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jeudi 14 janvier 2010

Je vivrai l'amour des autres de Jean Cayrol


Le roman est divisé en deux parties bien distinctes. La première ressemblerait à une longue harangue au lecteur, elle s’intitule Il vous parle. Un jeune homme de vingt quatre ans raconte à la première personne sa vie de mendigot, de chômeur. Nous sommes quelques années après la seconde guerre mondiale et il vient d’être libéré du camp de Mauthausen. Les jours se ressemblent du fond de sa chambre d’hôtel où il n’y a de place que pour un lit et vivre couché.
La deuxième partie est un récit écrit à la troisième personne. Le lecteur passe quelques jours avec Armand. Le quotidien est le même. Pourtant Armand travaille, il vit avec Albert et Lucette, dans un débarras qu’ils lui sous louent. Armand existe à travers leur amour. Pourtant peu à peu, Armand s’ouvre au monde, il s’aperçoit qu’il a quelque chose à partager, ne serait-ce que sa misère et son ignorance.
Jean Cayrol est un maître de la littérature, il excelle dans la description des petits matins glauques. Grâce à l’accumulation de détails, d’infimes annotations, il rend palpable la solitude dans laquelle chacun de ses personnages se débat.
Les caractéristiques romanesques suivent le statut des personnages. Les dialogues sont peu nombreux ou en charpie, comme une vieille étoffe trouée, usée par le temps. Les phrases balbutient ou sont lapidaires, car tous les mots ont été ôtés aux rescapés des camps qui doivent réapprendre le mouvement des lèvres.
Le roman de Jean Cayrol a aussi des visées ontologiques : que peuvent les mots après l’horreur des camps ?
Je vivrai l’amour des autres est un beau roman à la charnière entre deux époques littéraires, après les grands romans existentiels et avant le Nouveau Roman. C’est une œuvre saisissante de vérité et d’émotion retenue.

Jacky GLOAGUEN

lundi 30 novembre 2009

Une allure pour l'amour de Silvia Monfort


La vie de Christine tourne surtout autour de son travail, la création de lingerie. Le hasard d’un déplacement professionnel lui fait rencontrer Sébastien, un homme de cheval fort occupé : Au premier regard, c’est le coup de foudre réciproque. Une nuit passée ensemble à déambuler, et c’est le début d’une relation. Mais que les rapports entre deux êtres sont compliqués ! Christine s’interroge : L’aime-t’elle ? Et surtout : L’aime-t’il ? Sont-ils prêts tous deux à faire leur vie ensemble ?...

Ce livre s'articule autour de deux uniques personnages. Les rares personnages secondaires n'apparaissent que le temps de quelques pages, l'action reste toujours au second plan : tout est centré sur les sentiments de Christine, et parfois (mais plutôt rarement) sur ceux de Sébastien. Peu à peu, au fur et à mesure des rencontres et des réflexions solitaires, on voit la relation des deux amants évoluer. Ce n'est pas un amour fou et sans ombre, mais un amour qui se cherche, meurtri par chaque malentendu, chaque maladresse de l'un ou de l'autre. De jour en jour, Christine oscille d'une émotion à l'autre : passion, manque, désir, jalousie, haine, désarroi... Elle veut y croire, mais n'y croit pas tout à fait. Son coeur s'envole, mais elle est chaque fois rattrapée par le manque d'illusions de la vie de tous les jours. Christine, ce n'est ni une milliardaire ni une aventurière, non, c'est une personne comme il y en a tant, c'est vous, c'est moi : Le lecteur s'identifie vite à cette jeune femme très touchante, ses interrogations sonnent justes.

Le roman est court, le style direct et sans fioritures : Des phrases courtes mais puissantes, qui relatent les faits simplement, laissant souvent au lecteur la charge d'imaginer le reste. Le tout ne manque pas cependant d'une certaine poésie, que l'on découvre au détour d'une joie passagère de l'héroïne par exemple.
En une heureuse conclusion, Christine et Sébastien vont devenir un seul être, créature à quatre jambes mais une seule tête, et qui va l'amble : une allure très souple et très agréable, mais qui nécessite de la part du cheval un long apprentissage...

Marie-Soleil WIENIN

mercredi 17 septembre 2008

Un mariage d'amour de Françoise Bourdin

Victor Cazals, complètement déboussolé et anéanti, décide finalement de s’installer aux Roques, la grande demeure familiale qui est restée inhabitée depuis une trentaine d’années qu’il vient de racheter à son père (Martial). En effet, il souhaite à tout prix s’isoler afin de tenter d’oublier Laura, sa femme, qu’il aime encore et qui l’a brutalement quitté pour son demi-frère Nils. Jusqu’à présent, ce dernier était le protégé de la famille, mais suite à sa trahison, il est devenu du jour au lendemain le paria : il est rejeté autant par son père qui pourtant l’adorait, que par sa mère adoptive (Blanche) qui l’avait accepté et cajolé, même s’il est le fruit d’une infidélité du père. Quant à Maxime, le frère aîné de Victor, il épaule celui-ci de tout son cœur pour lui apporter du réconfort et soutien dans cette terrible épreuve émotionnelle et sentimentale qui l’accable.
Seulement, vivre dans le domaine des Roques ne sera pas de tout repos. Mise à part l’importante rénovation du lieu qui occupe plutôt bien ses esprits, Victor va malheureusement découvrir des éléments bien inquiétants qui laissent suggérer qu’un événement terrifiant y était survenu ; mais de quoi s’agit-il exactement ? Victor ignore encore qu’un effroyable secret a été dissimulé ici-même, et si jamais il réussissait à le trouver, pire encore s’il le faisait ressurgir du passé, une tragédie pourrait secouer chaque membre de sa famille. J’ai adoré ce roman de Françoise Bourdin avec cette affaire de secret de famille qui maintient un véritable suspense tout au long de la lecture. L’intrigue est vraiment captivante et il devient très difficile de lâcher le livre tant qu’on ne l’a pas parcouru jusqu’au dénouement. Effectivement, l’histoire est passionnante, on est pressé de découvrir et impatient de comprendre quel mystère a pu se murer derrière cette ancienne bâtisse « Les Roques » tellement cela attise notre curiosité. Qu’est-il arrivé trente années plus tôt ? Par ailleurs, j’ai bien apprécié la manière dont l’auteure a pris soin de brosser cet éventail de portraits, aussi intéressants les uns que les autres. Chaque personnage possède une personnalité propre, comme par exemple Martial et sa fermeté, Nils et sa fragilité, Blanche et sa soumission ou résignation, ou encore l’adorable Victor, homme de valeur et héros du roman à qui le lecteur s’identifie et s’attache tout particulièrement. C’est la première fois que je lis Françoise Bourdin et je suis totalement conquise, je ne la connaissais que de nom, et « un mariage d’amour » m’a fait passer un moment délicieux. De plus, la façon dont cette auteure écrit me fait rappeler vaguement un de ses confrères qui s’exprime dans le même genre de chroniques, je cite Douglas Kennedy, que j’aime beaucoup et qui a l’art de décrire avec énormément d’aise et de talent la passion humaine.
Ngan Dai BUI

mercredi 30 avril 2008

Mère et fille, l'amour réconcilié de Isabelle Yhuel

Ce recueil de témoignages sur les relations mère-fille va vous faire partager le vécu de Charlotte, Aude, Thérèse, Marguerite, Rachel, Brigitte, Lucie, Anaela, Iris, Béatrice...( en tout, 18 situations vécues dont une en intro). Elles ont entre 19 et 84 ans, elles sont mère et/ou fille et racontent la relation plus ou moins passionnelle qu'elles ont eue avec leur mère. Certaines ont une représentation de la mère idéale et toute-puissante tandis que d'autres ne l'ont pas connu en tant que telle. Les parcours sont tous différents les uns des autres mais au final l'amour maternel triomphe. L'auteure qui est journaliste a réussi à nous faire vivre des moments pathétiques au travers de ces cas où l'on retrouve forcément un peu de soi. Les témoignages du livre sont entrecoupés de plusieurs entretiens avec un psychanalyste et au travers de ceux-ci, il nous apporte des éclaircissements sur des questionnements et des théories évidentes. On comprend parfaitement alors que plainte et amour fou sont les maîtres-mots de ce recueil. Il nous invite également à découvrir ce que signifie être une mère, le passage à l'adolescence comme période des difficultés naissantes (majoritairement mais pas toujours !). Dans sa progression il poursuit en nous expliquant à quoi sert une mère et pour finir comment aimer sa mère. Ce livre m'a tenu en haleine de la page 1 à la page 348. Chaque histoire m'a fait vivre un peu de la mienne. Je me suis retrouvée, culturellement, en Lucie 22 ans ; j'ai vécu une enfance similaire à celle d'Edith … Beaucoup d'entre elles m'ont émue. Cependant, le témoignage que j'ai le plus aimé et qui m'a le plus apporté est celui de Miredey la cambodgienne. Elle a reçu très peu de tendresse pendant son enfance de la part de sa mère même si cette dernière était présente physiquement auprès d'elle. Sa situation a été en fait largement influencée par la pauvreté au Cambodge. Elle a su toutefois se rapprocher de sa mère avec les années même si les échanges étaient houleux. Ce livre nous montre donc comment les relations fille-mère peuvent grandement agir sur la future vie familiale et conjugale de nous chères filles. On comprend bien à la fin du livre que même si on a eu une mère quasi " parfaite ", nous aurons toujours à nous plaindre d'elle mais il faut savoir la connaître psychiquement pour la comprendre réellement (quoi de plus normal que de passer par toutes ces étapes). En contrepartie, il est important autant pour la mère que pour la fille de connaître aussi les réalités de l'adolescence. A la question « à quoi sert une mère ? » il est évident de comprendre le rôle d'une mère dans la constitution de ses enfants... pour enfin aimer celle-ci !!! Je ne pensais pas qu'une mère irréprochable pouvait quand même susciter la réprobation d'une fille : est-ce la fameuse théorie selon laquelle " il faut tuer la mère " pour retrouver ensuite des relations saines ? L'ambiguïté entre l'amour et la haine prend dans cet ouvrage tout son sens. Je le conseille vivement à toutes les femmes : les mères comme les filles !
Mylène ADELE

vendredi 7 décembre 2007

Le bonheur de faire l’amour dans sa cuisine et vice-versa d'Irène Frain

Au fil de 150 pages de pur délice, Irène Frain évoque les relations vivantes mais aussi grammaticales entre l’amour et la cuisine. Le point de départ : pour cause de travaux la cuisine-matrice de son home sweet-home lui apparaît, par l’incapacité de s’y rendre, dès lors plus vitale et source d’équilibre. Où trouver l’eau et le feu, les éléments qui sont apprivoisés seulement dans cette pièce, centre de vie du foyer car manger est indispensable à notre survie? Celui qui permet à la femme trompée de garder son mari par le ventre, ou bien encore de partager des potins entre femmes. Quant à l’homme il utilise parfois l’art culinaire comme outil de drague et pour lui cuisiner c’est encore un art guerrier où il lui faut dompter les éléments.
Irène Frain, d’anecdotes en vérités simples, nous entraîne sur les pas des plaisirs culinaires de tous temps, de Cléopâtre, ou encore de l’empoisonneuse Marie Besnard et des filtres d’amour à la Peau d’âne. Ce qui retient l’attention ce sont les corrélations entre le sexe et la cuisine où les discussions sont plus libres entre les amants, et où la « nourriture fait lien », liant deux personnes qui souvent partagent un bon repas en prélude à l’amour : les sens et papilles sont mis en émoi avant de retrouver le chemin de la chambre, autre espace intime du couple. Même si le titre évoque l’art de faire l’amour dans sa cuisine, le sujet du livre est tout autre. C’est plutôt la relation entre la sensualité des aliments, de leur préparation et de leur absorption et celle des corps qui se mélangent depuis le début de l’humanité. J’ai très vite adhéré à ce petit pamphlet contre la malbouffe et pour le vrai partage en couple et en cuisine. La déclinaison amours-rapides et fast-food de notre société actuelle, les mots d’aujourd’hui qui pour parler d’amour parle de « relations », d’ « engagement » d’ « investissement » plutôt que de cette simple mais « grande histoire d’amour » qu’il est donné à chacun de vivre avec ses hauts et bas mais en sincérité et confiance, pas en conformisme. Une bonne recette : se poser à la table de sa cuisine, et malaxer de bons aliments en parlant de la vie comme sur l’oreiller. L’auteure sait utiliser avec panache beaucoup de vocabulaire, et ses idées exprimées dans ce petit livre très agréable sont très féminines certes mais universelles. Des vagues de plaisir nous donne l’eau à la bouche et l’envie de faire la cuisine avec et pour sa moitié. A vos fourneaux ladies and gentlemen !! Fanny JOLIVET

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