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lundi 31 mars 2008

L'étudiant étranger de Philippe Labro

Dans les années 50, après avoir décroché son bac de philo, notre jeune français de 18 ans (dont le prénom n’est jamais cité dans le roman) est invité à étudier, pour une durée d’un an dans une université de Virginie. Une fois sur place il découvre le fonctionnement du système universitaire américain : les fraternités, les bals trimestriels, les sorties du samedi avec une « date », les équipes et installations sportives du campus… mais aussi la ségrégation raciale qui a lieu aux Etats-Unis.
Un soir d’hiver, chez les Jennings il rencontre April, 21 ans, une jolie noire et en tombe amoureux. Pour vivre cette relation hors-norme pour l’époque, et de surcroît dans une Virginie totalement ségrégationniste, notre étudiant va devoir rompre des interdits. Briser l’Honor System du campus, franchir la ligne raciale et aller dans la nigger-town. Tout cela pour avoir le droit de faire l’amour à April dans sa Ford au fond d’un ravin. Lors d’un déplacement à Charlottesville, notre étudiant étranger croise le chemin d’Elisabeth qui refuse de jouer à la comédie sociale américaine. D’une certaine façon il en tombe « amoureux d’amitié » et cesse sa relation avec April. Qu’apportera le passage d’un amour interdit à celui d’une riche fille de Boston ? De quel amour notre étudiant a-t-il le plus appris ? De celui d’April et des transgressions des interdits ou de celui d’Elisabeth et de sa comédie ? J’ai apprécié la lecture de ce roman qui nous montre le fonctionnement d’une université américaine et surtout nous emmène dans un univers ouaté, calme et reposant pour les blancs : l’Amérique des années cinquante. D’un autre côté, l’auteur nous fait remarquer que cette Amérique est fortement raciste puisque les noirs ont des postes très secondaires dans l’université. Au travers de la ligne raciale, qui sépare les noirs des blancs, il nous est facilement possible de constater que cette vision du monde va se rompre. Tant de quiétude n’est-ce pas le signe annonciateur d’une déflagration qui arrive avec les années soixante ? Par ailleurs, l’auteur nous « met » vraiment dans les années cinquante avec l’apparition de deux mythes américains qui ont débuté durant cette décennie : un chanteur blanc qui se déhanchait comme un chanteur noir et un acteur de cinéma qui se déplaçait sur l’écran comme une femme. De plus en filigrane apparaît déjà la guerre d’Algérie… Ce livre est finalement un voyage au cœur de l’Amérique des années tranquilles, où regarder la télévision n’est pas encore devenu une habitude nationale car justement le petit écran ne s’est pas encore emparé de la vie quotidienne des Américains. Edouard RODRIGUEZ

mardi 29 mai 2007

L'étranger d'Albert Camus

Camus. Chaque ancien élève de notre belle école de la République a forcément lu au moins un livre de Camus. Cet auteur, rangé parmi les incontournables de la littérature française, fait tellement partie de la culture collective que l'on a tous le sentiment de bien connaître ses héros. "L’étranger" par exemple; mais si bien sûr! Voyons, de quoi cela parlait déjà? Avec un tel titre, sûrement de racisme, de différence, d'exclusion. Et de replonger mon nez dans les premières pages, persuadée que l'histoire va me sauter à la mémoire! Surprise! Qui est donc ce personnage seul ou presque derrière le cercueil de sa mère, plombé par un soleil écrasant? Pas une larme, il fait trop chaud peut-être. Après tout, chacun sa douleur. Non, décidément je n'ai pas lu ce livre. Une telle atmosphère m'aurait marquée. Je tourne les pages. J'essaie de rentrer dans son univers. Pourquoi est-il si difficile de pénétrer dans le cœur de ce héros, de partager ses sentiments –il n'exprime rien-, de crever cette carapace d'indifférence. De différence, en fait. Car ce qui le rend impersonnel c'est justement son universalité. Il vit sa vie et les évènements qui la traversent avec la plus grande authenticité sans chercher un seul instant à correspondre à des comportements sociaux convenus. Il ne pleure pas sa mère, il n'aime pas forcément d'amour la femme qu'il désire. Bref, il met mal à l'aise. Cette attitude va le perdre. Cet homme ne sera pas condamné parce qu'il est coupable d'un crime mais parce qu'il n'est pas repentant. Quelqu'un qui ne laisse transparaître aucun état d'âme est un étranger à l'espèce humaine donc capable du pire. Paradoxalement, ce livre dérange et réconforte à la fois. Il dérange dans le sens où l'on a assez souvent envie, au fil des pages, d'attraper le héros par les épaules et de le secouer violemment pour qu'il sorte enfin ce qu'il a dans le cœur. Mais il réconforte aussi. En effet, ne pas vivre une situation donnée selon les critères moraux de la société, chacun en a fait un jour ou l'autre l'expérience. Il ne serait pas sinon si difficile pour les avocats de trouver des excuses à l'inexcusable dans toutes les formes de dérives humaines. On ne sort donc pas de cette lecture indemne. Mais peut-être n'est-ce dû qu'au violent contraste entre l'accablante et lumineuse chaleur de l'Algérie et la sombre profondeur de la prison de l"étranger". Florence TOUZET

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