dimanche 28 février 2010

Préséances de François Mauriac


L’histoire se passe à Bordeaux, ville chère  à l’auteur, et dans ses alentours.
Deux adolescents (un frère et sa sœur) veulent à tout prix faire partie de la « Haute Société » ou encore des « Fils » du Négoce du vin bordelais, eux qui ne sont issus que de la classe des marchands de bois ou de draps.  Ils sont prêts à tout entreprendre même au détriment d’une amitié pour Augustin, pauvre être échevelé, sale, mal habillé, né  de père inconnu à l’histoire complexe, mais très brillant intellectuellement, « toujours premier ». Tous leurs actes, propos visent à  « entrer » dans cette classe sociale, ô combien enviée par ses oncle et tante, qui en ont la charge. A travers le faux rapprochement du frère avec Augustin, un double but est poursuivi : humilier les Fils et piquer la jalousie de l'un d'eux, Harry Maucoudinat, et l'amener à épouser la sœur.
Le snobisme de ces deux jeunes gens atteint son paroxysme dans la première partie du roman, au moment où Florence, la jeune femme épouse l’Un de ce milieu aristocrate. Son frère, le narrateur, est lui aussi disposé à tout, pour nier les contacts avec d’autres  personnes que ceux des « Fils des grandes Maisons».
C’est sous la forme d’un journal que commence la seconde partie .Douze années se sont écoulées : « la cendre a seulement recouvert nos cœurs et le feu a couvé sous les années ». Peu à peu le souvenir d’Augustin hante chacun de ces personnages, chacun à sa façon.  La jeune femme se prend à regretter cette ardeur qui émanait d'Augustin ; elle voudrait retrouver l'ami perdu. Seront-ils disposés à abandonner les « prérogatives » difficilement acquises ? Ou préfèrent-ils reconnaitre Augustin et leur erreur ? C’est à travers un scénario, monté de toute pièce, que le frère va tenter de  prouver  les raisons de leurs comportements. Arriveront-ils à leur fin ?
  Cet étonnant roman, touffu, compliqué, est une véritable œuvre d'imagination qui ne va pas certes sans quelques invraisemblances. Dans cette sorte de satire des «fils» des grandes maisons du négoce bordelais, se révèle une ironie acérée.
Le style est classique mais n’en rend pas moins le roman intéressant… et à découvrir. Les verbes sont au présent mais aussi au passé car des souvenirs réapparaissent. Chaque personnage est campé d’une forte personnalité, très bien décrite : on croirait les voir évoluer en face de soi.


Laurence DEMAY

Noir austral de Christine Adamo

70 000 ans avant Jésus-Christ, L’Océanie telle qu’elle apparait aujourd’hui sur les cartes du monde n’existait pas encore. Yooloore et les siens, venus de Sunda (langue de terre qui se séparera en Java, Sumatra, Bornéo et Philippines), traversent l’étendue liquide qui les sépare de Sahul (île qui donnera la Nouvelle Guinée, la Tasmanie et l’Australie). En 2004 en Australie, Liz quitte un travail éprouvant moralement qu’elle ne supporte plus. Partie pour la France sur les traces de sa mère qu’elle n’a quasiment pas connue, elle est confrontée à une série de meurtres et de faits inquiétants. Histoire du peuple Aborigène depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours, et quête mouvementée du passé pour une jeune femme de notre époque, n’ont à priori rien en commun ! Et pourtant…
Tout au long du livre, de courts épisodes des deux récits se succèdent les uns après les autres. L’auteur réussit cependant le tour de force de les mener de front sans jamais désorienter le lecteur.  Le style d’écriture facile à lire apporte de toute façon beaucoup de fluidité à l’ensemble. Chaque épisode se termine sur une note de suspense tenant en haleine lecteur. Il est donc difficile, afin de savourer ce texte à sa juste valeur,  de s’auto-discipliner (personnellement  je n’ai pas pu le faire !) pour ne pas le lire d’une seule traite ! D’autant plus que l’on se doute bien que les deux histoires vont se rejoindre à la fin… mais de quelle façon ?  Ce qui fait également la force de ce livre est l’idée de s’y faire côtoyer dans un même volume le genre « policier » et des faits historiques. Christine Adamo s’est de façon incontestable fortement documentée. Et outre l’évolution romancée d’une famille  Aborigène à travers les âges, elle nous fait découvrir un passé malheureux récent méconnu de ce peuple.
Au final, tous les ingrédients sont réunis pour captiver le lecteur : une longue saga familiale et historique pleine de rebondissements, une héroïne attachante à laquelle il est facile de s’identifier, des assassinats horribles et énigmatiques. Le cocktail est réussi ! Et je ne peux donc que vous conseiller de vous précipiter sans délais chez votre libraire pour acheter cet excellent livre.


Sophie HERAULT

samedi 27 février 2010

Le tour d'écrou de Henry James


Une jeune femme se voit confier l'éducation de deux orphelins par leur oncle, qui refuse absolument de s'en occuper. Elle se rend donc dans la propriété de l'Essex où vivent Flora, la petite fille, et son frère Miles. La gouvernante est immédiatement sous le charme de ces deux enfants affectueux, vifs et absolument adorables. Tout se passe pour le mieux, jusqu'à ce qu'elle voie roder autour du manoir un homme à l'air menaçant, puis une femme aussi peu engageante. Lorsqu'elle interroge la domestique, celle-ci reconnaît dans sa description le jardinier et l'ancienne gouvernante, deux amants décédés dans d'obscures circonstances. La narratrice est alors persuadée que les fantômes en ont après les enfants. Par ailleurs, elle commence à croire que Miles et Flora sont également témoins de ces apparitions, sans rien en dire...

Le style d'Henry James est toujours aussi ciselé et raffiné, et le fantastique n'a ici rien de spectaculaire : il est à peine suggéré, avec une économie de moyens qui crée un climat oppressant et une tension difficilement soutenable, où le non-dit tient une place prépondérante et où les apparences sont trompeuses. Mais ce récit demande un certain effort de lecture, notamment à cause des nombreuses introspections, puisqu'il repose uniquement sur le témoignage de la gouvernante, qui reste d'ailleurs anonyme. Ce récit à la première personne, rapporté par le biais d'un manuscrit, nous plonge directement dans sa tête, accentuant l'impression de malaise et une certaine identification avec l'héroïne.

Bien que j'aie beaucoup aimé ce roman, il m'a paru relativement complexe, tant par la présentation du récit (une narration "à tiroirs", une narratrice racontant la lecture qu'un autre personnage fait du manuscrit écrit par la gouvernante) que par l'interprétation que l'on peut en faire : une simple histoire de fantômes, ou quelque chose de plus élaboré, en prenant pour hypothèse la folie de l'héroïne. Et dans ce cas, l'analyse est passionnante : les non-dits, les frustrations, les projections de la gouvernante prennent alors un autre sens, et ont rendu pour moi ce récit plus angoissant encore - la folie créant des spectres bien plus terrifiants ! Conte gothique ou interprétation psychanalytique : à chacun de se faire son opinion, ce qui donne un intérêt supplémentaire au roman.


Fanny LOMBARD

Promesse de Belva Plain


Margaret Crane croyait vivre dans un total bonheur auprès de ses trois enfants, Megan, Julie et Danny, et de son mari Adam qu’elle aime d’ailleurs plus qu’elle-même. Celui-ci représente toute sa vie, alors évidemment, lorsqu’elle découvre un jour que ce dernier entretient une relation extra-conjugale avec Randi, c’est une tristesse immense et un profond désarroi qui s’emparent d’elle. Ce sont dix-huit années de mariage qui partent en fumée, sans compter l’humiliation…
« Promesse » aborde surtout le problème d’adultère dans son sens le plus absolu : la trahison d’un mari envers sa femme, les soucis qu’il rencontre à mener une double-vie et la détresse de l’épouse bafouée. Au final, rongé par la culpabilité, on se demande si le mari est vraiment heureux dans cette situation. J’ai réalisé l’ampleur du désastre pour les épouses qui apprennent de telles nouvelles, c’est terrible, car leur monde s’écroule d’un coup : pas seulement pour elles-mêmes, mais également  pour les enfants, car quelque soit leur âge, ils en sont fort affectés. J’ai vraiment apprécié l’attitude de Margaret, courageuse et volontaire qui garde la tête haute malgré la douleur ressentie de façon incessante, elle doit continuer à vivre pour ses enfants. Personnellement, je conçois qu’Adam puisse tomber amoureux, mais il serait plus loyal et honnête d’avouer la vérité à sa femme avant d’entamer une relation avec Randi, ce serait déjà plus respectueux et moins lâche.
L’auteur nous montre également l’autre côté du miroir, avec le personnage Nina, jeune femme proche d’Adam et de Margaret, qui fréquente un homme marié. Amoureuse, elle croyait tout ce que Keith lui promettait jusqu’au jour où la vérité éclate. Cette relation l’a fait grandir. Adam aussi va finir par découvrir une vérité au dénouement, mais pour lui, la situation est irréversible et irréparable. Quel gâchis !
Le sujet semble commun et pourtant, on ne s’ennuie pas une seconde et on se laisse plonger entièrement dans le récit très réaliste. Les personnages comme Margaret, Fred Davis, Nina, ou encore les enfants sont vraiment attachants. Bizarrement, même Adam, on l’aime bien malgré ses erreurs. En revanche, on a du mal à digérer la présence de Randi.
Belva Plain signe ici un excellent roman avec une belle écriture située entre le moderne et le classique. On note qu’elle emploie un très bon français : vocabulaire utilisé, composition des phrases. Le rythme soutenu du roman et les évènements qui s’enchaînent vite rend la lecture très plaisante. J’ai adoré « Promesse » avec une narration donnée à tour de rôle parmi les personnages principaux.


Ngan Dai GRAMOLINI

vendredi 26 février 2010

Le talisman de Peter Straub et Stephen King


Le jeune Jack Sawyer s'ennuie dans la station balnéaire déserte de la Côte Est où sa mère, reine déchue des séries B qui se meurt d'un cancer, l'a amenée. Sur les conseils d'un vieux Noir, Jack va entreprendre une Quête : S'il ramène le Talisman, un objet magique retenu sur la Côte Ouest, sa mère guérira. Difficile à croire pour le jeune garçon ? Pas tant que ça, car il découvre que le pays imaginaire entraperçu dans son enfance existe bel et bien : Il peut passer à son gré de l'Amérique dans les Territoires, un monde parallèle fantastique où la reine Laura, le Double de sa mère, agonise... Commence alors pour Jack / Jason un voyage interminable à travers l'Amérique / les Territoires, avec à ses trousses la maléfique oncle Morgan, déterminé à acquérir la mainmise sur les Territoires...
A mi-chemin entre la Science-fiction - puisqu'on a affaire à un (des) monde(s) parallèle(s) – et le Fantastique – les Territoires étant peuplés de Loups-garous et autres monstres peu recommandables - , ce roman part de bonnes idées : Toute action dans l'un ou l'autre monde a une répercussion plus ou moins importante dans l'autre, la géographie se ressemble (bien qu'à une échelle différente), certains personnages ont des Doubles... Au début, il semble que ce soit le côté "normal" le plus exploité : Jack voyage surtout du côté Américain et, si ses aventures sont effroyables, elles n'ont malheureusement rien de paranormal et ne reflètent que le côté obscur de ce qui peut arriver à un garçonnet seul sur les routes. Mais petit à petit, l'histoire sombre de plus en plus dans le fantastique et l'horreur, comme on pouvait s'y attendre de la part des maîtres incontestés qu'en sont King et Straub.
Le style est fluide et sans prétention : Les phrases sont grammaticalement peu élaborées, le vocabulaire alterne termes relativement recherchés et termes très familiers. De très nombreuses métaphores souvent insolites parsèment la narration.
Le récit suit de très près le jeune Jack, mais s'intéresse parfois à d'autres personnages pour permettre d'apporter des précisions. De nombreux passages en italique permettent de connaître les pensées des personnages, bien qu'il ne soit pas toujours évident de savoir s'il s'agit de pensées propres ou de pensées appartenant à d'autres personnages que le héros entend malgré tout.
Dans l'ensemble, un récit divertissant pour qui ne craint pas d'attaquer un colossal pavé de plus d'un millier de pages !


Marie-Soleil WIENIN

Le masque des regrets de Kurt Steiner


Après avoir partagé sa couche avec une jeune fille à la beauté glaciale, le comte D'Ermelin retrouve son amour rencontré en ce soir de Carnaval, morte, la gorge violacée par des marques de strangulations. Pourtant, le prévôt de la ville refuse de croire à un meurtre car il reconnait en ce cadavre, la femme pendue il y a de cela une semaine pour meurtre par empoisonnement. Ces faits intéressent toujours Michel de Briouze qui, un soir de Carnaval plusieurs siècles après, tombe éperdument amoureux d'une jeune fille ressemblant étrangement à la morte.
L'auteur ici, raconte une histoire romanesque macabre. On passe de l'époque festive de Louis XIV à une ville anglophone où le temps a fait des ravages et où l'esprit des lumières est maintenant très loin dans le temps. Il s'agit d'une sorte de nouvelle où se mêllent une intrigue proche de celle de Dracula dans sa narration (récit à la première personne où le narrateur découvre tout avec nous et doute de ce qui lui arrive), un arrière goût de l'histoire de Jack l'éventreur féminisé (meurtres passionnels), et un amour au détour tragique.
Le narrateur a l'écriture fine et, avec élégance, décrit les rues, bâtiments et parvis de telle sorte qu'on se croirait encore à l'époque de Louis XIV, deux siècles et-demi plus tard. Il joue sur les sentiments du lecteur en le forçant à se poser certaines questions tout en en oubliant d'autres. Au bout du compte, il s'agit d'un roman où le lecteur se confond avec le narrateur. Il vit à la place du personnage.
Enfin, ce livre a l'avantage de se lire vite et bien. On passe un agréable moment et rien ne laisse prévoir la fin qui nous attend malgré les petits indices semés ça et là.


Estelle TRILLOT

jeudi 25 février 2010

Le vol des cigognes de Jean-Christophe Grangé

 Louis Antioche, 32 ans, jeune parisien au passé tumultueux et mystérieux, vient de finir sa thèse. Ses parents adoptifs l’ont mis sur la piste d’un emploi intéressant et bien rémunéré, mais à mille lieues de ses qualifications. Ils lui font rencontrer un étrange ornithologue, le suisse Max Böhm. Celui-ci lui confie une mission singulière : remonter le vol des cigognes, oiseaux migrateurs qui parcourent des milliers de kilomètres, à travers l’Europe et l’Afrique, afin d’élucider le mystère de la disparition de bon nombre d’entre elles au fil de leur périple, au printemps dernier. Or, peu avant de partir à la poursuite des cigognes, Louis Antioche découvre le corps sans vie de l’ornithologue. Il décide malgré tout de faire le voyage. Celui-ci qui le mène depuis les pays de l’Europe de l’est jusqu’à la république du Centrafrique va être parsemé de mystères, de découvertes macabres, de violence et… de cadavres. Un voyage jusqu’aux sources d’un passé trouble…
  Avec « Le vol des cigognes », Jean-Christophe Grangé signe là son premier roman. J’affectionne particulièrement cet auteur dont j’ai déjà lu plusieurs œuvres : « Le concile de pierre », « La ligne noire », « Les rivières pourpres », « Le serment des limbes » et, plus récemment, « La forêt des Mânes ». Je commence à connaître les marottes de l’auteur ainsi que certains de ses travers (à mon goût). Comme pour les autres romans de Grangé que j’ai lus, j’ai apprécié ici la documentation fouillée qu’expose le roman, dans les domaines de l’ornithologie, des diamants, de la cardiologie. L’auteur fait voyager son lecteur dans les pays de l’Europe de l’est, en Turquie et en Israël, dans les pays africains également. Malgré quelques longueurs, j’ai été transportée par l’action et le suspens. L’écriture se présente à cette image : vive, nerveuse, alerte, en somme efficace, ne laissant place à aucun temps morts. Je comparerais volontiers l’écriture de Grangé à celle d’Harlan Coben. Malgré tout, quelques descriptions sont présentes. Le style n’est guère recherché, pas vraiment littéraire, mais cela ne m’a pas gênée. Par contre, comme dans tous les Grangé, et c’est ainsi que j’ôte une étoile à mon appréciation totale, la violence, l’horreur et les détails macabres sont au rendez-vous. Le lecteur est confronté, à l’instar du narrateur, à quantité de cadavres, tous atrocement mutilés. L’auteur livre même, avec force détails, les comptes-rendus des autopsies. Vers le dernier tiers du roman, Grangé nous offre une esquisse de la vérité finale sur un plateau : cela dessert un peu le suspens et rend la fin trop prévisible. Je ne me doutais pas, avant cette révélation, de l’identité du principal suspect, mais j’en ai eu quelques intuitions. Le final, dont le schéma reste très classique, dans les normes du policier, est assez théâtral et macabre : je trouve que l’auteur ne soigne pas assez ses fins. Mais globalement, je reste sur une très bonne impression : action, suspens, mystère, agrémentés d’une solide documentation, rendent cette lecture agréable.


Christelle GATE

Electre de Jean Giraudoux

Jean Giraudoux (1882-1944), diplomate français et dramaturge, entreprit comme bon nombres de ses prédécesseurs tels que Sophocle, Euripide ou même Corneille et Jean-Paul Sartre, de réécrire le mythe antique et tragique d’Electre.
L’Electre de Giraudoux, parut en 1937, soit à la veille de la seconde guerre mondiale, est un symbole de résistance et « une lumière » d’espoir dans un monde où le fascisme domine.
En effet, Electre fille du roi assassiné, Agamemnon, recherche en justicière le meurtrier de son père. Or, lors de cette quête de la vérité, Electre en vint à soupçonner sa mère, Clythemnestre, d’avoir un amant et d’être infidèle. Elle éprouve alors pour elle une haine qu’elle ne peut s’expliquer.
Cet œuvre de Giraudoux m’ a particulièrement plu. Découvrez ou Redécouvrez le mythe d’Electre comme vous ne l’avez jamais lu !
 En effet, le mythe qu’il évoque est connu, et pourtant, Giraudoux, avec une verve qui lui est propre, rend à ce texte toute sa fraîcheur et son originalité…..
D’ailleurs, grâce à un langage simple et claire, il permet aux jeunes de ressentir toutes les émotions qui submergent les divers personnages et de saisir les raisons qui les poussent à agir, ainsi l’on comprend davantage tout l’intérêt du texte original. Ainsi, bien que ce mythe soit ancien, il  apparaît comme d’actualité et est facile à lire.
De plus, cette version de Giraudoux me semble géniale.
Dans les versions précédentes, Electre apparaît telle une héroïne merveilleuse, pure et sans reproches et qui ne possède que des qualités !
Or, dans celle-ci, ce qu’elle entreprend n’est que justice, mais sa mère et son amant, Egysthe sont devenus de bon régents, bénis des Dieux. Les rôles sont donc, plus nuancés et chacun a une part d’ombre et de lumière, ce qui me semble le plus vraisemblable, étant donné que rien n’est jamais tout blanc ou tout noir…
Ainsi, Giraudoux nous pousse à nous demander si il est préférable d’appliquer une justice relative et faite de compromis, afin d’éviter la mort de milliers d’innocents, ou si les coupables doivent toujours payer pour leurs crimes passés quoi qu’ils soient devenus….
Jusqu’à ce jour, j’avais toujours cru qu’une justice absolue et une vérité entière étaient le mieux, pourtant, à présent, j’en doute !!
Je vous conseille donc, vraiment ce livre qui remet en question tout ce que nous pensions être bien et qui finalement ne le sont pas tant que cela !!
Bonne lecture à tous !!


Caroll LAIDET

mercredi 24 février 2010

Comment faire bouillir un dragon de Cressida Cowell

Clovis, le grand-père du petit viking Harold Horrib’ Haddock III, est formel. Une telle canicule qui s’abat sur l’Île de Beurk ne peut qu’être le signe d’un grand malheur à venir. Mais habitué à ses piètres qualités de devin, chacun continue de vaquer à ses occupations. D’ailleurs, Tronch le Burp n’entend pas déroger pour si peu à sa tache d’instructeur. Mais ce qui ne devait être au départ qu’une simple initiation à dos de dragon chasseur, se transforme rapidement pour Harold, un de ses élèves, en début d’une aventure terrifiante. Car ce terrible incendie semblant venir de nulle part qui piège le groupe, et ces dragons inconnus entre-aperçus au milieu des flammes, ne sont que les prémisses d’une catastrophe imminente ! Qui est cet homme, qui, à dos de dragon blanc et semblant insensible à la fournaise, vient à leur secours ? Quel lien le lie à la famille du petit viking ? Harold va vite l’apprendre. Et il se retrouve avec entre les mains le destin de l’archipel, menacé d’être anéanti sous peu par une horde de neuf cent mille Exterminators !... Avant de devenir le plus grand héros viking de tous les temps, Harold Horrib’ Haddock III était un petit garçon sans beaucoup de charisme, mais ayant traversé bien des épreuves. Dans ce livre, 5ème de la série après « Comment dresser votre dragon », « Comment devenir un pirate », «Comment parler dragonais » et « Comment dompter une brute complètement givrée »,  nous retrouvons la suite de ses mémoires. Pour la compréhension de l’histoire, il n’est cependant pas nécessaire d’avoir lu les épisodes précédents. Dans un langage simple et haut en couleur, le récit sait tenir en haleine ses lecteurs. Les enfants, à partir de 10 ans, ne seront pas non plus insensibles aux touches d’humour qui le parsèment (les noms des personnages, par exemple, les feront sans doute se gondoler de rire : Rustik le Morveux, Pork la Verrue, Akné la Croûte…). Et l’auteur agrémente son histoire de nombreuses illustrations qu’elle a elle-même réalisées. Celles-ci rappellent le style des dessins griffonnés à la va-vite qu’affectionnent les préados. Elles permettent d’aérer le texte d’un livre relativement volumineux (pas loin de 250 pages… mais jamais ennuyeux !) qui pourrait au premier abord faire un peu peur. Tous les ingrédients sont donc présents pour emporter l’adhésion des enfants, même des plus récalcitrants à la lecture. Et lorsqu’ils auront lu, et forcément apprécié, un des livres de la série, ils ne pourront que vouloir absolument découvrir les autres aventures de leur héros préféré en se plongeant dans les autres tomes.

Sophie HéRAULT

A la croisée des Mondes Tome I : Les royaumes du nord de Philip Pullman

Lyra est une petite fille vive et intelligente, qui vit à Oxford au Jordan’s College depuis sa naissance. Accompagnée de son daemon personnel, Pantalaimon, elle vit paisiblement au gré des guerres enfantines avec les gitans, des jeux avec son meilleur ami Roger, qui travaille aux cuisines et des cours dispensés par les Erudits. Jusqu’au jour où tout change : son oncle manque d’être empoisonné, des enfants commencent à disparaitre, dont Roger … Lyra décide alors de partir à sa recherche. Aidées par des alliés aussi fidèles que différents (un ours, des gitans, une sorcière …) elle part dans le Nord pour délivrer son ami, et son oncle, également prisonnier. En chemin, elle va essayer de comprendre la fascination étrange des adultes envers une matière mystérieuse : la Poussière… C’est le début d’une très belle aventure menée de main de maître par Philip Pullman. Comptant trois tomes, « Les Royaumes du Nord » est le premier d’une série passionnante intitulée « A la croisée des Mondes ». L’univers dans lequel évoluent les personnages est un mélange de notre monde et de magie. Chaque personne est accompagnée par un daemon, une sorte de prolongement de son âme. Le daemon peut prendre la forme qu’il désire tant que la personne est enfant. Après la puberté, le daemon prend une forme définitive et ne peut plus se transformer. Cette image de l’âme extérieure est un symbole très fort dans le livre. Il montre à quel point les enfants peuvent s’adapter à n’importe quelle situation, alors que les adultes sont barricadés dans une seule pensée. Pantalaimon, le daemon de Lyra, est très attachant, à l’image de la petite fille. Vive, débrouillarde, intelligente et dotée d’un sacré caractère, Lyra nous entraine dans ses aventures avec fraicheur et courage. On tremble lorsqu’elle tombe dans des pièges tendus par les méchants, on s’émeut de son courage, on ne veut pas lâcher le livre pour voir ce qu’il se passe après. Les autres personnages sont également très bien définis et attachants, surtout Iorek Byrnison, l’ours en armure, que j’ai trouvé touchant et incroyable. Le style très fluide et très simple de l’auteur permet une lecture très agréable, sans phases d’ennui. La capacité de Philip Pullman à rebondir dans les situations est impressionnante, ce qui permet à des lecteurs de tout âge de se plonger dans les pages pour n’en ressortir qu’une fois l’épilogue terminé. Un tome 1 à dévorer sans hésiter, et qui donne envie de lire les autres livres. 


Yo DUDE

mardi 23 février 2010

Journal d'un éléphant dans une peau de gazelle de Sonia Dubois

Au début des années 90, les téléspectatrices découvrent l’émission de télévision Frou-Frou, animée par Christine Bravo. Le moins que l’on puisse dire est que Sonia Dubois, une des chroniqueuses de l’équipe, ne passe pas inaperçue ! Son physique « très enrobé », sa vitalité débordante, et sa naïveté touchante font d’elle, rapidement, un personnage phare de ce magazine féminin. Depuis toujours, sa faim perpétuelle et l’obésité qui en résulte ne lui posent aucun souci. Mais soudainement, Sonia prend conscience de son aspect « hors normes », et pousse la porte du Centre d’amincissement des Champs-Elysées. Il lui fera perdre presque 60kg en 1 an. Liée par contrat à cet institut qui lui a offert ses soins en échange de la publicité qu’elle peut en faire, Sonia se doit de faire bonne figure. Mais derrière la façade de convenance, Sonia a de plus en plus de mal à ne pas retomber dans ce qui est réellement une maladie, l’hyperphagie. D’autant plus que la vie ne lui semble pas plus belle depuis son amaigrissement spectaculaire… Sur un ton très dynamique, et dans un style facile à lire, Sonia Dubois expose les émotions qui la traversent et les difficultés qu’elle rencontre. Sans aucune retenue dans ses propos pour les personnes qui l’entourent (son mari si peu présent, son meilleurs ami homosexuel et anorexique, un collègue alcoolique sur lequel elle fantasme) ou qu’elle est amenée à côtoyer (les femmes venant aux portes-ouvertes de l’institut, sa jolie voisine), elle joue la carte de la franchise. Quelques encarts bourrés d’humour, mais aussi et surtout de bon sens, agrémentent le récit : «25 choses à ne pas me demander si vous voulez qu’on reste amis », par exemple.  Ce témoignage permet de dévoiler un aspect bien souvent occulté des cures d’amaigrissement : celui de l’après régime. La plupart du temps, en effet, les reportages télévisés ou publications nous vantent l’efficacité de telle ou telle méthode miracle, ou mettent en avant une personne rayonnante après avoir perdu ses kilos superflus. Mais il est rare qu’un livre révèle avec tant de sincérité que la vie ne devient pas obligatoirement idyllique du jour au lendemain après un régime réussi. Et que s’obliger à ne pas regrossir en réfrénant ses pulsions alimentaires peut, finalement, entraîner plus de malaise que de bien être. 


Sophie HéRAULT

Numéro six de Véronique Olmi

A travers ce livre, la narratrice parle à son père. Un récit en forme d’aveu, de confession. Tout ce qu’elle n’a pas pu, ou voulu,  lui dire enfant, puis adolescente,  prend place dans ces textes où l’amour a dû mal à voir le jour. Un ton  parfois  tendre mais le plus souvent distant.  La crainte, le respect envers ce père sont omniprésents : «  le respect et la peur c’était pour la maison ». Elle découvre un aspect  de sa personnalité à travers les lettres qu’il envoyait à sa famille lors de la première Guerre Mondiale.

La narratrice s’occupe de son père, ancien médecin Pourtant, elle était le numéro six, la dernière d’une grande fratrie : « on pensait que je naîtrais mongolienne, un bébé fabriqué avec un ovule fatigué, des chromosomes peu vaillants(…) Je n’ai pas d’illusion : la fausse couche a dû être souhaitée ».

Véronique Olmi nous peint le tableau de famille catholique, aisée, bien comme il le faut,  en y ajoutant une pointe sarcastique «à la Messe, on arrive en retard pour qu’on nous remarque », « les petites pieds sont signes de noblesse ».



Françoise MOULIN-QUILLIOU

lundi 22 février 2010

Poisson-chat de Jerome Charyn

Le héros de ce roman s’est toujours identifié au poisson-chat qui peuple la petite rivière du Bronx et qui traverse le quartier de Cartona Park. L’animal vit dans la boue, il s’y épanouit et s’y complait. Il est vorace et les boîtes de conserves constituent régulièrement son déjeuner. Enfant, Jerome Charyn en a fait son compagnon de jeu. Tout le long de sa vie, il trouvera en lui la même force qu’il reconnaît à ces bêtes. Car Jerome Charyn va nous raconter sa vie. Au moins il nous le fait croire. Le livre est estampillé roman et il ne faut pas se faire prendre au piège même si le héros se prénomme Jerome Charyn. Il ne s’agit pas de savoir si nous avons là une autobiographie. L’auteur joue avec le lecteur quand il ne se joue pas de lui. C’est là un des charmes du livre. Il nous parle, nous interpelle, parfois même nous demande notre avis, il ne cesse d’intervenir pour couper la relation des faits, nous emporter avec lui dans ses mensonges et ses histoires. Il l’avoue lui-même, le poisson-chat lui a appris à mentir et à inventer de fabuleuses histoires. Ce livre est merveilleusement vivant. Au début détaché, parfois très laconique, le narrateur se fait plus emporté et plus vindicatif. Les phrases sont courtes et incisives, elliptiques quand le verbe disparaît ; le ton enjoué se fait parfois moqueur. La narration se rapproche d’un phrasé oral très travaillé pour retrouver ce souffle, cette limpidité originelle. Tout au long du livre nous côtoyons les ours en peluche que confectionne le père, des putains, des soldats et des fous, parfois même des assassins. Le jeune Jerome Charyn grandira à leur contact. Il finira quelque peu épuisé seul ou presque (ne dévoilons pas la fin) après avoir essayé de reconstituer une famille. Les sept dingues, dont un maire destitué qui sera l’amant de sa femme et une harpiste de strip-tease, ne pouvant partager le même toit que malgré tout ils ont dû mal à trouver. Le roman de Jerome Charyn est une merveilleuse réussite.

Jacky GLOAGUEN

Fanny Hill, la fille de joie de John Cleland

Fanny Hill est une fille de la campagne, sans parent et sans argent qui se fait embarquer à Londres par une connaissance qui lui fait croire qu’elle pourra trouver une place de servante sans aucun problème. Une fois à Londres, cette personne la laisse seule et Fanny se voit obligée de faire commerce de son corps pour survivre. Ayant la chance d’être jolie, fraîche et innocente, elle ne fait pas vraiment de mauvaises rencontres, les personnes chez qui elle travaille ne sont pas méchantes ni mauvaises ce qui ne l’empêche pas de faire des expériences de tous types ( lesbien, à plusieurs et même homosexuel ce qui la choque et la dégoûte un peu quand même). Heureusement, elle rencontre aussi l’amour de sa vie et après pas mal de péripéties, tout est bien qui finit bien… Ce roman érotique qui se passe au XVIIIème siècle, met bien en scène qu’une jeune fille sans ressource, sans amis est souvent contrainte de devenir fille de joie pour éviter de vivre dans la misère. Dans ce roman très court, on pourrait presque parler de nouvelle, les actions et les événements se passent très vite (par exemple six mois dans sa vie ne font qu’une ou deux pages dans tout le roman et cette notion de six mois n'est précisée que parce qu’elle était importante à ce moment-là). Les scènes érotiques sont assez explicites pour ne pas mettre ce livre dans toutes les mains mais les mots choisis par l’auteur ne sont pas « crus » ni vulgaires, il utilise beaucoup de métaphores, de comparaisons et autres figures de styles. En ayant envie de lire ce livre, je ne savais pas que c’était un livre érotique, je pensais que c’était plutôt axé sur la vie de Fanny, comment elle supportait ce métier et ce qu’elle faisait pour s’en sortir. J’ai donc été assez surprise et un peu déçue il est vrai. Néanmoins, on se rend bien compte qu’à cette époque, ce n’était pas un choix pour la plupart des filles mais un bon moyen pour avoir aussi la chance de rencontrer quelqu’un de riche qui puisse entretenir une maîtresse ou comme Fanny devenir riche en faisant de bonnes rencontres. Même si ce n’est pas l’objectif d’un roman érotique, j’aurai aimé que le personnage de Fanny soit plus intéressant car elle paraît très innocente, très naïve. On a l’impression qu’elle ne se rend pas vraiment compte de ce qui lui arrive ni de ses actes. C’est malgré tout un livre à lire car c’est un des romans anglais érotiques les plus connus, bien dans le style de l’époque et qui apparemment était à la mode et très populaire.

Aurélie MARCHAND

dimanche 21 février 2010

L'Espagnol de Bernard Clavel

C’est par une sombre nuit d’automne 1939 que Pablo et Enrique arrivent d’un camp de réfugiés espagnol pour être placés dans une ferme d’un village du Jura. Enrique s’aperçoit vite qu’il ne supportera pas le dur travail de la vigne et préfère prendre le maquis. Pablo, lui trouve dans la fatigue et la souffrance un dérivatif à son chagrin. Lorsque le patron meurt et que le fils est fait prisonnier par les allemands, il en vient à s’impliquer de plus en plus dans la bonne marche de la ferme et des vignes avec l’aide de la patronne, sa fille simplette et d’un vieux journalier. Surtout connu comme écrivain régionaliste, Bernard Clavel est aussi membre de l’académie Goncourt. Il sait donc trouver les mots pour nous parler et nous faire aimer son pays natal, le Jura. Toutefois l’espagnol ne se résume pas seulement à l’histoire d’une région pendant une certaine période, c’est avant tout celle d’un homme déraciné, brisé par les horreurs subies et vues pendant la guerre civile espagnole et qui est à la recherche d’une raison de vivre. En apprenant à aimer la terre, les bêtes et le travail physique, il va peu à peu mettre de côté son passé sans néanmoins parvenir à l’oublier. D’autant qu’il y a cette autre guerre avec laquelle il faut faire, même si elle est très différente de celle qu’il vient de vivre et qu’il a la chance d’être dans un coin où elle est peu présente, assez cependant pour le faire douter du bien- fondé de la violence et aspirer à la paix. Et puis c’est en s’intéressant aux autres, à leurs problèmes, à leur différence, à leur solitude qu’il va se reconstruire en se sentant utile et important à leur yeux. Cet aspect humain du roman est très beau et tellement réaliste qu’on en est touché et ému au fil des pages. Avec Pablo nous découvrons également la vie dans les campagnes, notamment le travail de la vigne, du bois, des cultures, cette vie si difficile que les jeunes délaissent au profit de la ville et ses facilités, sans se rendre compte du déchirement que cela représente pour ceux qui y ont consacré toute leur vie. Ce roman lent, dans lequel il se passe finalement peu de chose pourrait paraître relativement démodé par rapport à ce qui se fait actuellement. Et pourtant on se laisse si bien prendre à cette écriture simple mais tellement belle qu’on ne s’ennuie pas en le lisant. Après tout, ce genre d’histoire fait partie de notre passé, nos parents ou grands parents ont vécu comme cela, il est parfois bon de s’en souvenir… 


Nicole VOUGNY

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