vendredi 20 novembre 2009

La Princesse de Clèves de Madame De la Fayette


A 16 ans, Mademoiselle de Chartres fait ses débuts à la cour d'Henri II. Elevée par sa mère dans le respect de rigoureuses règles de morale, elle est d'une beauté sans pareille et suscite l'admiration générale. Le Prince de Clèves en tombe immédiatement amoureux et la demande en mariage. Mademoiselle de Chartres, si elle ne l'aime pas, a de l'estime pour cet homme, et accepte de l'épouser. Une fois mariée, elle rencontre le Duc de Nemours, qui s'éprend aussitôt d'elle. Le coup de foudre est réciproque, pourtant la Princesse de Clèves refuse de trahir son époux et résiste à cette passion dévorante. Mais elle ne peut éviter de rencontrer le Duc à la Cour et le conflit entre sa passion et sa vertu se fait plus violent à chaque fois qu'elle est en sa présence. D'autant que ce dernier ne cesse de la poursuivre de ses assiduités...
          Ce roman, Classique du XVII ème siècle, mêle l'histoire fictive de la Princesse de Clèves à des anecdotes historiques, par exemple la vie d'Anne Boleyn. On y croise Claude de France, Diane de Poitiers, Marguerite de Valois... Dans un style précieux, le roman détaille avec minutie les sentiments et agissements des protagonistes, et surtout les tourments de la Princesse, luttant sans cesse pour rester fidèle à ses principes de moralité. Cette langue, très particulière,  a aujourd'hui des accents un peu empruntés. Néanmoins, l'histoire est séduisante car universelle, bien que se déroulant dans les milieux de la noblesse, puisqu'il s'agit de celle d'une femme mariée résistant à l'infidélité, déchirée entre sa passion pour un autre et ses principes moraux.

          Les récentes polémiques autour de ce roman, bien qu'éloignées de l'aspect littéraire, auront au moins servi à me donner envie de le lire. J'ai trouvé les personnages un peu caricaturaux et hyperboliques, et le récit un peu répétitif. Pourtant, j'ai aimé ce livre, tant pour le style d'écriture qui permet de redécouvrir la langue, que pour l'histoire, qui mêle jalousie, amour, devoir, tragédie... Quant aux personnages, au-delà de tous les superlatifs qui leur sont attachés, leurs tourments intérieurs, magnifiquement liés au récit, leur donnent une profondeur qui m'a séduite, même je les ai parfois trouvés agaçants. On peut se sentir proche d'eux, et on comprend pourquoi l'on parle souvent de premier roman psychologique français.

Fanny LOMBARD



Le pain de la mer de Joël Raguénès

L’histoire commence en 1894, en Bretagne au moment où sévit une grave crise de l’iode. Les goémoniers vivent dans la misère. Parmi eux, Yves Kerleo, qui, malgré la méfiance de ses collègues, décide de travailler en partenariat avec Eugène Lemarchand, un industriel de l’iode.
Leur objectif est de moderniser et organiser la récolte du goémon tout en améliorant les conditions de travail. A leur relation purement professionnelle s’ajoute rapidement des liens d’amitié, d’autant qu’Yves ne semble pas insensible aux charmes d’Estelle, la fille d’Eugène. Pourtant c’est Anne qu’il épouse tandis qu’Estelle se marie avec François…
Nous allons ensuite suivre de1894 à 1920, la vie de ces personnages ainsi que de nombreux autres, qu’ils soient bourgeois, paysans de la terre ou goémoniers, appelés aussi paysans de la mer. Il me faut préciser puisque c’est quand même le sujet de base de ce roman, que le goémon est une algue que l’on brûle pour en faire des pains de soude desquels est extraite l’iode. Tout au long de ces vingt six années de nombreux évènements vont se produire tant sur le plan local (naissances, décès, mariages, divorces…) que national (l’affaire Dreyfus…) et même international (la concurrence de l’Amérique du sud dans le commerce de l’iode et bien sur la première guerre mondiale), évènements qui vont influer sur leur travail, leurs amours, leur vie quotidienne.
Vingt six années de tranche de vie qui tiennent en 730 pages que l’on dévore littéralement. Le rythme est soutenu et l’auteur a véritablement su trouver les mots justes pour nous toucher, nous amuser, nous faire partager les émotions de ces personnages qui n’ont pourtant rien d’extraordinaire. Et c’est d’ailleurs à mon avis la raison pour laquelle on s’attache à eux. Leurs faiblesses, leurs doutes, leurs joies, leurs peines, leurs colères sonnent justes parce que proches de la réalité. Vraiment une belle réussite que cette écriture simple et à la fois poétique, sensible mais directe, qui arrive à nous donner l’impression de se retrouver sur un cote sauvage de Bretagne à marcher sous les embruns, à subir les tempêtes, les brumes ou le soleil et même à ressentir la présence de l’  « Ankou »…J’ai vraiment éprouvé à la lecture de cette formidable saga familiale un véritable enchantement. J’ai hâte de lire le deuxième volume !

Nicole VOUGNY



jeudi 19 novembre 2009

Je hais la Saint-Valentin de Allison Rushby


Me croiriez-vous si je vous disais que Liv a horreur de la Saint-Valentin ? Ce qui est rare, car la majorité des femmes adore la fête des amoureux. Le 14 avril approche à grands pas, et Liv déprime ; non pas parce qu'elle n'a pas de petit-copain (même si elle n'en a pas), mais parce que ses proches, notamment son père, sa belle-mère, ses amies, se mobilisent tous chaque année pour lui arranger des rencontres et elle déteste vivre ce genre de situation. Elle est célibataire et heureuse de l'être. Elle préfère se consacrer corps et âme à son métier de photographe de mariage dans lequel elle excelle et qu’elle adore. Cette attitude dissimule-t-elle un problème plus sérieux que Liv ignore elle-même ?
L'héroïne du roman d'Allison Rushby est visiblement allergique à la Saint-Valentin et cela remonte bien plus loin que sa dernière rupture douloureuse avec Mike, un 14 avril, soit dit en passant. Liv semble être une personne bien dans sa peau, une battante, une gagnante, mais est-elle réellement heureuse ?
J'ai bien apprécié cette comédie « Je hais la Saint-Valentin » qui m’a amusée et m’a mise de bonne humeur, tout simplement parce que l’esprit qui se dégage du récit est moderne, frais, drôle, et vivant. Ce roman se lit rapidement et facilement avec un vocabulaire simple. Certes, ce n'est pas de la grande littérature, il s’agit plutôt de ce qu’on appelle aujourd’hui de la « Chick-lit », un nouveau genre littéraire rempli d'humour et/ou de dérision, dédié principalement à la gente féminine. Sinon, les événements et les actions s'enchaînent les uns après les autres, on n'a pas le temps de s'ennuyer.
Il est facile de s'identifier à l'héroïne ou même à ses amis qui sont tous sympathiques et attachants, notamment Sally, patronne et amie de Liv, sa colocataire Justine, ou encore le charmant Drew.
Une question se pose : est-il préférable d’éviter des rencontres, juste pour se protéger d’éventuels chagrins qui font mal, qui déchirent le cœur, mais peut-être prendre aussi ainsi le risque de passer à côté d’une vraie histoire ? Pour ma part, je pense que la vie est bien trop courte pour se morfondre dans son coin, qu’il faut accepter que les relations sentimentales ne finissent pas toujours bien, que les déceptions amoureuses font malheureusement partie l’existence, et qu’il faut aller de l’avant et faire un peu confiance au destin : suivre ses intuitions et croire qu’une prochaine histoire d’amour sera meilleure, voire la bonne.

Ngan Dai GRAMOLINI

mardi 17 novembre 2009

La prochaine fois de Marc Lévy

Jonathan,un jeune expert américain en peinture, va se marier dans peu de temps avec Anna, une peintre...
Mais quelques semaines avant le mariage, la réapparition d'un mystérieux tableau disparu de Vladimir Radskin, le peintre dont Jonathan est passionné, va l'entrainer en Europe...  Là-bas, il va rencontrer son âme-soeur, Clara.
Ils sont tellement proches l'un de l'autre qu'il est impossible qu'ils ne se soient jamais croisés...
En effet, ils s'étaient déjà rencontrés auparavant....Seulement, ce n'était dans la même vie!
Leur âmes survivent à la mort de leurs corps, pour pouvoir se retrouver...
Là on aurait pu fermer le livre, en se disant qu'ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants...malheureusement, ce n'est pas aussi simple.
Anna, mécontente que son futur mari tombe fou amoureux d'une autre, est prête à TOUT pour récupérer Jonathan...
Même prête à contacter certaines relations qui peuvent s'avérer très dangereuses...
Ce livre plein de rebondissements m'a vraiment plu!
Le suspens règne durant toute l'histoire...
L'histoire d'amour entre les deux personnages est si bien décrite que l'on se rend facilement compte de l'ampleur des sentiments qu'ils se portent mutuellement.
Il nous fait rêver et nous surprend tout au long de ce roman ...
Il est également très facile de lecture.
Un livre très agréable à lire!

Nolwenn RAULET


vendredi 30 octobre 2009

Les racines du mal de Maurice G. Dantec

Andreas Schaltzmann est persuadé que les habitants de Vega ont élu domicile dans son quartier de Vitry Sur Seine et tentent d'infiltrer son esprit. Paranoïaque, sa psychose s'aggravant, il se lance dans une cavalcade meurtrière à travers la France. Lorsqu'il est arrêté, il reconnait ses meurtres mais nie être l'auteur de trois des assassinats qu'on lui impute. Parmi les experts se trouve Antoine Darquandier, cogniticien, père d'une intelligence artificielle appelée neuromachine, capable de comprendre et de simuler les comportements humains. Celle-ci est formelle : Schaltzmann dit la vérité. Mais les autorités tiennent leur coupable, et Antoine est écarté de l'enquête. Cinq ans plus tard, il retrouve Sveltana, psychiatre qui avait travaillé sur cette affaire. Elle lui révèle que ce sont des dizaines de disparitions qui pourraient être liées aux fameux trois assassinats. A l'aide de sa machine, qu'il n'a cessé de perfectionner, Antoine se penche à nouveau sur ces meurtres, sans se douter de l'horreur de ce qu'il va découvrir...

Présentant le récit des évènements par Darquandier, dans un style direct, agréable et aéré, ce gros roman est un étonnant mélange de polar, science fiction, considérations philosophiques, religieuses, quantiques... Ces digressions sont parfois difficiles à comprendre, et un peu indigestes car elles alourdissent le récit et ralentissent l'action. Malgré tout, elles sont intéressantes parce qu'elles présentent une thèse qui donne tout son sens au livre. En gros, l'homme serait naturellement enclin à la prédation, au meurtre et à la violence, et ce n'est qu'en s'attaquant aux racines du Mal que la société pourrait se sauver elle-même. Que l'on soit d'accord ou pas, il reste un roman transgenre au suspense haletant, qu'on ne peut pas lâcher.

J'ai beaucoup aimé ce livre, et si je ne suis pas fan de science-fiction, cet aspect du roman ne m'a pas gênée : cela permet d'aborder des questions passionnantes, comme notre peur face aux technologies, l'intelligence artificielle, ou ce qui fait l'essence de l'Homme et de sa conscience. J'ai été déstabilisée par les diverses théories qui se mêlent au récit, et qui m'ont parfois semblé tenir un peu du salmigondis... J'ai également trouvé certains passages très violents, presque "gore". Néanmoins, il y a quelque chose de fascinant dans ce roman : est-ce l'histoire prenante, la forme originale, les thèmes qui sont abordés, le style d'écriture ? Je suis en tous cas contente de m'être forgé ma propre opinion sur ce livre dont j'avais tellement entendu parler - autant en bien qu'en mal !

Fanny LOMBARD

Rêves de Bunker Hill de John Fante


Rêves de Bunker Hill est le dernier volet de la tétralogie autobiographique de John Fante. Malade et à bout de force, il dicte son ultime roman à sa femme. Le livre n’a pas la puissance de son chef d’œuvre unanimement reconnu, Demande à la poussière, néanmoins il est marqué de l’empreinte de son style. Car une œuvre de John Fante, c’est avant tout un style, nerveux et poétique, un souffle, une manière de raconter, entre drôlerie et cynisme.

Arturo Bandini en est le héros ; c’est un séducteur, un personnage solitaire et excessif, trop fier et trop vantard. Il accumule bien des défauts, il avoue bien des travers, toute chose qui le rend humain et très proche du lecteur. Il est même parfois un peu trop méchant, suffisamment pour le faire paraître désagréable et agaçant. Habile rhéteur, il est manipulateur ; son égoïsme lui jouera des tours.

Arturo Bandini rêve de devenir un grand écrivain. Il croit toucher au but quand il est enfin remarqué par un grand producteur d’Hollywood. Il est embauché mais il ne fait rien, son talent se gâte d’ennui. Attendre ne peut le satisfaire. Ses rêves sont faits de grandeur et de majesté, il ne veut pas seulement toucher des milliers de dollars par semaine, il veut écrire de grandes choses, des scénarios mémorables. Mais Hollywood est une industrie qui n’a rien à faire des rêves, elle broie les plus grands talents littéraires.

Entre la misère des hôtels minables de Bunker Hill et le faste mièvre des décors hollywoodiens, John Fante nous promène dans Los Angeles ; sa peinture du rêve américain y prend des teintes jusque là inconnues. Sous sa plume, les conventions explosent, rien ne résiste à sa volonté de provocation. C’est comme s’il voulait toujours aller plus loin, au-delà de ce que peut supporter le lecteur. Il ne lui laisse aucune chance, comme si son besoin de liberté l’amenait à rechercher la solitude la plus totale. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler quelques épisodes extravagants, par exemple quand Bandini, dans une église, balbutie un je vous salue Marie en fantasmant sur sa secrétaire, la belle Thelma. Déboussolé, terrifié et ridicule, en transe et en érection, il prend la fuite en voiture.

Jacky GLOAGUEN



jeudi 29 octobre 2009

Une comédie familiale de Isabelle Hausser

Rachel, narratrice « d'une comédie familiale », nous fait vivre les péripéties de sa famille jour après jour. Suite à la mutation de son mari Paul, diplomate de métier, devenu aujourd'hui homme d'affaires, le couple part s'installer à Bruxelles pour le meilleur, mais surtout pour le pire. En effet, leur fils François a décidé de les suivre et la maison qu’ils viennent d'acheter s'avère trop petite pour accueillir le reste de la tribu, notamment lorsque leurs deux filles, Claire et Louise, leur rendent visite. La tranquillité n’est pas à l’ordre du jour car le père et la tante très bordélique de Rachel demandent l’hospitalité pour une certaine période, sachant que cette dernière ne supporte pas le labrador très turbulent de son papa qui détruit tout sur son passage.
Cet ouvrage d'Isabelle Hausser est composé de cinq actes comme une pièce de théâtre. J’aime bien l'humour de ce roman qui ne se trouve pas dans l'écriture même comme dans certaines comédies par l’intermédiaire des dialogues, il se situe plutôt dans le contenu, dans les épisodes qui se défilent tout le long du livre concernant cette drôle de famille sous la narration de l'héroïne.
« Une comédie familiale » ne me semble pas être un roman très facile à comprendre, car l'auteur expose de manière abondante les états d’âme de Rachel parfois sous forme d’images qu’on ne saisit pas toujours au premier abord. En outre, femme angoissée à cause de ses cauchemars, elle a tendance à philosopher sur son monde lorsqu’elle ne dort pas. Par conséquent, toutes ces descriptions morales et intérieures me paraissent souvent un peu long. Même remarque pour les événements qui se produisent dans ce livre, il se passe énormément de choses qui donnent de l’intérêt à l’histoire, seulement les descriptions détaillées ralentissent cruellement l’action et peuvent finalement ennuyer le lecteur.
Cependant, les personnages sont vraiment sympathiques et attachants comme Rachel et tante Agathe, et bien d’autres encore que vous découvrirez par vous-même, notamment Denis et Thècle que j’apprécie particulièrement. Ils sont, soit drôles, soit sérieux, mais une chose est sûre, leurs comportements et attitudes nous amusent et compensent la lenteur des événements. C’est à titre personnel que je suis peu sensible à cet ouvrage, mais je reconnais volontiers qu’Isabelle Hausser est pourvue de très bonnes références littéraires.

Dai GRAMOLINI

La naissance du jour de Colette

Arrivée à la cinquantaine, Colette nous livre ses réflexions sur sa vie, l’espace d’un été. Une histoire moitié réelle, moitié fiction.

Elle se retire à St Tropez, petit village encore inconnu, avec ses chats, ses livres et ses fleurs. Elle veut jouir de sa solitude et de sa liberté. Elle vit, cet été là, entourée de ses amis artistes réels comme Dunoyer de Segonzac et Francis Carco. Mais elle en invente aussi ou bien change les noms réels, on ne peut le savoir. Mais on trouve des amis fictifs Vial et Hélène Clément, artistes peintres. On y retrouve aussi des lettres de sa mère Sido, qu’elle relit en se comparant à elle. Elle veut renoncer peu à peu à l’amour tout en profitant à fond des jours qu’il lui reste. Mais réussira t-elle à éviter un nouvel amour ?

On retrouve, sa sensibilité profonde, son coté poétique qui n’appartient qu’à elle. Elle décrit la nature, les gens et les animaux, qu’elle observe et détaille merveilleusement.

C’est ce coté poétique que j’ai préféré plus que l’histoire elle-même que je trouve un peu monotone puisqu’il s’agit plus d’une réflexion que d’une action.

    J’ai été surprise de ne pas retrouver dans ce livre le style léger de la série des Claudine. Cependant, en y réfléchissant, c’est normal car il a été écrit 25 ans plus tard. Le style y est différent, plus complexe. Elle emploie beaucoup plus de figures de style : métaphores etc. et des phrases longues. Ce qui rend la lecture parfois un peu difficile à comprendre mais qui donne un agréable moment de tranquillité et de très belles images poétiques.
Je conseille ce livre à tous les lecteurs qui aiment la poésie et qui recherchent une lecture calme, sans violence.

Hélène SALVETAT

Sociologie rurale de Maurice Robert

L’auteur commence par une définition de son sujet avant d’analyser les singularités des exploitations rurales familiales qu’il voit comme des facteurs unitaires dans un monde composé de trois « paysages agraires ». Il aborde ensuite, sous un angle critique, l’idée d’un monde rural dominé avant de terminer par une présentation des différentes approches de la sociologie ruraleVoilà un classique pour tous ceux qui s’intéressent à la sociologie rurale. Michel Robert nous propose ici tous les éléments de base nécessaires à la compréhension du milieu. L’auteur commence logiquement par une définition avant de nous présenter une analyse du sujet qu’il définit comme  un univers à la fois unifié et diversifié (Cf. Henri Lefebvre). Une diversité visible dans les types de paysages ou les structures d’exploitation mais une unité dans les fondements des sociétés rurales qui génère des rapports sociaux spécifiques, distincts des relations en œuvre dans le monde urbain. Il nous offre ensuite une analyse des principales approches sociologiques. Il conclut avec une note d’espoir sur l’avenir de la discipline malgré la crise qu’elle a connue dans les années 1970. Nous retiendrons de cette période que les sociologues s’intéressent davantage à la question des processus qui affectent la campagne qu’à l’analyse de microsociétés considérées comme cohérentes et autarciques. L’intérêt de lire cet ouvrage tient à la bonne présentation du caractère particulier de la discipline et par la diversification de ses objets et de ses méthodes. Ainsi, la sociologie rurale doit plus se caractériser par un champ d’action (qui est très large) que par une approche théorique spécifique. En conclusion, ne nous pouvons que recommander cet ouvrage, qui est accessible à toutes les personnes qui s’intéressent au monde rural, même si elles n’ont aucune notion de sociologie.

Pierre SECOLIER

mercredi 28 octobre 2009

Des chrétiens et des Maures de Daniel Pennac

Tout le monde se souvient de Benjamin Malaussène, frère de famille, responsable d’une tribu sans cesse grandissante. Ce personnage si attachant que l’on a découvert en bouc émissaire dans  le premier roman de la série Au Bonheur des Ogres est cette fois confronté à un problème autrement plus complexe que ceux qu’il a connus jusqu’alors.

En effet, le Petit, caché derrière ses lunettes roses (ou rouges) a soudain décidé, un beau matin, qu’il voulait « son papa » ! Mais que faire pour retrouver un homme dont on ne sait presque rien et qui est probablement mort ? Pourtant, impossible pour Benjamin de ne pas apporter une réponse à la requête du Petit. C’est donc  avec l’aide du reste de la tribu Malaussène et des amis de toujours que Benjamin va plonger dans ses souvenirs à la recherche du seul homme qui ait jamais séjourné à la quincaillerie.

Le lecteur va vivre ces aventures d’un point de vue interne puisque c’est par les yeux du narrateur (qui n’est autre que Benjamin)  que l’on assiste aux différents événements. Evénements ponctués par ce leitmotiv teinté d’humour d’un homme à l’agonie : « Cristianos y Moros ! ».

Dans ce roman, Pennac, fidèle à son style, nous livre un récit au rythme haletant, palpitant et construit à la manière d’un roman policier. Le lecteur, de péripéties en surprises, est tenu en haleine d’un bout à l’autre de ce roman. Dès lors que la question est posée (qui est le père du Petit ?) on n’a de cesse de connaître enfin la réponse.
C’est sans doute pour cette raison que ce roman de Daniel Pennac, je ne l’ai pas lu, je l’ai dévoré, trop pressée sans doute de connaître le dénouement de cette histoire captivante, de savoir qui est le papa du Petit. Des Chrétiens et des Maures  est tout aussi prenant que les autres romans retraçant les aventures de cette tribu pas tout à fait comme les autres.

Amandine PICART


mercredi 21 octobre 2009

Mortes-eaux de Donna Leon

Par un beau matin de printemps, les corps de deux pêcheurs de palourdes sont retrouvés dans leur bateau à Pellestrina, une petite île de la lagune de Venise. Les premières constatations montrent qu’il s’agit d’un double assassinat. Le commissaire Guido Brunetti de la questure de Venise est chargé de l’enquête. Ce qui se révèle très difficile étant donné que les habitants de l’île se ferment comme des huîtres à la moindre question posée par un policier. Comment va-t-il bien pouvoir s’y prendre pour trouver le coupable ?
C’est bien là tout le nœud du problème…Faire parler les gens alors que l’omerta est de rigueur. On pourrait croire que cette loi du silence est surtout de mise dans le milieu de la mafia mais la méfiance à l’encontre des forces de l’ordre est inhérente à l’Italie et en particulier à certaines communautés qui vivent quelques peu repliées sur elles-mêmes, comme celle de ces pêcheurs de palourdes. Outre cette loyauté que l’on doit à sa famille, l’enquête est aussi compliquée par la méfiance des différentes forces chargées du maintien de l’ordre les unes envers les autres. Alors en désespoir de cause, le commissaire en est réduit à faire appel à des connaissances pas très vertueuses à qui lui ou sa femme ont rendu un grand service, tout en gardant à l’esprit qu’à son tour il leur sera redevable d’un service, ce qui peut se révéler à double tranchant…Sans oublier que la plupart du temps les policiers arrêtent les coupables mais ensuite des avocats habiles ou des juges incompétents les font sortir de prison. Voici en gros l’environnement dans lequel notre pauvre commissaire évolue dans ce roman. Autant dire qu’il risque bien de ne rien pouvoir prouver…Mais finalement découvrir le meurtrier paraît presque secondaire dans l’histoire telle qu’elle nous est racontée. Le plus important c’est la façon dont l’auteur arrive à nous immerger complètement dans l’atmosphère de cette petite île de Venise, juste avec son écriture fluide et terriblement efficace. On a vraiment l’impression d’être au cœur de l’action, de tout partager, que ce soit le temps, les repas, les pensés, les sentiments non seulement du commissaire, personnage attachant par sa vulnérabilité, sa simplicité, ses doutes, mais aussi des autres intervenants. J’ai vraiment été charmé par ce livre riche en images, en sentiments, en réflexions… De plus nous découvrons une toute autre Venise bien loin des clichés touristiques. Moi qui n’ai pas la chance de connaître, cela m’a fait bien envie...Les temps étant ce qu’ils sont, je me contenterai sans doute de lire avec grand plaisir une autre enquête du commissaire Brunetti.

Nicole VOUGNY

vendredi 16 octobre 2009

Viou de Henri Troyat

La petite Sylvie, huit ans, vit avec ses grands-parents qui possèdent un commerce de matériaux de construction, charbons et cokes en gros, la Maison Lesoyeux. Sa mère, retenue à Paris par son travail de secrétaire médicale et ses études de perfectionnement, l'a confié à ses beaux-parents. Son père tué en 44 n'est plus pour elle qu'un vague souvenir que seule la photo de sa table
de chevet rappelle.
Le soir avant de s'endormir elle pense à sa maman, ses gestes d'affection et le surnom de "Viou" qu'elle lui avait donné. Viou est tiraillée entre son grand-père sensible et doux et sa grand-mère austère et pieuse qui la vouvoie. Ses résultats scolaires ne sont pas reluisants, ce qui fait le désespoir de sa grand-mère. La petite fille espiègle et vive cause la joie de son grand-père et
le tourment de sa grand- mère. Elle adule et idolâtre sa maman et souffre d'en être séparée.
L'attitude joueuse et désinvolte de la petite Viou, n'est pas sans nous rappeler des situations connues.
La banalité de grands-parents élevant leurs petits enfants est grande et ne constitue pas une situation extraordinaire, mais plongée dans des rapports tendus de personnes liées par l'affectif, elle peut amener une dynamique intéressante à suivre. Dans un monde policé de vieilles personnes bien établies, une jeune enfant séparée par le sort de ses géniteurs peut apparaître comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. On ne peut qu'être attendri par cette enfant victime d'un enchevêtrement de circonstances néfastes.
Une fois de plus Henri Troyat nous transporte dans un univers humain, balisé, accessible à nos sens.
Pourtant située dans une époque de crise et de privation, c'est avec un rythme bon enfant que l'auteur nous fait vivre cette histoire qui sous des couverts d'instants de vie simples, cache un petit drame d'enfant. Une occurrence de destin comme beaucoup et finalement peu vivent, car chaque vie est unique et pourtant ressemble aux autres pour l'essentiel de son temps d'existence.
C'est avant tout sous le regard innocent et crédule d'une enfant douce et aimante, mais aussi qui se débat contre un monde adulte dirigiste que les événements sont présentés, comme une caméra au ras du sol qui n'accède qu'à un horizon restreint. Regard un peu naïf et édulcoré d'une situation grave qui ballote un être en devenir.
Riche d'enseignements, clair d'expression et de simplicité, ce roman peut-être mis entre toutes les mains.

Frédéric MOLLICA

jeudi 15 octobre 2009

Creezy de Félicien Marceau

Lors d’une sortie au théâtre avec sa femme Betty, Jacques ,un Député de la République Française, aperçoit pour la première fois Creezy. Cette dernière est l’égérie à la mode.
Un an plus tard dans l’avion qui rentre de Rome, Creezy et Jacques se rencontrent de nouveau et alors va commencer une histoire d’amour.
Jacques va devoir cacher sa liaison à sa femme et essayer de comprendre Creezy. Pourquoi pour elle ? il n’existe que le moment présent ? Pourquoi tant de médicaments pour dormir ?
Creezy de son côté doit conjuguer vie professionnelle, vie amoureuse et accepter les absences de Jacques ainsi que les départs impromptus.
La location d’une maison à la campagne est-ce la solution ? Cet amour simple et pur vivra t- il longtemps ?

Jai apprécié ce livre et surtout la manière directe dont l’auteur mène une histoire sans fioriture mais avec un suspens intéressant. L’écriture est simple, composée de phrases courtes et de mots simples ce qui rend la lecture vraiment très agréable.
Ce roman se lit paisiblement sans à coup comme l’histoire elle-même avec bien entendu, des moments de tension que la passion saura presque toujours éteindre.
Les personnages en dehors de Jacques et Creezy sont un peu « faibles » de caractères pour certains totalement aseptisés mais cela rend justement l’histoire d’amour entre nos deux protagonistes plus forte et centralise l’attention du lecteur sur cette relation passionnelle .
J’ai trouvé que cette histoire reflète bien son époque c'est-à-dire la fin des années 60 et son insouciance de la vie. Cette simplicité de vivre apparaît très bien dans les sorties nocturnes des uns et des autres.

Edouard RODRIGUEZ


mardi 13 octobre 2009

Jack Barron et l'éternité de Norman Spinrad

En cette fin de XXe siècle, Jack Barron a de quoi être plutôt satisfait de son sort. Ayant mis de coté les idéaux gauchistes et anti-racistes de sa jeunesse, il est devenu une célébrité de la télé : tous les mercredi soir, il joue au redresseur de torts devant cent millions d'Américains en mettant sur la sellette une personnalité qui a eu le malheur d'ennuyer un quelconque téléspectateur, mais sans jamais aller trop loin pour garder le soutien de ses producteurs... Mais voilà que le hasard le met en face de Benedict Howards, le richissime et tout-puissant dirigeant de la Fondation pour l'Immortalité Humaine, qui congèle les riches en attendant que la science permette de les ranimer et de leur donner l'immortalité. Aucun des deux n'est prêt à se laisser marcher sur les pieds. A l'écran et en coulisses, les deux hommes vont s'affronter sauvagement et impitoyablement...
Bien que ce livre, écrit en 1969, ait quelques aspects un peu dépassés, le thème majeur reste d'actualité : le pouvoir de l'argent et de la politique contre le pouvoir de l'information... Il s'agit essentiellement d'un combat entre deux hommes, jour après jour. D'un côté, le "méchant" : Howards, mégalomane et déplaisant, qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, se débarrassant de ceux qui le gênent en les achetant ou en les faisant supprimer ; de l'autre, le "gentil" : Barron, partagé entre le pragmatisme, qui lui commande de se laisser acheter par Howards, et un reste de fierté et de loyauté envers ses anciens amis de la Coalition pour la Justice Sociale, qui le pousse à se battre... Malgré ses défauts, il est facile de s'identifier à lui, ce sont justement ses défauts qui le rendent sympathique.
Facile aussi de prendre ses marques dans cette Amérique pas si improbable : politiciens et médias pourris par les calculs et la corruption ; pauvres vivant de l'aide sociale ; Noirs, hippies et drogués opprimés et concentrés dans des zones réservées... Une Amérique crue et violente. Comme le style employé par l'auteur, direct et piquant. Il y a peu d'action dans ce livre, mais tout se joue dans les joutes oratoires entre les personnages et le suspense de savoir qui finalement l'emportera...
Un roman intelligent et percutant.

Marie-Soleil WIENIN

jeudi 8 octobre 2009

Les miracles de votre esprit de Joseph Murphy

Il s'agit d'un court ouvrage de parapsychologie de 90 pages, publié pour la première fois en 1953.
Six chapitres le constituent:1.Comment fonctionne votre esprit.2.Le subconscient et la santé.3.Le subconscient et l'alcoolisme.4.Le subconscient et la richesse.5.Le subconscient et les problèmes conjugaux.6.Le subconscient et la direction intérieure.

Votre subconscient a le pouvoir de créer. Il obéit aux suggestions du conscient et rend le bien ou le mal avec intérêts composés. Il faut savoir comment l'ensemencer à son propre avantage. Utilisé avec doigté, c'est la pierre philosophale qui transforme le plomb en or.
C'est un ouvrage pratico-pratique qui ne fera pas peur à ceux qui ont pratiqué le yoga, les différentes techniques de relaxation, de prières ou autres méditations. Les rationalistes purs et durs n'y trouveront pas leur tasse de thé. Pour établir une comparaison avec une fameuse série TV, « X files », Mulder s'y passionnera: »I want to believe » Scully, elle, poussera des cris d'orfraie.
Personnellement, j'adore ce genre de bouquin très américain, très pensée positive, très tourné vers l'action. Tous les pans d'une personnalité sont utilisés pour résoudre un problème et atteindre un objectif.
Le yoga, le yoga nidra spécialement, connaît ces techniques depuis au moins 4000 ans, les soufis musulmans depuis au moins mille ans, et les habitants trépassés des cavernes préhistoriques depuis 40 000 ans mais ça fait du bien de se rafraîchir la mémoire à l'aide d'un logiciel contemporain.

Gwenael CONAN

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