L'histoire se déroule aux confins du Château de Pirou et de la lande de Lessay, au 12ème Siècle, non loin de Coutances, en Normandie.
Le maître des lieux, Sirlon de Pirou, y accueille Muriel de l'Epine, sa soeur qui se meurt, accompagnée de son époux Ranulphe et de ses deux enfants, Mauger et Clotilde.
De nuit, éclairés par la lune, arrivent deux orientaux, Hugues de Tarse, versé dans l'art des
plantes et autres mystères , et Tancrède, son disciple. Ils sont des accointances avec les Normands de Sicile et ils sont écoutés du baron normand, désespéré d'avoir perdu son unique héritier mâle et qui ne plaisante pas avec les privilèges des nobles, la justice qu'il rend est expéditive.
L'atmosphère s'alourdit quand Muriel de l'Epine trépasse, ses obsèques réveillent les jalousies et les vieilles querelles.
Hugues de Tarse enquête et découvre que Muriel a été empoisonnée par son mari par l'entremise de sa vieille nourrice au moyen de mandragore fermentée.
D'autres morts adviennent, dont celle de Ranulphe ainsi qu'une tentative d'assassinat sur la personne de Sirlon.
Il faudra lire l'ouvrage pour en apprendre plus. Si le décor est bien planté et les personnages entiers, j'ai eu du mal à croire à ces histoires sentimentales. La technique de construction est presque théâtrale par l'ambition de réunir tant de gens différents en un seul lieu et en un temps imparti si succinct. On se croirait dans une pièce de Beaumarchais avec des soubrettes, des Seigneurs, et des gens humbles qui se lamentent de l'esprit de classe. La description de la lande sinistre fait penser à celle des Dartmoors où sévisait le chien des Baskerville, entre autres. La raison incarnée par Hugues de Tarse donnera la leçon finale en un cours magistral.
D'aucuns préféreraient relire le Roman de la Rose, le Chien des Baskerville, ou Macbeth.
Gwenael CONAN
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lundi 25 mai 2009
lundi 15 septembre 2008
L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
Barcelone 1945. Daniel Sempere, le narrateur alors âgé de onze ans, est emmené par son père, un librairie, dans un lieu absolument insolite, une vraie caverne d’Ali Baba réservée à quelques initiés où sont enfermés des milliers de livres. Là il adopte un livre « L’Ombre du Vent » de Julian Carax et c’est la révélation, le Livre que Daniel attendait.
Daniel se prend de passion pour le livre mais aussi pour son mystérieux auteur. Il cherche coûte que coûte à savoir qui il est. Seulement il ouvre les portes du passé et s’approche de secrets bien enfouis qu’il mettra dix ans à déterrer.
Ce roman très fascinant a le don de vous immerger dans la Barcelone de l’après-guerre, celle où les fascistes et les anarchistes se disputent le pouvoir et où les habitants espèrent des jours meilleurs. La ville est omniprésente, personnage à part entière du roman que l’on découvre fasciné à travers ses rues et ses quartiers.
Aux côtés de Daniel, le lecteur mène l’enquête. Au moment où il croit tenir une piste sérieuse, Carlos Ruiz Zafon s’arrange pour la brouiller. Qui est donc ce mystérieux homme au visage ravagé, tout droit sorti du roman de Julian Carax ? Serait-ce le Diable ?
Les personnages hauts en couleur sont attachants et plein de complexité : le lecteur ressent les premiers émois de Daniel pour la belle mais distante Clara et découvre un allié inattendu en la personne de Fermin Romero de Torres, un baroudeur au cœur d’or mais au passé trouble, poursuivi par l’effroyable inspecteur Fumero.
Ce qui fait également sa forcé c’est que l’auteur a placé le livre au centre de son roman : on y découvre un libraire de livres anciens, une secrétaire de maison d’édition, un vieil et énigmatique bibliothécaire, gardien du Cimetière des Livres Oubliés, mais c’est avant tout l’histoire d’un livre et de son auteur, un livre qu’il faut préserver. Et le lecteur de s’imaginer lui aussi dans ce Cimetière des Livres Oubliés à se demander quel livre il adopterait.
Un récit magnifique qui mêle à la fois l’amour, l’aventure, les mensonges, les trahisons, les histoires tragiques qui s’imbriquent les unes dans les autres pour former la trame du récit. Un livre à lire absolument.
Delphine LE PERF
vendredi 11 janvier 2008
Vent d'est, vent d'ouest de Pearl Buck
Jusqu'ici je l'ignorais mais en ouvrant le livre de Pearl Buck, j'ai appris que j'avais une soeur, Kwei Lan et qu'elle avait entrepris de me livrer son coeur. Kwei Lan est chinoise. Elle est très jeune et ne connaît du monde que ce qui se passe au sein de la maison familiale dont la vie est rythmée par les mêmes gestes, les mêmes rituels depuis la nuit des temps. Les rapports familiaux y sont très codifiés et les attentes d
es parents envers les enfants fortes et précises. Chaque individu doit s'y comporter comme l'exige son rang dans la société et rien ne peut y changer. Née fille dans un pays où seuls les hommes sont appelés à jouer un rôle dans la cité, la jeune femme se plie en tous points à ses obligations sans envisager la moindre possibilité qu'il en soit autrement.
es parents envers les enfants fortes et précises. Chaque individu doit s'y comporter comme l'exige son rang dans la société et rien ne peut y changer. Née fille dans un pays où seuls les hommes sont appelés à jouer un rôle dans la cité, la jeune femme se plie en tous points à ses obligations sans envisager la moindre possibilité qu'il en soit autrement.
Or, le moment est venu pour elle d'épouser l'homme auquel on la destine depuis son enfance, et celui-ci est médecin converti aux méthodes scientifiques occidentales. Projetée dans un univers totalement nouveau et ne pouvant plus trouver refuge auprès de sa mère, elle est affreusement désemparée. Les façons qu'il a de vivre et de se comporter avec elle, bien qu'empreintes d'un profond respect, la choquent et la blessent. Toutes les valeurs qu'elle a reçues et qui l'ont fait devenir ce qu'elle est sont complètement remises en cause.
Petit à petit, portée par l'amour réciproque qui naît entre ces deux êtres, Kwei Lan va doucement se laisser apprivoiser et accepter de considérer qu'il peut y avoir un autre façon d'exister, de penser, en un mot de vivre. La personnalité de sa belle-soeur et le combat que devra livrer son frère pour se libérer du poids de la destinée qu'on lui a tracée, l'aideront à ouvrir les yeux sur d'autres coutumes.
Prise à témoin de cette métamorphose et malmenée par les turbulences de ses réflexions contradictoires, j'ai maintes fois été touchée par ce que l'ignorance de l'autre, l'intolérance incarnée par la mère de Kwei Lan, la volonté de rester figé dans ses certitudes peuvent engendrer de souffrances et de douleurs indélébiles. La délicate et douloureuse métamorphose de la jeune femme, telle un papillon sortant de sa chrysalide est bien souvent bouleversante.. Kwei Lan nous amuse aussi par le regard moqueur qu'elle pose sur nos étranges comportements d'occidentaux, comme se secouer les mains pour se dire bonjour par exemple ou encore nos cheveux jaunes ou nos yeux délavés. Déchiréee entre deux civilisations, ce personnage incarne les prémices de l'inéluctable mutation de la Chine.
Ce roman traite de thèmes essentiels dans la vie des hommes : le conditionnement de l'éducation, la capacité à s'adapter et à évoluer, la puissance de l'amour, la différence. Pearl Buck s'adresse à nous par la bouche de son personnage dans un style à la fois familier et poétique et l'impression finale qui s'en dégage serait que l'on peut parler de choses sérieuses avec une infinie délicatesse. J'ai par ailleurs été très flattée d'être au coeur des ces confidences qui m'ont aidé moi aussi à considérer la Chine autrement.
Florence TOUZET
vendredi 13 juillet 2007
Mémoires sauvés du vent de Richard Brautigan
« Mémoires sauvés du vent » raconte les souvenirs d’un enfant qui a 13 ans en 1948. Le narrateur, aujourd’hui adulte, nous évoque ses moments passés au bord de l’étang à taquiner les poissons, sa rencontre avec le veilleur de nuit de la scierie d’à côté auprès duquel il récupère des bouteilles de bière pour se faire un peu d’argent. Il nous parle aussi de ces gens étranges qui déballent leurs meubles c
haque fois qu’ils viennent pêcher, de sa fascination morbide pour les enterrements (sa mère et lui ont habité dans l’annexe d’une maison de pompes funèbres transformée en appartement) et de la disparition de son ami David tué malencontreusement par une balle lors d’une partie de tir à la carabine sur des pommes. Ah ! Si seulement il avait préféré ce jour-là s’acheter un hamburger plutôt qu’une boîte de cartouches. Cet évènement l’a à ce point traumatisé qu’il devient véritablement obsédé par tout ce qui touche aux hamburgers et qu’il va alors se mettre dans la tête l’idée d’aller interviewer des bouchers, des cuisiniers et de lire de nombreux ouvrages sur le sujet pour récolter le plus d’informations possibles.
haque fois qu’ils viennent pêcher, de sa fascination morbide pour les enterrements (sa mère et lui ont habité dans l’annexe d’une maison de pompes funèbres transformée en appartement) et de la disparition de son ami David tué malencontreusement par une balle lors d’une partie de tir à la carabine sur des pommes. Ah ! Si seulement il avait préféré ce jour-là s’acheter un hamburger plutôt qu’une boîte de cartouches. Cet évènement l’a à ce point traumatisé qu’il devient véritablement obsédé par tout ce qui touche aux hamburgers et qu’il va alors se mettre dans la tête l’idée d’aller interviewer des bouchers, des cuisiniers et de lire de nombreux ouvrages sur le sujet pour récolter le plus d’informations possibles.
Ce que j’ai aimé dans ce court récit, c’est l’écriture très fluide et d’une simplicité enfantine. Je me suis demandée d’ailleurs pendant longtemps si c’était un enfant qui s’exprimait ou un adulte. Je me suis également demandée si cette histoire n’était pas celle de Richard Brautigan car lui aussi est né en 1935 et a eu semble-t-il une enfance assez troublée dont on ne sait finalement presque rien.
A la fois sensible, poétique, ce texte ne peut donc que toucher. Ce côté minimaliste, cette façon de raconter les choses innocemment, « l’air de rien » voire presque avec insouciance cachent en effet des souvenirs au goût plutôt tragique et amer. Le héros de l’histoire est très tôt confronté à la mort et notamment celle d’enfants sans compter cette existence de pauvres que sa mère et lui doivent mener. Mais heureusement qu’il y a aussi des passages moins tristes, moins douloureux comme cette quête effrénée sur le hamburger ou ce couple bizarre où là, on est vraiment obligé de sourire tellement on frôle le surréalisme et l’absurde.
Marlène EVEN
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