vendredi 14 septembre 2007

Mêlée ouverte au Zoulouland de Tom Sharpe

Après avoir tué Fivepence, son cuisinier zoulou et ce, sans aucun motif réel, Miss Hazelstone appelle le commissariat pour signaler l’incident. En soi rien de bien grave puisqu’en Afrique du Sud, en plein régime Apartheid, on peut aisément tuer ses domestiques sans avoir à se justifier. Oui mais, ce qui n’est pas légal c’est de le faire en dehors de sa maison. Le kommandant Van Heerden, accompagné du konstable Els, se rend donc sur les lieux pour essayer d’arranger les choses. Après tout Miss Hazelstone est une honorable et respectable vieille dame qui descend d’une très ancienne famille d’aristocrates anglais. Oui mais, ce qui semblait au départ n’être qu’une simple formalité va se transformer en un véritable cauchemar. D’abord, Miss Hazelstone n’est pas très coopérative, elle veut absolument être jugée pour le crime qu’elle a commis. Et puis Els, bien malgré lui, va être à l’origine d’une grosse bavure qu’il ne peut évidemment assumer. Il faut donc trouver un coupable idéal : ce sera le frère de Miss Hazelstone, cardinal de son état.
Jamais un livre ne m’aura autant fait rire. C’est complètement loufoque, absurde, déjanté comme je l’aime. Un vrai régal, du pur délire ! Tom Sharpe a vraiment une imagination monstrueusement débordante. A un rythme d’enfer, il va enchaîner les quiproquos, déclencher une avalanche de situations les plus grotesques les unes que les autres et tout cela dans un humour très grinçant, je dirai même plutôt décapant, corrosif. Car derrière toute cette apparente bouffonnerie, Tom Sharpe, qui a vécu pendant de nombreuses années en Afrique du Sud et qui par conséquent connaît bien le pays, dénonce violemment et de manière très politiquement incorrecte le régime de l’Apartheid. Tout y passe : les arrestations arbitraires des noirs, les méthodes peu reluisantes (molestation, torture) utilisées contre eux lors des interrogatoires de police voire leurs meurtres expéditifs, les relations interraciales illégales ou encore la toute puissance de la justice qui juge et condamne trop facilement. La manière dont Tom Sharpe aborde ce grave sujet pourra sûrement déplaire à certains. Car peut-on rire de tout aussi impunément? Marlène EVEN

jeudi 13 septembre 2007

Un appartement à New York de Jane Smiley

Susan, Dennis, Craig, Ray, Alice, Noah... Ils se sont connus en faculté, et sont venus s'installer à New York dans les années 80. Cette bande d'amis, dont certains font partie d'un obscure groupe de rock en quête de reconnaissance, vivent plus ou moins les uns sur les autres. Ils n'habitent pas vraiment en communauté, mais tous possèdent un double des clés de l'appartement de Dennis et Susan - tout comme quiconque peut avoir besoin d'y passer ne serait-ce qu'une nuit... Un jour, en venant arroser des plantes, Alice découvre Craig et Dennis, abattus d'une balle dans la tête. Est-ce à cause d'une histoire de drogue, parce que Craig était l'amant de la petite amie de Noah, ou pour un autre motif ?
Ce livre réunit tous les ingrédients du roman policier mais l'identité du meurtrier passe rapidement au second plan. Ce qui tient une place centrale dans ce récit, c'est la façon dont le drame affecte Alice, et ses rapports avec les autres personnages. Dans un style parfois un peu chargé, Jane Smiley décrit longuement les états d'âme de son héroïne, qui se retrouve soudain au centre du groupe d'amis, qu'elle soutient et rassure, servant de point d'ancrage à chacun - alors qu'elle-même manque d'assurance et s'est toujours laissée balloter par la vie. Les bouleversements occasionnés par l'assassinat de Craig et Dennis vont lui permettre d'en prendre conscience et de prendre sa vie en mains. Bien que cet aspect du roman soit intéressant, j'ai eu du mal à m'y plonger, et j'ai parfois eu l'impression de traverser ce récit sans m'y attacher. Si le personnage d'Alice est très bien analysé, on peut regretter que ce ne soit pas le cas des autres protagonistes, qui sont à peine esquissés et manquent un peu de profondeur. Pour autant, cela reste un bon livre car l'auteur a parfaitement réussi à donner un ton très particulier à son roman. C'est assez difficile à expliquer, mais le choix des mots, les descriptions, certains détails nous permettent vraiment de sentir une atmosphère propre à New York et à ces appartements si typiques. De ce point de vue là, ce roman est une réussite, et porte un titre parfait. Fanny LOMBARD

mercredi 12 septembre 2007

Rien ne va plus de Douglas Kennedy

Comment vous résumer l’histoire ? Je pourrais tout simplement recopier la 4ème de couverture et faire comme si j’avais écrit moi-même le texte. Oui mais certains me diront : « N’est-ce pas illégal ? » En effet, s’approprier un texte qui n’est pas le sien est ni plus ni moins que du plagiat. Et c’est ce qui va arriver au personnage principal du livre. David Armitage a du attendre une dizaine d’années avant qu’un de ses scénarios soit enfin adapté à la télé. La série « Vous êtes à vendre » connaît alors un véritable succès et il se voit propulser en haut des sommets de Hollywood de façon fulgurante. Mais sa chute n’en sera que plus spectaculaire. Un jour, un journaliste de troisième zone l’accuse en effet d’avoir fait quelques emprunts. Pour David, cela ne semble pas si grave. Ce n’est qu’une phrase par ici, un bon mot par là et puis les scénarios en question n’ont jamais été produits. Néanmoins toute cette histoire va prendre une telle proportion et jeter un tel discrédit sur lui que tout le monde va finir par l’abandonner et qu’il va devenir du jour au lendemain persona non grata. Heureusement, après s’être retiré bien loin de toute cette agitation et grâce au soutien indéfectible de son agent Allison, David va réussir à remonter tout doucement la pente.
L’ascension glorieusement foudroyante et quelque part justifiée d’un type qui a galéré pendant des années puis sa magistralement vertigineuse descente aux enfers avec évidemment l’incontournable retournement de situation à la fin sont les composantes essentielles de cette histoire. Bref, Douglas Kennedy nous ressort ici tous les bons vieux clichés qui ont construit le mythe du rêve américain. A cela vous ajoutez en fond un zeste de manipulation – là, on frôle presque la théorie du complot - et une critique plutôt acerbe du monde si superficiellement flamboyant d’Hollywood. La recette peut sembler éculée mais elle fonctionne plutôt bien car j’ai trouvé le livre somme toute très agréable à lire au point qu’une fois que je l’ai eu commencé, je ne l’ai plus lâché. L’intrigue est en effet, à mon avis, suffisamment riche en rebondissements pour la rendre haletante et dynamique jusqu’au bout. Quant au style de Douglas Kennedy, il est très limpide, percutant. Pour résumer en un mot : efficace. Marlène EVEN

mardi 11 septembre 2007

Le récital des anges de Tracy Chevalier

J’ai choisi de lire « le récital des anges » en souvenir du plaisir que j’avais eu à lire le premier ouvrage de Tracy Chevalier « la jeune fille à la perle ». Même si ce second roman n’a rien à voir avec le premier, tant par le style que par l’histoire, ce livre est très agréable à lire et m’a fait passer d’excellents moments.
« Le récital des anges » raconté sous forme de journal intime, est une histoire à plusieurs voix, chacune racontant des faits avec sa propre vision, exprimant ses sentiments avec sa propre sensibilité. L’histoire se construit autour de la rencontre de deux fillettes Maude et Lavinia dans un cimetière. Une amitié instantanée naît et instantanément j'ai été embarquée dans leurs vies respectives qui se croisent sans jamais se confondre, puis dans celles de leurs parents que tout oppose. Grâce à ce livre j'ai pu découvrir aussi les modes de vies en Angleterre au début du 20è siècle, la place de chacun dans la société, l’évolution des femmes et faire aussi connaissance avec les suffragettes et leur lutte afin d'obtenir le droit de vote pour les femmes. J'ai aimé par ailleurs la façon dont l’auteur nous a fait vivre le quotidien de quelques unes de ces femmes, car elle a su parfaitement nous dépeindre leur obstination et l’investissement qu’elles ont pu mettre en oeuvre afin d’obtenir parmi les premières dans le monde le droit de vote. Au-delà de la défense de la cause, elle laisse entrevoir aussi les belles amitiés sincères qui ont pu se nouer entre elles. A travers le récit du premier grand rassemblement organisé par le mouvement en Juin 1908 à Hyde Park, on vit pleinement ce qui s’est passé, l’engouement de la foule, ses dérives, on vit aussi le moment le plus douloureux pour les protagonistes avec les décès de la maman de Maude et de la soeur de Lavinia. Les années s'écoulent et après la période de deuil que je trouve décrite avec beaucoup de sensibilité, l’histoire se termine sur une note optimiste avec cette conclusion philosophique que même si le souvenir des êtres chers reste indélébile, la vie continue. Frédérique CAMPS

vendredi 7 septembre 2007

La lumière des justes de Henri Troyat

Les compagnons du coquelicot, La barynia, La gloire des vaincus, Les dames de Sibérie, Sophie ou la fin des combats.
Une fois tournée la dernière page du cinquième tome de cette saga, on ressent un grand vide. Déjà fini? Il me semble avoir lu la première ligne hier. Si Troyat a choisi de faire revivre, à travers cette histoire mouvementée le destin des Décembristes, il n'a pas résisté au plaisir d'y inclure deux personnages fictifs, Sophie et Nicolas dont le destin à tout jamais lié par l'amour va nourrir cette épopée.
Habitée par les idées de la toute récente révolution française, Sophie, le coeur enflammé par un Nicolas bouillant, impétueux et juvénile va se trouver confrontée à la dure réalité du régime russe et à la machine implacable avec laquelle il imprime sa puissance sur l'ensemble du peuple. La force et la personnalité du tsar galvanise les sujets aristocrates et écrase sous un joug féroce, par l'intermédiaire de ces mêmes individus propriétaires terriens, la population laborieuse des Moujiks. Auprès d'un certain nombre d'intellectuels de la haute société russe déjà sensibilisés,Sophie va jouer le rôle d'élément déclenchant d'une tentative de coup d'état qui tournera au drame en décembre 1825. Elle décidera alors de suivre l'amour de sa vie jusqu'au bout du monde, au bagne de Sibérie.Elle le retrouvera au terme d'un voyage interminable, exténuant mais sublime à travers des paysages de rêve et des épreuves de cauchemar. Comme elle, nous sentons les flocons glacés nous piquer le visage et l'on reste bouche bée devant les cristaux de givre bleus suspendus à une branche, renvoyant les premiers rayons du soleil du matin. Comme elle nous nous insurgeons contre les tracasseries sordides et incessantes de la bureaucratie dans ce régime totalitaire. Destin auquel on aurait peine à croire si ces êtres n'avaient réellement existé, l'esprit libre, les fers aux pieds. De nombreux personnages jalonnent les pages de cette histoire de vie. Certains révoltants dans leur cynisme ou leur lâcheté, certains touchant dans leur grâce ou dans leur complexité, d'autres superbes dans leurs illusions souvent déçues. Quant à nous, c'est dans l'âme de Sophie et de Nicolas que nous voyageons. Nous vivons avec passion leurs déchirures, leurs espoirs, et nous explorons les méandres des réflexions que suscite la dualité entre les idées philosophiques et la réalité du vécu des êtres: est-il possible de faire le bonheur des autres sans leur adhésion? Merveilleux Troyat aux yeux duquel tous les humains trouvent grace.Chaque mot méticuleusement choisi sonne juste, comme le seul possible, pour nous transporter avec force et précision dans son imaginaire. Tout cela est puissant,bouleversant. A partager l'intimité de leur coeur, Nicolas et Sophie sont devenus mes amis. Ils vont maintenant rejoindre les héros de roman de mon panthéon personnel et y occuper la place qu'ils méritent. Florence TOUZET

jeudi 6 septembre 2007

Croqueuse de céréales de Joan Conway

La couverture très « flashy » de « croqueuse de céréales » annonce une comédie, mais il s’agit plus exactement d’une comédie policière.
Val O’Hara vient de s’installer il y a tout juste deux semaines dans le comté du Clare, en Irlande, précisément dans une maison de campagne très isolée, dans le but de surmonter sa rupture avec son conjoint Niall, dont elle est encore très amoureuse. Alors qu’elle s’est absentée que quelques jours pour récupérer le reste de ses affaires, en rentrant, elle découvre un cadavre dans son jardin. Et c’est ainsi que notre héroïne se retrouve malgré elle dans l’agitation d’une enquête policière. Qui a tué « l’Allemand » ?
Pour soutenir sa fille, la mère de Val lui choisit un avocat très réputé du coin, Maître Terry O’Neil. La jeune femme fait bientôt la connaissance du fils de ce dernier, le très séduisant Dara et elle succombe immédiatement à son charme… et réciproquement. Toutefois, Niall reste bien présent dans son esprit malgré elle. Mais très vite, Val va découvrir que cette famille O’Neil n’est pas celle qu’elle pensait. J’ai bien aimé le personnage de Val, émouvante et vulnérable en amour, mais en même temps possède une force intérieure qui l’aide à surmonter des épreuves morales et physiques. Elle sait se montrer ferme dans ses décisions quand il le faut. Elle est vivante et spontanée, je suis sensible à cet attrait qui la rend tellement sympathique, notamment lorsqu’elle raconte ses péripéties avec le regard innocent d’une enfant. Sinon, un autre protagoniste que j’ai bien apprécié, son amie Rachel, une jeune femme pour le moins étonnante. Un roman facile à lire, une écriture fluide et bien rythmée accompagné d’une bonne dose de petites anecdotes amusantes qui font référence à la vie de Val qui n’est pas fait pour me déplaire. Je découvre pour la première fois la comédie policière : un peu d’intrigues, un peu de suspense, un peu de romance et beaucoup d’humour. Voilà une bonne recette pour les lecteurs qui aiment lire du suspense modéré, c’est-à-dire ceux qui préfèrent éviter d’avoir la chair de poule tout au long du récit. Ngan Dai BUI

mercredi 5 septembre 2007

Blade runner de Philip K. Dick

Nom : Rick Deckard
Profession : blade runner (tueur d’androïde)… Sur la terre la Guerre Mondiale Terminus a eu lieu. Jadis accueillante, maintenant contaminée par la poussière radioactive, la survie y est improbable. Les terriens sont fortement encouragés à émigrer vers les colonies de l’espace, dont celle de Mars, avec en guise de dédommagement un androïde. Pourtant certains, malgré le milieu hostile, malgré le silence de plus en plus palpable qui suinte par tous les murs, s’accrochent à cette planète en souffrance. Rick Deckard est de ceux-là. Il est chargé d’éliminer les androïdes revenus sur terre clandestinement mais ce qu’il désire par-dessus tout c’est posséder un animal, un vrai, luxe inouï, ils sont si rares. Et lorsqu’il rencontre Rachel, un androïde Nexus 6 dernière génération, tout ce complique… Attiré par elle ! Est-ce possible alors qu’il abhorre tout ce qu’elle représente !? On s’embarque pour un voyage organisé dans le futur. Les descriptions des immeubles, des appartements en pleine dégradation sont saisissantes et très réalistes et le mal-être des protagonistes devient contagieux au fil des pages. Voilà déjà plusieurs années que j’ai vu le film tiré de ce roman. Je m’attendais à retrouver cette dimension poétique que le réalisateur avait donnée à cette histoire mais, surprise, j’y ai trouvé une réflexion profonde sur les apparences, le vrai et le faux. Toute forme de vie a sa propre intelligence seule l’espèce humaine peut donner un sens spirituel à la sienne alors des questions se posent : sommes-nous une forme de vie supérieure ? Dans ce cas, quelles sont nos responsabilités face aux autres espèces ? Peut-on jouer à Dieu et croire impunément que nos « créations » ne vont pas nous échapper des mains ? Telles sont les interrogations que pose ce livre. A lire et à méditer avant qu’un futur probable ne devienne un présent inéluctable ! Brigitte FABRIS

mardi 4 septembre 2007

Passage mortel de Kathy Reich

Une nouvelle enquête de Temperance Brennan, anthropologue judiciaire américaine qui partage son temps entre l’état de Caroline du Nord et le Québec.
Un incendie d’origine criminelle provoque la mort de plusieurs personnes. Après analyse de tous les indices laissés sur les lieux, il s’avère que les personnes présentes étaient déjà mortes lorsque le feu a été allumé. Ce n’est que le début d’une enquête où plusieurs meurtres, plus horribles les uns que les autres, égorgements, prélèvement de cœurs sur des bébés, jeunes femmes torturées dont les cadavres ont été cachés…, mènent à penser à des crimes rituels liés de près ou de loin à des sectes sataniques. J’ai beaucoup aimé ce roman parce qu’il nous montre que la médecine légale a un côté humain et ceux qui la pratiquent ont aussi des sentiments, chose qu’on a un peu oublié face à des séries télé où les légistes font leur métier avec la même désinvolture qu’ils font leurs courses. Ceux qui exercent des métiers liés à la médecine légale considèrent la mort comme une chose abstraite, leur logique est chirurgicale, ils ne matérialisent jamais les corps, mais … quand il s’agit de bébés… Suite à ces meurtres toute l’enquête va tourner autour des communautés et des sectes, dont le danger est réel. Kathy Reichs s’est très bien documentée pour écrire ce roman. Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, ils existent actuellement entre 3000 et 5000 sectes. Ces communautés sont dirigées par un leader, une personne charismatique qui détient le pouvoir absolu. Ce roman, au travers de certains de ses personnages, met en évidence cette domination qui provoque l’anéantissement personnel des adeptes. Dans certains cas, des sectes sans importance recrutent pour d’autres bien plus dangereuses en leur servant d’écran. Kathy Reichs dénonce ce pouvoir qui prend de plus en plus de place dans la société actuelle. Pour tout vous dire j’ai déjà sur ma table de nuit un nouveau roman de Kathy Reichs et de son héroïne Tempérance Brennan. Marie LEVEZIEL

lundi 3 septembre 2007

Tôkyô mirage d'Anne Rambach

A la réception du roman «Tôkyô mirage», surprise ! Il s’agissait du troisième volet d’une trilogie de thrillers dont l’action se situe au Japon. Bien qu'indépendants entre eux, je préférais donc commencer par le début et commandais dans la foulée, les deux premiers volets que sont «Tôkyô chaos» et «Tôkyô atomic». Bien m’en a pris tant je suis tombé sous le charme de l’inspectrice Junko Go, américaine d’origine japonaise, en stage au sein de la police de Tôkyô. Tout m’a plu dans ces trois romans : le style clair et percutant, l’intrigue passionnante, le charisme des personnages, les prises de position fortes sur l’homosexualité féminine…
Dans «Tôkyô chaos», Junko Go, jeune et brillante flic de Washington passionnée par les armes à feu... et les jolies femmes revient dans son pays d'origine pour une mission de coopération entre services de sécurité. Elle y retrouve son père Isobe, chef de la police de Tokyo, se lie d’amitié avec son équipier, le fringant Masayuki Nakamura, et se lance à la poursuite d’un tueur psychopathe. Dans «Tôkyô atomic», Junko, suite à la découverte du cadavre d’un ingénieur sans histoire travaillant dans une centrale nucléaire, est envoyée enquêter sur l’île d’Hokkaido. Des mafias japonaises et chinoises jusqu’aux activistes anti-nucléaires, ses investigations l’entraîne alors au plus profond du monde obscur de l’industrie nippone. Mais cette enquête lui permet aussi de trouver l’âme sœur en la personne de Fumiko Harada, une très séduisante journaliste d’investigation. Dans «Tôkyô mirage», sûrement le meilleur des trois tomes, Junko, mutée injustement aux archives par le chef de la police, le cynique Honda, doit laisser son coéquipier Masayuki enquêter seul sur le meurtre d'un sokaiya, ces maîtres chanteurs spécialisés dans l’extorsion de fonds auprès des grandes entreprises nippones. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Anne Rambach est née dans les Côtes-d’Armor et non au pays du soleil levant. Pourtant sa connaissance de ce pays est impressionnante. Au travers de ces trois livres, elle nous dépeint un Japon bien sinistre où libéralisme économique, respect des traditions et nostalgie d’un passé révolu s’entremêlent étroitement. Tout y passe : la corruption des pouvoirs politiques et financiers, l’emprise des yakuzas, la gangrène du monde des sectes, l’errance d’une jeunesse sans repère, la déshumanisation et la robotisation de l’homme de la rue japonais… Malgré cette noirceur, Anne Rambach réussit le tour de force de toujours laisser la porte ouverte à l’espoir. Portée par l’amour de son amie Fumiko, par l’amitié de son coéquipier Masayuki, par le respect de son père Isobe et de son chef Honda, son héroïne Junko est, dans son genre, un modèle d’optimisme car jamais, même aux pires moments, elle ne baisse les bras. Au terme de la lecture de cette trilogie, je n’ai qu’une hâte : courir chez mon libraire et découvrir le nouveau livre de cette jeune romancière, « Bombyx ». Pierre LUCAS

jeudi 30 août 2007

Washington square de Henry James

Le docteur Sloper est un riche médecin de la haute bourgeoisie new yorkaise du XIXème siècle. Cet homme froid et cynique vit avec sa fille unique, Catherine, qu'il juge durement. Certes, elle n'est ni très jolie ni très intelligente, mais elle a un coeur pur et ne demande qu'à plaire à ce père qu'elle aime et craint tout à la fois. Elle rencontre un jour un jeune homme beau mais vénal, sans situation, qui a dilapidé tout son argent. Il entreprend de séduire la naïve Catherine, qui ne demande qu'à croire à la sincérité de cet amour... Mais le docteur voit clair dans le jeu du coureur de dot. Après avoir vainement tenté de raisonner sa fille, il décide de la déshériter si elle persiste à vouloir l'épouser...
Ce récit ironique, entrecoupé de dialogues percutants est d'une cruauté terrible. Comme souvent chez Henry James, ce roman ne repose pas sur une intrigue à rebondissements, mais sur l'analyse psychologique des personnages. Les portaits sonnent justes, et la complexité des rapports est très finement analysée, par exemple entre Catherine, anti-héroïne timide et effacée, peu sûre d'elle, et son père, un homme intransigeant, qui l'aime et la méprise tout à la fois mais qui l'écrase et lui brise le coeur parce qu'il est persuadé d'avoir la raison de son côté. J'ai été très touchée par Catherine, pour laquelle j'ai ressenti une grande compassion. J'aime énormément les oeuvres d'Henry James. Bien qu'il ne s'agisse pas là de son meilleur roman à mon avis, j'ai beaucoup apprécié ce style inimitable, d'une élégance rare, empreint d'une recherche du mot juste qui confère une acuité exceptionnelle au regard offert par le romancier. On peut trouver l'écriture d'Henry James précieuse et affectée : pour moi, les phrases à tiroirs et les disgressions dont il est coutumier sont une force, en ce qu'elles permettent de plonger plus profondément encore dans l'aspect psychologique du récit, et dans les états d'âme des personnages. De ce fait, on est comme pris dans un jeu de miroirs où tout est subjectif. Au lecteur de démêler l'écheveau, en fonction de son ressenti et de son vécu. Je pense en tous cas que c'est un très bon ouvrage pour découvrir cet auteur incontournable. Fanny LOMBARD

lundi 27 août 2007

Les feux de l'Eden de Dan Simmons

Que faire quand on s'appelle Byron Trumbo, que l'on est milliardaire, et que l'on veut vendre un luxueux complexe hôtelier situé à Hawaii à de riches Japonais ? Leur faire visiter les lieux, évidemment, pour les séduire et les faire signer en toute confiance. Mais comment ces derniers vont-ils réagir face aux mystérieux évènements qui se produisent ? Les volcans de l'île se déchaînent comme jamais, des animaux difformes surgissent de nulle part, des touristes disparaissent, et sont retrouvés morts et en plusieurs morceaux (quand ils sont retrouvés !!!). Parmi ces touristes, deux femmes - Eleanor Perry, professeur d'histoire, et Cordie Stumpf - sont bien décidées à comprendre ce qui se passe : la première à cause de son passé familial et d'un étrange livre relatant une aventure du siècle dernier, la seconde parce qu'elle veut profiter du séjour qu'elle a gagné à un concours.
Certes la désignation des lieux est un peu déroutante au départ de la lecture car tous sont en langue hawaiienne, mais Dan Simmons, grâce à son incroyable talent, nous habitue rapidement aux noms de l'île pour nous immerger totalement dans cette aventure cauchemardesque. J'ai beaucoup apprécié la qualité des descriptions tout au long du roman : telles des cartes postales ou des photographies, elles sont précises et très réalistes. J'ai même ressenti la sensation de chaleur pendant les différents passages à l'intérieur des volcans. On souffre pour les héros, on a peur pour eux, et on espère que tous vont s'en sortir. De plus, l'auteur nous donne une mine d'informations sur la culture vaudou et sur les sorciers hawaiiens, tout en nous faisant passer un moment à la fois merveilleux et horrible. J'ai beaucoup aimé le côté humain qu'il arrive à faire ressortir de chaque personnage, même du plus ignoble d'entre tous... Un bon point de plus pour la bibliographie qui est fournie à la fin du livre pour tous ceux qui veulent en savoir encore plus sur les différentes coutumes hawaiiennes. Du très très bon Dan Simmons, à lire quand il ne fait pas trop chaud... Laurent ENGLE

jeudi 23 août 2007

Cafard, vertiges et vodkas glace de Kate Christensen

Ce roman très contemporain raconte le quotidien d’une jeune femme drôle et touchante, Claudia, qui travaille en qualité d’assistante auprès de la très mondaine Geneviève del Castellano, dit Jackie pour les intimes. On pourrait penser que Claudia est une privilégiée d’être la secrétaire personnelle d’une personne célèbre telle que Jackie (en effet, cette dernière écrit des best-sellers), mais la vérité est bien autre, ses journées sont épouvantables, car Jackie est une femme autoritaire, exigeante et sévère, qui la malmène. Lorsque vous lirez ce roman, vous constaterez que notre héroïne ressemble davantage à une servante qu’à une assistante, elle endure des humiliations constantes. Dans l’immédiat, elle n’a d’autre choix que de supporter les mauvaises humeurs de sa patronne. Claudia m’émeut car elle me fait énormément penser à Andréa, l’héroïne du livre « Le Diable s’habille en Prada », la fameuse comédie de Lauren Weisberger (que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs) qui décrit la tyrannie qu’exerce Miranda Priesley, la rédactrice en chef d’un magazine prestigieux de la mode new-yorkaise, sur la pauvre Andréa. Ce que je trouve amusant à lire dans « Cafard, vertiges et vodkas glace », c’est que la vie de Claudia est complètement sens dessus-dessous, elle souhaite pourtant y apporter un peu d’ordre, mais a sérieusement du mal à y parvenir. Premièrement, si elle accepte ces conditions pénibles de travail, c’est parce qu’elle est fauchée et surendettée, cet emploi lui est nécessaire pour payer (avec grand peine) ses factures et son appartement qui, d’ailleurs, correspond bien plus à un nid à cafards. Deuxièmement, au niveau de sa vie sentimentale, c’est tout simplement un vrai désastre. Amoureuse secrètement de son ami d’enfance William, elle doit se résigner à n’être aux yeux de ce dernier qu’une simple relation amicale et noie ses moments de solitude dans de la boisson telle que la vodka ou le gin. Mais sous l’emprise de l’alcool, elle se laisse souvent entraîner dans des aventures sans lendemain. J’ai éprouvé vraiment de la compassion pour cette malheureuse, complètement dépassée par les événements, mais en même temps, c’est tellement drôle ses péripéties. Enfin, pour couronner le tout, elle n’arrive pas toujours à trouver du réconfort auprès de sa mère, psychologue réputée, qui s’intéresse davantage à sa propre carrière qu’à sa fille. Je trouve que l’histoire est réjouissante et comique à lire, notamment les passages sur la maladresse de Claudia. On y passe un moment plaisant et le roman se lit facilement. On ne peut que ressentir de la sympathie pour la pauvre Claudia et ses galères. Pour les lecteurs qui aiment les métaphores, ils vont être servis. Ngan Dai BUI

lundi 20 août 2007

Balades indiennes de Chitra Barnejie Divakaruni

Ce recueil présente 4 nouvelles d'auteurs indiennes, axées sur la problématique de la place des femmes dans cette société.
"L'échographie" (de Chitra Banerjee Divakanuri) raconte l'histoire de deux cousines, toutes les deux enceintes. L'une vit aux Etats-Unis avec son mari, l'autre en Inde dans sa belle-famille. Chacune vit cet évènement de façon très différente, et le choc des cultures est le thème central de la nouvelle. "Une Liaison" (du même auteur) se déroule également aux USA. Abha et Mina sont mariées, et alors que Abha subit cette union qu'elle n'a pas choisie et se plie aux convenances, Mina s'habille et vit à l'occidentale, sans crainte de choquer la communauté indienne. Mais voilà qu'Abha soupçonne son mari d'avoir une liaison avec Mina - ce qui la pousse à faire face à sa situation, et à prendre sa vie en mains. "À flot" (d'Anita Nair) nous présente une jeune femme qui, suite à un voyage aux Etats-Unis, revendique une indépendance et une liberté d'action qui se heurteront aux convenances de la société indienne. Il lui faudra renoncer, et se conformer à ce que l'on attend d'elle, jusqu'à ce qu'elle prenne une décision apparemment anodine qui lui permettra de reprendre le contrôle de sa vie... Enfin,"En sandwich!" (de Bulbul Sharma) offre un contrepoint amusant avec un homme objet d'une lutte acharnée entre sa mère et son épouse, notamment en cuisine, afin de l'accaparer et de supplanter la rivale. Ne voulant blesser personne, il reste désespérément passif. Chacune de ces histoires trace à sa manière le portrait de femmes entre le poids des traditions et des convenances, et l'attrait d'une société plus libérée et décomplexée, et on en revient toujours aux espoirs de ces femmes et à leurs petites et grandes victoires. J'ai bien aimé ces histoires, teintées d'exotisme tout en restant dans un univers familier. C'est un aspect que j'ai beaucoup apprécié, car sans être dépaysée, j'y ai trouvé des aspects d'un mode de vie et d'une culture différents. Les descriptions, tant de l'état d'esprit des héroïnes que des tenues, bijoux, plats, etc., donnent une saveur particulière, qui m'ont laissé entrevoir une littérature riche, aux descriptions très visuelles, vibrantes et colorées. Je n'avais jamais lu aucun de ces auteurs. Il me semble que ce livre est une bonne façon de les découvrir, et de s'initier à la littérature indienne. Fanny LOMBARD

vendredi 17 août 2007

Le roman de Rabelais de Michel Ragon

Nous sommes au milieu du XVIème siècle. François Ier, le prince des humanistes, est mort ainsi que sa sœur, Marguerite de Navarre, la protectrice des esprits libres. Henri II est le nouveau roi de France, la chasse aux « impies » est ouverte.
Dans une masure, prés du château de Saint-Maur où vit son ami et protecteur, Jean Du Bellay, diplomate lors du règne précédent, François Rabelais soigne les indigents, étudie et raconte ses jeunes années à un disciple, Gilles, un moinillon venu de Picardie. Pourquoi n’écrit-il pas une suite aux aventures de Pantagruel comme le poussent ses amis, Jean Du Bellay, Philibert de l’Orme (architecte, on lui doit notamment le château de Diane de Poitiers à Anet). Mais l’anathème porté à l’encontre de ses livres par la Sorbonne, les bûchers qui embrasent la France, l’intolérance qu’elle soit papiste ou huguenote, le bâillonnent. Et les joueurs de mots ne sont plus en odeur de sainteté. C’est le temps des amis des Guise, le temps des Ronsard, qu’il hait, de ceux qui émasculent la langue française, la langue populaire, si riche, au nom du beau langage. Non seulement Michel Ragon nous conte la vie de Rabelais mais il lui donne aussi la parole. Ainsi, nous l’entendons ridiculiser les idées reçues en matière de santé, se gausser des syllogismes des lettrés, faire la satire de Rome et de ses papes infâmes et rire, rire encore pour combattre la peur en ce siècle où les Clément Marot, les Etienne Dolet, les évangélistes (partisans d’un retour à la simplicité de l’Evangile), comme Rabelais ou Erasme, ont été suppliciés. J’ai apprécié que l’auteur ne nous livre pas une biographie linéaire (de la naissance à la mort) mais qu’il fasse progresser son histoire à partir d’un moment clé dans l’existence de Rabelais tout en utilisant la technique du « flash-back » pour nous raconter quelques épisodes du passé. Ce livre lu, je me suis précipitée chez mon libraire favori pour acheter les œuvres complètes de Rabelais tant Michel Ragon m’a mit l’eau à la bouche. Il m’a donné envie de découvrir le 16ème siècle en compagnie de Pantagruel et Gargantua. Laurence TESTU

mardi 14 août 2007

La ligne noire de Jean-Christophe Grangé

Au fin fond de la Malaisie, un ancien champion d’apnée, Jacques Reverdi est arrêté pour avoir sauvagement assassiné à coup de couteau une jeune fille. Or quelques années auparavant il avait été mis en cause par la justice cambodgienne pour des faits similaires mais avait été relaxé faute de preuve. Il n’en faut pas plus pour qu’un journaliste français, Marc Dupeyrat, soit persuadé d’avoir affaire à un tueur en série. Il commence alors son enquête d’abord à distance puis sur les lieux mêmes, utilisant pour entrer en contact avec Jacques Reverdi un subterfuge qui à la longue va se révéler terriblement dangereux non seulement pour lui mais aussi pour une belle jeune fille. Après avoir lu avec grand délice Le concile de pierre et L’empire des loups, je me faisais une joie de découvrir le nouveau thriller de Jean-Christophe Grangé. Mais il m’a bien vite fallu me rendre à l’évidence : ce roman n’était vraiment pas à la hauteur de mes espérances…Quelle déception ! Pas vraiment au niveau de l’histoire en elle-même, bien que quelquefois j’ai trouvé certaines scènes ou paroles pas très crédibles, voire invraisemblables. C’est plutôt dans l’écriture qu’il y a une certaine faiblesse. Non dans le style qui est plutôt agréable mais plus dans le rythme de narration. En effet, plusieurs fois, au fil des pages, je me suis surprise à trouver le temps long, ce qui est un comble quand on lit un thriller…et puis j’ai très vite deviné ce qui allait se passer… Même la violence dans les mots, dans les descriptions de scènes de meurtres ne m’a pas paru crédible parce que trop stéréotypée, trop excessive. La personnalité très tourmentée des protagonistes, qui cachent des blessures d’enfance, crée un climat malsain, ainsi que la fascination à la limite de l’admiration du journaliste pour le tueur. A cet égard, on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec Hannibal Lecter de Thomas Harris (le silence des agneaux) ce qui laisse un sentiment de déjà vu… Pourtant la démarche était intéressante, comprendre les motivations d’un tueur en série et ce qui a bien pu le pousser à en arriver là, mais j’ai trouvé que l’aspect psychologique des personnages prenait trop le pas sur l’action et se faisait donc au détriment du suspense. En fait ce n’est qu’au bout de 500 pages (le livre en compte environ 600) que l’on commence à être passionné par la lecture, même si la fin est comme le reste prévisible. En tout cas, à mon avis ce n’est pas la meilleure production de l’auteur. Ce livre devant faire partie d’une trilogie consacrée au mal et à ses origines, espérons que les prochains romans seront meilleurs. Je ne voudrais toutefois pas décourager les lecteurs, peut-être suis-je un peu sévère dans mon commentaire, ayant beaucoup lu de thrillers dignes de ce nom… Nicole VOUGNY

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