jeudi 30 août 2007

Washington square de Henry James

Le docteur Sloper est un riche médecin de la haute bourgeoisie new yorkaise du XIXème siècle. Cet homme froid et cynique vit avec sa fille unique, Catherine, qu'il juge durement. Certes, elle n'est ni très jolie ni très intelligente, mais elle a un coeur pur et ne demande qu'à plaire à ce père qu'elle aime et craint tout à la fois. Elle rencontre un jour un jeune homme beau mais vénal, sans situation, qui a dilapidé tout son argent. Il entreprend de séduire la naïve Catherine, qui ne demande qu'à croire à la sincérité de cet amour... Mais le docteur voit clair dans le jeu du coureur de dot. Après avoir vainement tenté de raisonner sa fille, il décide de la déshériter si elle persiste à vouloir l'épouser...
Ce récit ironique, entrecoupé de dialogues percutants est d'une cruauté terrible. Comme souvent chez Henry James, ce roman ne repose pas sur une intrigue à rebondissements, mais sur l'analyse psychologique des personnages. Les portaits sonnent justes, et la complexité des rapports est très finement analysée, par exemple entre Catherine, anti-héroïne timide et effacée, peu sûre d'elle, et son père, un homme intransigeant, qui l'aime et la méprise tout à la fois mais qui l'écrase et lui brise le coeur parce qu'il est persuadé d'avoir la raison de son côté. J'ai été très touchée par Catherine, pour laquelle j'ai ressenti une grande compassion. J'aime énormément les oeuvres d'Henry James. Bien qu'il ne s'agisse pas là de son meilleur roman à mon avis, j'ai beaucoup apprécié ce style inimitable, d'une élégance rare, empreint d'une recherche du mot juste qui confère une acuité exceptionnelle au regard offert par le romancier. On peut trouver l'écriture d'Henry James précieuse et affectée : pour moi, les phrases à tiroirs et les disgressions dont il est coutumier sont une force, en ce qu'elles permettent de plonger plus profondément encore dans l'aspect psychologique du récit, et dans les états d'âme des personnages. De ce fait, on est comme pris dans un jeu de miroirs où tout est subjectif. Au lecteur de démêler l'écheveau, en fonction de son ressenti et de son vécu. Je pense en tous cas que c'est un très bon ouvrage pour découvrir cet auteur incontournable. Fanny LOMBARD

lundi 27 août 2007

Les feux de l'Eden de Dan Simmons

Que faire quand on s'appelle Byron Trumbo, que l'on est milliardaire, et que l'on veut vendre un luxueux complexe hôtelier situé à Hawaii à de riches Japonais ? Leur faire visiter les lieux, évidemment, pour les séduire et les faire signer en toute confiance. Mais comment ces derniers vont-ils réagir face aux mystérieux évènements qui se produisent ? Les volcans de l'île se déchaînent comme jamais, des animaux difformes surgissent de nulle part, des touristes disparaissent, et sont retrouvés morts et en plusieurs morceaux (quand ils sont retrouvés !!!). Parmi ces touristes, deux femmes - Eleanor Perry, professeur d'histoire, et Cordie Stumpf - sont bien décidées à comprendre ce qui se passe : la première à cause de son passé familial et d'un étrange livre relatant une aventure du siècle dernier, la seconde parce qu'elle veut profiter du séjour qu'elle a gagné à un concours.
Certes la désignation des lieux est un peu déroutante au départ de la lecture car tous sont en langue hawaiienne, mais Dan Simmons, grâce à son incroyable talent, nous habitue rapidement aux noms de l'île pour nous immerger totalement dans cette aventure cauchemardesque. J'ai beaucoup apprécié la qualité des descriptions tout au long du roman : telles des cartes postales ou des photographies, elles sont précises et très réalistes. J'ai même ressenti la sensation de chaleur pendant les différents passages à l'intérieur des volcans. On souffre pour les héros, on a peur pour eux, et on espère que tous vont s'en sortir. De plus, l'auteur nous donne une mine d'informations sur la culture vaudou et sur les sorciers hawaiiens, tout en nous faisant passer un moment à la fois merveilleux et horrible. J'ai beaucoup aimé le côté humain qu'il arrive à faire ressortir de chaque personnage, même du plus ignoble d'entre tous... Un bon point de plus pour la bibliographie qui est fournie à la fin du livre pour tous ceux qui veulent en savoir encore plus sur les différentes coutumes hawaiiennes. Du très très bon Dan Simmons, à lire quand il ne fait pas trop chaud... Laurent ENGLE

jeudi 23 août 2007

Cafard, vertiges et vodkas glace de Kate Christensen

Ce roman très contemporain raconte le quotidien d’une jeune femme drôle et touchante, Claudia, qui travaille en qualité d’assistante auprès de la très mondaine Geneviève del Castellano, dit Jackie pour les intimes. On pourrait penser que Claudia est une privilégiée d’être la secrétaire personnelle d’une personne célèbre telle que Jackie (en effet, cette dernière écrit des best-sellers), mais la vérité est bien autre, ses journées sont épouvantables, car Jackie est une femme autoritaire, exigeante et sévère, qui la malmène. Lorsque vous lirez ce roman, vous constaterez que notre héroïne ressemble davantage à une servante qu’à une assistante, elle endure des humiliations constantes. Dans l’immédiat, elle n’a d’autre choix que de supporter les mauvaises humeurs de sa patronne. Claudia m’émeut car elle me fait énormément penser à Andréa, l’héroïne du livre « Le Diable s’habille en Prada », la fameuse comédie de Lauren Weisberger (que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs) qui décrit la tyrannie qu’exerce Miranda Priesley, la rédactrice en chef d’un magazine prestigieux de la mode new-yorkaise, sur la pauvre Andréa. Ce que je trouve amusant à lire dans « Cafard, vertiges et vodkas glace », c’est que la vie de Claudia est complètement sens dessus-dessous, elle souhaite pourtant y apporter un peu d’ordre, mais a sérieusement du mal à y parvenir. Premièrement, si elle accepte ces conditions pénibles de travail, c’est parce qu’elle est fauchée et surendettée, cet emploi lui est nécessaire pour payer (avec grand peine) ses factures et son appartement qui, d’ailleurs, correspond bien plus à un nid à cafards. Deuxièmement, au niveau de sa vie sentimentale, c’est tout simplement un vrai désastre. Amoureuse secrètement de son ami d’enfance William, elle doit se résigner à n’être aux yeux de ce dernier qu’une simple relation amicale et noie ses moments de solitude dans de la boisson telle que la vodka ou le gin. Mais sous l’emprise de l’alcool, elle se laisse souvent entraîner dans des aventures sans lendemain. J’ai éprouvé vraiment de la compassion pour cette malheureuse, complètement dépassée par les événements, mais en même temps, c’est tellement drôle ses péripéties. Enfin, pour couronner le tout, elle n’arrive pas toujours à trouver du réconfort auprès de sa mère, psychologue réputée, qui s’intéresse davantage à sa propre carrière qu’à sa fille. Je trouve que l’histoire est réjouissante et comique à lire, notamment les passages sur la maladresse de Claudia. On y passe un moment plaisant et le roman se lit facilement. On ne peut que ressentir de la sympathie pour la pauvre Claudia et ses galères. Pour les lecteurs qui aiment les métaphores, ils vont être servis. Ngan Dai BUI

lundi 20 août 2007

Balades indiennes de Chitra Barnejie Divakaruni

Ce recueil présente 4 nouvelles d'auteurs indiennes, axées sur la problématique de la place des femmes dans cette société.
"L'échographie" (de Chitra Banerjee Divakanuri) raconte l'histoire de deux cousines, toutes les deux enceintes. L'une vit aux Etats-Unis avec son mari, l'autre en Inde dans sa belle-famille. Chacune vit cet évènement de façon très différente, et le choc des cultures est le thème central de la nouvelle. "Une Liaison" (du même auteur) se déroule également aux USA. Abha et Mina sont mariées, et alors que Abha subit cette union qu'elle n'a pas choisie et se plie aux convenances, Mina s'habille et vit à l'occidentale, sans crainte de choquer la communauté indienne. Mais voilà qu'Abha soupçonne son mari d'avoir une liaison avec Mina - ce qui la pousse à faire face à sa situation, et à prendre sa vie en mains. "À flot" (d'Anita Nair) nous présente une jeune femme qui, suite à un voyage aux Etats-Unis, revendique une indépendance et une liberté d'action qui se heurteront aux convenances de la société indienne. Il lui faudra renoncer, et se conformer à ce que l'on attend d'elle, jusqu'à ce qu'elle prenne une décision apparemment anodine qui lui permettra de reprendre le contrôle de sa vie... Enfin,"En sandwich!" (de Bulbul Sharma) offre un contrepoint amusant avec un homme objet d'une lutte acharnée entre sa mère et son épouse, notamment en cuisine, afin de l'accaparer et de supplanter la rivale. Ne voulant blesser personne, il reste désespérément passif. Chacune de ces histoires trace à sa manière le portrait de femmes entre le poids des traditions et des convenances, et l'attrait d'une société plus libérée et décomplexée, et on en revient toujours aux espoirs de ces femmes et à leurs petites et grandes victoires. J'ai bien aimé ces histoires, teintées d'exotisme tout en restant dans un univers familier. C'est un aspect que j'ai beaucoup apprécié, car sans être dépaysée, j'y ai trouvé des aspects d'un mode de vie et d'une culture différents. Les descriptions, tant de l'état d'esprit des héroïnes que des tenues, bijoux, plats, etc., donnent une saveur particulière, qui m'ont laissé entrevoir une littérature riche, aux descriptions très visuelles, vibrantes et colorées. Je n'avais jamais lu aucun de ces auteurs. Il me semble que ce livre est une bonne façon de les découvrir, et de s'initier à la littérature indienne. Fanny LOMBARD

vendredi 17 août 2007

Le roman de Rabelais de Michel Ragon

Nous sommes au milieu du XVIème siècle. François Ier, le prince des humanistes, est mort ainsi que sa sœur, Marguerite de Navarre, la protectrice des esprits libres. Henri II est le nouveau roi de France, la chasse aux « impies » est ouverte.
Dans une masure, prés du château de Saint-Maur où vit son ami et protecteur, Jean Du Bellay, diplomate lors du règne précédent, François Rabelais soigne les indigents, étudie et raconte ses jeunes années à un disciple, Gilles, un moinillon venu de Picardie. Pourquoi n’écrit-il pas une suite aux aventures de Pantagruel comme le poussent ses amis, Jean Du Bellay, Philibert de l’Orme (architecte, on lui doit notamment le château de Diane de Poitiers à Anet). Mais l’anathème porté à l’encontre de ses livres par la Sorbonne, les bûchers qui embrasent la France, l’intolérance qu’elle soit papiste ou huguenote, le bâillonnent. Et les joueurs de mots ne sont plus en odeur de sainteté. C’est le temps des amis des Guise, le temps des Ronsard, qu’il hait, de ceux qui émasculent la langue française, la langue populaire, si riche, au nom du beau langage. Non seulement Michel Ragon nous conte la vie de Rabelais mais il lui donne aussi la parole. Ainsi, nous l’entendons ridiculiser les idées reçues en matière de santé, se gausser des syllogismes des lettrés, faire la satire de Rome et de ses papes infâmes et rire, rire encore pour combattre la peur en ce siècle où les Clément Marot, les Etienne Dolet, les évangélistes (partisans d’un retour à la simplicité de l’Evangile), comme Rabelais ou Erasme, ont été suppliciés. J’ai apprécié que l’auteur ne nous livre pas une biographie linéaire (de la naissance à la mort) mais qu’il fasse progresser son histoire à partir d’un moment clé dans l’existence de Rabelais tout en utilisant la technique du « flash-back » pour nous raconter quelques épisodes du passé. Ce livre lu, je me suis précipitée chez mon libraire favori pour acheter les œuvres complètes de Rabelais tant Michel Ragon m’a mit l’eau à la bouche. Il m’a donné envie de découvrir le 16ème siècle en compagnie de Pantagruel et Gargantua. Laurence TESTU

mardi 14 août 2007

La ligne noire de Jean-Christophe Grangé

Au fin fond de la Malaisie, un ancien champion d’apnée, Jacques Reverdi est arrêté pour avoir sauvagement assassiné à coup de couteau une jeune fille. Or quelques années auparavant il avait été mis en cause par la justice cambodgienne pour des faits similaires mais avait été relaxé faute de preuve. Il n’en faut pas plus pour qu’un journaliste français, Marc Dupeyrat, soit persuadé d’avoir affaire à un tueur en série. Il commence alors son enquête d’abord à distance puis sur les lieux mêmes, utilisant pour entrer en contact avec Jacques Reverdi un subterfuge qui à la longue va se révéler terriblement dangereux non seulement pour lui mais aussi pour une belle jeune fille. Après avoir lu avec grand délice Le concile de pierre et L’empire des loups, je me faisais une joie de découvrir le nouveau thriller de Jean-Christophe Grangé. Mais il m’a bien vite fallu me rendre à l’évidence : ce roman n’était vraiment pas à la hauteur de mes espérances…Quelle déception ! Pas vraiment au niveau de l’histoire en elle-même, bien que quelquefois j’ai trouvé certaines scènes ou paroles pas très crédibles, voire invraisemblables. C’est plutôt dans l’écriture qu’il y a une certaine faiblesse. Non dans le style qui est plutôt agréable mais plus dans le rythme de narration. En effet, plusieurs fois, au fil des pages, je me suis surprise à trouver le temps long, ce qui est un comble quand on lit un thriller…et puis j’ai très vite deviné ce qui allait se passer… Même la violence dans les mots, dans les descriptions de scènes de meurtres ne m’a pas paru crédible parce que trop stéréotypée, trop excessive. La personnalité très tourmentée des protagonistes, qui cachent des blessures d’enfance, crée un climat malsain, ainsi que la fascination à la limite de l’admiration du journaliste pour le tueur. A cet égard, on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec Hannibal Lecter de Thomas Harris (le silence des agneaux) ce qui laisse un sentiment de déjà vu… Pourtant la démarche était intéressante, comprendre les motivations d’un tueur en série et ce qui a bien pu le pousser à en arriver là, mais j’ai trouvé que l’aspect psychologique des personnages prenait trop le pas sur l’action et se faisait donc au détriment du suspense. En fait ce n’est qu’au bout de 500 pages (le livre en compte environ 600) que l’on commence à être passionné par la lecture, même si la fin est comme le reste prévisible. En tout cas, à mon avis ce n’est pas la meilleure production de l’auteur. Ce livre devant faire partie d’une trilogie consacrée au mal et à ses origines, espérons que les prochains romans seront meilleurs. Je ne voudrais toutefois pas décourager les lecteurs, peut-être suis-je un peu sévère dans mon commentaire, ayant beaucoup lu de thrillers dignes de ce nom… Nicole VOUGNY

vendredi 20 juillet 2007

Le fantôme de Canterville d'Oscar Wilde

L'humour anglais, on aime ou on déteste. Personnellement, j'aime, beaucoup même et quand c'est sous la plume d'Oscar Wilde, c'est encore mieux!
Si cela me permet en plus de pénétrer dans l'intimité d'un fantôme, alors là je jubile! Moi qui rêve depuis si longtemps d'en rencontrer un, un terrible, un affreux capable de prendre des aspects différents selon sa fantaisie et le succès qu'il a recueilli lors de ses précédentes apparitions. Bref un fantôme étrangement semblable à celui de Canterville. Me rangerais-je néanmoins dans la catégorie des courageux qui l'affrontent sans la moindre panique comme les membres de la famille Otis? Rien n'est moins sûr! Mais le continent américain dont ils sont originaires, moderne et en pleine expansion génère des individus pragmatiques capables de se confronter aux réalités les plus extrêmes. N'ont-ils pas conquis cet Ouest indomptable? De quoi désespérer un fantôme de 300 ans d'âge qui pourtant s'applique à effrayer selon les règles normalement infaillibles de sa catégorie socio-professionnelle! Un désespoir qui conduit à l'irrémédiable: mourir, mourir pour de vrai, enfin! Voilà un conte rafraîchissant qui, bien que proposé à un public de jeunes, se lit avec le plus grand plaisir par ceux qui savent réveiller en eux un imaginaire d'enfant. Le second conte "Le crime de Lord Arthur Savile" commence sur une idée fort originale: comment accomplir le plus rapidement possible une part encombrante de son avenir révélée par un chiromancien, afin de continuer sereinement sa vie? La solution trouvée en dit long sur la logique humaine et sur la manière que l'on a de vivre son destin. Malgré un développement court mais riche en péripéties, j'aurais vu pour ma part un épilogue plus à la hauteur de l'originalité du propos. Un coup de théâtre par exemple. Il n'empêche, le style savoureux de l'auteur sauve largement cette petite faute de goût. Le troisième conte " Le millionnaire modèle" est une histoire beaucoup plus conventionnelle. Très court, il met en scène un type de situation fréquemment rencontré dans ce genre de littérature et la fin très morale, qui tranche carrément avec celle du précédent, laisse une impression de "déjà vu". Néanmoins, ce livre agréable est à mettre entre les mains de tous les grands enfants. Florence TOUZET

jeudi 19 juillet 2007

La tunique d'infâmie de Michel Del Castillo

« Choisi » par Son Excellence Manrique Gaspar del Rio, célébre inquisiteur, Michel del Castillo, doit comprendre la vie de Manrique et ainsi en découvrir le secret essentiel. Ce dernier, fervent catholique, qui deviendra évêque de Palencia a été élévé par son oncle Almagro à Soria, bourg pauvre et montagnard. A Salamanque Manrique connaîtra Gonzalvo, qui l’aidera à devenir Inquisiteur. A Valladolid lors d’un autodafé son regard croisera celui de Guillermo Lopez, médecin, chirurgien mais... juif ce qui lui vaut de passer sur le bûcher. A Grenade, après avoir vu la vieille Antonia Gomez se faire torturer par l’Inquisition, Manrique demandera un entretien avec la suppliciée. Mais quel est le dénominateur commun entre Manrique, Gonzalvo, Guillermo Lopez et Antonia Gomez ? Ce livre nous mène dans une Espagne d’une autre époque, celle de la « chasse » au non catholique, des conversos, des hérétiques, des derniers Maures d’Espagne. Outre le côté historique, ce livre est construit d’une façon très originale ce qui en fait son charme je trouve. L’auteur suit les traces de Manrique (ceci à 300 ans de distance) et à chaque fin de chapitre Manrique donne son opinion sur les écrits de Michel del Castillo. De plus lorsque l’auteur piste Manrique il s’adjuge le droit de nous faire voir l’histoire de sa vie en pointillé. La Guerre Civile, l’exode, le retour dans l’Espagne de l’après guerre, la mort du Caudillo. Il est clair que Michel del Castillo n’ a pas voulu écrire un livre autobiographique dans le sens strict du terme. L’auteur a préféré que l’Inquisiteur Manrique «voit » notre siècle et le lecteur celui de Manrique. Les descriptions, de l’existence des gens, des villes et paysages traversés par Manrique et l’auteur, sont simples et réalistes. Ceci ajouté à l’intrigue de la vie de Manrique et à l’amalgame de la vie de l’auteur font de ce roman, qui n’est point rébarbatif à lire loin s’en faut, une œuvre très intéressante à lire pour qui aime l’histoire de l’Espagne. Edouard RODRIGUEZ

mercredi 18 juillet 2007

Le désert des Tartares de Dino Buzzati

« Je m’appelle Zangra et je suis lieutenant au fort de Belonzo qui domine la plaine d’où l’ennemi viendra qui me fera héros » Si l’on change Zangra par Giovanni Drogo et le fort de Belonzo par le fort Bastiani, ces paroles de la chanson de Jacques Brel résument le roman de Dino Buzzati. Comment une telle histoire a-t-elle pu donner l’un des grands livres de la littérature mondiale ? Parce qu’il s’agit d’une allégorie permettant à Dino Buzatti de développer des thèmes d’une portée universelle : le temps et la mort. A force de faire jour après jour les mêmes tâches, de côtoyer toujours les mêmes personnes, Drogo vit dans un éternel présent : « hier et avant-hier étaient semblables, il n’était plus capable de les distinguer l’un de l’autre », alors que les jours, eux, s’accumulent jusqu’à devenir des années. En découpant son livre en trente chapitres de longueur presque égale, Dino Buzzati cherche à nous faire ressentir, en ne distinguant aucun chapitre par rapport à un autre, les journées toujours identiques que vît Drogo. Cette tyrannie du présent, ces occupations futiles permettent à Drogo d’éviter de penser à son véritable ennemi, la Mort, figurée par les Tartares. Ainsi, Drogo, comme toute la garnison, attend un hypothétique combat « qui le fera héros » pour que son nom en entrant dans la postérité fasse de lui un être éternel. L’histoire de Drogo est celle de tout un chacun : englué dans la routine quotidienne ne cherchons nous pas à fuir, à éviter de penser à notre mort et, par conséquent, au sens que nous avons donné à notre vie. Un livre qui réussit le tour de force de nous parler de l’attente sans nous ennuyer une seule seconde. Il y a certains livres, une fois la dernière ligne lue, qui continuent à nous « hanter » et nous retiennent assis dans notre fauteuil (ou couchés dans notre lit avec deux gros oreillers en appui-tête) comme s’ils ne voulaient pas, qu’immédiatement, nous passions à un autre ouvrage ou que nous nous livrions à toute autre activité. Un livre inoubliable à méditer et à relire. Laurence TESTU

mardi 17 juillet 2007

Le bonheur en partage de Maeve Haran

« Le bonheur en partage » commence comme un conte de fée des temps modernes : Liz est une jeune femme épanouie, comblée par la présence de ces deux enfants, d’un mari aimant, de très bonnes vieilles copines et d’un travail dont elle rêvait et pour lequel elle se sent prête à remuer des montagnes. Cependant le conte de fées ne dure pas, la belle machine de la vie s’enraye et très vite Liz se trouve confrontée à toutes sortes de difficultés. Non contente de devoir se battre pour faire passer ses idées, elle ne voit plus ses enfants, son couple s’étiole jusqu’à la rupture, tous ses évènements aboutissant à un changement radical de vie. Heureusement comme tout bon roman, l’histoire de Liz et de son petit monde se termine bien ! Dès que l’on a lu les premières pages il est difficile de s’arrêter, on s’attache très vite aux personnages, quelques rebondissements permettent de garder le rythme du roman qui est par ailleurs très facile à lire. Mais ce qu’il en ressort surtout, c’est que toute femme qui lit ce livre, même si elle n’a pas un poste aussi élevé que Liz et ses amies, retrouve ce à quoi elle est confrontée dans sa vie quotidienne : le stress et la pression dans le travail, l’éducation des enfants, les relations dans le couple … Ce roman nous fait prendre encore plus conscience des réalités que l’on vit tous les jours, qui nous pèsent parfois, mais que l’on finit par accepter et par oublier un certain temps. Quelle femme n’a pas rêvé ou ne rêve pas de faire un break, de partir pour se consacrer enfin à elle, à sa famille? Pour Liz, la rupture avec son entreprise concomitante avec celle de son couple est un coup dur. Mais une fois la situation acceptée, installée à la campagne, sans réels problèmes financiers, elle apprécie son nouveau rythme de vie, le temps qu’elle a pour se consacrer à ses enfants, à son nouveau logis, son jardin… Cet état de léthargie ne peut bien sûr pas durer toute une vie, mais il permet de se retrouver, de se reposer afin de repartir d’un pas léger vers de nouvelles aventures et rebâtir un avenir. Les femmes se sont battues pour obtenir l’égalité avec les hommes, la parité est un sujet toujours plus d’actualité, le statut même des femmes dans les entreprises a bien évolué durant les dernières décennies. Mais à quel prix s’est faite cette évolution ? Toujours moins disponibles pour nos proches, il est important de faire des enfants le plus tard possible, et si l’on en a, il faut accepter le fait que notre évolution sera mise à mal, le quotidien pèse toujours autant mais on a voulu cette égalité, nous devons l’accepter ! La meilleure solution Liz et ses amies l’ont trouvée : le temps partiel. J’ai presque envie d’en demander un dès demain ! Frédérique CAMPS

lundi 16 juillet 2007

Mon père d'Eliette Abécassis

On entend toujours cette phrase en psychologie : les garçons préfèrent leur maman et les filles leur papa. Jusqu’où peut aller cette adoration, cet amour filial ? Quel que soit l’âge auquel elles perdent leur père tant adoré, idolâtré, idéalisé, mis sur son piédestal, le deuil est difficile à faire. Et quand on découvre que cet homme n’était pas celui que l’on croyait, comment réagir ? Cette question va tourmenter Helena après la mort de son père tant aimé, et la rencontre avec un demi-frère dont elle ignorait l’existence, avec qui elle devra partager son idole, et ils partiront ensemble à sa découverte. Elle devra aller jusqu’en Italie, pour « renaître » avec des blessures et des déceptions. Le thème de ce roman est le rapport père/fille. En philosophie on pourrait comparer ce lien avec le rapport à Dieu. En effet, tout comme on peut se sacrifier pour lui, Helena le fait pour ce père qui apparaît si surréaliste. On peut même comparer son comportement à du fanatisme. D’ailleurs, quels ont été ses rapports avec sa mère ? Faisons une parenthèse sur l’auteur, pour signaler que Eliette Abécassis a un père qui est un célèbre philosophe, et qu’elle-même a fait des études de philosophie, dont elle a d’ailleurs un doctorat. C’est donc en partie une autobiographie qu’elle a écrite car ses rapports avec son père sont comme ceux de son héroïne et Eliette n’hésite pas à faire apparaître ses origines juives dans son livre. J’ai choisi ce roman à cause de son titre, « Mon père », car je voulais savoir comment d’autres femmes survivent à la mort de leur père adoré, ayant pour ma part du mal à survivre au mien mort le jour de mes 18 ans. Écrit dans un style simple et agréable, le live est facile à lire. Personnellement, je me suis entièrement laissée emballer dans le récit, et j’étais comme Helena, avide de connaître le vrai père.On se rend compte jusqu’où une femme peut aller par amour par son père, un élan parfois supérieur à celui qu’elle peut porter à un autre homme. Marie Isabelle ALONSO CHEMINAL

vendredi 13 juillet 2007

Mémoires sauvés du vent de Richard Brautigan

« Mémoires sauvés du vent » raconte les souvenirs d’un enfant qui a 13 ans en 1948. Le narrateur, aujourd’hui adulte, nous évoque ses moments passés au bord de l’étang à taquiner les poissons, sa rencontre avec le veilleur de nuit de la scierie d’à côté auprès duquel il récupère des bouteilles de bière pour se faire un peu d’argent. Il nous parle aussi de ces gens étranges qui déballent leurs meubles chaque fois qu’ils viennent pêcher, de sa fascination morbide pour les enterrements (sa mère et lui ont habité dans l’annexe d’une maison de pompes funèbres transformée en appartement) et de la disparition de son ami David tué malencontreusement par une balle lors d’une partie de tir à la carabine sur des pommes. Ah ! Si seulement il avait préféré ce jour-là s’acheter un hamburger plutôt qu’une boîte de cartouches. Cet évènement l’a à ce point traumatisé qu’il devient véritablement obsédé par tout ce qui touche aux hamburgers et qu’il va alors se mettre dans la tête l’idée d’aller interviewer des bouchers, des cuisiniers et de lire de nombreux ouvrages sur le sujet pour récolter le plus d’informations possibles.
Ce que j’ai aimé dans ce court récit, c’est l’écriture très fluide et d’une simplicité enfantine. Je me suis demandée d’ailleurs pendant longtemps si c’était un enfant qui s’exprimait ou un adulte. Je me suis également demandée si cette histoire n’était pas celle de Richard Brautigan car lui aussi est né en 1935 et a eu semble-t-il une enfance assez troublée dont on ne sait finalement presque rien. A la fois sensible, poétique, ce texte ne peut donc que toucher. Ce côté minimaliste, cette façon de raconter les choses innocemment, « l’air de rien » voire presque avec insouciance cachent en effet des souvenirs au goût plutôt tragique et amer. Le héros de l’histoire est très tôt confronté à la mort et notamment celle d’enfants sans compter cette existence de pauvres que sa mère et lui doivent mener. Mais heureusement qu’il y a aussi des passages moins tristes, moins douloureux comme cette quête effrénée sur le hamburger ou ce couple bizarre où là, on est vraiment obligé de sourire tellement on frôle le surréalisme et l’absurde. Marlène EVEN

jeudi 12 juillet 2007

Grande avenue de Joy Fielding

Elles sont quatre jeunes femmes, de jeunes mamans, mariées, habitant Grande Avenue. Elles se sont rencontrées dans un jardin d'enfants, et sont immédiatement devenues amies. Il y a Chris, jeune femme timide battue et humiliée par son mari qui tente de cacher sa situation à ses amies ; Susan, complexée par son poids, qui a repris ses études ; Vicky, avocate ambitieuse et sans scrupule, mariée à un homme plus âgé qu'elle, qu'elle trompe allègrement; et Barbara, ex miss obsédée par son physique, qui ferme les yeux sur les infidélités de son époux. Pendant vingt ans, elles vont tout partager : joies, peines, confidences, déceptions. Malgré les différentes orientations que prendront leurs vies, elles resteront très liées, jusqu'à ce que tout bascule. Un évènement tragique aura des conséquences irrémédiables, et la rupture sera définitive après ce qui sera vécu comme la trahison de l'une des quatre... L'écriture fluide, à la troisième personne, donne un roman facile et rapide à lire. L'alternance de passages narratifs, de dialogues et d'introspections en rend la lecture agréable. Le livre s'ouvre sur un prologue dont l'une des héroïnes est la narratrice. Dès le début, elle nous dévoile le dénouement : la mort d'une des amies, et la trahison d'une autre. Reste à deviner leur identité... L'intrigue réservant tout de même une grosse surprise ! Mais ce n'est pas tant l'issue de l'histoire qui est intéressante que son déroulement. Le point fort du roman tient à l'épaisseur des personnages féminins, dont la psychologie est très fouillée. Leurs choix, leurs motivations, leurs doutes, leurs ambiguïtés, comment chacune masque à sa façon ses fragilités... Tout cela est très bien montré. Au final, j'ai beaucoup aimé ce livre, et je me suis attachée aux personnages. Je m'attendais à une histoire plus légère, plus proche de la série "Sex & The City", mais je n'ai pas été déçue pour autant. Les héroïnes réservent chacune bien des surprises, et sont toujours plus complexes que ce que l'on pensait. Dans ce roman, on peut dire qu'on ne connaît jamais vraiment les gens, et il faut se méfier des apparences comme des préjugés. Fanny LOMBARD

mercredi 11 juillet 2007

La France de 1939 à nos jours de David Claude

« Approfondissez l'Histoire de la France depuis 1939 » tel est le leitmotiv de ce livre. Vous n'êtes pas obligé de le lire dès la première page. En effet, si vous souhaitez des précisions sur des sujets qui vous intéressent plus particulièrement, pas de problèmes : consultez la table des matières ... C'est ainsi que vous redécouvrirez le drame de Mers El Kébir de façon très stricte, mais aussi les grandes questions de la Résistance. D'autres sujets sont abordés : Vichy, les nationalisations, la 4 CV, Mai 58, le départ du Général de Gaulle. Ce livre ne se contente pas d'énumérer les faits historiques. Au contraire, il pose les questions adéquates, apporte des renseignements complémentaires, des commentaires de spécialistes. Ainsi vous trouverez page 113 la phrase ambiguë mais réaliste "Après s'être crus tous des résistants, les Français redoutent de se découvrir tous des fascistes." N'est ce pas exactement ce qui se passe ???. Bref de quoi réjouir les historiens, les étudiants qui souhaitent revoir des points particuliers, mais aussi nous autres qui nous questionnons sur notre société. Ce livre n'est pas rédigé par un seul auteur, mais par plusieurs spécialistes. Certes la collection "Points" est réputée pour ne pas être un "livre de chevet". C'est plutôt un livre d'approfondissement à consulter régulièrement dans son bureau. Mais il s'agit d'un ouvrage à lire et à relire... Christine BELLOT

mardi 10 juillet 2007

La retraite sentimentale de Colette

C'est le premier roman que je lis de l'oeuvre immense de Colette et cela a été pour moi une révélation. J'ai longtemps hésité à en faire un commentaire car il ne me semble pas facile d'en parler. On a dit beaucoup de choses sur Colette dont la réputation de femme libertine pour les uns, libre pour les autres, a longtemps chagriné les nostalgiques du machisme du siècle dernier. Les premières lignes de ce roman m'ont agressée. J'étais si peu habituée à ce genre de langage qu'il m'a fallu un peu de temps pour m'y faire. Le moins que l'on puisse dire c'est que Colette est directe, dérangeante presque par moments. Elle va droit au but et touche là où ça fait mal. Mais elle le fait avec des mots d'une poésie si délicate que l'on tombe sous le charme. Grace à la finesse et la justesse des situations ou des sentiments complexes qu'elle évoque, Colette dans ce roman surmonte aisément la difficulté d'à la fois prôner la fidélité inconditionnelle à l'être aimé et l'appétit légitime des femmes pour l'acte d'amour gratuit. L'héroïne Claudine qui relate les faits à la première personne traduit l'idéalisation de l'Autre dans l'éloignement, et son amie Annie, être vulnérable parce que culpabilisé, l'appel irrésistible du plaisir déconnecté du moindre sentiment amoureux. On comprend alors aisément que Colette ait été perçue comme un écrivain sulfureux à son époque même si à aucun moment n'effleure la moindre vulgarité dans son propos bien au contraire. Les mots sont effleurés, les phrases suspendues, le reste nous appartient. Le style de Colette est unique. Elle s'exprime au présent. Chaque mot frappe avec une infinie précision l'idée qu'il veut exprimer, surtout quand il est associé à un adjectif qui, paradoxalement en contredit le sens. C'est d'une force magistrale. Le regard aiguisé qu'elle porte sur les êtres et le ton souvent caustique qu'elle emploie pour les faire vivre apparaissent avec de plus en plus d'évidence comme le meilleur moyen pour elle de ne pas tomber dans le piège de la tendresse qui l'étouffe. Claudine ou plutôt Colette est un monument de sensibilité et d'amour qui dans les dernières pages du roman nous bouleverse. Elle est un écrivain incomparable et intense. Florence TOUZET

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