, du fait qu’elle ne tienne qu’en quelques phrases. De plus, je ne suis pas sure d’avoir vraiment tout saisi, l’écriture étant très suggestive... Peut-être tout simplement que cette structure narrative est trop complexe pour moi et demande une attention que je ne suis pas prête à avoir quand je lis un roman. Par ailleurs, je suis quasiment certaine que j’aurais plus adhéré au récit s’il avait été écrit à la troisième personne. Toujours est-il que ce roman ne m’a pas captivé comme il aurait pu le faire, sans que cela n’enlève toutefois rien à sa valeur …
Nicole Vougny
mercredi 4 février 2009
Le grand livre de Connie Willis
Noël 2054. Kivrin, étudiante en histoire, est très excitée : Le Moyen-âge vient de voir sa classification sur l’échelle des risques revue à la baisse ; elle va être la première voyageuse temporelle à destination de cette période qui la passionne tant ! A 19 ans, elle part pour deux semaines en 1320, histoire de devancer largement l’épidémie de peste noire qui va ravager l’Europe trente ans plus tard. Son vieux mentor, le Pr Dunworthy, se fait autant de souci qu’une mère poule, mais que pourrait-il arriver ? Tout a été prévu. Ou presque tout…
Ce roman nous fait suivre deux histoires en alternance. D’abord, celle de Kivrin, transférée au XIVe siècle, et dont le principal souci est de retrouver absolument le lieu de son arrivée, sous
peine de ne pas pouvoir repartir. Ce qui n’est pas si facile, vu qu’elle ne peut parler en tête à tète avec le jeune homme qui l’a trouvée sans blesser toutes les convenances. D’autant que, malgré les précautions prises, elle s’attire vite les suspicions : sa robe est tissée trop régulièrement, elle sait lire… Cette partie du livre est l’occasion pour le lecteur de découvrir les us et coutumes de cette époque, au travers d’un grand nombre de petits faits et anecdotes harmonieusement disséminés au fil de la narration.
La deuxième histoire suit le Pr Dunworthy, resté au XXIe siècle, qui met tout en œuvre pour parvenir à récupérer Kivrin malgré les nombreux obstacles impromptus mis en scène avec beaucoup d’humour, qui vont de l’absence du recteur de l’Université injoignable pendant ses vacances à la pénurie de papier toilette que son assistant ne parvient pas à gérer tout seul…
Malgré certains passages un peu didactiques sur le Moyen-âge, l’ensemble a beaucoup de rythme. Le style est très fluide, et le roman se lit en un clin d’œil malgré son épaisseur.
Le principal point fort, ce sont les nombreux personnages : un prêtre moyenâgeux au grand cœur et au visage de brigand, une enfant vive et intenable qui ne peut que faire fondre le lecteur, une belle-mère acariâtre… un professeur ambitieux et borné, un étudiant grand séducteur qui se cache de sa mère trop attentionnée, une compagnie de carillonneuses encombrantes venues donner un concert... La plupart de ces personnages sont très stéréotypés, mais ils n’en restent pas moins très attachants et amusants.
Au final, il s’agit donc d’une lecture qui, sans révolutionner le genre, est agréable et distrayante.
Marie-Soleil WIENIN
vendredi 30 janvier 2009
La solitude du coureur de fond de Alan Silitoe
Ce livre est composé 9 nouvelles dont la principale est la solitude du coureur de fond. Dans celle-ci, Smith qui est enfermé dans une maison de correction (Borstal ) est le seul détenu à pouvoir sortir quotidiennement afin de s’entrainer dans son domaine : la course de fond.
Ce privilège vient du fait que Smith a fait un deal avec le Directeur de ce Borstal, il participe au cross des Borstal, il le gagne bien entendu et pour les six derniers mois qu’il lui reste à faire il est exempt de travaux pénibles.
Mais Smith peut-il se soumettre à un tel pacte envers des gens qui le prive de liberté et qu’il ne respecte pas ?
Dans les autres nouvelles qui ont en commun de se dérouler à Nottingham, et dans l’entre -deux guerre vous pourrez constater que la gentillesse ne paie pas toujours n’est-ce tonton Ernest, qu’une défaite de Notts County peut avoir des conséquences dans la vie de couple.
Je ne suis pas un fan de nouvelle mais ce livre est plaisant à lire. Un style direct, sans fioriture très réaliste et dans lequel on plonge vite dans l’histoire sans se noyer.
Ensuite l’auteur nous dévoile une Angleterre où les sujets de sa très Gracieuse Majesté ont du mal à joindre les deux bouts. Des foyers où le rapport enfant-parent mais aussi femme-homme ne sont jamais simple du notamment au manque d’argent et d’espace.
Cette misère ou plutôt cette difficulté à vivre correctement se retrouve dans toutes les nouvelles et l’on constate que chacun à ses méthodes pour survivre la rapine étant la plus répandue.
Une Angleterre sans Lord et sans cottage… une Angleterre qui se rapproche de celle de Dickens !
Edouard Rodriguez
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