mercredi 10 février 2010

Un brin de verdure de Barbara Pym

L’histoire se passe dans le Sud Est de l’Angleterre. Emma Howick anthropologue, vient habiter dans la maison de sa mère, située dans un petit village, le temps d’achever son travail de recherches. Pour cela, elle observe les habitants en se mêlant à tous les évènements de ce lieu.
Avec l’humour anglais, mais aussi avec tendresse, l’auteur décrit en détails, les gens, les choses, les évènements, en un mot, la vie de ce village, dans lequel on trouve des pasteurs anglicans, des vieilles filles, des nouveaux venus, des médecins… Mais on découvre aussi, leurs diverses réunions, les brocantes, les traditions du pays et leurs pensées. On y retrouve les mesquineries et les rêves de gens ordinaires, la mentalité d’un petit village anglais des années 60. Sous des apparences paisibles, elle critique la société anglaise de ce temps.
J’ai trouvé le début un peu long, il ne se passe pas grand-chose et j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, mais peu à peu on se familiarise avec les habitants de ce village. J’y ai ressenti une atmosphère étrange, un peu comme un huis clos, bien que l’action se déroule aussi à l’extérieur.
Elle emploie des phrases longues, qui pourraient alourdir le texte, mais elles sont entrecoupées de dialogues. Des répliques directes qui animent l’histoire.
Que va faire Emma à la fin de l’histoire ? A vous de le découvrir dans ce livre qui n’est pas aussi désuet qu’il y parait.

Hélène SALVETAT

Women de Charles Bukowski

On le surnomme Hank, mais il s’appelle  Henry Chinaski. Il a la cinquantaine, il mesure un mètre quatre-vingt et il pèse cent treize kilos. C’est un alcoolique, vieux, moche et dégueulasse, il est paresseux, cinglé et bête. Il aime les matchs de boxe et les champs de courses, c’est un raté qui n’a pas eu de femme depuis quatre ans et qui compte bien se rattraper.
Bien sûr Hank tombe amoureux de la première femme qu’il rencontre. Comment ne pas l’être ? Elle s’appelle Lydia et elle est folle comme lui. Elle est jalouse et lui aussi. Tout les sépare, tout les réunit.
Ainsi commencent  les fabuleux épisodes de la vie de Henri Chinaski, poète à la faible renommée, ancien postier qui gagne sa vie en faisant des lectures dans les universités, les librairies et parfois les boîtes de nuit. Rien n’est facile quand on est certain de sa petitesse. Car Hank est ignoble mais lucide ; il ne sait que dormir, bouffer, traîner et faire l’amour, mais dans la plus parfaite solitude, certain de ne jamais pouvoir satisfaire une femme, certain de ne pouvoir combler en lui l’ennui qui le ronge.
Women est une fiction, Charles Bukowski le précise dès le début, et même si le parallèle entre les deux vies peut être fait, le lecteur ne doit pas se tromper. Bukowski écrit contre l’Amérique bien pensante, contre les hommes et les femmes incolores, inodores et sans saveur, contre ceux qui ont été cajolés, dorlotés par leur maman, ceux qui sont niais et satisfaits. C’est une voix qui s’élève, crue et parfois ordurière, c’est un langage nouveau qui entre avec lui en littérature. Car il y a là une verve, un flot de paroles qui ne se tarit pas, plein d’humour et de tendresse malgré tout.
Charles Bukowski a fait partie avec Hubert Jr Selby de cette génération qui a réveillé les Etats Unis d’après guerre.

Jacky GLOAGUEN

mardi 9 février 2010

Panique à la Mammouth Académie de Neal Layton

Les vacances de Noël sont terminées pour Oscar et Arabella, deux petits mammouths laineux vivant à l’âge de glace. Ils reprennent donc le chemin de l’école, la Mammouth Académie, heureux de retrouver tous leurs amis, Paresseux géant,  Renardeau, ou encore Prunelle. Ils sont d’autant plus excités et enthousiastes à l’idée d’attaquer ce 2ème trimestre que les matières enseignées, danse, art plastique, chimie, etc., seront mises à profit pour organiser le plus merveilleux des carnavals. Mais, catastrophe, la joie des préparatifs est gâchée par l’intervention d’humains affamés, élèves de l’Ecole des Cavernes toute proche : graffiti menaçants à l’orthographe désastreuse, vitres brisées, lancés de boules de glaces, ces « bêtes sauvages et dangereuses » deviennent de plus en plus menaçantes. Et lorsque, profitant du confinement prolongé forcé des animaux préhistoriques au sein de leur école à cause du mauvais temps, ils cernent puis envahissent les locaux, la situation devient même carrément critique ! Ils ont de façon évidente l’avantage, mais c’était sans compter leur rencontre avec la vedette du carnaval, le « Mammouth des Mammouths »…
Dans ce livre, nous retrouvons avec plaisir les héros du premier épisode, « La Mammouth Académie ». Pour la compréhension de l’histoire, il n’est cependant pas nécessaire de l’avoir lu avant de se plonger dans ce nouvel opus. De plus, cinq doubles pages illustrées en début d’ouvrage se chargent de nous présenter les personnages, ainsi qu’une « carte du territoire des mammouths ». Proposé pour les enfants à partir de 6 ans, le récit au vocabulaire et tournures de phrases simples, qui allie humour et suspense, comblera également les enfants de 7 – 8 ans qui commencent à  bien lire tout seuls… et même les plus vieux encore ! Les illustrations, façon « dessins gribouillés », très drôles,  dynamisent un texte qui ne laisse déjà en lui-même aucune place à l’ennui.
Lu et apprécié avec mon regard d’adulte, je ne doute pas un instant que ce livre ravira mes trois enfants de 7, 10 et 12 ans, aux profils pourtant bien différents : le plus petit car il adore lire et est dans sa période « préhistoire », celui du milieu car il se lasse facilement et à besoin d’un texte à rebondissements et d’illustrations « tout sauf gnan-gnan », et le plus grand car il a du mal à aborder les ouvrages plus complexes de son âge. Après l’avoir rapidement feuilleté, ils ont d’ailleurs chacun déjà réservé avec empressement leur tour de lecture !

Sophie HéRAULT

Connaissez-vous par votre signe astral de Joëlle De Gravelaine

Ce livre est assez simple de lecture tout en restant complet. Il explique clairement les spécificités de chaque individu selon ses signes astrologique et sexe. Il décrit, pour chacun des signes, la personnalité, la santé, la
psychologie, les orientations professionnelles, ainsi que la façon d'aimer de celui-ci...
Il traite également des ascendants et, pour les novices en astrologie quelques pages exposant les bases de celle-ci se trouvent dans ce livre.

Il est assez difficile de décrire ce livre étant donné que nous ne sommes pas tous intéressés par les mêmes pages et informations....
Néanmoins de mon point de vue je l'ai trouvé plutôt complet, bien qu'à mon gout ses descriptions ne correspondent pas toujours exactement; dans l'ensemble je l'ai trouvé proche de la réalité...
 

Hélène SALVETAT

lundi 8 février 2010

Moo de Jane Smiley

Ce roman ne se contente pas de relater les épisodes de la vie d’un ou deux personnages mais de toute une communauté. En faisant d’une université du Midwest la toile de fond de Moo, Jane Smiley nous fait découvrir des dizaines de personnages. De l’étudiant de deuxième année qui se fait un peu d’argent en s’occupant du cochon Earl Butz au maître de conférence dans le département d’anglais et professeur d’écriture, du recteur à Marly Hellmich serveuse à la cafétéria qui va se marier, du distingué Docteur Lionel Gift professeur d’économie aux différentes secrétaires de l’administration… Leurs vies se croisent ou s’ignorent, parfois leurs intérêts convergent ou s’affrontent, des personnages indifférents les uns aux autres vont se rapprocher et parfois conjuguer leurs efforts.
Le récit suit les soubresauts de leurs vies. Il nous parle de la forêt du Costa Rica et de voyage en Ouzbékistan, d’encéphalopathie bovine spongiforme et de déconstructivisme, mais aussi de l’invention d’une machine agricole révolutionnaire et de cuisine.
Au fil de l’année universitaire qui passe le lecteur se fait spectateur des comédies qui se jouent, il découvre le tableau édifiant de la société américaine des années quatre vingt dix. Le cynisme règne, les femmes se marient pour l’argent, les universitaires comme les entrepreneurs n’ont aucun scrupule. Carriéristes sans état d’âme, arrogants et mesquins, narcissiques et exubérants, les hommes et les femmes n’ont plus d' idéaux ; dans cette société le dictat de l’argent et de la performance règne en maître. Même les réfractaires sont croqués par l’auteur d’une encre acide et cruelle. Personne n’échappe au massacre, puisqu’en une sorte d’apothéose finale tout sombre : le cochon meurt, les couples séparés se marient parce que même la séparation n’est plus possible, et les femmes qui refusaient jusque là la domination masculine se prennent à rêver d’une vie faite de servitudes domestiques. Car malheureusement rien ne change jamais.
C’est avec plein d’humour et de clairvoyance que Jane Smiley nous entraîne avec elle dans ce roman un peu fou et dérangeant. Car malgré tout il s’agit pour l’auteur de rester lucide.

Jacky GLOAGUEN

La fille à la licorne de Michael J. Kurland

Passant une soirée tranquille dans un club californien, Michael et Chester ne se doutent pas que l'arrivée d'une belle inconnue va changer leur vie. La quête que leur propose la demoiselle en détresse est la suivante : retrouver sa licorne. Les deux hommes croient rêver, mais l'arrivée des compagnons de Sylvia les détrompe : un cyclope et un centaure extra-terrestres, ça vous dégrise immédiatement ! Le groupe est bientôt pris en chasse par une soucoupe volante et... BLIP ! Nos héros se retrouvent dans un univers parallèle. Où ils ne vont pas rester très longtemps car... BLIP ! Cherchant à comprendre, Michael et ses amis vont bientôt se retrouver en charge d'une tache écrasante : sauver le(s) monde(s).
Ce roman est en fait le seul tome traduit en VF d'une trilogie intitulée "Greenwich Village". Cette trilogie a la particularité que chaque roman a été écrit par un auteur différent. Dans celui-ci, qui vient normalement en second, Michael Kurland s'est lui-même mis en scène ainsi que les deux autres auteurs, Chester Anderson et Tom Waters. Cela donne un récit assez curieux écrit à la première personne, où l'auteur se moque parfois gentiment de lui-même et de ses amis : Ainsi quand ses amis utilisent son surnom "Gros-Nounours" par exemple...
L'ambiance du livre est clairement à tonalité hippie (il a été écrit en 1969), on se croirait souvent dans un rêve psychédélique. En effet, au hasard de leurs "blippages" dans des mondes parallèles tous plus variés les uns que les autres, nos héros vont rencontrer un prince-gourou-acteur assis sur une voiture, une dragonne faisant la classe à ses dragonneaux (sujet du jour : Ethyl le martyr qui affronta l'humain Georges) et moult autres personnages frappants qui ne font pas forcément avancer l'histoire d'un iota mais sont très divertissants.
Le style est très direct. Beaucoup de dialogues, des phrases courtes qui relatent des faits plus qu'elles n'abordent la psychologie des personnages. C'est parfois un peu maladroit, certaines tentatives de style de l'auteur n'étant pas très réussies malgré de bonnes idées de départ (les phrases à rallonge du monde victorien, la démonstration de la théorie des probitrons...). Mais le plus souvent, c'est simplement très drôle, à condition d'aimer l'humour au second degré. Quoiqu'il y en ait aussi pas mal au premier degré, en fait.
Un roman sympathique, pour s'évader dans des univers oniriques sans se prendre la tête !
Le livre contient également le texte "La plus haute montagne" de Bryce Walton. Sur Mars, les Conquérants terriens se trouvent confrontés à un défi faramineux : une montagne d'une hauteur inconcevable. Ils ne peuvent résister à l'envie d'en venir à bout... à moins que ce ne soit elle qui ne vienne à bout des Conquérants. Cette nouvelle, qui aborde intelligemment le désir incessant de conquête de l'humanité, est très courte mais très belle.

 Marie-Soleil WIENIN

dimanche 7 février 2010

Bernadette de Marcelle Auclair

Lourdes, située au sud de le France (Hautes-Pyrénées), est un haut lieu de pèlerinage pour les chrétiens du monde entier. Ceux-ci se pressent en nombre à la célèbre grotte aux apparitions surplombée de la Basilique de l'Immaculée-Conception. Les malades espèrent tous qu’un miracle leur rende la santé. Et beaucoup de visiteurs font un détour par les innombrables boutiques de souvenirs religieux qui envahissent la cité. Cette ville serait restée sans doute dans l’ombre si, il y a un peu plus de 150 ans, Bernadette Soubirous n’y avait eut des visions divines et découvert une source d’eau. Partie ce 11 février 1858 chercher du bois pour former des fagots avec sa jeune sœur Toinette, et Jeanne Bouloum une petite voisine, la frêle et pauvre bergère de 14 ans n’aurait jamais pu imaginer que sa vie allait changer du tout au tout.  C’est en effet ce jour là que lui apparut pour la première fois la ‘fille blanche’,  dans une caverne creusées au flanc d’une colline aux rives de Massabielle, le long du Gave.
Ce volume, de la collection ‘Les meilleurs livres de la vie Chrétienne’, préfacé  par son Eminence le Cardinal Feltin, a été écrit à l’occasion du centenaire  de la première des 18 apparitions. Les catholiques, qu’ils soient croyants ou non, connaissent tous plus ou moins les grandes lignes de l’histoire : l’apparition de la Vierge Marie à une jeune fille pauvre, qui découvre selon ses indications une source d’eau miraculeuse. Mais peu d’entre eux savent qui était cette Bernadette et ses parents, comment se sont déroulés les événements, et la vie de la bergère jusqu’à sa mort prématurée à partir  de là. Suspicion et  peur du quand dira-t-on ont largement contribué à troubler l’esprit et la tranquillité des proches de Bernadette, puis de toute la ville. Mais aussi, comment croire en ces échanges surnaturels, d’autant plus incroyables que la jeune fille, sans instruction, ne comprend et ne parle que le patois ? Le visage transfiguré de Bernadette au cours des apparitions, tel celui d’une morte, et son naturel à répondre aux questions des autorités compétentes, ne suffisent pas tout d’abord à  prouver sa bonne foi. D’autant plus que la ‘petite demoiselle’ attendra sa 16ème apparition pour enfin révéler à Bernadette qu’elle est l'Immaculée-Conception…
Très accessible pour tous lecteurs, quelle qu’en soit leur confession religieuse, ou même athées, le récit est écrit de manière simple et sans jamais sombrer dans les « bondieuseries ». Il se lit comme un roman, avec tout ce qu’il faut de fraicheur et de sensibilité pour être apprécié du plus grand nombre.

Sophie HéRAULT

Danseur de Colum McCann

En 1944 des soldats russes blessés en soin à l’hôpital d’Oufa en Oural sont éblouis par la danse d’un jeune garçon de 6 ans. Pour ce fils du petit peuple, c’est la révélation. Il sera danseur, et ce, malgré les moqueries de ses camarades de classe, les brimades de son père, la peine de sa mère. Ce personnage que nous allons suivre s’appelle Rodolf Nouraiev...danseur universellement connu dont la personnalité fascinante est admirablement mise en valeur dans ce roman de Colum McCann.
Car Danseur n’est pas une biographie comme on pourrait le penser, mais bel et bien un roman à la construction originale et très intéressante. L’auteur a en effet choisi de changer de narrateur très souvent au cours du récit, à tel point qu’on a l’impression qu’il nous lance un  défi: deviner qui raconte…Et c’est un jeu prenant et formidable qui nous fait découvrir de superbe manière la vie de ce personnage hors du commun. De plus l’alternance des types de narration donne une dimension supplémentaire au roman. Que ce soit à travers des  journaux intimes, des souvenirs de personnes qui l’ont côtoyé ou encore quelques chapitres ne comportant pas de ponctuation et se lisant donc à toute allure en nous laissant un sentiment d’urgence à profiter de la vie pendant qu’il est encore temps, tout contribue à mieux nous faire cerner le personnage. Les passages dans lesquels l’auteur donne la parole à Rodolf Nouraiev sont plein d’émotion parce qu’ils traduisent la blessure profonde de n’avoir pas été compris par les siens, et surtout le remord de leur avoir porté préjudice. Le fait de choisir des voix différentes pour parler de lui nous permet non seulement de découvrir comment il était perçu par les autres et de comprendre sa personnalité, ses comportements exubérants et provocateurs mais aussi d’assister à de véritables tranches de vie, celles des anonymes en Russie sous l’ère de Staline puis de Kroutchev en opposition  avec celles des célébrités de le jet-set et leurs scandales dus à l’alcool, à la drogue, au sexe. Ces diverses interventions pas toujours chronologiques donnent au livre une allure de puzzle qui petit à petit se met en place pour arriver à un résultat qui est le reflet de la vie de ce danseur dont le génie, la folie, l’ambiguïté ont marqué son époque.
Sans conteste, ce livre est vraiment un grand moment de littérature à consommer sans modération même si le milieu de la danse n’est pas votre tasse de thé !

Nicole VOUGNY

samedi 6 février 2010

Félidés de Akif Pirinçci

Francis, un chat particulièrement curieux et perspicace, emménage avec son maître dans une maison dont l'étât de délabrement le laisse pantois. Un peu désappointé, il entreprend d'explorer le quartier, entrelacs de maisons et de jardins plus ou moins bien entretenus. C'est alors qu'il aperçoit sur un balcon un gros matou peu rassurant, et surtout bien amoché : borgne et estropié, il lui manque également une partie de la queue. Mais l'individu ne lui prête aucune attention, regardant fixement au-dessous de lui. Lorsque Francis s'approche, il découvre avec horreur le cadavre d'un congénère, visiblement assassiné par un autre chat d'un coup de dents dans la nuque ! Le matou, dénommé Barbe-Bleue, lui révèle qu'il s'agit du quatrième félin tué de la sorte. Et lorsque, quelques jours plus tard, un autre cadavre est retrouvé, Francis décide d'enquêter. Aidé de Barbe-Bleue et de Pascal, un chat extrêmement intelligent passionné d'informatique, il va tenter de démasquer ce tueur en série, et d'empêcher que la liste des victimes ne s'allonge.
Ce récit à la première personne présente donc la particularité de mettre en scène des chats, au coeur d'une intrigue policière. La trame est tout à fait conventionnelle : le héros suit des pistes, interroge des témoins, échaffaude des hypothèses, file des suspects, jusqu'à se confronter à l'assassin dans un classique du genre. Mais la nature des protagonistes de l'enquête, justement, dynamite le côté classique de l'intrigue. L'auteur connaît parfaitement les chats et intègre dans son récit des informations passionnantes. De la même manière, nombreuses sont les considérations philosophiques, relatives à la nature humaine, la morale ou la science, sans que jamais le roman n'en soit alourdi. Enfin, le style est un délice et le ton, pince-sans-rire et sarcastique, foisonne de formules hilarantes.
Au-delà de son intrigue intéressante, j'ai surtout apprécié ce roman pour son ton irrésistible et, comme le souligne la notice biographique de l'auteur, proche de Jonathan Swift pour l'ironie des formules. Si l'idée d'un chat enquêteur a déjà été exploitée, elle est ici plus aboutie, et très documentée sur ces animaux. Les personnages sont drôles et/ou touchants et raviront les amoureux des chats. Restent quelques longueurs à mon goût, quelques considérations philosophiques et ésotériques superflues, mais elles n'ont pas suffi à gâcher mon plaisir.

Fanny LOMBARD

Les mots de Jean-Paul Sartre

Jean-Paul Sartre, célèbre auteur du XXème siècle, écrit son autobiographie, Les mots en 1964.
Il raconte pourquoi et comment il s'est mis à l'écriture : "J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres.". En effet, cet auteur passionné rédige son autobiographie en deux parties, la première, intitulée "Lire" retrace son enfance.
Orphelin de père, il vit avec sa mère Anne-Marie et ses grands-parents. C'est son grand-père, Karl, qui l'initie à la lecture de grands classiques malgré son jeune âge. Sartre fait un hommage à celui-ci et nous raconte comment la lecture de grands ouvrages l'a fait murir très vite alors qu'il n'était qu'un petit garçon.
Dans la deuxième partie, "Ecrire", Jean-Paul Sartre décrit la manière dont il s'y prenait pour écrire, s'inspirant de ses lectures et en faisant des plagiats de celles-ci puis les modifiant, réalisant ses fantasmes et faisant tout ce qu'il voulait de ses personnages. Il nous montre le pouvoir impressionnant que peut avoir un auteur sur le destin des personnages de son livre rien qu'avec des mots.
Personnellement, j'ai été touchée dès le début, narré à la première personne, le livre nous expose tout d'abord la situation familiale de Sartre, n'ayant pas demandé à être là mais puisqu'il y était, autant faire quelque chose de sa vie. Le lecteur peut se reconnaître à certains passages universels, comme lorsque l'auteur nous décrit comment il vivait son imagination étant petit.
Ce qui m'a plu plus particulièrement est la manière dont il arrive à se souvenir et à décrire précisemment ses pensées d'enfant, encore innocent et la sincérité avec laquelle il exprime ses sentiments, ses idées et ses actions. J'ai moins aimé la partie "Ecrire" plus sombre et plus vaniteuse.
J'ai trouvé que la première partie était plus facile à lire que la deuxième, un peu plus évoluée; cependant dans celle-ci l'auteur affirme beaucoup son égo, se comparant à Molière ou a Bach et disant être un élu, choisit pour écrire ce livre qui est, on peut dire, une hymne à la littérature française, disant que Sartre a découvert l'existence à travers les mots.

Margaux BOLZINGER

vendredi 5 février 2010

La soie et les cendres de Myriam Anissimov

Hannah, dont la quasi-totalité de la famille a disparu dans la Shoa est vendeuse de fripes à Paris. Elle se rend souvent en Israël pour différentes raisons professionnelles mais aussi parce qu’elle connaît Schmuel son amant.  
Ce dernier grand amateur de femmes veut aller vivre à Paris avec Hannah mais par ailleurs il a promis le mariage à Dana. Mensonges et infidélités font  que Hannah décide de rompre.
 Mais voila que dans l’avion qui la ramène vers Paris elle rencontre Emmanuel Moskovitch un musicien de profession. Une passion va naître mais pour qu’elle dure Hannah va devoir chasser les fantômes qui la hantent et Emmanuel devra apprendre à se passer de son mentor Sylviu qui possède son âme de musicien.
 Un roman sympa à lire qui nous livre deux histoires d’amour d’un coup et une leçon d’histoire sur les relations Israël Palestine.
Ce livre contient des passages écrites dans un style cru (relation Hannah/Schmuel) et ensuite une prose plus nuancée, plus fine mais dans l’ensemble cela est correct et simple à lire.
D’autre part cette histoire se déroule sur les années 70 et 80 et l’auteur effectue des retours dans le temps qui ont leur importance mais le roman n’est pas basé que sur le passé des personnages.
 Les personnages principaux ont des caractères très différents les uns des autres. Hannah sensible mais qui sait ce qu’elle veut, Schmuel macho à 100%, Emmanuel discret, influençable et Sylviu très possessif.
D’autres personnages animent ce livre comme Danna, Yossi, Mauricette, Jacqueline.
 J’ai apprécié dans ce roman les descriptions des paysages d’Israël mais aussi le fait que l’auteur n’hésite pas à montrer que nombre de religieux peuvent être très extrémistes lors de la pratique du Sabbah.
J’ai aimé également cette façon qu’à l’auteur ,dans la chronologie de son roman ,
d' évoquer furtivement des événements qui nous ont tous marqués.
 Je voudrais signaler que c’est le premier roman que je lis concernant les rapports sulfureux Israël- Palestine qui évoque l’attentat de l’hôtel King David.
Un bouquin qui nous démontre qu’il n’est pas facile de vivre trente voire quarante ans après quand on sait que sa famille a été totalement exterminée durant la seconde guerre mondiale.

Edouard RODRIGUEZ

Des mots pour la vie par un Collectif

Chacun est conscient du bien fondé des actions que mènent divers organismes et associations contre la pauvreté.  Mais peu de monde s’interroge sur l’intérêt de l’accès à la culture des plus démunis, ni sur le handicap que constitue l’illettrisme. Ce sont pourtant des points fondamentaux pour lutter contre l’isolement et l’exclusion. Le Secours Populaire a eu l’excellente initiative de publier trois livres, réunis dans un coffret, dont les bénéfices permettent de soutenir  ces deux grandes causes.  « Des mots pour la vie » est l’un d’eux. C’est un recueil de 13 nouvelles inédites, écrites par des auteurs reconnus. A tour de rôle, et avec leurs propres style et sensibilité, ils nous livrent un court récit d’une dizaine de pages maximum.
Une femme assiste à la séparation d’un couple, mais la personne qui souffre et celle qui part ne sont pas forcément celles qu’elle pensait…
Le choix d’un fast-food comme restaurant, et c’est ce qui semble être le début d’une lente dégringolade dans l’estime que porte le narrateur pour la personne qui l’accompagne. Mais n’est-ce pas plutôt là une formidable histoire d’amour qui nous est racontée là ?...
Une petite fille obèse, transparente pour les autres, insensible au monde qui l’entoure. Une petite fille dont le visage s’éclaire en réponse au sourire que lui offre le narrateur en la voyant passer. Une petite fille différente des autres…
Ces nouvelles racontent toutes une tranche de vie rédigées à la première personne du singulier. Chacune, à sa manière, fait réfléchir le lecteur sur les jugements un peu trop hâtifs qu’il est forcément amené à porter un jour, ou sur les certitudes trop bien ancrées. Car les apparences sont souvent trompeuses, et les  circonstances bouleversent parfois les convictions !
J’ai ressenti un réel plaisir à la lecture de ces nouvelles, jamais ennuyeuses, et à la chute tellement surprenante. De plus, cela m’a permis d’approcher des auteurs dont je n’avais jamais lu les écrits jusqu’à maintenant. Voilà une formidable opportunité de pouvoir ainsi découvrir, de façon rapide, une parcelle de leur talent. Et c’est une porte ouverte vers leurs œuvres plus longues !

Sophie HéRAULT

jeudi 4 février 2010

L'enfant du nouvel an de Lao She

Oeuvre posthume, restée inachevée à cause d'une mort subite, pièce d'un projet de roman autobiographique, L'Enfant du Nouvel An de Lao She porte les traces visibles des prémisses d'une vie marquée par l'Histoire d'un pays en pleine métamorphose, la Chine.
La naissance d'un garçon, dans une famille pauvre, à Pékin, le vingt-troisième jour de la douzième lune, au moment de la grande fête du Nouvel An qui célèbre le retour au Ciel du Dieu du Foyer ancre cette nouvelle vie dans une terre, dans un peuple : un grand moment de liesse, des avenues bondées de noctambules, des marchands avec leurs sucreries, des pétards qui résonnent dans la nuit...Mais la naissance difficile de cet enfant, dans ce contexte de pauvreté, dans un moment de joie non vraiment partagé ouvre une porte sur l'intériorité d'une famille qui peine à survivre, comprimée entre la misère, le respect des règles,  du rang, des usages, des rites, de l'honneur, des traditions et de l'engagement total  et sans faille face aux responsabilités.
Ce regard rétrospectif, puissant et réaliste, face à ce que Lao She a vécu rend la prise en charge de la narration par un "je" doté d'une conscience  exacerbée encore plus troublante. Ce nourrisson qui semble examiner le monde de ses grands yeux d'innocent nous touche. Rapidement nous apprenons à connaître sa famille. Elle se compose entre autres d'une mère aimante mais faible physiquement, usée par des conditions de vie sommaires, d'une tante au caractère dominateur, aux revenus considérables, aux dépenses réduites et pingre, d'un père, soldat mandchou, pauvre chargé de la garde de la Cité impériale, d'une soeur aînée belle et intelligente mais aux prises  et au service d'une belle-mère redoutable. Une vie de misères s'offre à cet enfant dans un pays en déclin : des guerres, le pouvoir de l'argent, le mépris pour les mandchous, des réformes abandonnées, l'agitation, la fragilité, l'étranger regardé avec suspicion, les tortures, la tyrannie d'un gouvernement...
Lao She nous plonge dans un univers où la vie transpire sa fragilité. Ce livre est une invitation à lire l'oeuvre de Lao She. Portez votre attention à La Maison de Thé, un bijou de vérité.  

Annie Cano

1275 âmes de Jim Thompson

Nick Corey est le shérif du canton de Potts, trou perdu au fin fond des Etats-Unis, comptant 1275 habitants. C'est un fumiste stupide, fainéant, menteur, obsédé sexuel. Dans ce bled rempli de gens mesquins, racistes, ivrognes, violents, d'escrocs et de violeurs, il exerce sa fonction en en faisant le moins possible, pour ne pas s'attirer d'ennui, et se laisse malmener par sa harpie d'épouse, son beau-frère voyeur et franchement débile, sa maîtresse exigeante et insatiable. Mais le jour où deux proxénètes l'humilient en public, c'en est trop : Nick va demander conseil au shérif de la ville voisine. Ce dernier lui explique qu'il n'aurait pas hésité à tuer les deux maquereaux...
Ce roman atteint des sommets de noirceur : au pessimisme constant s'ajoute un style volontairement vulgaire et cynique, où alternent les scènes comiques et la violence. Aucun personnage n'est récupérable : ce sont tous des crétins, des manipulateurs, des racistes, des pervers ou des ivrognes. La forme est celle d'un monologue cauchemardesque et désabusé de Nick Corey, psychopathe qui cumule tous les travers - à ceci près que son mélange de candeur et de fourberie le rendent beaucoup plus malin qu'il n'y paraît...  Et s'il a tout pour déplaire, on ne parvient étrangement pas à la détester. Sa croisade pour débarrasser Pottsville de la lie humaine qui la peuple est racontée dans un style percutant, très vivant, avec de nombreux dialogues savoureux et un humour certes grinçant mais absolument irrésistible...
En commençant la lecture de ce livre, je ne pensais pas l'apprécier : la vulgarité des premières pages m'a déplu, et le personnage principal m'a paru franchement antipathique. Pourtant, l'histoire est tellement intéressante, l'écriture tellement accrocheuse que je me suis vite laissée prendre, au point non pas d'en oublier les points suscités, mais d'y adhérer complètement ! La grossièreté et le cynisme du ton donnent un relief particulier à ce texte d'une perversité rare, si glauque et pourtant tellement drôle ! C'est avec jubilation que je me suis laissée, à l'instar des autres personnages, manipuler par Nick Corey, que je ne parviens plus à trouver aussi détestable - même s'il demeure à mes yeux un sacré détraqué ! Reste une énigme quant à ce roman époustouflant : le titre original étant "Pop. 1280", où sont les cinq disparus de la traduction française ?! Je vous recommande donc également "1280 âmes" de Jean Bernard Pouy, pour avoir la réponse...

Fanny LOMBARD

mercredi 3 février 2010

Accident au Lavandou de Jean-Pierre Garen


Jean-Pierre Garen, qui s’appelle en réalité Jean-Pierre Goiran (10 novembre 1932 - 4 mars 2004), est un médecin qui, pendant ses temps libres, s’est essayé à l’écriture. Son travail a été fructueux puisqu’il a rédigé de plus de 80 romans (policiers et de science-fiction).
Dans son livre intitulé « Accident au Lavandou », le style de l’auteur est clair et direct, même si l’on peut trouver quelques passages un peu longs lors de discussions entre les personnages. Dans l’ensemble, le ton est tout de même bien agréable, avec ce qu’il faut d’humour et d’espièglerie. Au final, nous pourrions même dire qu’à l’époque (années 1970), il aurait été digne d’un bon film policier.
L’histoire tourne autour de Pierre-Olivier Dumas, juge d'instruction du Tribunal de Toulon, qui doit s’occuper, alors qu’il est en vacances au Lavandou avec sa femme Sylvie, d’une noyade inexpliquée. Sans rien dévoiler de l’intrigue, nous apprenons dès la deuxième page que la scène dissimule en fait un meurtre.
Tout au long du  livre, aidé du lieutenant de gendarmerie Boyer et de la greffière Antoinette Bouvat, le juge va interroger tous les témoins de cette soirée qui vont donner au lecteur quelques indices plus ou moins explicites. Au même titre qu’Hercule Poirot, notre personnage principal cherche à évaluer le crime et les différents suspects d’un point de vue psychologique (à qui profite le crime ? le crime est-il prémédité ou  passionnel? etc.…) avec, comme dans les romans d’Agatha Christie, la révélation de l’énigme devant tous les protagonistes de l’histoire, réunis dans une même pièce (en l’occurrence, un salon). Cette scène, à la fin du livre, n’est pas sans rappeler la « méthode » Colombo lorsqu’il arrive à extorquer les aveux du coupable qui, face aux preuves qu’on lui met sous le nez, ne peut plus nier les faits... .
En bref, même si le livre date de 1977, l’histoire est prenante, les personnages sont originaux et le décor, judicieusement choisi par l’auteur, ne peut que rappeler des souvenirs à ceux qui sont déjà allés se promener vers la commune du Lavandou pour apprécier les paysages de ce qu’on appelle « la côte d’azur varoise ».
Pierre SéCOLIER

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