mercredi 28 octobre 2009

Des chrétiens et des Maures de Daniel Pennac

Tout le monde se souvient de Benjamin Malaussène, frère de famille, responsable d’une tribu sans cesse grandissante. Ce personnage si attachant que l’on a découvert en bouc émissaire dans  le premier roman de la série Au Bonheur des Ogres est cette fois confronté à un problème autrement plus complexe que ceux qu’il a connus jusqu’alors.

En effet, le Petit, caché derrière ses lunettes roses (ou rouges) a soudain décidé, un beau matin, qu’il voulait « son papa » ! Mais que faire pour retrouver un homme dont on ne sait presque rien et qui est probablement mort ? Pourtant, impossible pour Benjamin de ne pas apporter une réponse à la requête du Petit. C’est donc  avec l’aide du reste de la tribu Malaussène et des amis de toujours que Benjamin va plonger dans ses souvenirs à la recherche du seul homme qui ait jamais séjourné à la quincaillerie.

Le lecteur va vivre ces aventures d’un point de vue interne puisque c’est par les yeux du narrateur (qui n’est autre que Benjamin)  que l’on assiste aux différents événements. Evénements ponctués par ce leitmotiv teinté d’humour d’un homme à l’agonie : « Cristianos y Moros ! ».

Dans ce roman, Pennac, fidèle à son style, nous livre un récit au rythme haletant, palpitant et construit à la manière d’un roman policier. Le lecteur, de péripéties en surprises, est tenu en haleine d’un bout à l’autre de ce roman. Dès lors que la question est posée (qui est le père du Petit ?) on n’a de cesse de connaître enfin la réponse.
C’est sans doute pour cette raison que ce roman de Daniel Pennac, je ne l’ai pas lu, je l’ai dévoré, trop pressée sans doute de connaître le dénouement de cette histoire captivante, de savoir qui est le papa du Petit. Des Chrétiens et des Maures  est tout aussi prenant que les autres romans retraçant les aventures de cette tribu pas tout à fait comme les autres.

Amandine PICART


mercredi 21 octobre 2009

Mortes-eaux de Donna Leon

Par un beau matin de printemps, les corps de deux pêcheurs de palourdes sont retrouvés dans leur bateau à Pellestrina, une petite île de la lagune de Venise. Les premières constatations montrent qu’il s’agit d’un double assassinat. Le commissaire Guido Brunetti de la questure de Venise est chargé de l’enquête. Ce qui se révèle très difficile étant donné que les habitants de l’île se ferment comme des huîtres à la moindre question posée par un policier. Comment va-t-il bien pouvoir s’y prendre pour trouver le coupable ? C’est bien là tout le nœud du problème…Faire parler les gens alors que l’omerta est de rigueur. On pourrait croire que cette loi du silence est surtout de mise dans le milieu de la mafia mais la méfiance à l’encontre des forces de l’ordre est inhérente à l’Italie et en particulier à certaines communautés qui vivent quelques peu repliées sur elles-mêmes, comme celle de ces pêcheurs de palourdes. Outre cette loyauté que l’on doit à sa famille, l’enquête est aussi compliquée par la méfiance des différentes forces chargées du maintien de l’ordre les unes envers les autres. Alors en désespoir de cause, le commissaire en est réduit à faire appel à des connaissances pas très vertueuses à qui lui ou sa femme ont rendu un grand service, tout en gardant à l’esprit qu’à son tour il leur sera redevable d’un service, ce qui peut se révéler à double tranchant…Sans oublier que la plupart du temps les policiers arrêtent les coupables mais ensuite des avocats habiles ou des juges incompétents les font sortir de prison. Voici en gros l’environnement dans lequel notre pauvre commissaire évolue dans ce roman. Autant dire qu’il risque bien de ne rien pouvoir prouver…Mais finalement découvrir le meurtrier paraît presque secondaire dans l’histoire telle qu’elle nous est racontée. Le plus important c’est la façon dont l’auteur arrive à nous immerger complètement dans l’atmosphère de cette petite île de Venise, juste avec son écriture fluide et terriblement efficace. On a vraiment l’impression d’être au cœur de l’action, de tout partager, que ce soit le temps, les repas, les pensés, les sentiments non seulement du commissaire, personnage attachant par sa vulnérabilité, sa simplicité, ses doutes, mais aussi des autres intervenants. J’ai vraiment été charmé par ce livre riche en images, en sentiments, en réflexions… De plus nous découvrons une toute autre Venise bien loin des clichés touristiques. Moi qui n’ai pas la chance de connaître, cela m’a fait bien envie...Les temps étant ce qu’ils sont, je me contenterai sans doute de lire avec grand plaisir une autre enquête du commissaire Brunetti. Nicole VOUGNY

vendredi 16 octobre 2009

Viou de Henri Troyat

La petite Sylvie, huit ans, vit avec ses grands-parents qui possèdent un commerce de matériaux de construction, charbons et cokes en gros, la Maison Lesoyeux. Sa mère, retenue à Paris par son travail de secrétaire médicale et ses études de perfectionnement, l'a confié à ses beaux-parents. Son père tué en 44 n'est plus pour elle qu'un vague souvenir que seule la photo de sa table de chevet rappelle. Le soir avant de s'endormir elle pense à sa maman, ses gestes d'affection et le surnom de "Viou" qu'elle lui avait donné. Viou est tiraillée entre son grand-père sensible et doux et sa grand-mère austère et pieuse qui la vouvoie. Ses résultats scolaires ne sont pas reluisants, ce qui fait le désespoir de sa grand-mère. La petite fille espiègle et vive cause la joie de son grand-père et le tourment de sa grand- mère. Elle adule et idolâtre sa maman et souffre d'en être séparée. L'attitude joueuse et désinvolte de la petite Viou, n'est pas sans nous rappeler des situations connues. La banalité de grands-parents élevant leurs petits enfants est grande et ne constitue pas une situation extraordinaire, mais plongée dans des rapports tendus de personnes liées par l'affectif, elle peut amener une dynamique intéressante à suivre. Dans un monde policé de vieilles personnes bien établies, une jeune enfant séparée par le sort de ses géniteurs peut apparaître comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. On ne peut qu'être attendri par cette enfant victime d'un enchevêtrement de circonstances néfastes. Une fois de plus Henri Troyat nous transporte dans un univers humain, balisé, accessible à nos sens. Pourtant située dans une époque de crise et de privation, c'est avec un rythme bon enfant que l'auteur nous fait vivre cette histoire qui sous des couverts d'instants de vie simples, cache un petit drame d'enfant. Une occurrence de destin comme beaucoup et finalement peu vivent, car chaque vie est unique et pourtant ressemble aux autres pour l'essentiel de son temps d'existence. C'est avant tout sous le regard innocent et crédule d'une enfant douce et aimante, mais aussi qui se débat contre un monde adulte dirigiste que les événements sont présentés, comme une caméra au ras du sol qui n'accède qu'à un horizon restreint. Regard un peu naïf et édulcoré d'une situation grave qui ballote un être en devenir. Riche d'enseignements, clair d'expression et de simplicité, ce roman peut-être mis entre toutes les mains.
Frédéric MOLLICA

jeudi 15 octobre 2009

Creezy de Félicien Marceau

Lors d’une sortie au théâtre avec sa femme Betty, Jacques ,un Député de la République Française, aperçoit pour la première fois Creezy. Cette dernière est l’égérie à la mode. Un an plus tard dans l’avion qui rentre de Rome, Creezy et Jacques se rencontrent de nouveau et alors va commencer une histoire d’amour. Jacques va devoir cacher sa liaison à sa femme et essayer de comprendre Creezy. Pourquoi pour elle ? il n’existe que le moment présent ? Pourquoi tant de médicaments pour dormir ? Creezy de son côté doit conjuguer vie professionnelle, vie amoureuse et accepter les absences de Jacques ainsi que les départs impromptus. La location d’une maison à la campagne est-ce la solution ? Cet amour simple et pur vivra t- il longtemps ? Jai apprécié ce livre et surtout la manière directe dont l’auteur mène une histoire sans fioriture mais avec un suspens intéressant. L’écriture est simple, composée de phrases courtes et de mots simples ce qui rend la lecture vraiment très agréable. Ce roman se lit paisiblement sans à coup comme l’histoire elle-même avec bien entendu, des moments de tension que la passion saura presque toujours éteindre. Les personnages en dehors de Jacques et Creezy sont un peu « faibles » de caractères pour certains totalement aseptisés mais cela rend justement l’histoire d’amour entre nos deux protagonistes plus forte et centralise l’attention du lecteur sur cette relation passionnelle . J’ai trouvé que cette histoire reflète bien son époque c'est-à-dire la fin des années 60 et son insouciance de la vie. Cette simplicité de vivre apparaît très bien dans les sorties nocturnes des uns et des autres.

Edouard RODRIGUEZ

mardi 13 octobre 2009

Jack Barron et l'éternité de Norman Spinrad

En cette fin de XXe siècle, Jack Barron a de quoi être plutôt satisfait de son sort. Ayant mis de coté les idéaux gauchistes et anti-racistes de sa jeunesse, il est devenu une célébrité de la télé : tous les mercredi soir, il joue au redresseur de torts devant cent millions d'Américains en mettant sur la sellette une personnalité qui a eu le malheur d'ennuyer un quelconque téléspectateur, mais sans jamais aller trop loin pour garder le soutien de ses producteurs... Mais voilà que le hasard le met en face de Benedict Howards, le richissime et tout-puissant dirigeant de la Fondation pour l'Immortalité Humaine, qui congèle les riches en attendant que la science permette de les ranimer et de leur donner l'immortalité. Aucun des deux n'est prêt à se laisser marcher sur les pieds. A l'écran et en coulisses, les deux hommes vont s'affronter sauvagement et impitoyablement... Bien que ce livre, écrit en 1969, ait quelques aspects un peu dépassés, le thème majeur reste d'actualité : le pouvoir de l'argent et de la politique contre le pouvoir de l'information... Il s'agit essentiellement d'un combat entre deux hommes, jour après jour. D'un côté, le "méchant" : Howards, mégalomane et déplaisant, qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, se débarrassant de ceux qui le gênent en les achetant ou en les faisant supprimer ; de l'autre, le "gentil" : Barron, partagé entre le pragmatisme, qui lui commande de se laisser acheter par Howards, et un reste de fierté et de loyauté envers ses anciens amis de la Coalition pour la Justice Sociale, qui le pousse à se battre... Malgré ses défauts, il est facile de s'identifier à lui, ce sont justement ses défauts qui le rendent sympathique. Facile aussi de prendre ses marques dans cette Amérique pas si improbable : politiciens et médias pourris par les calculs et la corruption ; pauvres vivant de l'aide sociale ; Noirs, hippies et drogués opprimés et concentrés dans des zones réservées... Une Amérique crue et violente. Comme le style employé par l'auteur, direct et piquant. Il y a peu d'action dans ce livre, mais tout se joue dans les joutes oratoires entre les personnages et le suspense de savoir qui finalement l'emportera... Un roman intelligent et percutant. Marie-Soleil WIENIN

jeudi 8 octobre 2009

Les miracles de votre esprit de Joseph Murphy

Il s'agit d'un court ouvrage de parapsychologie de 90 pages, publié pour la première fois en 1953. Six chapitres le constituent:1.Comment fonctionne votre esprit.2.Le subconscient et la santé.3.Le subconscient et l'alcoolisme.4.Le subconscient et la richesse.5.Le subconscient et les problèmes conjugaux.6.Le subconscient et la direction intérieure. Votre subconscient a le pouvoir de créer. Il obéit aux suggestions du conscient et rend le bien ou le mal avec intérêts composés. Il faut savoir comment l'ensemencer à son propre avantage. Utilisé avec doigté, c'est la pierre philosophale qui transforme le plomb en or. C'est un ouvrage pratico-pratique qui ne fera pas peur à ceux qui ont pratiqué le yoga, les différentes techniques de relaxation, de prières ou autres méditations. Les rationalistes purs et durs n'y trouveront pas leur tasse de thé. Pour établir une comparaison avec une fameuse série TV, « X files », Mulder s'y passionnera: »I want to believe » Scully, elle, poussera des cris d'orfraie. Personnellement, j'adore ce genre de bouquin très américain, très pensée positive, très tourné vers l'action. Tous les pans d'une personnalité sont utilisés pour résoudre un problème et atteindre un objectif. Le yoga, le yoga nidra spécialement, connaît ces techniques depuis au moins 4000 ans, les soufis musulmans depuis au moins mille ans, et les habitants trépassés des cavernes préhistoriques depuis 40 000 ans mais ça fait du bien de se rafraîchir la mémoire à l'aide d'un logiciel contemporain. Gwenael CONAN

vendredi 2 octobre 2009

Le rêve de Saxe de Michel Chaillou

Le rêve de Saxe n’est pas un roman comme les autres. Peut être est-ce une rêverie, un bavardage… Un homme parle. Est-ce Michel Chaillou ou un autre, un double ou bien un personnage imaginaire, professeur comme lui et amateur du XVIIIème siècle. Qu’importe ! Il nous entraîne à sa suite dans les méandres érudits de sa glose. L’homme essaie d’écrire sur l’amour, il mène l’enquête sur l’art d’aimer, les mots d’amour et les tendres aveux. A la vieille Bibliothèque Nationale ou sur les quais, il interroge les livres. Le XVIIIème siècle est son plaisir. Le roman est une belle et longue méditation, entrecoupée des interventions de son épouse, d’un conservateur ou d’un guide, parfois d’une passante ou d’une courtisane de la Cour de Louis XV. Les époques se mêlent, le narrateur s’embrouille. Le passé se raconte au présent et le quotidien s’illumine d’insolite. A-t-on à faire à un vieux fou ou à un merveilleux personnage habité de sa passion. Le savant bavardage est vagabond, volubile. L’homme soliloque, il s’emmêle et se retrouve, il déraille parfois. Il baptise sa femme du nom d’une actrice de l’époque, la Gaussin ; elle entre dans son jeu pour son plus grand plaisir, elle le laisse faire et les voilà transportés tous les deux en d’autres temps. Les épisodes où le passé habite le présent se succèdent. Le maître nageur de son fils, danseur à ses heures, se confond d’ignorance quand le narrateur énumère d’illustres chorégraphes contemporains … de Louis XIV. On sourit avec lui, on n’est pas tous contemporains de la même époque. Michel Chaillou est un maître du maniement de la langue. Son style, son phrasé comme on dit en musique, est unique et enchanteur. Il y a là de fulgurantes beautés. Les idées vagabondent, de nulle part elles arrivent n’importe où. Le rêve de Saxe se lit à haute voix. Il est vivant. Parfois espiègle pour un lecteur attentif. Jacky GLOAGUEN

jeudi 1 octobre 2009

La résurrection de Fu Manchu de Sax Rohmer

Il s’agit du 2ème roman de la saga du Dr Fu Manchu. On l’avait laissé pour mort dans l’incendie de son repaire à la fin du tome précédent (le mystérieux Dr Fu Manchu). L’histoire se déroule donc 3 ans après cet événement. Le Dr Petrie exerce toujours à Londres et Nayland Smith lui est retourné en Birmanie. Pourtant la menace Fu Manchu est de retour sur Londres et les 2 amis vont devoir mener une nouvelle bataille face au démon chinois. Ce roman est un parfait exemple de roman feuilleton : l’intrigue y est menée tambours battants et l’on retrouve le charme des rebondissements et des machinations perverses du Dr chinois, comme dans le roman précédent. Ici, pas de grande phrase poétique, pas de longue description : le style est concis, efficace. Ce roman se dévore et on retrouve le Dr Fu Manchu plus vicieux et déterminé que jamais, accompagné d’une ménagerie et de potions variées, qui mettent à mal la société anglaise et l’ordre du monde. On retrouve également la troublante Karamaneh et son frère, qui avaient été tirés des griffes du chinois lors du tome précédent. Mais que se passe-t'il ? Karamaneh est retombée sous l’emprise de son bourreau ? Pourquoi ? Comment ? Tout cela est à découvrir dans ce roman. Certes, le style est simple, l’histoire suit un cheminement devenu classique depuis, mais quel bonheur de lire ce type de roman, qui se rapproche des Sherlock Holmes et des séries télé que l’on suivait avec assiduité chaque semaine, pour connaître le dénouement. On ne pourra que regretter le côté partial et quelque peu raciste de Rohmer face au « péril jaune » comme il le nomme. Mais cela nous renvoie à la période actuelle où les Chinois sont montrés du doigt comme étant notre ennemi économique, et c’est assez drôle, surtout que ce roman a été écrit il y a quasiment un siècle. Et puis, ça montre la mentalité des personnes de cette époque : effrayés par les peuples qu’ils ne connaissent pas. Bref, j’ai adoré ce roman qui donne une bonne alternative aux romans de Conan Doyle. Heureusement, les styles, les héros et les méchants sont suffisamment différents. Ce n’est Sherlock Holmes, non, c’est bien Nayland Smith et Dr Pétrie, face au terrifiant et énigmatique (et un peu caricatural tout de même) Dr Fu Manchu. Un livre qui se dévore et qui vous procure un agréable moment de lecture. Florent OLLIVIER

mercredi 30 septembre 2009

Les cerfs volants de Romain Gary

Depuis la mort de ses parents, Ludo, 10 ans vit en Normandie chez son oncle Ambroise Fleury. Ce dernier est un rescapé de la Grande Guerre et passe désormais son temps à construire des cerfs-volants ce qui lui vaut d’être surnommé « le facteur timbré ». Par un bel après-midi Ludo rencontre Lila Bronicki, jolie aristocrate polonaise qui habite un château voisin. Malgré la différence sociale qui les sépare Ludo va faire le maximum pour être digne d’elle. Pour cela il devra rivaliser avec « Hans » le cousin allemand et avec Bruno le pianiste. Mais grâce à sa fabuleuse mémoire et à son incroyable capacité de calcul Ludo devient le secrétaire du comte Bronicki. Et voilà la seconde guerre mondiale qui sépare Ludo de ses amis, Lila, Bruno, Hans, Tad le frère de Lila et plus tard de son oncle. Ludo lui va s’engager dans la résistance, assister au débarquement et retrouver Lila. Mais Amboise Fleury reviendra- t-il d’Auschwitz ? Quelles répercussions cette guerre a-t-elle eu sur Lila ? Les cerfs-volants revoleront-ils dans le ciel de Normandie à la poursuite du bleu ? J’ai beaucoup aimé ce roman qui nous raconte une histoire d’enfants devenus adulte sous la guerre. Le style de romain Gary est comme souvent direct, clair et facile à lire. J’en ai apprécié les nombreux personnages. Mme Estherazy, de religion juive, maquerelle et donneuse de renseignements à la Résistance. Mr Marcellin Duprat, cuisinier d’exception du Clos Joli, qui résiste à sa manière en continuant son métier même si l’ennemi est son client essentiel pendant la guerre. Mr Ambroise Fleury, ses cerfs-volants et sa manière de voir la vie pour ce rescapé de la 1ère guerre et Résistant durant la seconde. L’ensemble de la famille Bronicki complètement anachronique et qui représente une certaine idée de la noblesse polonaise de l’époque. De plus ce roman est foisonnant de personnages secondaires avec des destins dramatiques tels que von Tiele, Francis… Une partie de ce roman que j’ai trouvée également intéressante concerne l’explication de la mise en place et de l’organisation des réseaux de Résistance à Paris comme en Normandie. Par ailleurs, l’auteur ne cache pas le destin mortuaire des hommes de l’ombre qui ont résisté et de ceux qui ont collaboré. Ce livre qui nous mène du Front Populaire à l’après-guerre suit en fil conducteur l’histoire d’amour entre Lila et Ludo. Histoire faite de patience, de tendresse, de tolérance, et surtout de pardon. Edouard RODRIGUEZ

mardi 29 septembre 2009

Venise en hiver de Emmanuel Roblès

Vers la fin des années soixante-dix, l’Italie paraît en pleine déliquescence. Secouée par les scandales plus ou moins étouffés, saignée par la fuite des capitaux et gangrenée par la corruption jusqu’au sommet de l’État, elle subit la violence quotidienne des attentats terroristes d’Ordre noir et des Brigades rouges. Hélène, une jeune Française de vingt-huit ans, arrive à Venise au début de l’hiver. Ce voyage n’a rien d’un séjour d’agrément. Hélène fuit. Elle fuit Paris, elle fuit un passé que le narrateur nous dévoile peu à peu et dont je ne dirai rien pour ne pas émousser le plaisir du lecteur. Elle a tout abandonné et s’installe chez sa tante mariée à un Vénitien. Au cœur de cette ville singulière, ultime refuge encore à l’écart d’une certaine modernité, elle cherche à renaître, à naître véritablement et à vivre enfin: « Ici, à Venise, je suis arrivée. De tout temps Venise était ma destination. Tout ce qui a précédé ne compte pas. Ne compte plus. N’a jamais compté. » Mais cela ne va pas sans difficultés, ni sans douleurs. Il lui faut échapper à ses déprimants souvenirs, à cette prison où parfois son esprit s’épuisait à tourner. Emmanuel Roblès, ami proche d’Albert Camus, a plus de soixante-cinq ans lorsqu’il écrit ce roman. Dans un style sobre et efficace, il nous dépeint par petites touches la vie quotidienne des Vénitiens. Ceux du peuple qui travaillent dur et brûlent parfois leurs poumons dans les usines de Marghera, la cité industrielle dont les torchères fument en arrière-plan de la lagune comme pour nous rappeler que même la Sérénissime ne peut se soustraire à l’emprise de notre époque ; ceux aussi des milieux aisés, Vénitiens de souche ou d’adoption, aux destins divers et qui vivent cloîtrés dans leurs riches demeures ; et Venise bien sûr, vidée de ses touristes et presque fantomatique dans la brume ou sous la neige, avec une profusion d’instantanés drôles ou pittoresques saisis au vol. Au fil des pages, un suspense savamment entretenu – presque trop pourrait-on dire – maintient l’attention en éveil. L’atmosphère n’est jamais pesante et pourtant on est tenu en haleine. Et le lecteur de s’interroger : est-ce seulement pour Hélène que mon cœur bat si fort ? Sans doute pas, car des craintes bien plus universelles sont clairement mises à nu : la fragilité du bonheur et la versatilité du destin. La vie peut basculer à tout instant et cela n’est pas vrai que pour Hélène. La violence des hommes reste une menace permanente, celle des terroristes bien sûr, mais aussi celle, plus banale, plus insidieuse, des individus prêts à écraser les autres pour assouvir leur égoïsme. Tout au long de l’interminable lacis des calli qu’elle parcourt presque sans relâche, la fragile Hélène, dressée à attendre depuis l’enfance, tente de s’étourdir, de se perdre pour mieux se trouver. Parviendra-t-elle au terme de sa douloureuse métamorphose ? Sortira-t-elle indemne de sa pesante chrysalide et sera-t-elle enfin elle-même, libre et heureuse ? Daniel REYNAUD

mercredi 23 septembre 2009

Le Jeu du Monde de Michel Jeury

En ce XXe siècle, la société terrienne est dominée par les diverses formes de jeu, et repose sur un jeu de hasard central : le Jeu du Monde, qui conditionne la fortune et la situation sociale. Bruno Mansa, excellent entraîneur de Jeu Troyen, est très convoité : d'abord par Fêtes & Territoires, société leader des jeux de rôle qui tente désormais de s'imposer sur le marché des jeux d'action, mais aussi par les Iles de l'Espace, qui développent eux aussi cette forme de jeux. Mais voilà que Mansa obtient un score médiocre au Jeu du Monde : Il a tout perdu, il n'a même plus assez de points pour jouer. Le hasard serait-il truqué ? En tout cas, Mansa doit remonter la pente très vite. Quitte à rejoindre l'un de ces groupes, que ses membres appellent association d'entraide, et les autorités des tricheurs... Le roman est raconté à la première personne par Mansa. Mais si le héros est plutôt sympathique et si on suit avec intérêt son parcours du combattant, ses multiples expériences constituent surtout un fil directeur pour découvrir les différentes facettes de cette société future entièrement organisée autour du jeu : la lutte de pouvoir entre les deux principales sociétés de jeux, qui ne reculent devant aucun coup bas ; la manière dont certains manipulent le système pour augmenter leurs chances ; la fièvre du jeu qui s'empare de certaines personnes, les poussant à jouer maladivement quel que soit leur score ; le dédain que les habitants de l'Espace portent à la société terrienne obnubilée par les jeux, sans se rendre compte qu'eux-mêmes sont en passe de suivre cette même voie... C'est vraiment un monde très riche que nous offre ici l'auteur, plus subtil qu'il n'y paraît de prime abord. D'ailleurs, seules certaines formes de jeux nous sont présentées, d'autres étant juste évoquées, laissant travailler l'imagination du lecteur. Le personnage principal passe par des hauts et des bas sans temps morts, enchaînant les péripéties et entraînant le lecteur à sa suite : S'en sortira t'il ou pas... ? Les phrases sont simples et directes, percutantes. Intéressant et distrayant, voilà un agréable roman de science-fiction qui n'a pas pris une ride. Marie-Soleil WIENIN

vendredi 18 septembre 2009

L'âme de Hegel et les vaches du Wisconsin de Alessandro Baricco

Pour Hegel, "La musique doit soulever l'âme au-dessus du sentiment dans lequel elle est plongée". A l'inverse, selon une étude, la musique symphonique stimulerait la lactation des vaches... De la confrontation de ces deux éléments, Alessandro Baricco tire un essai où il tente de déterminer la place de la musique classique dans la société contemporaine. S'interrogeant d'abord sur la musique classique souvent considérée comme "musique cultivée", il essaie de comprendre l'origine de cette idée de suprématie, et enchaîne sur le thème de l'interprétation, par laquelle selon lui la musique doit être réinventée pour s'inscrire dans l'époque contemporaine. S'ensuit un réquisitoire contre la Nouvelle musique, dite d'avant-garde, qui serait déconnectée du public et de la société, et Baricco en explique les raisons. Enfin, si la Nouvelle Musique s'est fourfoyée, il tente, à travers les oeuvres de Puccini et Mahler, d'analyser les autres voies possibles pour que la musique retrouve tout son sens, en s'ancrant dans la modernité. Il s'agit d'un court essai, rapide à lire, rempli de formules chocs qui tiennent parfois de l'aphorisme. C'est très bien écrit, et la construction est claire : une introduction définissant les termes utilisés, et quatre chapitres abordant chacun une thématique précise. La forme est un peu scolaire, mais le fond est iconoclaste, volontiers provocateur et très affirmatif. Selon qu'on adhère ou pas aux thèses de l'auteur, on passera au fil des pages de la surprise à l'irritation, de l'indignation au scepticisme, du saisissement à l'approbation. Très érudit, ce texte est pourtant fluide, facile à comprendre, et bien que catégorique dans ses conclusions, il est facile de le mettre à distance pour y confronter ou y adjoindre sa propre réflexion. J'ai beaucoup apprécié ce livre, et en particulier l'analyse de l'oeuvre de Mahler, déconcertante car osée, mais qui fait sens au regard de ma perception personnelle. Par contre, j'ai été moins convaincue par certaines idées de l'auteur. Mais il dit lui-même qu'il vise davantage à formuler les questions qu'à apporter les réponses. En ce sens, c'est une réussite. Mes idées, mes certitudes ont été bousculées par cet essai brillant et provocateur, qui suscite la réflexion, tant sur les thèmes abordés que sur d'autres questions - comme la musique populaire (pop, rock, etc.), délaissée par l'auteur, contrairement à ce que laisse entendre la quatrième de couverture. Je le regrette un peu, mais cet ouvrage reste un vrai plaisir de lecture, très stimulant. Fanny LOMBARD

jeudi 17 septembre 2009

L'île du crâne de Anthony Horowitz

David Eliot, un jeune garçon de bientôt treize ans se fait renvoyer de son école... Son père est furieux, si il ne fait pas d'éfforts jamais il ne reprendra sa suite dans sa banque. Et pourtant, après avoir eu six filles, il était heureux d'avoir enfin trouvé un héritier! Quelle déception ! C'est pour cette raison qu'il décide d'envoyer David à Groosham Grange une école de redressement, croit-il ; mais qui abrite en réalité : vampires, sorcières, fantômes, loups-garous...et toute autre sorte de créatures maléfiques. Là-bas, tous les élèves, hormis David et ses deux amis Jill et Jeffrey, sont étranges... Ils utilisent un faux nom, sont toujours sages, portent tous la même bague, mais plus curieux encore, tous les adolescents se lèvent à minuit pour entrer dans la bibliothèque, et y disparaître! Les trois amis, effrayés, se font la promesse d'étre toujours alliées. Mais quand après une dispute, Jeffrey passe brutalement dans le camps des sorciers, Jill et David, apeurés, essayent de s'enfuir ... Tâche pour le moins ardue! Ce roman de littérature jeunesse est très facile de lecture et accessible aux plus jeunesadeptes de romans fantastiques... Il est surprenant et vraiment agréable à lire! Le début est un peu monotone, ennuyeux. Cependant assez rapidement l'action arrive, et va en s'amplifiant au fil de l'histoire... La fin est inattendue et elle m'a beaucoup plu ! En résumé ce livre est plaisant et nous promet de passer de bons moments...
Nolwenn RAULET

mercredi 16 septembre 2009

Les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol

Joséphine est la très attendrissante héroïne de ce roman de Katherine Pancol. Elle va découvrir les réelles difficultés de la vie suite à sa rupture avec son mari Antoine qui s’est sauvé avec sa maîtresse pour une nouvelle existence au Kenya. Joséphine se retrouve alors seule face à des factures à régler, des crédits à rembourser, l’éducation de ses filles à faire... Son maigre salaire ne suffit malheureusement pas à subvenir aux besoins de sa famille. En outre, elle endure la présence d’une mère méprisante, d’une sœur égoïste, d’une voisine envahissante... L’idée de surmonter seule ce quotidien la terrifie, elle est complètement dépassée par les événements, et puis Antoine lui manque terriblement. J'ai eu un vrai coup de cœur pour ce roman à la fois moderne et très réaliste, qui aborde de nombreux sujets de société et de moeurs, notamment sur les différentes classes sociales, les mères célibataires, l'éducation des enfants, les problèmes financiers, l’expultion pour cause de loyers impayés, les rencontres sur internet, l'envie de devenir parents, ou encore les problèmes d’incompréhension, de lassitude, d’infidélité, voire de mépris au sein du couple. J'ai bien apprécié l'évolution psychologique du personnage Joséphine qui, au début du roman, s'avérait être une personne fragile, naïve et complexée. Elle se dévalorisait constamment et se laissait maltraiter par ses proches. Par la suite, elle va se métamorphoser en une femme plus affirmée et volontaire, ayant davantage confiance en elle. Elle va puiser dans ses tripes cette énergie et volonté nécessaires pour se battre grâce à l'amour qu’elle porte à ses enfants. Kathrine Pancol nous peint un tableau fascinant des personnages, ils proviennent des milieux sociaux très divers, ce qui rend la lecture vraiment captivante. J'ai trouvé Mylène et Josiane très attachantes, ces maîtresses dans « Les yeux jaunes des crocodiles » se révèlent être des femmes de cœur et de courage. Et puis, il y a Shirley, l’amie de Joséphine, cette adorable mère célibataire qui dissimule bien des mystères. En revanche, vous découvrirez un personnage détestable et insupportable en la petite Hortense. J'ai pris énormément de plaisir à lire cette saga familiale vraiment sensationnelle, c’est un récit contemporain très facile à lire, le roman jouit d'un style agréable et d'une écriture fluide. On se plonge sans conteste avec délectation dans l'œuvre. Ngan Dai BUI

mardi 15 septembre 2009

Piège à fillesde Dashiel Hammett

L'ouvrage comprend deux nouvelles: « Piège à filles » 84 pages et « Un petit coin tranquille » 101 pages. Pour être bref, il est question dans la première nouvelle de secte et de chantage, et dans la deuxième d'un nouveau shériff qui arrive dans un trou perdu et doit s'imposer.Ca canarde et cogne dans tous les coins. Mais les histoires ne sont pas ce qu'il y a de plus intéressant. Ce qui rend Dashiell HAMMET si captivant c'est son style, sa manière de dresser les portraits des personnages et de décrire les lieux et les ambiances. C'est l' Amérique des années trente , les hommes prennent des coups et savent les rendrent, ils ont un gros colt à la ceinture et deux petits calibres dans les poches au cas où. Les femmes sont victimes ou putains, mégères ou manipulatrices. Les personnages sont extrêmement stéréotypés et le style vraiment unique, très accrocheur et évocateur, les images sont originales et varient vraiment du roman classique. Pas étonnant que Dashiell HAMMET ait inspiré le cinéma de genre américain. C'est très dépaysant et original, je ne suis pas persuadé que ce soit de la littérature mais en tous les cas , c'est un monument de style qui est paraît-il, un monument de la littérature américaine. Ca devrait plaire aux mâles.
Gwenaël CONAN

Publicité