vendredi 9 novembre 2007

Les racines du mal de Maurice Dantec

Si l’on se fie à la quatrième de couverture, on s’attend à une énième histoire de tueur en série. Or il s’agit là d’une histoire à la frontière entre le roman noir, l’anticipation et le fantastique, dans une ambiance satanico-millénariste de fin de XXe siècle. L’auteur, dans ses remerciements, évoque ses « délires ». On n’en est pas loin, au sens médical du terme.
Le résumé est simple pour un livre qui n’en finit pas. Il débute par la course folle et meurtrière d’un tueur en série qui rate son suicide et se fait mettre sur le dos des crimes supplémentaires atroces qu’il ne peut pas avoir commis. Un groupe de trois chercheurs, spécialistes en psychologie, neurosciences, informatique et autres, dont le narrateur Arthur Darquandier, va essayer de comprendre ses mobiles. Ils sont rapidement convaincus qu’il y a au moins un autre tueur, à l’encontre de la thèse officielle qui arrange la hiérarchie policière, ce qui leur vaut d’être écartés de l’affaire. C’est là que l’on rentre dans le fumeux, il ne faut pas hésiter à le dire. Darquandier, sur une période de plusieurs années, va traquer les autres tueurs par internet grâce à un ordinateur intelligent, une « neuromatrice » qui rappelle Carl dans « 2001 Odyssée de l’espace », en beaucoup plus performant, mais cette fois au service du bien, ou presque…. Jusqu’à un dénouement surprenant, à l’aube de l’an 2000. Voilà l’histoire. Dans ce pavé de plus de six cents pages serrées, on est frappé par une diarrhée verbale truffée de références éclectiques. Les incessantes réflexions du narrateur mêlent en vrac des notions philosophiques mal assimilées, des pseudo-notions de psychiatrie, de neurobiologie, de criminologie, de religion. On a du mal à y trouver une cohérence. Mais le pire est que l’auteur semble fasciné par l’atroce. Il s’ingénie à décrire de multiples mises à mort plus horribles les unes que les autres. C’est morbide, dérangeant, inutile. On espère alors un peu de douceur dans une relation qui se noue avec Svetlana, la collaboratrice de Darquandiier. Mais rien, pas un seul sentiment. Ce livre est d’ailleurs dépourvu de toute expression crédible de sentiment. Le mot qui revient le plus souvent est « chaos ». Faut-il y voir ce qui se passe dans la tête de Maurice G. Dantec, que la photo montre caché derrière des lunettes de soleil ? Chaos et délire sont des mots qui vont bien ensemble, après tout…
Philippe Duchesne

1 commentaire:

sylvie a dit…

C'est le meilleur Dantec d'après la critique. Je n'ai jamais lu cet auteur. Peut-être un jour....

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