Affichage des articles dont le libellé est points. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est points. Afficher tous les articles

lundi 22 février 2010

Poisson-chat de Jerome Charyn

Le héros de ce roman s’est toujours identifié au poisson-chat qui peuple la petite rivière du Bronx et qui traverse le quartier de Cartona Park. L’animal vit dans la boue, il s’y épanouit et s’y complait. Il est vorace et les boîtes de conserves constituent régulièrement son déjeuner. Enfant, Jerome Charyn en a fait son compagnon de jeu. Tout le long de sa vie, il trouvera en lui la même force qu’il reconnaît à ces bêtes. Car Jerome Charyn va nous raconter sa vie. Au moins il nous le fait croire. Le livre est estampillé roman et il ne faut pas se faire prendre au piège même si le héros se prénomme Jerome Charyn. Il ne s’agit pas de savoir si nous avons là une autobiographie. L’auteur joue avec le lecteur quand il ne se joue pas de lui. C’est là un des charmes du livre. Il nous parle, nous interpelle, parfois même nous demande notre avis, il ne cesse d’intervenir pour couper la relation des faits, nous emporter avec lui dans ses mensonges et ses histoires. Il l’avoue lui-même, le poisson-chat lui a appris à mentir et à inventer de fabuleuses histoires. Ce livre est merveilleusement vivant. Au début détaché, parfois très laconique, le narrateur se fait plus emporté et plus vindicatif. Les phrases sont courtes et incisives, elliptiques quand le verbe disparaît ; le ton enjoué se fait parfois moqueur. La narration se rapproche d’un phrasé oral très travaillé pour retrouver ce souffle, cette limpidité originelle. Tout au long du livre nous côtoyons les ours en peluche que confectionne le père, des putains, des soldats et des fous, parfois même des assassins. Le jeune Jerome Charyn grandira à leur contact. Il finira quelque peu épuisé seul ou presque (ne dévoilons pas la fin) après avoir essayé de reconstituer une famille. Les sept dingues, dont un maire destitué qui sera l’amant de sa femme et une harpiste de strip-tease, ne pouvant partager le même toit que malgré tout ils ont dû mal à trouver. Le roman de Jerome Charyn est une merveilleuse réussite.

Jacky GLOAGUEN

jeudi 18 février 2010

Ténèbres sur Jacksonville de Brigitte Aubert

Une petite bourgade isolée au fin fond des Etats-Unis, Etat du Nouveau Mexique, environnée de monts impénétrables, desservie par une unique autoroute et une ligne de bus. Le début des vacances d'été, écrasé de chaleur. Deux garçons de 13 ans qui vivent de part et d'autre du cimetière. Un grand-père un peu mystérieux, un peu mystique ; un shérif indien ; un camarade de classe mort dans un accident de la route un an auparavant ; une bombe platine descendue du bus … et surtout, surtout, de mystérieux événements. Des personnages hauts en couleurs, à la personnalité et au physique extrêmement bien décrits. Le flic aux éternelles lunettes de soleil, le mécano beau gosse un peu simplet, le mari jaloux, la femme volage, la mère alcoolique, le gardien de cimetière lunatique et effrayant, la vieille dame débonnaire venue fleurir la tombe de son mari, le curé peu fiable, la bibliothécaire sage, et les deux flics du FBI, véritables Mulder et Scully très bien campés : on rencontre une véritable galerie de portraits de l'Amérique profonde telle qu'on la connaît à travers les films. Le style est très enlevé, les dialogues vivants, on a le coeur qui bat en compagnie de nos deux compères. Le choix du point de vue d'un adolescent est excellent : le récit à travers ces jeunes yeux n'en est que plus effrayant car on vit l'impuissance, le manque de considération que le jeune âge procure, le fait qu'on ne va pas les croire, que peut-être ils se sont laissés emporter par leur imagination. Car c'est bien en vérité une histoire d'horreur qui se déroule sous nos yeux : des meurtres sanglants, emplis d'une sauvagerie surnaturelle, des cafards qui envahissent tout et s'attaquent aux humains, des tombes ouvertes... L'hypothèse du surnaturel est suggérée dès le début, mais il faut lire le livre en entier pour savoir de quoi il retourne ! Un pur moment de frayeur !

Mélanie BART

samedi 6 février 2010

Félidés de Akif Pirinçci

Francis, un chat particulièrement curieux et perspicace, emménage avec son maître dans une maison dont l'étât de délabrement le laisse pantois. Un peu désappointé, il entreprend d'explorer le quartier, entrelacs de maisons et de jardins plus ou moins bien entretenus. C'est alors qu'il aperçoit sur un balcon un gros matou peu rassurant, et surtout bien amoché : borgne et estropié, il lui manque également une partie de la queue. Mais l'individu ne lui prête aucune attention, regardant fixement au-dessous de lui. Lorsque Francis s'approche, il découvre avec horreur le cadavre d'un congénère, visiblement assassiné par un autre chat d'un coup de dents dans la nuque ! Le matou, dénommé Barbe-Bleue, lui révèle qu'il s'agit du quatrième félin tué de la sorte. Et lorsque, quelques jours plus tard, un autre cadavre est retrouvé, Francis décide d'enquêter. Aidé de Barbe-Bleue et de Pascal, un chat extrêmement intelligent passionné d'informatique, il va tenter de démasquer ce tueur en série, et d'empêcher que la liste des victimes ne s'allonge.
Ce récit à la première personne présente donc la particularité de mettre en scène des chats, au coeur d'une intrigue policière. La trame est tout à fait conventionnelle : le héros suit des pistes, interroge des témoins, échaffaude des hypothèses, file des suspects, jusqu'à se confronter à l'assassin dans un classique du genre. Mais la nature des protagonistes de l'enquête, justement, dynamite le côté classique de l'intrigue. L'auteur connaît parfaitement les chats et intègre dans son récit des informations passionnantes. De la même manière, nombreuses sont les considérations philosophiques, relatives à la nature humaine, la morale ou la science, sans que jamais le roman n'en soit alourdi. Enfin, le style est un délice et le ton, pince-sans-rire et sarcastique, foisonne de formules hilarantes.
Au-delà de son intrigue intéressante, j'ai surtout apprécié ce roman pour son ton irrésistible et, comme le souligne la notice biographique de l'auteur, proche de Jonathan Swift pour l'ironie des formules. Si l'idée d'un chat enquêteur a déjà été exploitée, elle est ici plus aboutie, et très documentée sur ces animaux. Les personnages sont drôles et/ou touchants et raviront les amoureux des chats. Restent quelques longueurs à mon goût, quelques considérations philosophiques et ésotériques superflues, mais elles n'ont pas suffi à gâcher mon plaisir.

Fanny LOMBARD

mercredi 27 janvier 2010

L'année de la mort de Ricardo Reis de José Sarlamago


Le roman de José Saramago est un livre bien étrange et envoûtant. A l’origine, Ricardo Reis est un personnage inventé par Fernando Pessoa, c’est un de ses nombreux doubles, un des pseudonymes du poète portugais à qui il a donné non seulement une œuvre mais une vie à part entière. José Saramago s’en empare. Au lendemain de la mort de Fernando Pessoa, Ricardo Reis revient de son exil au Brésil, il débarque à Lisbonne et s’installe à l’hôtel.
Ainsi commence ce roman très littéraire et poétique, inondé par la pluie qui sans cesse s’abat sur la capitale, fine et pénétrante ou averse et entêtante. Car il s’agit bien d’un déluge duquel Ricardo Reis essaye de sauver quelque chose, il ne sait quoi puisque avant tout il s’interroge et il doute. Lui que Fernando Pessoa a créé comme un être se contentant du spectacle du monde, stoïque et nonchalant, résigné et détaché, José Saramago le confronte au bruit des bottes de l’Histoire. Le roman se déroule à la charnière des années 1935 1936, la dictature de Salazar est déjà installée au Portugal, Hitler a pris le pouvoir en Allemagne comme Mussolini en Italie, Franco fait son putsch. La Police de Surveillance et de Défense de l’Etat convoque dès son retour Ricardo Reis, il est questionné, il doit répondre de son image d’exilé.
Que ce soit confronté aux évènements qui se déroulent dans son pays et à travers l’Europe ou perdu dans les méandres de sa vie amoureuse et sentimentale, Ricardo Reis ne peut résoudre l’ambivalence qui l’habite, il oscille sans cesse entre ce qu’il affiche face à la société dont il est issu et ce qu’il ressent vraiment.
Le style de José Saramago suit les affres de son héros, les phrases sont longues et tortueuses, pleines de digressions et de fabuleuses métaphores. Les dialogues sont noyés dans la narration, sans tirets, sans les repères auxquels le lecteur est traditionnellement habitué. Pourtant la lecture en est facile, preuve d’une belle réussite littéraire.

Jacky GLOAGUEN

jeudi 14 janvier 2010

Je vivrai l'amour des autres de Jean Cayrol


Le roman est divisé en deux parties bien distinctes. La première ressemblerait à une longue harangue au lecteur, elle s’intitule Il vous parle. Un jeune homme de vingt quatre ans raconte à la première personne sa vie de mendigot, de chômeur. Nous sommes quelques années après la seconde guerre mondiale et il vient d’être libéré du camp de Mauthausen. Les jours se ressemblent du fond de sa chambre d’hôtel où il n’y a de place que pour un lit et vivre couché.
La deuxième partie est un récit écrit à la troisième personne. Le lecteur passe quelques jours avec Armand. Le quotidien est le même. Pourtant Armand travaille, il vit avec Albert et Lucette, dans un débarras qu’ils lui sous louent. Armand existe à travers leur amour. Pourtant peu à peu, Armand s’ouvre au monde, il s’aperçoit qu’il a quelque chose à partager, ne serait-ce que sa misère et son ignorance.
Jean Cayrol est un maître de la littérature, il excelle dans la description des petits matins glauques. Grâce à l’accumulation de détails, d’infimes annotations, il rend palpable la solitude dans laquelle chacun de ses personnages se débat.
Les caractéristiques romanesques suivent le statut des personnages. Les dialogues sont peu nombreux ou en charpie, comme une vieille étoffe trouée, usée par le temps. Les phrases balbutient ou sont lapidaires, car tous les mots ont été ôtés aux rescapés des camps qui doivent réapprendre le mouvement des lèvres.
Le roman de Jean Cayrol a aussi des visées ontologiques : que peuvent les mots après l’horreur des camps ?
Je vivrai l’amour des autres est un beau roman à la charnière entre deux époques littéraires, après les grands romans existentiels et avant le Nouveau Roman. C’est une œuvre saisissante de vérité et d’émotion retenue.

Jacky GLOAGUEN

lundi 4 janvier 2010

Liberté pour les ours ! de John Irving


Difficile de vous donner envie de lire ce livre alors qu’il m’a fallu plusieurs jours pour terminer cette lecture. Vous allez me dire, pas terrible comme début. Attendez un peu, j’adore John Irving, j’adore son originalité et ce premier roman, même s’il n’est pas très bien construit, laisse entrevoir l’étendue de son talent qui donnera lieu à des chefs d’œuvre comme l’hôtel du New Hampshire. Pour ce premier roman, soyons donc indulgent. Certes, la lecture est difficile mais on y trouve déjà l’absurde, le rocambolesque, la place de l’ours, il y a l'idée de transgression de la règle qui est un des ressorts de ces romans. Donc, je vous conseille de vous lancer dans cette lecture pour ensuite vous délecter de l’hôtel du New Hampshire ou encore du monde selon Garp. Bonne lecture.

Alexandra BERNEDE

mardi 22 décembre 2009

Le libraire de Régis De sa Moreira


C’est l’histoire assez surprenante, d’un libraire dans sa librairie. A grands coups de répétitions, l’auteur nous entraine dans les pensées de cet homme. Le libraire est seul dans sa boutique avec ses livres et ses quelques clients, qu’il observe et à propos desquels, ils se racontent des histoires. Entre temps, il lit.
L’auteur utilise de nombreux dialogues, courts, avec peu de mots, des mots banals de tous les jours qui démontrent la solitude, la banalité de la vie du libraire, sa monotonie en utilisant de nombreuses répétitions, notamment le mot libraire, mais aussi des phrases entières.
J’ai beaucoup aimé ce livre, qui parait un peu farfelu avec des moments amusants, plein de trouvailles, et qui relate la vie d’une librairie avec tous ses clients disparates aux goûts différents. Le libraire, lui, semble heureux dans son monde où les livres sont rois. Cependant, j’ai ressenti comme une profonde solitude dans la vie de cet homme. Pour s’inventer autant d’histoires, il vit à travers ses livres, mais pas « réellement ».
Très bon livre, original, à découvrir absolument !

Hélène SALVETAT

mardi 30 septembre 2008

Paperboy de Pete Dexter

L'histoire se passe au milieu des années 60. Quatre ans après le meurtre du shérif violent et raciste d'un trou perdu de Floride, son assassin, Hillary Van Wetter, attend son exécution dans le couloir de la mort. Mais Charlotte, jolie quadragénaire bizarrement attirée par les assassins, est persuadée de son innocence depuis qu'elle a vu sa photo dans le journal. Autant déterminée à l'épouser qu'à l'innocenter, elle contacte le Miami Times, qui dépêche sur place deux journalistes dont Ward, frère du narrateur. D'emblée, il s'avère que le procès a été baclé, des preuves égarées, des pistes non exploitées. Mais entre un condamné franchement antipathique, sa groupie, un journaliste déterminé dont l'intégrité frise la psychorigidité et un autre dévoré d'ambition, une police et une justice peu enclines à rouvrir le dossier et une opinion publique accrochée à ses certitudes, l'affaire s'annonce complexe... On est dans un roman noir, dans tous les sens du terme. L'écriture sèche et sans complaisance montre tout, sans rien édulcorer, ni la violence physique, ni la misère sociale, et encore moins la cruauté psychologique et la violence morale d'une société dont tous les protagonistes sont implacablement condamnés par l'auteur. On suit l'investigation des reporters à travers le récit du jeune frère de l'un d'eux, et petit à petit, ce sont les vraies motivations de chacun qui se révèlent : chacun cherche son intéret au mépris de la vérité, de la justice, ou de l'intégrité de ses proches ou de lui-même, et personne n'en sortira indemne. L'auteur promène son lecteur du début à la fin, dans un jeu de faux-semblants et de manipulations à tout-va dont, comme les personnages du roman, on ne s'aperçoit que trop tard. J'avais eu de nombreux échos positifs de ce roman, et je ne peux que m'y associer. Critique subtile mais néanmoins virulente du journalisme et, au-delà, de l'ensemble de la société elle-même où, pour citer l'auteur, "aucun homme n'est intact", ce roman noir est littéralement époustouflant. Si j'ai pressenti, à chaque fois, les rebondissements quelques pages avant qu'ils n'interviennent, je les ai pris comme autant de coups de poing, et le piège a parfaitement fonctionné ! En plus d'une histoire très forte, les personnages ne tombent pas dans la caricature tout en étant formidablement bien campés, tout comme le décor - routes poussiéreuses, villes moites et marais profonds du coeur de la Floride. Un roman sombre d'une puissance rare, qu'il m'a été impossible de lâcher, et qui vous hantera longtemps après l'avoir refermé.
Fanny LOMBARD

lundi 14 avril 2008

Besoin de mer de Hervé Hamon

A ceux qui ne connaissent pas Hervé Hamon, ce livre donnera envie d’en savoir davantage sur l’homme et ses autres écrits. Ecrivain prolifique, « écrivain de marine » comme il se présente lui-même, entre autres. Oui, écrivain de marine, comme en témoigne l’ouvrage dont il est ici question : la mer est dans sa vie depuis sa naissance, elle est présente en lui, on le sent intimement, physiquement lié à elle. Non comme un marin qui risque chaque fois sa vie aux dépends des ires marines, ni comme un plongeur qui ressent la narcose des profondeurs. Non, Hervé Hamon n’est pas de ceux qui ont besoin d’être dans/sur l’eau à tout prix : il nous explique, ligne après ligne, mot après mot, ce qu’est ce « besoin de mer » : un besoin, et non une envie, un amour, une passion, un fantasme, un mirage. Tout est concret, dans ce livre, tout est aussi question de perceptions visuelles, olfactives, de toucher, de goût, de sixième sens (celui du marin qui navigue, par exemple). Dans cet ouvrage, vous saurez comment on peut marcher sous la mer… mais aussi dessus, à certains endroits du globe terrestre. Vous saurez aussi pourquoi F. Mitterrand est devenu le Président que l’on sait… et non M. Rocard (si, je vous assure, il y a bien une explication à cela, selon Hervé Hamon). Cet ouvrage est donc une sorte de récit introspectif, qui permet au lecteur de se retrouver dans certains points de vue, dans certaines sensations (au sens le plus sensuel). Mais le réduire à cela serait faire offense au talent de l’auteur : ce livre est aussi témoignage, hommage à ceux qui vivent par et pour la mer, en quelque endroit du monde où l’on se trouve : il en a rencontré plus d’un, tout au long de sa vie, sur différents continents (je devrais dire sur différents rivages). Cet ouvrage est aussi un précis sur les phares de Bretagne (chaque phare cité dans l’ouvrage - et ils sont très nombreux - est aussitôt décrit par son feu, indice précieux pour les marins, qui vous fera regarder le prochain que vous rencontrerez sous un autre aspect). De la Bretagne, il en est question, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement : de ses côtes, de ses terres, de son histoire, de ses habitants, de ses touristes. D’îles ? Il est question d’elles, bien sûr : celles de Bretagne, innombrables, celles de France ou d’autres continents, chères au cœur de l’auteur. Voici donc un livre multiple : autobiographie, monographie(s), récit, critique…telle la personnalité de son auteur : breton, écrivain de marine, philosophe… Le récit n’est pas linéaire, loin s’en faut ; le lecteur qui pense feuilleter ce livre comme on feuillette un album de photographies marines sera décontenancé, car il n’y a que des mots et quelques « signatures » : l’on est ainsi en pleine capacité à « voir » ce que Hervé Hamon (d)écrit. Persévérer en vaut la peine : on y apprend beaucoup sur l’homme qui écrit, on y apprend encore plus sur la mer, par une certaine façon de la sentir, de la vivre, qui peut surprendre, parfois, mais pour peu qu’on ait déjà approché la mer tous sens en éveil, on partagera plus d’une ligne, plus d’un mot avec cet « écrivain de marine ». Ouvrage d’un natif des Côtes du Nord, il est en fait celui d’un « finis-terrien », et c’est pour cela qu’on l’aime.
Sylvaine DEKESTER

mercredi 2 avril 2008

Chicken street de Amanda Sthers

Kaboul juste après la chute des talibans… Alfred l’écrivain public et Simon le cordonnier sont les deux seuls juifs de la ville. Ils se côtoient sans vraiment s’aimer. Un jour une jeune et jolie arabe de dix sept ans, Naema, bouleverse la vie d’Alfred… Parce qu’elle lui fait écrire une lettre à un américain Peter pour lui annoncer sa grossesse après leur nuit d’amour sous les bombardements… Parce qu’il s’éprend d’elle et qu’il voudrait bien l’aider… Alors chaque jour il lui parle, il l’aide à supporter l’attente de cette réponse qui n’arrive pas… Mais chacun sait qu’en Afghanistan, les femmes ne sont pas libres de parler, ni de faire ce qu’elles veulent, ce qui va avoir de terribles conséquences pour ces deux êtres…
Vu comme cela, ça a l’air drôlement bien et pourtant j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Le point de départ est original et intéressant mais j’ai trouvé la narration un peu confuse notamment au niveau chronologique. A force de se demander à quel moment du récit on se trouve, on finit par s’agacer… En plus comme on sait plus ou moins dès le début comment cela va se terminer, le plaisir de la lecture en est un peu altéré. Il faut pour ce genre de récit une écriture adaptée ce que je n’ai pas trouvé dans ce cas. A travers ce roman, nous suivons en parallèle plusieurs histoires : celle d’une jeune fille afghane, celle de Jenny, la femme de Peter à New York, ainsi que celle de nos deux juifs. Plusieurs thèmes sont abordés : les conditions de vie quasiment inhumaines des femmes voilées, qui ont eu l’espoir de voir leur sort évoluer après la chute des talibans mais qui se rendent compte que pas grand-chose n’a changé… la détresse des femmes qui apprennent la trahison de leur mari, la solitude, le judaïsme, la folie et l’intolérance des hommes, les conséquences des non-dits… Un programme bien lourd me direz vous… Et bien pas vraiment, parce que l’histoire ne m’a pas paru crédible sous certains aspects ce qui a enlevé au final le sentiment de tristesse que j’avais éprouvé lors de certains passage. J’ai eu l’impression de naviguer entre sérieux et dérision tout au long de l’histoire, ce qui est un peu déroutant. Peut-être était-ce le but recherché par l’auteur, après tout… Je dirais que ce roman est une jolie petite histoire, mais sans plus, je n’ai pas été vraiment emballée. En fait je crois que j’ai été déçue par rapport aux critiques élogieuses que j’avais entendues sur l’auteur. Je reconnais que son style est plutôt efficace avec ses mots simples, ses phrases courtes allant à l’essentiel, mais il manque ce petit quelque chose qui fait que l’on est impliqué dans l’histoire. Dommage !
Nicole VOUGNY

jeudi 20 mars 2008

La dormeuse de Naples d'Adrien Goetz

En 1814, Ingres, le peintre, est à Naples. Il tombe sous le charme d'une jeune femme croisée dans la rue, et lui propose de la peindre. Pendant des mois, la belle va poser pour lui. Naît alors entre eux une relation amoureuse, mais qui ne sera jamais consommée. Elle garde une position ambiguë, semblant s'offrir et se dérober tour à tour aux timides avances de l'artiste ; il n'ose pas la toucher et idéalise leur relation à travers son art, l'aimant en peignant son portait avec frénésie. Au fur et à mesure que le fantasme s'estompe, les liens se distendent, mais la jeune femme meurt subitement, laissant Ingres inconsolable. Le tableau ne sera jamais exposé : on perd sa trace, il disparaît.
Ce roman tourne donc autour de la toile éponyme, que l'on rapproche souvent de la célèbre "Odalisque", mais dont on ignore ce qu'elle est devenue. A-t-elle été perdue ? Détruite ? Recouverte par un autre tableau ? Le livre se compose de trois récits, rédigés respectivement par Ingres, qui raconte dans quelle circonstance il a peint le tableau et qui était son modèle, Corot qui tente de retrouver sa trace, et un rupin de Géricault, qui livre à son tour ce qu'il croit savoir du portrait. Les trois textes, bien qu'assez proches dans leur forme, diffèrent sensiblement par le style, le vocabulaire et la fluidité, Ingres s'exprimant par exemple plus laborieusement que le troisième narrateur, au ton plus libre et délié - tout cela étant révélateur de la personnalité des trois auteurs. Pour autant, les différentes parties du roman sont également intéressantes, en ce qu'elles ouvrent à chaque fois une autre perspective en offrant un regard différent autour de "La Dormeuse de Naples". J'ai beaucoup aimé ce livre, notamment pour son approche originale. Je n'ai pas été surprise de découvrir qu'Adrien Goetz était professeur d'histoire de l'art tant il maîtrise bien son sujet et en parle avec passion et érudition tout en restant accessible. Je garde cependant un sentiment de frustration : d'abord, ce roman pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses, et surtout le mélange entre la fiction et la réalité, revendiqué par l'auteur, entretient un trouble qui, s'il fait en partie le charme du texte, m'a néanmoins un peu gênée. Mais c'est un joli livre, qui m'aura incitée à m'intéresser aux peintres évoqués et à voir leurs oeuvres sous un autre angle, et m'aura ouvert une certaine réflexion sur l'art.
Fanny LOMBARD

mercredi 12 mars 2008

L'ultime sacrilège de Jérôme Bellay

Mathieu Corneille est Maître couvreur, Compagnon du Tour de France depuis 15 ans. Il est âgé de 33 ans. Depuis 5 ans il fait équipe avec Cotentin, originaire de Bricquebec dans la Manche, charpentier de métier. Leur architecte les dirige sur Reims pour réparer la cathédrale affectée par un orage. L'aile gauche est abîmée sur plusieurs mètres carrés et la saison touristique ne supporte pas une bâche. La cathédrale subjugue d'emblée Mathieu, fasciné par ce qui émane d'elle.
A la porte Nord il croise trois SDF qui font la quête au moment de l'arrivée d'un car de touristes japonais. C'est alors qu'il a des visions où il revit une scène du Moyen Age au même endroit:il découvre Rascard qui travaille sur le chantier de la cathédrale vers 1255. Il aperçoit même Jeanne d'Arc sur son destrier, au XVème siècle. Secoué par cette vision et après avoir failli tomber du toit le dernier jour de son ouvrage, il consulte. Un scanner ne révèle rien, un ORL non plus. Il rencontre Flora qui l'initie à l'histoire de l'art. Ses visions continuent et il aperçoit le Seigneur de Montchicourt qui force l'entrée de la cathédrale. Flora le dirige vers une médium:Véra qui lui révèle sa sensibilité médiumnique et l'invite à se mettre à l'écoute du passé qui veut communiquer avec lui. Des templiers félons voulaient dérober la fiole qui contenait l'huile dont on sacrait les Rois de France. Macias, compagnon d'alors communique du passé avec Mathieu pour qu'il retrouve la fiole et la restitue. Une intervention dans le passé répare le vol impie. On dirait du Crichton où l'on saute du passé au présent et en sens inverse. Un maçon opératif assisté par des maçons spéculatifs vole au secours de la monarchie: hum ! Un Templier commet le sacrilège et veut s'oindre d'huile à la place du roi: on dirait plutôt un officier putschiste qui s'estime trahi par le pouvoir ingrat du sang versé. A se demander si l'auteur n'est pas un vétéran de la guerre d'Algérie. L'on pense au Templier qui affronte Ivanhoé dans l'ouvrage éponyme de Walter Scott et à Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Le style pourrait être plus soutenu mais l'auteur a sans doute voulu éviter la pédanterie de l'Ecole du Louvre. Les amoureux des vieilles pierres apprécieront l'aspect documentaire. Gwenael CONAN

lundi 25 février 2008

Enfance de Françoise Dolto

Enfances : pourquoi « enfances » au pluriel ? C’est ce que vous découvrirez en lisant cet ouvrage autobiographique de Françoise DOLTO. Vous ne lirez pas un écrit sous forme de mémoires, longuement revues, rédigées, corrigées, mais des réponses aux questions de sa fille, Catherine DOLTO-TOLICH, psychanalyste des enfants, elle aussi. Ce dialogue (courtes questions/longues réponses) entre mère et fille, entre psychanalystes dévouées à la cause des enfants, peut être lu de différentes manières : Témoignage historique et sociologique de ce que pouvait être l’enfance et l’adolescence d’une petite fille née dans une famille bourgeoise, en 1908. Sur ce plan, l’on trouve des correspondances avec les « mémoires d’une jeune fille rangée », de Simone de Beauvoir, née, elle aussi, en 1908 dans une famille bourgeoise. Témoignage de l’émancipation d’un individu par rapport à ce qui le « formatait » (statut social, rôle, devoirs et charges incombant à une jeune fille de cette classe) : là encore, on trouve de nombreuses correspondances avec les « mémoires… » de S. de Beauvoir : comment se construit un individu -une femme en l’occurrence- en rupture avec son milieu, sa classe jusqu’à occuper un rôle unique et novateur dans son domaine (pour l’une, la psychanalyse, pour l’autre, la philosophie), à la première place. Témoignage et reconstitution de la naissance d’une vocation et de ses futurs concepts : pas à pas, Françoise DOLTO nous livre tout ce qui l’a portée de manière résolue et déterminée vers la cause des enfants. Un premier constat, souvent éprouvé depuis sa petite enfance : les adultes méconnaissaient de manière parfois sidérante les enfants ; c’est ce qui a forgé sa volonté de devenir « médecin d’éducation ». Autre constat : les enfants somatisaient par rapport à leur entourage (exemples de ses frères). Enfin, par les liens très forts qui l’ont unis à son plus jeune frère, l’importance de toujours répondre à un enfant, y compris que l’on ne sait pas ; l’importance de ces échanges avec un individu en construction (les enfants ont longtemps été considérés comme des « sous-adultes », et non des adultes en devenir, des individus à part entière. A partir de son enfance, vous comprendrez son intérêt jamais démenti, au point qu’elle a construit sa vie autour de cela : les « enfances ».
Sylvaine DEKESTER

lundi 21 janvier 2008

Une soirée d'Anny Duperey

Denis et Florence sont tous deux médecins. Lui est spécialisé dans la chirurgie et en passe de s’associer dans une clinique privée de chirurgie esthétique, elle est pédiatre. Ils ont une quarantaine d’années, sont mariés, sans enfants et vivent une vie sans histoires. Aussi quand ils sont invités à une soirée dans laquelle doit aussi se trouver Romain qu’ils n’ont pas revu depuis dix-huit ans, ils appréhendent cette rencontre. Il faut dire que lorsqu’ils étaient tous trois étudiants en médecine, Florence partageait sa vie amoureuse entre les deux garçons, jusqu’à ce que Romain parte en Asie se consacrer à la recherche. Ces retrouvailles risquent de ne pas être sans conséquences sur la vie de ces trois personnages…
La réapparition de Romain sert de prétexte pour amener ces trois personnages à une profonde réflexion sur leur personnalité réelle. C’est ainsi que Florence se rend compte qu’elle n’a jamais décidé de son existence, s’étant mariée avec Denis parce que le départ de Romain lui a évité d’avoir à choisir entre les deux. Bien des années plus tard, elle se ne sait toujours pas qui elle aurait choisi… Denis quant à lui se rend compte qu’il allait passer à coté des choses importantes de la vie… Et Romain de loin ressent une grande culpabilité d’avoir bouleversé cette tranquillité…
Ce sont en gros les pensées que l’auteur cherche à nous faire partager en nous faisant passer des réflexions de l’un des protagonistes à l’autre, comme si nous étions à tour de rôle, Florence, Denis ou Romain, procédé que j’ai trouvé intéressant. Finalement on se rend compte que le fait de se poser ces questions même si on ne trouve pas forcément la réponse, clarifie les choses et permet de vivre plus sereinement. J’avais un peu peur que le côté psychologique soit un peu pesant mais j’ai plutôt été séduite par ce roman que l’on peut considérer comme une nouvelle version de Jules et Jim. Entre les hésitations, les questions que se posent les personnages, c’est en fait une part de nous même que nous reconnaissons, que nous soyons homme ou femme d’ailleurs. En effet qui ne s’est jamais retrouvé confronté à ce genre de problème, savoir ce qui se serait passé si on avait fait un choix différent ? En tout cas, on se sent proches des personnages, ils nous touchent, tout cela grâce à l’écriture d’une grande sensibilité et simplicité d’Anny Duperey. Certes j’ai trouvé que parfois il y avait des redondances, que la fin était un peu rapide mais il n’empêche que ce livre charmant vaut la peine d’être lu, ne serait ce que pour les réflexions qu’il provoque en nous. Nicole VOUGNY

mercredi 28 novembre 2007

La femme en vert d'Arnaldur Indridason

Sur un chantier de construction à Reykjavík dans le quartier de Thushold des ossements sont mis au jour. Le squelette est selon les premières constatations vieux d’au moins une cinquantaine d’années. Et la question qui se pose évidemment est : de qui peut-il donc bien s’agir ? Serait-ce la fiancée d’un certain Benjamin, riche commerçant ? Tout le monde racontait à l’époque qu’elle s’était suicidée en se jetant dans la mer. Mais peut-être que finalement la vérité est toute autre. Ou bien serait-ce un de ces soldats américains vivant sur la base militaire pendant la seconde guerre mondiale ? Et qui donc est cette mystérieuse femme en vert qui vient se recueillir près des groseilliers. C’est ce que va tenter de découvrir l’inspecteur Erlendur et ses co-équipiers Elinborg et Sigurdur Oli. Cependant, en déterrant ce corps, il va également exhumer tout un passé, non seulement celui de cet endroit mais aussi malheureusement le sien.
Tout le talent d’Arnaldur Indridason réside justement dans cette manière de faire remonter doucement à la surface les souvenirs et les souffrances psychologiques des personnages au fur et à mesure que les archéologues enlèvent délicatement les couches de terre autour du cadavre. Ce qui est prodigieux aussi, c’est sa façon de jongler constamment avec le présent et le passé sans que ces allers retours ne gênent la compréhension de l’histoire. Et l’enquête actuellement menée va ainsi progressivement rejoindre le récit que fait en parallèle l’auteur sur cette famille qui a vécu là pendant la seconde guerre mondiale. Evidemment on se doute bien dès le départ que tout est étroitement lié et on se prend alors à spéculer sur le dénouement éventuel. L’écriture d’Indridason est parfois d’une dureté et d’une noirceur saisissante mais en même temps d’un incroyable réalisme. J’y ai été très sensible notamment lorsqu’il décrit le calvaire physique et surtout moral que subit cette femme à travers des actes de violence conjugale ou encore la descente aux enfers de la fille d’Erlendur et sa plongée dans le coma qui va raviver chez lui le souvenir de la mort accidentelle de son frère enfant. Au-delà de l’intrigue policière qui m’a beaucoup plu, j’ai trouvé que c’était un livre vraiment très poignant et qu’Arnaldur Indridason avait l’art de creuser l’âme humaine au plus profond. Marlène EVEN

mardi 27 novembre 2007

Le lendemain elle était souriante de Simone Signoret

De la loge de sa maquilleuse qui la suit depuis des années de tournages en chambres d’hôtel avec sa « cantine » magique qui peut transformer une femme de 1974 en rescapée des camps à la cour d’assises d’Amiens où elle assiste au deuxième procès de l’affaire Goldman, Simone Signoret nous prend par la main et nous entraîne avec simplicité dans son univers de pensées.
Mais le sujet de ce livre qui apparaît très vite au lecteur est plus important que ces quelques bribes de vie de cette grande actrice qui jalonnent au présent les marques plus profondes d’une première aventure d’écriture. Et de procès il est question d’un autre, celui qu’elle a intenté à des mécréants (dont un certain Jean-Edern Hallier) qui ont osé mettre en doute non pas son talent d’écrivain mais son véritable titre d’auteur d’autobiographie ! Et comment douter après ces pages qui nous entraînent sur le chemin de ce premier livre de plus de 600 pages (La nostalgie n’est plus ce qu’elle était) qu’elle a écrit de Saint-Paul-de-Vence à sa maison d’Auteuil pendant plus d’un an, connaissant le vide narguant de la page blanche posée sur cette machine à écrire qu’elle emmènera avec elle dans cette lourde malle noire, ce « gros chat » qui la suit même en avion et qui peut se faire oublier sous un piano pour laisser l’actrice vivre et tourner. Elle ira au bout de cette aventure qui était partie d’une anecdote racontée à des amis : « mais tu devrais le raconter dans un livre !! ». D’une première idée de collection du type Dialogues avec… de l’éditeur Le seuil, elle racontera ses souvenirs à Maurice Pons : une belle rencontre mais ces paroles retranscrites la déçoivent et, sans se douter de rien, elle commence à écrire ses souvenirs elle-même. Et nous le raconte.
J’ai choisi ce livre pour son auteur ne sachant pas du tout à quoi m’attendre : d’une écriture vivante, on retrouve (ou découvre) une femme franche et drôle, éprise de justice qui écrit on le sent avec bonheur même si ce livre témoignage fut entrepris suite à ces paroles médisantes entendues un matin de tournage à la radio. Elle donne beaucoup au lecteur sans souffrance : elle veut que les choses soient dites et c’est une tranche de vie insoupçonnable qu’elle nous livre dans ces pages…souriantes. Fanny JOLIVET

vendredi 16 novembre 2007

Un mariage poids moyen de John Irving

Deux couples d’amis dans les années 70 : d’un côté Séverin Winter,professeur d’allemand entraîneur de lutte d’origine viennoise et Edith,écrivain ; de l’autre, le narrateur, professeur d’histoire auteur de romans historiques et sa femme Utch qui a passé son enfance à Vienne…Un beau jour ils décident d’un échange de partenaire par consentement mutuel en fonction des affinités…Et nous voici spectateurs d’un ménage à quatre, avec ses querelles, ses jalousies naissantes et passées, sans pour autant que nous nous sentions comme des voyeurs. Cette situation que l’on perçoit comme un jeu au début du roman, mais avec quand même des règles très strictes (temps d’adultère équivalent, pas de nuit complète chez l’amant…), nous apparaît peu à peu plus complexe et somme toute pas si facile à vivre, les sentiments prenant le pas sur l’aspect purement sexuel du départ…
A première vue, cela peut paraître plutôt immoral mais on a plus un sentiment de cocasse que d’indécence. En fait, tout est dans la manière dont l’auteur traite de ce sujet un peu délicat. Grâce à une écriture très libre et très légère et surtout à un humour omniprésent on a une sensation d’irréel et de pas complètement crédible au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture, notamment parce qu’il y a trop de coïncidences entre les couples pour que cela fasse vrai. Autre originalité du roman :on retrouve souvent un parallèle entre la vie et les règles du sport de lutte, que ce soit dans les attitudes, les idées, les sentiments et même les descriptions des protagonistes classés dans des catégories de poids (moyen, léger, plume, lourd). Tout cela nous donne des personnages originaux, drôles mais aussi attachants parce que tellement humains… Par contre comme l’auteur s’amuse à faire sans arrêt des allers retours entre le passé et le présent, on a un peu de mal à « rentrer » dans le roman et ce n’est pas toujours facile à suivre. J’ai découvert John Irving avec « le monde selon Garp » et l’ai beaucoup apprécié dans « une veuve de papier » ou « un enfant de la balle »…J’ai moins adhéré à celui-ci, du moins au premier abord, certainement parce qu’il fait parti des premiers écrits de l’auteur et qu’il est moins abouti que les suivants. Mais à la réflexion on passe quand même un bon moment à sa lecture et sous un aspect un peu frivole, ce roman est plus profond qu’il ne semble. Nicole VOUGNY

mercredi 7 novembre 2007

La mort pour la mort d'Alexandra Marinina

Tout commence par le dépôt d’une plainte après qu’un garagiste peu scrupuleux ait tenté de faire chanter un modeste couple moscovite en révélant à leur fils qu’il est en fait un enfant adopté. Après l’arrestation du garagiste, le juge Olchanski, en charge du dossier, découvre que ce dernier doit ses informations à un certain Galaktionov, escroc notoire retrouvé récemment mort. Il décide alors de prendre contact avec la brigade criminelle du colonel Gordeïev afin de déterminer l’origine des fuites. Confiée à l’inspecteur Anastasia Kamenskaïa, l’enquête fait rapidement apparaître des connivences entre Galiaktionov, les milieux scientifiques russes et la hausse de la criminalité dans certains quartiers de Moscou…
Si comme moi, vous aimez les romans noirs, alors vous aimerez les livres d’Alexandra Marinina, ancien lieutenant-colonel de la police de Moscou devenue aujourd’hui une véritable îcone dans son pays grâce aux succès des aventures de l’enquêtrice Anastasia Kamenskaïa. Il est vrai que la personnalité de l’héroïne est attachante. Et pourtant, l’auteur n’a pas pris de pincette avec elle : physique quelconque, caractérielle, pleurnicharde ! Mais son intelligence et sa persévérance nous attirent irrémédiablement… comme la plupart des personnages masculins du livre, d’ailleurs. J’ai trouvé toutefois que la mise en place de l’intrigue était lente et complexe ; il est vrai que l’acclimatation aux noms russes des personnages et des lieux est difficile. Mais ensuite, l’histoire monte en puissance et c’est avec plaisir que l’on suit pas à pas l’inspecteur Kamenskaïa dans son combat face à l’institution scientifique russe ! Mais le véritable héros du roman de Marinina, c’est bien l’Etat russe en déliquescence ! Corruptions, traîtrises, chantages et règlements de compte se succèdent sous le regard bienveillant, voir complice, d’une administration russe gangrénée par la Mafia, les nostalgiques du passé communiste et les arrivistes de tout acabit. Dans de telles conditions, bien difficile de rester intègre ! Pierre LUCAS

mercredi 3 octobre 2007

La cinquième femme de Henning Mankell

Algérie, 1993. Des intégristes musulmans pénètrent en pleine nuit dans une maison occupée par des religieuses françaises, et les égorgent. Découvrant une cinquième femme, ils la tuent également. Quelques mois après, une Suédoise reçoit une lettre l'informant du sort de cette cinquième victime, sa mère... Un an plus tard, en Suède, un octogénaire, ornithologue et poète amateur, est retrouvé empalé dans un fossé sur des pieux acérés. Le commissaire Wallander est chargé de l'enquête. Mais il n'est pas au bout de ses peines : alors qu'il est déjà difficile de cerner la personnalité de la première victime, un homme est retrouvé étranglé, ligoté à un arbre après avoir été affamé... Pour le commissaire Wallander, aucun doute : la cruauté sadique et la perversité de ces deux meurtres indiquent qu'il s'agit d'un seul et même tueur. Mais pourquoi une telle violence ? Quel est le mobile ? Et surtout, comment l'arrêter ? Ce roman policier est remarquable, et il n'y a aucun temps mort au fil des 600 pages. Dans un style clair et direct, l'auteur nous conduit à travers l'enquête aux côtés du commissaire Wallander. Il y a peu de place pour la vie privée du héros, reléguée au second plan face à l'urgence de l'investigation. On est pris par le récit, et on ressent l'ambiance d'une enquête de police vue de l'intérieur. Le prologue du roman et quelques intermèdes nous donnent des indications sur la personnalité du meurtrier sans que tout ne soit révélé, et ce roman s'apparente un peu à un puzzle : Henning Mankell nous en livre petit à petit les pièces, mais jusqu'au dernier moment, il est difficile de les emboîter les unes dans les autres et d'avoir une vue d'ensemble. Pas une ligne de trop dans ce roman, le dernier chapitre levant le voile sur les motivations d'un assassin particulièrement cruel. En conclusion, j'ai beaucoup aimé ce livre pour la narration elle-même, mais surtout pour l'ambiance que l'auteur installe en ancrant son récit géographiquement, historiquement et socialement, sans pour autant accumuler les clichés. Les couleurs sont ternes, il fait froid, l'ambiance est plombée, et le cadre est d'autant plus déprimant que la société suédoise part à vau-l'eau, loin du fameux "modèle" cité en exemple... Si cette critique reflète le point de vue de l'auteur, elle m'a néanmoins permis d'entrevoir une réalité suédoise bien éloignée des stéréotypes. Tout cela fait d'un roman policier déjà excellent un récit aux accents inédits, intéressant à bien des niveaux.
Fanny LOMBARD

mercredi 11 juillet 2007

La France de 1939 à nos jours de David Claude

« Approfondissez l'Histoire de la France depuis 1939 » tel est le leitmotiv de ce livre. Vous n'êtes pas obligé de le lire dès la première page. En effet, si vous souhaitez des précisions sur des sujets qui vous intéressent plus particulièrement, pas de problèmes : consultez la table des matières ... C'est ainsi que vous redécouvrirez le drame de Mers El Kébir de façon très stricte, mais aussi les grandes questions de la Résistance. D'autres sujets sont abordés : Vichy, les nationalisations, la 4 CV, Mai 58, le départ du Général de Gaulle. Ce livre ne se contente pas d'énumérer les faits historiques. Au contraire, il pose les questions adéquates, apporte des renseignements complémentaires, des commentaires de spécialistes. Ainsi vous trouverez page 113 la phrase ambiguë mais réaliste "Après s'être crus tous des résistants, les Français redoutent de se découvrir tous des fascistes." N'est ce pas exactement ce qui se passe ???. Bref de quoi réjouir les historiens, les étudiants qui souhaitent revoir des points particuliers, mais aussi nous autres qui nous questionnons sur notre société. Ce livre n'est pas rédigé par un seul auteur, mais par plusieurs spécialistes. Certes la collection "Points" est réputée pour ne pas être un "livre de chevet". C'est plutôt un livre d'approfondissement à consulter régulièrement dans son bureau. Mais il s'agit d'un ouvrage à lire et à relire... Christine BELLOT

Publicité