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vendredi 2 mai 2008

Le secret des enfants rouges de Claude Izner

27 Mars 1892. Une explosion secoue le quartier de la rue de Clichy. A sa table de travail, un homme couche sur le papier la mission divine qu'il se doit d'accomplir. Quelques temps plus tard, un assassinat en Ecosse et le cambriolage de l'appartement de Kenji Mori à Paris sont perpétrés. Lors de ce cambriolage, les voleurs n'ont emporté qu'une coupe exotique sans grande valeur. Les rapports entre ces trois évènements nous sont dévoilés au cours de ce roman. Le personnage central de ce livre est Victor Legris. Aidé de son père adoptif, Kenji Mori, de Joseph Pignot son commis à la librairie Elzevir sise rue des Saints Pères, il nous entraîne dans le Paris de la fin du XIX siècle. Sur fonds d'attentats terroristes dus aux groupuscules anarchistes de l'époque, Victor Legris se lance dans une enquête où tous les faits s'imbriquent les uns dans les autres. A travers les quartiers et les rues de Paris décrits dans ce roman, nous suivons une certaine évolution de la société parisienne de cette période avec ses quartiers bourgeois et populaires, ses fiacres et ses premières automobiles, son opulence et sa misère. Ce livre s'attache plus particulièrement au milieu des chiffonniers parisiens et au quartier des Enfants-Rouges. Nous y faisons la connaissance de personnages typiques et haut en couleur avec leurs expressions argotiques du Paris miséreux de l'époque. Nous jouons au jeu des "Maléfices" (jeu de rôle de cette période), nous découvrons les théories du chaînon manquant prôné par Ernst Haeckel et Eugène Dubois. Nous croisons la route de Toulouse-Lautrec, Paul Verlaine, Paul Fort et bien d'autres. Je n'avais jamais lu d'ouvrages de Claude Izner (écrivain à quatre mains), mais j'ai été enchantée par cette lecture. L'intrigue policière permet de découvrir une période de l'histoire de Paris que je ne connaissais pas et cela m'a beaucoup plu.
Dominique BLANCHO

mardi 29 avril 2008

Maigret à l'école de Georges Simenon

Joseph Gastin, instituteur muté à St André-sur-Mer dans les Charentes, vient trouver le commissaire Maigret à Paris et lui demande de l’aider. Tout le monde l’accuse du meurtre de Léonie Birard, la « bête noire » de ce village car elle injuriait tout le monde. Attiré par des souvenirs de jeunesse, plus que par le crime, Maigret décide de s’y rendre. Dans ce petit bourg, on n’aime pas les étrangers et tout se sait, le vrai comme le faux. Maigret y mène son enquête, tranquillement, en interrogeant les adultes et même les enfants de l’école qui s’amusent souvent avec des carabines. Par peur ou par méchanceté des mensonges fusent, des non-dits s’installent, semant le trouble chez les habitants. Mais peu à peu, le commissaire arrivera à démêler tous ces propos et trouvera le coupable. Dans ce livre Maigret évolue dans un milieu qui me semble rustre, où les suspicions, les jalousies, les moqueries gratuites sont nombreuses. Tout le monde se connaît, se critique mais ils sont solidaires dès qu’il s’agit de se liguer contre un étranger ou quelqu’un de différent d’eux. Ce qui rappelle bien la mentalité des villages d’après guerre. Dans un style simple, agréable à lire, sans violence malgré les crimes (nous assistons uniquement à l’enquête) Simenon crée une atmosphère bien à lui dans laquelle il dépeint une certaine époque où l’on prenait le temps de vivre. Ainsi Maigret, tout en se mêlant à leur vie, observe les gens, analyse leurs faits et gestes, les situations. J’adore cette façon de retracer l’enquête. Elle est « englobée » dans la description de la vie de tous les jours ce qui la fait avancer en douceur. L’intrigue se dévoile par petits bouts, calmement. On soupçonne les uns, puis les autres, le suspense se maintient jusqu’au bout. J’adore aussi les détails poétiques, amusants ou autres qui n’ont rien à voir avec l’enquête mais qui donnent encore plus de charme à ces livres. A lire sans modération !
Hélène SALVETAT

mercredi 5 mars 2008

Un été pourri de Maud Tabachnik

Mortimer Newman, employé de mairie à la voirie le jour et pilier de bar la nuit, se désespère devant un verre de bière : depuis deux ans qu’il réside à Boston, il est seul et doit se contenter de quelques prostituées bon marché… Aussi, quand à la sortie d’un bar, son chemin croise celui de cette magnifique femme qu’il côtoie tous les jours au travail et qu’il n’a jamais osé aborder, il décide de tenterMortimer Newman, employé de mairie à la voirie le jour et pilier sa chance et la suit. Au petit matin, son cadavre est retrouvé, la gorge ouverte, les testicules coupés…
Frederick Latimer, patron forain, peut enfin respirer : le procès à son encontre pour viol sur une fillette de 10 ans vient de se terminer sur une relaxe, faute de preuve tangible. Mais avant que le vent tourne, il vaut mieux se faire tout petit et quitter la ville au plus tôt. Ce qu’il n’a pas prévu, c’est que cette femme l’aborde à la station de bus et lui propose un dernier verre dans son appartement… Quelques heures plus tard, la police le retrouve égorgé et émasculé ! Alors que la canicule écrase Boston, la pression monte en cette période électorale et il serait bon pour le maire que l’affaire soit réglée au plus vite. Mais, l’'inspecteur Sam Goodman, en charge du dossier, n'a aucune piste : tueur en série ou justicier ? Quand on s’intéresse de plus près au passé des victimes, on est en droit de se poser la question ?... Après tout, et si l’assassin était une femme ?... Maud Tabachnick, dans « Un été pourri », propose un violent (et parfois cru) plaidoyer contre les hommes. Nul n’y échappe ! Les victimes, bien sûr, êtres violents et dépravés qui ont mérité leur sort, mais aussi l’inspecteur qui ne comprend rien aux femmes et n’oppose que la force à leur complexité, le journaliste, amoureux transis mais lâche, le juge, égoïste qui ne pense qu’à sa retraite, l’avocat, avide de pouvoir, … et j’en passe ! Juste retour de bâton d’une romancière dans un genre, le « thriller », où 90% des serial-killers sont des hommes qui assassinent de pauvres femmes sans défense ! Toutefois, je trouve la manière dont Maud Tabachnik traite le sujet quelque peu excessif et surtout dangereux car, au final, le, ou la, ou les coupable(s) (gardons le suspense jusqu’au bout) ne sont pas condamné(es), justifiant de ce fait le droit à vengeance : « Oeil pour œil, dent pour dent ! ». Reste que le style plaisant, fait de courts chapitres, qui n’est pas sans rappeler celui de James Patterson et le rythme enlevé du roman de Maud Tabachnik permet de maintenir le suspense jusqu’à la fin !
Pierre LUCAS

mardi 4 mars 2008

Roseanna de Per Wahlöö et Maj Sjöwall

Suite à des travaux de dragage dans l’écluse de Borenshult le corps d’une femme nue est repêché. Selon l’autopsie, elle a été étranglée et a subi des violences sexuelles. Après une enquête minutieuse, l’inspecteur Martin Beck venu tout spécialement de Stockholm et son équipe réussit à identifier la victime. Il s’agit de Roseanna Mc Graw, une jeune bibliothécaire de 27 ans originaire des Etats-Unis qui voyageait sur le Diana, un bateau de croisière. Après avoir retrouvé et interrogé tous les passagers et membres de l’équipage puis visionné des quantités de photos ou films réalisés au moment de sa disparition, la police finit par soupçonner un homme. Encore faut-il le confondre. Après avoir enfin découvert qui il était, elle décide de le traquer et de lui tendre un piège. Mais va-t-il tomber dedans ? Et est-ce vraiment lui l’auteur du crime ?
J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à l’histoire. Je l’ai trouvée en définitive plutôt banale, fade et l’ambiance terne. Cela a été aussi très difficile pour moi de m’attacher aux personnages, de me mettre dans leur peau. C’est vrai que Martin Beck a tout de l’anti-héros. Et pourtant ce livre, publié en 1965, par Maj Sjowall et Per Wahlöö les pionniers de ce qu’on appellera plus tard le roman policier nordique est loin d’être sans intérêt notamment du point de vue du déroulement de l’enquête. Celle-ci est en effet réalisée selon les bonnes vieilles techniques d’investigation : recherche méticuleuse d’indices, recueil et recoupement de témoignages, filature, interrogatoire sans relâche du suspect en espérant qu’il finisse par craquer et avoue. Ici il n’est pas question donc d’utilisation de procédés ultra performants comme par exemple le spectromètre de masse ou d’analyse d’ADN mais juste de relevé d’empreintes digitales et de balistique. Cela change évidemment énormément de toutes ces histoires qu’on peut nous proposer aujourd’hui et où tout est fondé principalement sur les bases de données de fichiers informatiques ou les expertises scientifiques dont les résultats sont quasi irréfutables et laissent peu de place à l’intuition, le flair.
Marlène EVEN

lundi 18 février 2008

Froid aux yeux de John Sandford

Minneapolis, Stéphanie Bekker est retrouvée morte dans sa cuisine, le corps en charpie et les yeux crevés. Qui a ainsi pu massacrer la femme d’un obscur docteur en pathologie ? Crime de rodeur ? Crime de toxicomane en manque ? Pour Dell, officier à la brigade des stups et cousin de la victime, l’assassin ne peut être que le mari lui-même… Mais le Docteur Bekker a un alibi en béton : au moment du crime, il était à San-Francisco ! Dell confie alors son désarroi à Lucas Davenport, ami et collègue, à qui est finalement confiée l'enquête. Alors que Lucas œuvre à la recherche d’un éventuel témoin, l’amant de Stéphanie Bekker, un deuxième cadavre, celui d’Elizabeth Armistead, administratice de théâtre, est découvert, les yeux crevés ! Pour Lucas, nul doute, les deux crimes sont liés...
« Froid aux yeux » est le premier volet de l’affrontement entre Michael Bekker et Lucas Davenport. Construit autour du thème de la mort, ce roman laisse un arrière goût nauséeux tant les personnages sont proches du chaos. D’un côté, le Docteur Bekker, un pathologiste schyzophrène, bourré aux amphétamines, dont la fascination absolue pour la mort et le plaisir qu’il semble en retirer, lui ont valu le surnom de Docteur « Décés » lors de la guerre du Viet-Nam. De l’autre, Lucas Davenport, un flic en pleine déprime depuis que sa compagne l’a abandonné en emmenant sa fille et pour lequel la devise d’un bon policier n’est autre que « La fin justifie les moyens ! ». Malgré mon amour pour les romans noirs policiers et alors que j’avais adoré les trois premiers romans de John Sanford (où l’on retrouvait déjà Lucas Davenport), je reste ici sur un sentiment mitigé. C’est sûr, on est à mille lieux des romans de Mary Higgins Clark. Tout est pourri et malsain. La limite qui sépare policier et criminel est tenue et durant toute ma lecture, un sentiment de malaise m’a accompagné. Alors, « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » ? Si, car la qualité de l’écriture et le sens du suspense de Sandford permettent de finir ce roman sur une meilleure note ! Pierre LUCAS

mercredi 19 décembre 2007

Sans l'ombre d'un témoin d'Elisabeth George

Scotland Yard est sur les dents en ce début d’hiver. Le cadavre d’un jeune adolescent métis a été retrouvé dans un parc de Londres. Or il s’avère qu’il y a déjà eu d’autres crimes commis selon le même rituel, visant les jeunes métis en difficultés et qu’aucune enquête n’a vraiment été menée jusqu’à présent, les victimes n’ayant même pas été identifiées…Il s’agit maintenant de calmer l’opinion publique et de retrouver au plus tôt ce serial killer. Thomas Lindley et son équipe sont désignés pour cette tache qui apparaît bien difficile compte tenu de l’absence d’indices… Sans l’ombre d’un témoin fait parti des romans qu’on aimerait pouvoir lire d’une traite. Non seulement à cause de l’histoire captivante mais aussi parce que nous sommes littéralement enthousiasmés par l’écriture. Ce qui m’a surtout frappé et plu c’est le réalisme qui se dégage de l’histoire. Ici, pas de traits de génie, pas de hasards miraculeux, simplement la mise en valeur du travail de routine (contrôle d’alibis, recherche de témoins…) qui peut paraître rébarbatif mais indispensable au bon déroulement d’une enquête. Mais attention à bien faire la part des choses entre intuition, conviction et surtout de ne pas se laisser abuser par de fausses pistes nées de mauvaises interprétations ! Et puis comme on suit les personnages dans leur intimité quand ils rentrent chez eux, on les prend en affection parce qu’on se rend compte que leur vie finalement ressemble beaucoup à celle de monsieur tout le monde. L’inspecteur Thomas Lindley (qui est comte, riche, élégant, érudit) et Barbara Havers (la fille la plus mal fagotée de Londres, fumeuse invétérée et qui a son franc parler) ainsi que les autres enquêteurs sont des personnages récurrents que l’auteur fait évoluer au fil du temps et des romans. L’opposition de style plutôt amusante entre l’aristocrate et de son adjointe très « nature » est particulièrement bienvenue dans ce roman dont le sujet est très sombre. Les bas fonds de Londres, les meurtres qui visent des jeunes enfants métis issus de milieux défavorisés, le manque de moyens des institutions d’aide à la délinquance, les problèmes de pédophilie, de prostitution masculine, de gangs…tout cela n’est pas vraiment réjouissant ! En plus il se passe dans ce roman quelque chose de terrible dont je ne peux rien dire parce que cela nuirait à la lecture mais qui est vraiment admirablement traité par l’auteur, bien que ce soit un sujet très délicat… Comme on peut le constater, ce roman policier n’est pas vraiment amusant et même parfois déprimant. Cependant à la fin de la lecture, je suis restée un moment « secouée » avec la sensation d’avoir lu quelque chose de fort.
Nicole VOUGNY

mardi 11 décembre 2007

Le crime de Dédale de Paul Halter

Crète 1937, un jeune berger affirme avoir trouvé une jarre d’argile qui ressemble à celles sorties de terre par les archéologues, ce qui titille la curiosité des professeurs qui se trouvent là à l’occasion d’une expédition. Dès leur arrivée, les accidents et les meurtres se multiplient ce qui nous fait fortement penser à la découverte de la tombe de Toutankhamon et à la malédiction des pharaons.
Le roman est divisé en deux parties, une première située à Londres, où la grande majorité des archéologues qui étaient présents sur le site sont sauvagement tués et une deuxième qui se déroule en Crète, sur les lieux présumés du labyrinthe du Minotaure. Nous retrouvons le personnage principal dans la première partie, Kate, jeune fille intrépide et aventurière qui souhaite solutionner ces mystérieux crimes avec l’aide de Sir Basil, archéologue à la retraite et amateur d’enquêtes policières, et de Milton Ross. Avec son enthousiasme, Kate réussit à faire voyager ses deux amis en Crète afin de voir de près l’endroit qui a provoqué tant de malheurs. Mais dès la première nuit la malédiction qui pèse sur les environs se fait sentir avec l’assassinat d’un professeur qui se trouvait en vacances dans un village voisin. Je pense que la légende du roi Minos et du Minotaure est très bien expliquée par les écrits trouvés dans la jarre même si Paul Halter essaie de donner une explication rationnelle à ce mythe afin de pouvoir l’adapter aux besoins de son récit. Mais étant une férue lectrice de romans policiers à thème archéologique ou historique, j’ai été un peu déçue, car ce livre présente, certes, de nombreux atouts, comme la connaissance du mythe lui-même, mais je pense, néanmoins, que l’intrigue est un peu insipide et les personnages manquent terriblement de profondeur. Même si le style de l’auteur est simple et l’ouvrage est facile à lire, j’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire. Sûrement que j’attendais beaucoup trop d’un thriller sous fond de mythologie et je me suis retrouvée face à un roman policier assez médiocre. Marie LEVEZIEL

mercredi 28 novembre 2007

La femme en vert d'Arnaldur Indridason

Sur un chantier de construction à Reykjavík dans le quartier de Thushold des ossements sont mis au jour. Le squelette est selon les premières constatations vieux d’au moins une cinquantaine d’années. Et la question qui se pose évidemment est : de qui peut-il donc bien s’agir ? Serait-ce la fiancée d’un certain Benjamin, riche commerçant ? Tout le monde racontait à l’époque qu’elle s’était suicidée en se jetant dans la mer. Mais peut-être que finalement la vérité est toute autre. Ou bien serait-ce un de ces soldats américains vivant sur la base militaire pendant la seconde guerre mondiale ? Et qui donc est cette mystérieuse femme en vert qui vient se recueillir près des groseilliers. C’est ce que va tenter de découvrir l’inspecteur Erlendur et ses co-équipiers Elinborg et Sigurdur Oli. Cependant, en déterrant ce corps, il va également exhumer tout un passé, non seulement celui de cet endroit mais aussi malheureusement le sien.
Tout le talent d’Arnaldur Indridason réside justement dans cette manière de faire remonter doucement à la surface les souvenirs et les souffrances psychologiques des personnages au fur et à mesure que les archéologues enlèvent délicatement les couches de terre autour du cadavre. Ce qui est prodigieux aussi, c’est sa façon de jongler constamment avec le présent et le passé sans que ces allers retours ne gênent la compréhension de l’histoire. Et l’enquête actuellement menée va ainsi progressivement rejoindre le récit que fait en parallèle l’auteur sur cette famille qui a vécu là pendant la seconde guerre mondiale. Evidemment on se doute bien dès le départ que tout est étroitement lié et on se prend alors à spéculer sur le dénouement éventuel. L’écriture d’Indridason est parfois d’une dureté et d’une noirceur saisissante mais en même temps d’un incroyable réalisme. J’y ai été très sensible notamment lorsqu’il décrit le calvaire physique et surtout moral que subit cette femme à travers des actes de violence conjugale ou encore la descente aux enfers de la fille d’Erlendur et sa plongée dans le coma qui va raviver chez lui le souvenir de la mort accidentelle de son frère enfant. Au-delà de l’intrigue policière qui m’a beaucoup plu, j’ai trouvé que c’était un livre vraiment très poignant et qu’Arnaldur Indridason avait l’art de creuser l’âme humaine au plus profond. Marlène EVEN

lundi 19 novembre 2007

Le rocher du sacrifice de Steven Saylor

Ceux qui aiment les histoires noires, les enquêtes à suspense et les rebondissements à tous les chapitres, passez votre chemin !
Dans ce roman historique au temps de la Rome antique, Gordianus, surnommé « le fin limier », est un enquêteur plus axé sur la réflexion que sur l’action. Alors que la guerre civile qui oppose les partisans de César à ceux de Pompée déchire l’Empire romain, il part, accompagné de son gendre Davus, à la recherche de son fils Méto dont une lettre anonyme lui a annoncé la mort. D’après la rumeur, son fils aurait trahi César et se serait réfugié dans la cité de Massilia, l’actuelle Marseille. La ville ayant pris le parti de Pompée, elle est assiégée par les troupes de César mais résiste héroïquement malgré la famine et la peur. Après avoir pénétré clandestinement dans la cité, il assiste alors, impuissant, à la chute d’une femme du haut d’une falaise alors que cette dernière semblait fuir un soldat en cape bleue… Accident, suicide, meurtre,… ? J’ai trouvé la double enquête du « fin limier » un peu fade. Gordianus semble plus subir les évènements que véritablement réaliser un travail d’enquête. De plus, on devine bien vite quel sera le dénouement final de l’histoire ! Par contre, amateurs d’histoire, régalez vous ! Les chroniques du siège de Massalia (Marseille) sont passionnantes et les anecdotes sur les mœurs de l’époque savoureuses. Steven Saylor, en véritable historien doublé d’un conteur de grand talent, nous fait donc découvrir, nombreux détails à l’appui, les us et coutumes de cette cité cosmopolite de Massilia, où déjà à cette époque se cotoient Grecs, Romains et Gaulois. Et notamment, la coutûme étrange du « Rocher du sacrifice » d'où on précipitait dans la mer, le moment venu, la personne choisie comme « bouc émissaire », pour endosser les fautes de la ville et ramener la chance et la prospérité. Ce « bouc émissaire », qui était choisi parmis les plus misereux de la cité, recevait pendant la période précédant son sacrifice, honneur, richesse et nourriture en abondance. Par ailleurs, je trouve aussi très intéressant la façon dont l’auteur nous plonge au cœur des affaires de Rome : la montée en puissance de César qui met en péril la république, la lutte avec Pompée, la révolte de Catalina, le procès du gouverneur corrompu de Sicile, Verrès ou encore, l’affaire Milon où l’avocat de la défense n’est autre que Cicéron. Avec Steven Saylor, c’est avec plaisir que je suis retourné sur les bancs de l’école pour dépoussierrer mes vieux cours d’histoire ! Pierre LUCAS

jeudi 15 novembre 2007

Meurtre au Mont Fuji de Shizuko Natsuki

Jane Prescott, étudiante américaine à l'Université de Tokyo, est invitée à l'occasion du Nouvel An par sa camarade Chiyo Wada, dont la riche famille d'industriels a l'habitude de se réunir dans une somptueuse propriété située au pied du Mont Fuji. Mais le premier soir, le patriarche du clan est assassiné. Quand Chiyo confesse qu'elle a tué son grand-père car celui-ci avait tenté de la violer, le reste de la famille décide de la couvrir, faisant de Jane leur complice. De fausses traces de pas, un ingénieux stratagème pour retarder la décomposition du corps, et une mise en scène pour brouiller les pistes : voilà qui devrait détourner la police vers le crime d'un cambrioleur. Mais il suffit d'une petite erreur pour que tout le plan s'écroule... De facture classique, ce court roman, facile et agréable à lire, est assez original. On n'est pas dans un Japon de carte postale (pas de futon ou de kimono), mais l'atmosphère reste particulière, et pas seulement à cause du cadre. Cela tient plutôt aux rapports entre les personnages, à l'importance accordée à la sauvegarde des apparences, au sacrifice consenti par la famille... Autant d'aspects mis en relief par la présence de Jane, seule occidentale du roman, à travers les yeux de qui nous assistons à cette histoire. C'est l'un des traits de génie de l'auteur : comme Jane, le lecteur est extérieur à la famille Wada et étranger aux liens existant entre eux. Dès le début nous savons que Chiyo est l'assassin, et nous assistons à la mise en place du plan visant à tromper la police. Comme Jane, de témoin nous devenons en quelque sorte complice. Les Wada vont-ils rester solidaires ? Chiyo sera-t-elle arrêtée ? Impossible de répondre à ces questions, d'autant plus que la vérité est peut-être bien plus complexe... J'ai beaucoup apprécié ce livre, bien que les derniers chapitres soient peut-être un peu rocambolesques. Mais le dénouement inattendu est à la hauteur de ce récit très bien construit, au cours duquel on va de rebondissement en rebondissement. Je ne me suis pas ennuyée une seconde et je me suis rarement sentie autant "impliquée" dans un roman policier, dans le sens où j'ai vraiment eu l'impression d'en être le témoin, et pas une simple lectrice. On se prend agréablement au jeu, et c'est assez rare pour faire de ce roman un divertissement de qualité.
Fanny LOMBARD

vendredi 9 novembre 2007

Les racines du mal de Maurice Dantec

Si l’on se fie à la quatrième de couverture, on s’attend à une énième histoire de tueur en série. Or il s’agit là d’une histoire à la frontière entre le roman noir, l’anticipation et le fantastique, dans une ambiance satanico-millénariste de fin de XXe siècle. L’auteur, dans ses remerciements, évoque ses « délires ». On n’en est pas loin, au sens médical du terme.
Le résumé est simple pour un livre qui n’en finit pas. Il débute par la course folle et meurtrière d’un tueur en série qui rate son suicide et se fait mettre sur le dos des crimes supplémentaires atroces qu’il ne peut pas avoir commis. Un groupe de trois chercheurs, spécialistes en psychologie, neurosciences, informatique et autres, dont le narrateur Arthur Darquandier, va essayer de comprendre ses mobiles. Ils sont rapidement convaincus qu’il y a au moins un autre tueur, à l’encontre de la thèse officielle qui arrange la hiérarchie policière, ce qui leur vaut d’être écartés de l’affaire. C’est là que l’on rentre dans le fumeux, il ne faut pas hésiter à le dire. Darquandier, sur une période de plusieurs années, va traquer les autres tueurs par internet grâce à un ordinateur intelligent, une « neuromatrice » qui rappelle Carl dans « 2001 Odyssée de l’espace », en beaucoup plus performant, mais cette fois au service du bien, ou presque…. Jusqu’à un dénouement surprenant, à l’aube de l’an 2000. Voilà l’histoire. Dans ce pavé de plus de six cents pages serrées, on est frappé par une diarrhée verbale truffée de références éclectiques. Les incessantes réflexions du narrateur mêlent en vrac des notions philosophiques mal assimilées, des pseudo-notions de psychiatrie, de neurobiologie, de criminologie, de religion. On a du mal à y trouver une cohérence. Mais le pire est que l’auteur semble fasciné par l’atroce. Il s’ingénie à décrire de multiples mises à mort plus horribles les unes que les autres. C’est morbide, dérangeant, inutile. On espère alors un peu de douceur dans une relation qui se noue avec Svetlana, la collaboratrice de Darquandiier. Mais rien, pas un seul sentiment. Ce livre est d’ailleurs dépourvu de toute expression crédible de sentiment. Le mot qui revient le plus souvent est « chaos ». Faut-il y voir ce qui se passe dans la tête de Maurice G. Dantec, que la photo montre caché derrière des lunettes de soleil ? Chaos et délire sont des mots qui vont bien ensemble, après tout…
Philippe Duchesne

mercredi 7 novembre 2007

La mort pour la mort d'Alexandra Marinina

Tout commence par le dépôt d’une plainte après qu’un garagiste peu scrupuleux ait tenté de faire chanter un modeste couple moscovite en révélant à leur fils qu’il est en fait un enfant adopté. Après l’arrestation du garagiste, le juge Olchanski, en charge du dossier, découvre que ce dernier doit ses informations à un certain Galaktionov, escroc notoire retrouvé récemment mort. Il décide alors de prendre contact avec la brigade criminelle du colonel Gordeïev afin de déterminer l’origine des fuites. Confiée à l’inspecteur Anastasia Kamenskaïa, l’enquête fait rapidement apparaître des connivences entre Galiaktionov, les milieux scientifiques russes et la hausse de la criminalité dans certains quartiers de Moscou…
Si comme moi, vous aimez les romans noirs, alors vous aimerez les livres d’Alexandra Marinina, ancien lieutenant-colonel de la police de Moscou devenue aujourd’hui une véritable îcone dans son pays grâce aux succès des aventures de l’enquêtrice Anastasia Kamenskaïa. Il est vrai que la personnalité de l’héroïne est attachante. Et pourtant, l’auteur n’a pas pris de pincette avec elle : physique quelconque, caractérielle, pleurnicharde ! Mais son intelligence et sa persévérance nous attirent irrémédiablement… comme la plupart des personnages masculins du livre, d’ailleurs. J’ai trouvé toutefois que la mise en place de l’intrigue était lente et complexe ; il est vrai que l’acclimatation aux noms russes des personnages et des lieux est difficile. Mais ensuite, l’histoire monte en puissance et c’est avec plaisir que l’on suit pas à pas l’inspecteur Kamenskaïa dans son combat face à l’institution scientifique russe ! Mais le véritable héros du roman de Marinina, c’est bien l’Etat russe en déliquescence ! Corruptions, traîtrises, chantages et règlements de compte se succèdent sous le regard bienveillant, voir complice, d’une administration russe gangrénée par la Mafia, les nostalgiques du passé communiste et les arrivistes de tout acabit. Dans de telles conditions, bien difficile de rester intègre ! Pierre LUCAS

mercredi 3 octobre 2007

La cinquième femme de Henning Mankell

Algérie, 1993. Des intégristes musulmans pénètrent en pleine nuit dans une maison occupée par des religieuses françaises, et les égorgent. Découvrant une cinquième femme, ils la tuent également. Quelques mois après, une Suédoise reçoit une lettre l'informant du sort de cette cinquième victime, sa mère... Un an plus tard, en Suède, un octogénaire, ornithologue et poète amateur, est retrouvé empalé dans un fossé sur des pieux acérés. Le commissaire Wallander est chargé de l'enquête. Mais il n'est pas au bout de ses peines : alors qu'il est déjà difficile de cerner la personnalité de la première victime, un homme est retrouvé étranglé, ligoté à un arbre après avoir été affamé... Pour le commissaire Wallander, aucun doute : la cruauté sadique et la perversité de ces deux meurtres indiquent qu'il s'agit d'un seul et même tueur. Mais pourquoi une telle violence ? Quel est le mobile ? Et surtout, comment l'arrêter ? Ce roman policier est remarquable, et il n'y a aucun temps mort au fil des 600 pages. Dans un style clair et direct, l'auteur nous conduit à travers l'enquête aux côtés du commissaire Wallander. Il y a peu de place pour la vie privée du héros, reléguée au second plan face à l'urgence de l'investigation. On est pris par le récit, et on ressent l'ambiance d'une enquête de police vue de l'intérieur. Le prologue du roman et quelques intermèdes nous donnent des indications sur la personnalité du meurtrier sans que tout ne soit révélé, et ce roman s'apparente un peu à un puzzle : Henning Mankell nous en livre petit à petit les pièces, mais jusqu'au dernier moment, il est difficile de les emboîter les unes dans les autres et d'avoir une vue d'ensemble. Pas une ligne de trop dans ce roman, le dernier chapitre levant le voile sur les motivations d'un assassin particulièrement cruel. En conclusion, j'ai beaucoup aimé ce livre pour la narration elle-même, mais surtout pour l'ambiance que l'auteur installe en ancrant son récit géographiquement, historiquement et socialement, sans pour autant accumuler les clichés. Les couleurs sont ternes, il fait froid, l'ambiance est plombée, et le cadre est d'autant plus déprimant que la société suédoise part à vau-l'eau, loin du fameux "modèle" cité en exemple... Si cette critique reflète le point de vue de l'auteur, elle m'a néanmoins permis d'entrevoir une réalité suédoise bien éloignée des stéréotypes. Tout cela fait d'un roman policier déjà excellent un récit aux accents inédits, intéressant à bien des niveaux.
Fanny LOMBARD

mercredi 26 septembre 2007

La mort à la traîne de Dean Ray Koontz

Philadelphie - San Francisco : un trajet de cinq mille kilomètres en voiture entrepris par Alex, trente ans, et Colin, 11 ans. Le voyage s'annonce long mais agréable car tous deux s'entendent à merveille. Ils sont censés retrouver Courtney, femme d'Alex et soeur de Colin.
Alex est heureux : son couple fonctionne à merveille, sa nouvelle maison est enfin disponible à San Francisco, son métier le passionne, son jeune beau-frère est très agréable et très intelligent. Rien ne peut donc amener nos deux protagonistes à penser au pire, et pourtant...leur voiture est suivie par une camionnette de déménagement, avec un conducteur qui se montre de plus en plus menaçant, et par la suite de plus en plus violent : en effet, celui-ci ne fait rien pour se cacher, et va même jusqu'à attenter à leur vie. Il est difficile d'en dire plus sans dévoiler trop d'éléments clés de ce roman qui est assez court pour être lu en peu de temps. L'auteur réussit à merveille à maintenir le suspense jusqu'à la dernière page, avec un rythme haletant grâce à cette poursuite effrénée à travers les paysages des Etats-Unis. J'ai beaucoup aimé l'impression qui est donnée à la lecture, car il est très facile de se projeter à l'intérieur de la voiture à la place des deux héros, avec le sentiment que les mots défilent aussi rapidement que les kilomètres parcourus. De la même façon, lorsqu'il passe des scènes d'action aux moments de suspense, Dean Koontz parvient à créer une atmosphère très pesante et le lecteur se retrouve au coeur du livre, en ayant le sentiment de regarder un très bon film digne d'Alfred Hitchcock. Une des forces de ce livre est d'ailleurs de ne pas pouvoir le refermer à la fin de chaque chapitre car la cadence imposée par l'auteur est vraiment infernale, et on regrette presque qu'il ne soit pas un peu plus long. Mais Dean Koontz a justement eu, je pense, la sagesse de le terminer rapidement et sobrement, sans fioritures. "La Mort à la traîne", le premier livre que je lis de cet auteur, m'a donné envie de renouveler l'expérience. C'est un roman que j'ai trouvé efficace et qui devrait figurer dans toute bonne bibliothèque de suspense et de terreur. Laurent ENGLE

jeudi 5 juillet 2007

Des morts à la criée d'Ed Dee

Du roman noir comme je les aime…Sur les quais de l’East River, par un petit matin brumeux de décembre, les inspecteurs Joe Gregory et Anthony Ryan sont en planque. Chargés par la Brigade de répression du crime organisé de piéger Bobo Rizzo, le capo de la Mafia qui tient sous sa coupe "la criée", le célèbre marché aux poissons de Fulton Street, ils patientent à grands renforts de tasses de café. Sorti se dégourdir les jambes, Joe Gregory remarque alors trois individus en train d'immerger un gros tonneau blanc dans l'eau du port. Persuadé que le récipient contient un cadavre et qu’il tient là l’affaire de sa vie, Joe convainc Ryan d’alerter les plongeurs de l’équipe du sergent Vince Salvatore. Difficile d’y voir quelque chose dans les eaux sales de New York ! Au lieu de retrouver le baril blanc, les hommes de Salvatore remontent une poubelle rouillée qui, surprise, contient un squelette tenant entre les dents un écusson de la police de New York. Il s'agit de Jinx Mulgrew, un flic disparu dix ans plus tôt et dont la réputation de ripoux était célèbre dans tout le Bronx … Pour Joe et Anthony, c’est sûr, c’est la Mafia de l’époque qui est derrière ce meurtre. Pour le prouver, leur chef leur accorde un délai de trois mois. Mais voilà, très vite, les deux inspecteurs découvrent, en remuant le passé corrompu de Mulgrew, que la frontière entre flics et truands est bien moins grande qu’il n’y paraît. Tout est pourri au royaume des flics du Bronx. Nul n’est épargné par Ed Dee, ancien inspecteur de police à New York lui-même : les ripoux côtoient les balances, les mafieux font chanter les faisans… Même ses deux héros sont loin d’être irréprochables ! Joe Gregory, l’irascible Irlandais en quête de gloire, et Anthony Ryan, le policier réfléchi et amer, les deux enquêteurs, nous entraînent ainsi dans une ballade new-yorkaise des années 80. Nous découvrons le monde étonnant des halles à poissons de Fulton aujourd’hui disparu. Avec eux, nous dînons dans les restaurants tenus par la Mafia, nous nous enivrons dans les bars à policiers jusqu’à l’heure de la fermeture, nous passons des heures en planque avec une gueule de bois tenace... Ensemble, nous ressentons leurs émotions lorsqu’un collègue se fait descendre ! Bien sûr, je pense qu’on est encore loin d’un Ed McBain ou d’un Michael Connelly, le récit pêchant parfois par quelques lourdeurs et par de nombreuses répétitions. Mais ce que j’apprécie surtout avec Ed Dee, c’est la foule d'anecdotes sur les us et coutumes des flics de New York de cette époque où corruption et argent sale faisaient souvent ménage avec bravoure et sacrifice !... Mais est-on vraiment sûr que cette époque soit révolue ? Pierre LUCAS

mardi 3 juillet 2007

Le désosseur de Jeffrey Deaver

Suite à un appel téléphonique anonyme, Amélia Sach jeune agent de police, trouve au bord d’une voie ferrée un cadavre enterré dont seule une main, avec l’annulaire taillé comme un crayon, sort de terre. Lincoln Rhyme, criminologue très célèbre, paralysé suite à un accident pendant une enquête est demandé pour aider la police. Rhymes est une personne sarcastique, ironique, qui ne tient pas du tout à la vie mais qui possède un pouvoir de déduction sans limites. S’engage une course poursuite entre l’assassin et le criminologue qui essaie de le confondre. L’enquête est magnifiquement orchestrée par ce profiler qui, du fond de son lit, fait preuve d’une intelligence et d’une perspicacité aiguës et nous donne d’excellents cours de médecine légale. Le style de Deaver est trépidant, avec des séquences très courtes qui font défiler les actions en nous tenant en haleine. Il utilise dans la narration un mélange de la 3ème et de la 1ère personne dont il se sert pour exprimer les pensées et les peurs des personnages ce qui rend le récit encore plus terrifiant. D’autre part, il décrit très bien le quotidien d’un paralysé, les souffrances à l’hôpital après la blessure, les horreurs de la quadriplégie, la douleur virtuelle aux extrémités, même quand on sait qu’on est privé de sensations. Rhymes veut mettre fin à toute cette souffrance et pour s’aider, il convoque un médecin d’une association pro-euthanasie, mais celle-ci ne se présente en aucun moment comme un cas d’éthique mais comme une réflexion sur le droit de mourir lorsque le malade le désire. J’ai beaucoup aimé ce livre car outre l’intrigue passionnante qui nous maintient accrochés jusqu’à la dernière page, et même si le voile de la mort plane sur le protagoniste, les efforts physiques et psychologiques pour sauver les autres sont tels que finalement le récit devient un chant à la vie. Marie LEVEZIEL

jeudi 28 juin 2007

Le voyageur de Noël d'Anne Perry

Petit livre tout mince, alors courte pause lecture en perspective et, de ma part, je l'avoue, un a priori légèrement condescendant pour une petite histoire classée « conte de Noël » par l'auteur elle-même. Pour avoir lu le premier roman de sa série « Charlotte et Thomas Pitt », je m'attendais à un récit gentillet destinés aux inconditionnels de la période de Noël. J'ai été agréablement surprise. Il s'agit en fait également d'une histoire policière dont l'originalité tient au fait qu'ici, l'enquête est menée par l'ensemble des membres d'une même famille réunie pour les obsèques de l'un d'entre eux, disparu dans des circonstances pour le moins troublantes. A travers une campagne embellie par la neige et destinée à créer l'univers propre à Noël, l'intrigue va se jouer autour d'un nombre restreint de personnages dont, par conséquent, on devine assez rapidement qui sont les bons et qui sont les méchants. Le mystère ne se trouve donc pas là. Une fois la situation mise en place, persuadé que l'affaire va se résoudre en deux coups de cuillère à pot, on se prend, comme les personnages de cette histoire, à patauger allègrement dans la difficulté à comprendre ce qui s'est réellement passé, donc à déterminer le vrai coupable. Même si les caractères sont un peu simplistes et légèrement stéréotypés, ils ne sont pas dénués d'une certaine authenticité qui les rend touchants. C'est un petit roman agréable et reposant, défenseur des valeurs morales de justice et de respect entre les humains. Que demander de plus à un conte de Noël si ce n'est, et c'est le cas, que tout se termine bien. Florence TOUZET

mardi 19 juin 2007

Danse avec l'ange d'Ake Edwardson

Goteborg, deuxième ville suédoise, n’échappe pas à la recrudescence de la violence. Un jeune étudiant anglais vient d’être sauvagement assassiné dans une chambre d’hôtel. A des milliers de kilomètres de là, à Londres, c’est au tour d’un jeune suédois de subir le même sort. Les deux meurtres se ressemblent étonnamment : les victimes sont retrouvées attachées sur une chaise, ont été torturées avant de mourir et la trace laissée par un pied de caméra laisse supposer qu’ils ont été filmés. Erik Winter, qui, à 37 ans, est le plus jeune commissaire de son pays, est chargé de mener l’enquête. Il pense évidemment tout de suite au monde sordide de la pornographie et des snuffmovies, ces vidéos de meurtres tournées en direct. Grâce à son équipe et une étroite collaboration avec Steve MacDonald, son homologue britannique, il va tenter de découvrir quel esprit pervers peut bien se cacher derrière tout cela. Ake Edwardson nous entraîne dans les bas-fonds infâmes de la société suédoise, bien loin donc des clichés habituels si idylliques. C’est avec une extrême concision et une grande rigueur qu’il va dérouler progressivement, méthodiquement son enquête en n’hésitant pas à disséquer dans les moindres détails les doutes existentiels et les tourments psychologiques qui assaillent ses personnages. L’atrocité des meurtres commis et l’univers glauque, délétère dans lequel il nous plonge lentement et insidieusement tout au long de l’histoire nous donne comme une sensation de malaise et de nausée. Ici, on est bien loin des romans à « l’anglaise » même si le héros par son côté snob, élégant et riche peut faire penser aux inspecteurs Morse, Thomas Linley ou encore Richard Jury. Cependant, malgré cette atmosphère constamment pesante, oppressante, angoissante bizarrement jamais à aucun moment je n’ai eu envie de refermer le livre avant le dénouement. Peut-être est-ce parce qu’il a su captiver mon attention avec une intrigue somme toute bien ficelée. Marlène EVEN

jeudi 31 mai 2007

Un peu plus loin sur la droite de Fred Vargas

Tout commence par un détail…Un excrément de chien qui irrite l’odorat de Kehlweiler, un ancien du ministère de l’intérieur, alors qu’il planque sur un banc d’une place de Paris. Le lendemain, après les pluies diluviennes de la nuit, il ne reste de cette déjection qu’un petit bout d’os qui, après vérifications, s’avère être un os humain, un morceau de phalange de pied d’une femme plus précisément…Evidement quand Kehweiler se présente au commissariat de quartier pour expliquer sa découverte, personne ne le prend au sérieux. Aussi pour prendre en faute le commissaire qu’il n’aime pas, il décide de mener son enquête avec l’aide d’un spécialiste du moyen age et d’un archéologue. La piste les mène dans un petit village perdu de Bretagne dans lequel est morte une femme par accident. Mais était ce vraiment un accident et ce petit village d’apparence si tranquille n’abriterait-t-il pas des personnages pas si respectables que cela ? C’est fou comme un petit détail peut mener à une enquête bien curieuse…Il fallait être bien observateur pour remarquer ce petit bout d’os, et observateur Kehlweiler l’est sans aucun doute. Non seulement des choses mais aussi de la nature humaine, de ses habitudes ainsi que de celles de nos amis les chiens qui font leur besoin toujours au même endroit… Tout au long de ce récit, Fred Vargas nous enchante avec son style bien à elle, simple et efficace : descriptions pertinentes et parfois très drôles, comparaisons amusantes, phrases courtes, dialogues spontanés. La façon qu’elle a de décrire des personnages, un lieu, une action, une réflexion est remarquable dans la mesure où on a l’impression d’être au cœur de l’action. On se laisse prendre aux fausses pistes et le dénouement est digne des scènes finales d’Agatha Christie. On retrouve aussi dans le ton une certaine poésie, un humour sous jacent qui fait que l’on se prend à sourire à la lecture même si l’on frôle quelquefois l’absurde. Mais ce côté légèrement décalé m’a beaucoup plu et m’a laissé un sentiment de satisfaction à la fin de la lecture avec le regret que l’histoire soit déjà finie. Et puis les personnages sont tous attachants, en particulier Kehlweiler .Celui qu’on appelle l’allemand est à la fois très professionnel, un peu marginal, limite maniaque (il note tout dans des carnets, il collectionne tous les faits divers de France qui paraissent dans les journaux), mais aussi très humain: une vieille prostituée, un photographe qu’il a entrepris de former à sa façon de travailler, un flic qui s’est fait renvoyer pour avoir protéger un coupable faisant partie de ses amis. Sans compter son animal de compagnie qu’il promène partout avec lui dans sa poche et qui n’est autre qu’un crapaud, à qui il parle, ce qui peut dérouter ses interlocuteurs… Il n’y a pas à dire, j’aime l’atmosphère particulière qu’il y a dans les romans de Fred Vargas et celui-ci fait partie de ceux qui m’ont le plus plu. Nicole VOUGNY

lundi 5 mars 2007

La petite fille à la fenêtre de Charles Exbrayat

Que peut faire une fillette clouée pour le restant de ses jours dans un fauteuil roulant, rejetée par une famille égoïste plus préoccupée par son ambition sociale plutôt que par le bien-être de ses membres?
Pour s'occuper, la petite fille observe. Elle observe attentivement tous ceux qui, au-dedans comme au dehors passent à portée de ses yeux. Son regard scrutateur va bien au-delà des simples faits et gestes de son entourage. Elle analyse, déduit, prévoit. Dans cet océan de solitude, elle a un ami, le fiancé de son odieuse sœur. Lui au moins la comprend. Et puis il y a le médecin de la bonne ville d'Albi qui la protège au point de l'adopter et la confie aux bons soins de sa gouvernante. Un matin la ville va se réveiller dans un grand émoi. Un vol à main armée a mal tourné et tous les soupçons se portent sur une personne qui touche de près les trois héros. Bien décidés à la tirer d'affaire, ils vont alors mener une enquête en parallèle à celle de la police. Au fil des pages, l'auteur fait habilement vaciller les certitudes du docteur sérieusement mises à mal par la perspicacité de la petite fille. L'auteur signe là un petit roman au présent, conduisant, à travers les yeux de l'attachant médecin une intrigue bien menée. Un moment de lecture agréable.
Florence TOUZET

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