lundi 14 avril 2008

Besoin de mer de Hervé Hamon

A ceux qui ne connaissent pas Hervé Hamon, ce livre donnera envie d’en savoir davantage sur l’homme et ses autres écrits. Ecrivain prolifique, « écrivain de marine » comme il se présente lui-même, entre autres. Oui, écrivain de marine, comme en témoigne l’ouvrage dont il est ici question : la mer est dans sa vie depuis sa naissance, elle est présente en lui, on le sent intimement, physiquement lié à elle. Non comme un marin qui risque chaque fois sa vie aux dépends des ires marines, ni comme un plongeur qui ressent la narcose des profondeurs. Non, Hervé Hamon n’est pas de ceux qui ont besoin d’être dans/sur l’eau à tout prix : il nous explique, ligne après ligne, mot après mot, ce qu’est ce « besoin de mer » : un besoin, et non une envie, un amour, une passion, un fantasme, un mirage. Tout est concret, dans ce livre, tout est aussi question de perceptions visuelles, olfactives, de toucher, de goût, de sixième sens (celui du marin qui navigue, par exemple). Dans cet ouvrage, vous saurez comment on peut marcher sous la mer… mais aussi dessus, à certains endroits du globe terrestre. Vous saurez aussi pourquoi F. Mitterrand est devenu le Président que l’on sait… et non M. Rocard (si, je vous assure, il y a bien une explication à cela, selon Hervé Hamon). Cet ouvrage est donc une sorte de récit introspectif, qui permet au lecteur de se retrouver dans certains points de vue, dans certaines sensations (au sens le plus sensuel). Mais le réduire à cela serait faire offense au talent de l’auteur : ce livre est aussi témoignage, hommage à ceux qui vivent par et pour la mer, en quelque endroit du monde où l’on se trouve : il en a rencontré plus d’un, tout au long de sa vie, sur différents continents (je devrais dire sur différents rivages). Cet ouvrage est aussi un précis sur les phares de Bretagne (chaque phare cité dans l’ouvrage - et ils sont très nombreux - est aussitôt décrit par son feu, indice précieux pour les marins, qui vous fera regarder le prochain que vous rencontrerez sous un autre aspect). De la Bretagne, il en est question, bien sûr, comment pourrait-il en être autrement : de ses côtes, de ses terres, de son histoire, de ses habitants, de ses touristes. D’îles ? Il est question d’elles, bien sûr : celles de Bretagne, innombrables, celles de France ou d’autres continents, chères au cœur de l’auteur. Voici donc un livre multiple : autobiographie, monographie(s), récit, critique…telle la personnalité de son auteur : breton, écrivain de marine, philosophe… Le récit n’est pas linéaire, loin s’en faut ; le lecteur qui pense feuilleter ce livre comme on feuillette un album de photographies marines sera décontenancé, car il n’y a que des mots et quelques « signatures » : l’on est ainsi en pleine capacité à « voir » ce que Hervé Hamon (d)écrit. Persévérer en vaut la peine : on y apprend beaucoup sur l’homme qui écrit, on y apprend encore plus sur la mer, par une certaine façon de la sentir, de la vivre, qui peut surprendre, parfois, mais pour peu qu’on ait déjà approché la mer tous sens en éveil, on partagera plus d’une ligne, plus d’un mot avec cet « écrivain de marine ». Ouvrage d’un natif des Côtes du Nord, il est en fait celui d’un « finis-terrien », et c’est pour cela qu’on l’aime.
Sylvaine DEKESTER

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