mercredi 14 mai 2008

Demande à la poussière de John Fante

Nous sommes à la fin des années 30. Arturo Bandini, 20 ans, est venu s'installer à Los Angeles. Il rêve de devenir écrivain. Il a publié une nouvelle dans une modeste revue, mais depuis, incapable d'écrire la moindre ligne, il vit misérablement, dans un hôtel miteux, sans un sou en poche. Il passe son temps à traîner dans les rues, oscillant entre une confiance absolue en son talent d'écrivain et la plus noire auto-dépréciation, entre les rêves d'un futur radieux et une sombre angoisse quant à son avenir... Il rencontre Camilla, une serveuse mexicaine dont il tombe immédiatement amoureux. Mais ces exclus du rêve américain, blessés par la vie, enfermés dans leur orgueil et leurs préjugés, n'ont de cesse de s'affronter, gâchant ce qui pourrait être une belle histoire d'amour...
Au fond, l'histoire en elle-même importe peu car ce roman marque véritablement par son style direct, voire brutal, sans fioriture. C'est ce qui fait la force du livre car on entre en totale empathie avec Bandini, alors qu'il pourrait être détestable. Mais c'est un homme complexe, un paumé magnifique, plein de contradictions, à qui l'on s'attache malgré soi. Et tous les personnages sont à l'avenant, tous minables, mais humains dans cette déchéance si bien décrite par Fante. L'atmosphère glauque des bas-fonds de Los Angeles est magnifiquement bien rendue, et j'ai rarement lu un livre aussi fort, aussi puissant. Je comprends qu'il soit considéré comme un chef d'oeuvre de la littérature américaine. Voilà un roman qui ne correspond pas au style de lecture que j'affectionne habituellement, mais dès les premières lignes, j'ai été happée par le livre, et impossible de m'en détacher ! Arturo Bandini, ce paumé vulgaire et pathétique, que j'aurais pu détester, m'a immédiatement touchée par sa complexité, ses blessures, son caractère à fleur de peau qui perce derrière le masque qu'il affecte, comme pour se protéger de sentiments qu'il a d'ailleurs parfois du mal à exprimer. C'est un roman sombre, étouffant parfois, mais illuminé par un fin sublime. Ce livre, c'est un coup de poing dans le ventre. Je ne peux que vous encourager à le lire : c'est un roman trop beau et trop fort pour que vous risquiez de passer à côté !
Fanny LOMBARD

1 commentaire:

Georges F. a dit…

Excellent commentaire, qui ne perd pas de temps à dérouler le récit, mais s'exprime en termes d'impressions, de climat. C'est ce qui donne envie de le lire. Merci.

Publicité