Affichage des articles dont le libellé est john. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est john. Afficher tous les articles

mardi 15 décembre 2009

Bandini de John Fante

Bandini raconte l’histoire d’une famille d’immigrés italiens installée au fin fond de l’Amérique, dans une petite ville du Colorado. Svevo, le père, est un maçon volage et violent. Maria, la mère, est une bigote soumise à l’autorité de son mari. Arturo, August et Federico sont les trois fils de ce couple mal assorti. A travers le quotidien de cette famille, on est plongé dans une pauvreté âpre qui, si elle n’interdit pas les sentiments, force à les enfouir au plus profond de son âme. Pour ces gens-là, le rêve américain n’est demeuré qu’un vague idéal larvé et ils payent chaque jour un peu plus leur mise au ban de la société. Quand l’espoir n’existe pas, le quotidien n’est alors fait que de désillusion et d’humiliations.
L’essentiel de l’histoire se concentre au cœur d’un hiver rigoureux, période la plus difficile pour les Bandini puisque à cause de la rigueur du climat le travail se raréfie pour Svevo. Incapable d’honorer ses dettes quotidiennes, il les alourdit en passant ses nuits au casino. L’unité familiale déjà bien vacillante et sensée protéger de la violence ordinaire vole en éclats le jour où Svevo se laisse charmer par Mme Hildegarde, une riche cliente.
Fante, dans ce premier roman aux nombreux accents autobiographiques, décrit avec beaucoup de subtilité l’univers des Bandini et la complexité des relations humaines. On se retrouve tour à tour dans la peau du père, de la mère ou du fils aîné, Arturo. Ainsi, des situations qui pourraient paraître de prime à bord manichéennes se tintent de nuances au fur et à mesure qu’elles nous sont décrites du point de vue de chacun. De nombreux personnages gravitent autour de la famille et donnent une vraie épaisseur à la narration. Il y a Rosa petite écolière modèle à qui Arturo voue un véritable culte, Dona Toscana, belle-mère acariâtre de Svevo qui développe à son encontre une haine féroce et lui reproche son incapacité à tirer les siens du marasme ou encore Sœur Mary Célia, maîtresse d’école à l’œil de verre dont Arturo est l’un des souffres douleur. Sans jamais tomber dans le misérabilisme ou l’apitoiement, l’auteur nous livre une chronique familiale forte où la difficulté du quotidien fait de petites misères et de désirs réprimés frappe inexorablement chaque être.

Rémi VIALLET

vendredi 30 octobre 2009

Rêves de Bunker Hill de John Fante


Rêves de Bunker Hill est le dernier volet de la tétralogie autobiographique de John Fante. Malade et à bout de force, il dicte son ultime roman à sa femme. Le livre n’a pas la puissance de son chef d’œuvre unanimement reconnu, Demande à la poussière, néanmoins il est marqué de l’empreinte de son style. Car une œuvre de John Fante, c’est avant tout un style, nerveux et poétique, un souffle, une manière de raconter, entre drôlerie et cynisme.

Arturo Bandini en est le héros ; c’est un séducteur, un personnage solitaire et excessif, trop fier et trop vantard. Il accumule bien des défauts, il avoue bien des travers, toute chose qui le rend humain et très proche du lecteur. Il est même parfois un peu trop méchant, suffisamment pour le faire paraître désagréable et agaçant. Habile rhéteur, il est manipulateur ; son égoïsme lui jouera des tours.

Arturo Bandini rêve de devenir un grand écrivain. Il croit toucher au but quand il est enfin remarqué par un grand producteur d’Hollywood. Il est embauché mais il ne fait rien, son talent se gâte d’ennui. Attendre ne peut le satisfaire. Ses rêves sont faits de grandeur et de majesté, il ne veut pas seulement toucher des milliers de dollars par semaine, il veut écrire de grandes choses, des scénarios mémorables. Mais Hollywood est une industrie qui n’a rien à faire des rêves, elle broie les plus grands talents littéraires.

Entre la misère des hôtels minables de Bunker Hill et le faste mièvre des décors hollywoodiens, John Fante nous promène dans Los Angeles ; sa peinture du rêve américain y prend des teintes jusque là inconnues. Sous sa plume, les conventions explosent, rien ne résiste à sa volonté de provocation. C’est comme s’il voulait toujours aller plus loin, au-delà de ce que peut supporter le lecteur. Il ne lui laisse aucune chance, comme si son besoin de liberté l’amenait à rechercher la solitude la plus totale. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler quelques épisodes extravagants, par exemple quand Bandini, dans une église, balbutie un je vous salue Marie en fantasmant sur sa secrétaire, la belle Thelma. Déboussolé, terrifié et ridicule, en transe et en érection, il prend la fuite en voiture.

Jacky GLOAGUEN


lundi 2 mars 2009

Rabbit rattrapé de John Updike

L’année 1969 aux Etats Unis. Les Américains sont engagés aux Vietnam et 40 000 soldats y sont déjà morts. La contestation enflamme les universités et le système économique subit l’inflation. Le mouvement afro-américain des droits civiques s’amplifie et à l’assassinat de Martin Luther King succède celui de Robert Kennedy. La décennie qui s’achève est une période d’incertitude et de doute. Les premiers pas de Neil Amstrong sur la Lune ne cachent rien du renversement des valeurs traditionnelles de la way of life. En Pennsylvanie, dans la petite ville de Brewer, Harry Angstrom, surnommé Rabbit, est linotypiste. « C’est un brave gars raciste et impérialiste typique » à l’image de tous ces américains de la classe moyenne. Sa femme s’ennuie et elle boit. Elle prend un amant et retrouve un peu de sa joie de vivre. Quand elle le quitte, le laissant seul avec son fils Nelson, Harry se trouve désemparé : quelque chose lui échappe, la marche du monde lui est devenue totalement étrangère. Son chemin va croiser celui de Jill, une frêle adolescente de la haute bourgeoise qui est en fuite, et celui d’un jeune soldat noir démobilisé qui est recherché par la police, Skeeter. A la fois fasciné et dégoûté, troublé, Harry les héberge. L’amour libre et la drogue côtoient pendant plusieurs semaines leurs discussions politiques. Au final, l’unité de cette nouvelle famille est réconfortante mais désastreuse. En ne choisissant pas un intellectuel ou un artiste pour héros de son roman, John Updike réussit à nous rendre très proche le tumulte des années 60 aux USA. Avec Harry, son héros si attachant, il nous touche et nous étonne. En Skeeter il dépeint un déconcertant et effarant jeune noir, à la fois prédicateur inspiré de religiosité rudimentaire et imbibé de drogue, plein d’illusions, de grandeur et de colère, d’indignation et de rage. Le style de John Updike est limpide et facile. Les dialogues sont vifs, parfois émaillés d’un beau vocabulaire trivial qui nous rend plus vivant l’impétuosité des désirs sexuels ou des colères noires de ses personnages. La lecture de ce gros roman de 500 pages qui succède à Cœur de lièvre, est un plaisir de bout en bout.
Jacky GLOAGUEN

mercredi 21 janvier 2009

Des souris et des hommes de John Steinbeck

Des souris et des hommes est un roman très court, avec peu d’action, mais il sait toucher le lecteur avec son écriture basée sur les dialogues et son histoire au dénouement tragique. George et Lennie sont deux amis qui travaillent comme débardeurs dans des ranchs californiens dans les années 1930 et qui rêvent de s’acheter un peu de terre et une maison à eux. Lennie est handicapé mental mais George prend soin de lui et veille à ce qu’il ne s’attire pas trop d’ennuis. Car Lennie a un physique de colosse malgré son âme d’enfant et ne fait pas toujours la différence entre le bien et le mal… Le style de l’auteur est direct et on rentre donc d’emblée dans la vie de ces deux hommes, auxquels on s’attache très vite. En outre, le commun des débardeurs, qui se déplaçaient de ranch en ranch pour proposer leurs services au moment des récoltes, notamment, est très bien dépeint, de même que la ségrégation qui avait cours même dans cette catégorie de la population. On sent toutefois de manière diffuse que la fin ne sera pas heureuse malgré l’envie que l’on a que tout se passe bien pour les deux amis. J’ai beaucoup aimé ce roman, qui se lit extrêmement vite, tout en détestant la façon dont il se termine. C’est assez étrange parce que l’auteur parle rarement des émotions ressenties par les personnages et se contente de décrire leurs actes, mais cela ne fait que rendre encore plus forts l’attachement et la compassion que l’on éprouve pour eux. Insensiblement, on passe du rôle de lecteur distant à celui de spectateur impuissant à dévier le cours de l’histoire, et j’ai trouvé cette prouesse extraordinaire. En bref, pour moi, un petit chef d’œuvre facile à lire, écrit avec des mots simples et directs, dans lequel il faut se laisser entraîner.
Anne ALBERT

Publicité