vendredi 17 juillet 2009

Les métiers de la sociologie de Alexandrine Civard

La question centrale du livre est posée par l’auteur en ces termes : Peut-on faire de la sociologie un métier ? La réponse est claire : oui. Pour savoir comment faire, Alexandrine Civard a enquêté pour savoir de quelle manière s’opérait le recrutement des sociologues en herbe. Elle explique ainsi qu’il existe de multiples voies au-delà du monde de la recherche scientifique. Les entreprises ont également besoin des spécialistes en sciences humaines et sociales qui peuvent apporter un regard neuf et neutre, tout en ayant une rigueur et une méthodologie spécifique à leur discipline. C’est cette expertise que les jeunes diplômés doivent aujourd’hui valoriser pour conduire des enquêtes dans un monde en perpétuelle mutation. Le travail du sociologue consiste à se poser des questions sur la société qui l'entoure et à essayer d'y répondre en dépassant les idées préconçues. C’est une sorte d’enquêteur qui cherche à comprendre le fonctionnement de la société en essayant de trouver des informations, des indices auprès des individus, des collectivités ou de certains groupes sociaux pour résoudre une problématique qu’il a choisie ou pour répondre à des commandes des pouvoirs publics. Dans son ouvrage, Alexandrine Civard propose quelques sujets qui intéressent les sociologues: les tagueurs, Les banlieues, l’immigration, l’alcoolisme, la publicité, les stades de foot, etc. Elle nous explique ensuite le parcours des « têtes chercheuses » de l’enseignement et de la recherche ainsi que les débouchés dans le monde de l’entreprise. Même si le livre est d’une lecture facile et que les informations sont très intéressantes (elles sont une bonne base pour une recherche d’emploi) ce livre a été publié en 1993 et doit être complété par la lecture d’autres revues et/ou ouvrages plus récents. Cette constatation est d’autant plus vraie que les réformes s’accumulent et ne cessent de bousculer les parcours universitaires. Cela ne concerne pas les débouchés au sein des entreprises et des collectivités locales qui ont régulièrement besoin de chargés d’études. En conclusion, cet ouvrage, qui concerne les étudiants de sociologie qui sont en passe de terminer leurs études, est un premier contact avec le monde du travail mais nécessite de se tenir au courant des évolutions incessantes des filières au sein de l’Education Nationale. Pierre SECOLIER

La valse aux adieux de Milan Kundera

Après une nuit d’amour, Ruzena ,infirmière dans un centre thermal situé dans une ville d’eaux à quelques heures de Prague, tombe enceinte du célèbre trompettiste Klima qui y donnait un concert. Une fois averti, Klima sous un faux prétexte laisse sa femme Kamila à Prague et va à la rencontre de Ruzena. Chemin faisant il décide de rendre visite à un riche ami américain Mr Bertlef qui séjourne dans la ville d’eau. Celui-ci lui propose de rencontrer le Docteur Skreta, amateur de batterie à ses heures perdues, qui préside la commission des avortements. Skreta « bon prince », se propose de faire le nécessaire pour convaincre la commission mais en contre partie il veut organiser un concert à trois et Klima serait le trompettiste. Ce dernier accepte bien entendu. Alors qu’il tente et réussit de persuader Ruzena d’avorter avant de repartir à Prague, Klima est agressé par Frantisek, le petit ami de notre infirmière. Et voilà qu’apparaît Jakub, ancien détenu politique qui vient dire adieu avant de quitter définitivement son pays au Docteur Skreta ainsi qu’à Olga jeune femme dont il se sent responsable suite à une vieille promesse faite dans sa jeunesse. Jakub profite de cette visite pour rendre au médecin un comprimé bleu qui n’est rien d’autre qu’un violent poison mais ce –dernier ne le prend pas et le laisse donc à Jakub. Qu’adviendra t-il de ce comprimé ? Jakub quittera t-il la Tchecoslovaquie en l’esprit tranquille ? En faisant avorter Ruzena, Klima sauvera t-il son couple ? Ce bon roman de Kundera est très vivant dans sa conception. Il s’étale sur cinq jours et chaque jour qui passe fait se télescoper nos personnages à une vitesse qui ne cesse de croître. Les personnages sont très différents presque à l’opposé les uns des autres, ce qui rend l’histoire drôle mais n’empêche pas une issue tragique. D’autre part autour d'une histoire truffée d'humour noir Kundera pose des questions existentielles sur la société et la vie bien entendu. De l'adultère à l'avortement, à la procréation en passant par l'amour et la trahison sans oublier le système politique d’un pays communiste avec tout cela Kundera nous pousse d’une manière subtile à nous regarder, nous observer tels que nous sommes avec nos défauts mais aussi nos qualités. J'ai ressenti un vrai plaisir à lire ce livre qui pour moi nous prouve le talent de cet auteur en alliant comédie et tragédie, légèreté et gravité, détente et réflexion. Edouard RODRIGUEZ

lundi 13 juillet 2009

Même les cow-girls ont du vague à l’âme de Tom Robbins

Même les cow-girls ont du vague à l’âme est avant tout un grand et magnifique récit excentrique. L’auteur y est omniprésent. Il intervient régulièrement et perturbe sans vergogne le bon déroulement de l’histoire. Il s’amuse à hacher le récit, à le bousculer en faisant fi des procédés littéraires usuels. En ne cessant d’apostropher le lecteur, il le fait rire, car avant tout il se moque de lui, de nous, de la société et de ses conventions. Tout du long, on rit, parfois on s’esclaffe, mais on garde toujours la bonne humeur qui sied à ce gros roman atypique. Si le style original bouscule les attentes du lecteur, si le bagout et la faconde de l’auteur l’interpellent, la complexité de l’histoire le fascine. Tout commence avec l’apparition de deux énormes, deux incroyables et gigantesques pouces. Sissy Hankshaw en est dotée et ne pourra rien faire comme tout le monde. Puisque ces deux appendices l’empêchent de se servir d’outils trop compliqués, puisqu’ils l’empêchent d’utiliser les armes, il est naturel qu’elle se fasse avant tout auto-stoppeuse. Elle nous entraîne dans son sillage à la rencontre d’une galerie de personnages tous plus fous et loufoques les uns que les autres. Ils sont nombreux, mais retenons pour exemple ce vieux sorcier indien, ce vieux nigaud, un ermite retiré en haut d’une vieille butte défraîchie, dernier sanctuaire d’une tribu indienne, les Siwash. Il est le gardien des dernières traditions, mais on l’appelle étrangement Le Chinetoque, bien qu’il soit japonais. Il refuse d’être ce que tous veulent qu’il soit, c’est à dire un gourou, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des choses à dire et à faire, en l’occurrence avec la belle Sissy, lui faire longuement l’amour. Tom Robbins brasse ici merveilleusement toutes les utopies des années soixante. C’est à dire le sexe, la drogue et la philosophie. Rien ni personne n’en sort indemne. Ni la littérature, ni la société américaine, encore moins la contre culture, pas même les grues. Jacky GLOAGUEN

vendredi 10 juillet 2009

2061 : Odyssée trois de Arthur Charles Clarke

2061 : Odyssée trois est le troisième tome de la série issue du film de Stanley Kubrick, 2001, l’Odyssée de l’espace. Il nous raconte comment, dans le cadre de la conquête de l’espace, le vaisseau Univers va d’abord se poser sur la comète de Halley pour en effectuer des analyses, avant d’être envoyé à la rescousse des passagers du Galaxy, qui s’est échoué sur Europe, l’une des lunes de Jupiter. Seul problème : quelques 50 ans auparavant, un mystérieux message provenant d’une intelligence extraterrestre avait précisément interdit aux humains de se poser sur Europe, et avait donné un poids considérable à ses menaces en créant un nouveau soleil, Lucifer… Comme pour les volumes précédents, Arthur Clarke s’est basé sur les dernières avancées en aéronautiques, physique, et autres disciplines pour étayer son histoire et, de fait, on se laisse facilement entraîner dans ses romans. Bien que ce soit de la science-fiction pure, il donne un poids certain à ses affirmations et explique tous les aspects géopolitiques, historiques, scientifiques, etc., qu’il utilise de manière très plausible. En plus, ce que j’apprécie chez cet auteur, c’est qu’on peut tout à fait lire par exemple ce 3e tome sans relire les deux premiers d’abord, parce qu’il constitue une histoire en lui-même. Il contient évidemment de nombreuses références aux deux premières parties et reste ouvert pour la suite, mais on peut comprendre toute l’histoire sans aucun problème. Et il reste très crédible, sans tomber dans le travers d’autres auteurs de science-fiction qui inventent des mondes trop compliqués ou présentent des inventions scientifiques à dormir debout. Pour moi, il reste donc un incontournable du genre. Dernière précision : je n’ai pas du tout aimé le film de Kubrick, que j’ai trouvé extrêmement long et lent, alors que je relis toujours avec plaisir les 4 tomes de Clarke… Anne ALBERT

jeudi 9 juillet 2009

Quatre garçons dans la nuit de Val McDermid

A St Andrews, en Ecosse, une froide nuit de décembre 1978, à quatre heures du matin, quatre jeunes hommes éméchés découvrent le corps de Rosie DUFF, in articulo mortis. Elle a été violée, poignardée et laissée agonisante dans un antique cimetière celte. Les jeunes hommes alertent immédiatement la police, mais tout les accuse, ils n'échappent pas aux soupçons des enquêteurs, de la presse et de ses articles au vitriol, à la vindicte populaire. Faute de preuves, ils sont laissés en liberté après des interrogatoires éprouvants. Trente ans plus tard, la police décide de rouvrir le dossier, confortée par les nouvelles possibilités de la recherche médico-légale. L'enquête patauge toujours, l'un des protagonistes décide, malgré les risques, de forcer le destin pour connaître la vérité et confondre le coupable. Le résultat sera saisissant. La romancière, Val McDermid, ancienne journaliste, nous prend aux tripes par sa maîtrise des arcanes de l'âme et de l'esprit, des multiples connexions de la chair et du sang. Elle traite sa matière dans toute son ampleur et sa profondeur, psychologique et sociologique. Cette auteure est vraiment impressionnante, il n'est pas possible de passer à côté. Personne n'est vraiment innocent, chacun a ses préjugés, ses forces et ses faiblesses. Elle décrit avec science et subtilité les tourments de la psyché au moyen d'un camaïeu qui s'étale du gris anthracite au gris clair. Val McDermid domine son sujet, à lire absolument. Gwenael CONAN

mercredi 8 juillet 2009

Le testament français de Andreï Makine

Dans un petit bourg nommé Saranza figé à la bordure des steppes, Aliocha et sa sœur, passent leurs vacances d’été année après année chez leur grand-mère Charlotte née en France, et ils en profitent pour parler français entre- eux. Alors qu’Aliocha fouille une vieille valise il découvre des photos de famille et de vieux magazines français. Dès lors il se crée une nation : la France-Atlantide. Cette valise, va pousser Aliocha à nous faire découvrir la vie de Charlotte , fille d’Albertine Lemonnier . En Juillet 1914, alors qu’elle est âgée de onze ans Charlotte est envoyée en France chez sa tante qui habite Neuilly-sur-Seine. En 1921, elle revient en Russie et retrouve sa mère. Après le décès de cette-dernière, elle se marie mais déjà arrive la seconde guerre mondiale et les déplacements de population. Après la guerre, Aliocha perd ses parents et s’en va vivre chez une tante. Là, il découvrira que Charlotte fut victime d’un viol en Asie Centrale durant la guerre. Grandissant dans cette Russie qui est devenue l’Union Soviétique, il va découvrir l’amour, l’amitié et s’éloigner de sa grand –mère. Un jour il part pour la France mais reverra t-il Charlotte vivante ? Que lui réserve la vingtaine de pages écrites par Charlotte et remise par Val Grig ? Et si Aliocha était un enfant né du système tortionnaire stalinien ? J’ai trouvé ce livre très beau car l’amour, la tendresse qui lient Aliocha à sa grand-mère sont présents en permanence et on constate également qu’en grandissant Aliocha s’émancipe mais revient toujours vers Charlotte. Un point surprenant dans ce roman consiste en ce que l’auteur évoque ses parents durant quelques pages à peine mais une profusion de détails lui reviennent en mémoire dès qu’il parle de ses grand- parents et ses arrière-grands- parents. J’ai fortement apprécié cette confrontation pacifiste entre les cultures française et russe ainsi que ce va et vient dans le temps. On passe de l’inauguration du pont Alexandre III à la seconde guerre au Président Faure puis on repart vers l’Union Soviétique de Staline ce qui donne une impression de mouvement perpétuel. Pour finir je voudrais signaler la fluidité d’écriture de l’auteur qui rend ce livre agréable à lire, à aucun moment je ne me suis ennuyé et ce livre relate également la vie d’un adolescent dans l’URSS des années 50 et 60. Edouard RODRIGUEZ

lundi 6 juillet 2009

le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers

La solitude et la quête de l’amour constituent l’essentiel de ce roman. Les personnages se croisent, se heurtent sans jamais réussir à se libérer du poids du destin. Comme un astre étincelant qui attire tous les autres, il y a Singer, sourd et muet, qui fascine tout le monde autour de lui. Parce qu’il est sourd, parce qu‘il se tait et ne discute jamais, il est par excellence l’interlocuteur idéal, celui qui comprend. Autour de lui gravitent Jake Blount, Biff le propriétaire du New York Café, l'adolescente Mick et le vieux docteur noir Copland. Tous vivent pendant les années trente dans la même ville du Sud des Etats Unis. En chacun d'eux, des peines, des douleurs, mais également des rêves. Pour Mick, l'adolescente qui hésite à quitter le monde de l’enfance, celui d'apprendre à jouer de la musique : elle s'est confectionné un violon qu'elle cache sous son lit. Biff passe ses journées et ses nuits à observer ses clients, il traque en eux la part d’humanité qui les rend plus beaux et l’enrichit. Jack que la vie passée a rendu à moitié fou, rêve d'un monde plus juste. Le docteur Copland, victime de harcèlements liés à sa couleur de peau, s’épuise à aider ses frères. Ces personnages se sentent seuls, abandonnés, jusqu'au jour où ils feront la connaissance de John Singer. Sans le vouloir, il attire leur confiance. Mais le silence dans lequel vit Singer n’est pas celui qu’ils croient. Le drame final dénouera tous les liens fictifs ou réels qui les unissent. Avec ce premier roman, Carson Mc Cullers brosse une véritable galerie de portraits. Chacun des protagonistes est traité dans son entier, mais chaque rencontre vient l’enrichir. Le roman est composé comme une fugue. Seul le personnage de Singer nous est décrit de manière extérieure et objective. Le lecteur est conquis par le style simple et clair, dépouillé de Carson Mc Cullers. Ici pas d’esbroufe, pas de mots rares, de figures surprenantes, rien de précieux. L’apparente simplicité, l’économie de moyens, participe de la fascination du lecteur pour ce lumineux et beau roman. Jacky GLOAGUEN

vendredi 3 juillet 2009

Sept jours pour une éternité de Marc Lévy

Dieu et Satan ont conclu un marché fort insensé : ils doivent envoyer chacun de leur côté leur meilleur agent pour un ultime combat du bien contre le mal. Ce combat doit durer sept jours au bout duquel, soit Dieu, soit Satan, prendra le pouvoir absolu pour l'éternité. Ainsi s'achèvera, une fois pour toute, cet affrontement qui a déjà que trop duré. La scène se déroule à San Francisco. Zofia, l'envoyée de Dieu (on nomme ce dernier « Monsieur » dans le roman), travaille comme agent de sécurité au Quai 80 du port marchand. Tel un vrai ange, elle incarne la bonté même, reste toujours à l'écoute des autres, et est sensible au malheur des gens qui l'entourent. Quant à la personne envoyée par le Diable (on l'appelle « Président »), il s'agit de Lucas, le démon par excellence, qui nous choque par sa malignité, sa cruauté cynique, ses pensées corrompues. Il n'était pas du tout prévu que ces deux-là se rencontrent. Dieu et Satan ont établi, chacun de leur côté, une stratégie méticuleuse et bien étudiée, seulement, la rencontre de Zofia et Lucas va complètement altérer leur plan… Marc Levy signe de nouveau un ouvrage dans lequel on retrouve du surnaturel, un couple, des sentiments, de l'amour… Le sujet traité est élémentaire, il est simplement question de la lutte du bien contre le mal, mais en même temps, est original à cause du fait que l'ange et le démon se rencontrent sous forme humaine, respectivement une charmante jeune femme et un beau jeune homme. Que va-t-il se passer ? N'oublions pas que tout oppose ces deux personnages. Un proverbe dit : « qui se ressemble, s’assemble ». Or, tout oppose Zofia et Lucas, tant au niveau de leur personnalité que de leur ambition. « Sept jours pour une éternité » est un roman très bien écrit, mais en ce qui concerne l'histoire en elle-même, j'ai trouvé qu'elle traîne un peu en longueur, elle a du mal à prendre de l'élan, et par conséquent, elle peut démotiver une lectrice comme moi qui aime que les actions s'enchaînent, que le rythme soit plus rapide. Ceci dit, cela n'enlève en rien l'intérêt du livre en matière d'évènements ou d'intrigues. En tout cas, j'ai bien apprécié les dialogues entre Zofia et Lucas, ainsi que la relation subtile et pénétrante qui s'est installée entre ces deux héros. J'ai quand même une préférence pour « La prochaine fois » et « Et si c'était vrai », mais cela reste une question de goût tout à fait personnel. J'ai apprécié le roman, mais je ne dirais pas que c’est le meilleur que j'ai pu lire jusqu'à présent. Ngan Dai BUI

mercredi 1 juillet 2009

Bienvenue au Club de Jonathan Coe

Benjamin Trotter, fils d'un cadre d'une usine de Birmingham, est élève dans un collège privé. Sa passion pour la musique (en pleine vague de rock progressif), ses vélléités de création littéraire, les blagues de potache, la tenue du journal de l'école et les questions existentielles occupent la majeure partie de son temps. Et il y a les filles, notamment la belle Cecily, qu'il n'ose pas aborder par manque d'assurance. Autant de préoccupations qu'il partage avec ses amis, Philip et Doug, avec en parallèle les soucis de leurs parents, qui les affectent plus ou moins directement. En ce milieu des années 70, les adultes se débattent entre conflits sociaux dans l'usine où travaillent les pères, attentats de l'IRA, montée du nationalisme, racisme... Ou, plus prosaïquement, divorces, adultères, dépressions, mensonges et autres trahisons. Résumer ce roman n'est pas chose facile : les personnages, les intrigues et les thèmes abordés sont nombreux, au point que l'on pourrait craindre de s'y perdre. Et pourtant, on prend très vite ses marques, et on est happé par les trajectoires des différents protagonistes, qui entrent en collision avant de reprendre leur course en parallèlle, avec en toile de fond la société britannique pré-Tatchérienne et les questions du chômage, des grêves, du racisme ou de l'IRA. Le style est simple et agréable, malgré quelques passages un peu plus faibles, mais l'originalité de l'écriture tient à la diversité des formes employées par l'auteur : récits, mises en abîme, lettres, poèmes, articles de journaux - voire une phrase de 50 pages à la James Joyce, très réussie, en guise de conclusion ! En cela, elle rejoint le fond, riche tant par le nombre de sujets traités que par la variété des points de vue. Le roman ne tombe ainsi jamais dans le dogmatisme, et cela fait tout son charme. Si j'ai eu quelques difficultés à assimiler tous les personnages au début, je me suis vite laissée prendre par le récit. J'y ai trouvé un alternance de mélancolie et d'humour (il y a des passages absolument hilarants, parfois à la limite de l'outrance) qui a donné à ma lecture un sentiment doux-amer. J'ai particulièrement goûté les références musicales et littéraires, parfois pointues, mais qui ont ajouté pour moi une sorte de connivence avec l'auteur. J'ai beaucoup aimé ce livre, qui allie peinture sociale et personnages attachants : le résumer est difficile, et surtout réducteur. Alors, un seul conseil : lisez-le ! Fanny Lombard

vendredi 26 juin 2009

Post Mortem de Patricia Daniels Cornwell

Avant de se plonger dans ce livre de Patricia Cornwell, il faut que le lecteur prenne connaissance de l'année d'écriture: 1990. En effet, c'est à la fin des années 80 que l'analyse ADN fait ses premiers pas dans le domaine criminel. C'est en 1987 qu'un violeur britannique est, pour la première fois au monde, confondu par les traces de son ADN à Leicester. A la fin novembre de la même année, un violeur cambrioleur, aux États-Unis, est reconnu coupable et condamné grâce à une analyse ADN. Nous pouvons remarquer que l'analyse ADN est avant tout liée au crime sexuel dès son apparition. Et ce roman policier s'engage également dans cette vision.
Également lié à la temporalité du début des années 90, le matériel informatique commence à peine son installation dans les administrations, et seuls quelques particuliers disposent d'un ordinateur à leurs domiciles. Les disquettes sont le moyen habituel de stocker les données et la sécurité informatique n'est pas très avancée. PostMortem est un roman policier où la narratrice, Kay Scarpetta, est médecin légiste à Richmond, capitale de l'état de Virginie. C'est loin d'être une « petite ville paisible et sans histoire »: chaque jour défilent sur la table d'autopsie les tués par balles, les victimes d'accidents de la route, les drogués refroidis par une overdose,… Un jour pourtant une victime est découverte en ayant subit un sort encore plus sinistre que les précédents clients du Docteur Scarpetta. Patty Lewis a été surprise dans son sommeil, ligotée puis étranglée pendant son viol. Ce sera la première victime d'une série de crimes similaires, tous commis par un même psychopathe. Kay doit collecter et comprendre les traces laissées par l'assassin pour le mettre hors d'état de nuire. Mais alors qu'elle tente d'avancer dans son enquête, Kay se fait attaquer par les bureaucrates de la ville qui ne voient pas d'un bon œil l'ascension d'une femme au poste de médecin expert général du Commonwealth de Virginie. Quand quelqu'un s'introduit dans son ordinateur et que ses rapports se retrouvent dans la presse, le Dr. Scarpetta ne peut savoir s'il s'agit du violeur, d'une journaliste peu scrupuleuse ou de quelqu'un qui veut entacher sa réputation. Les suspicions isolent la légiste en fissurant la confiance entre elle et son assistant, ses supérieurs hiérarchiques, son amant,... Pour triompher de toutes ces batailles, le Dr. Scrapetta aura besoin de l'aide du policier blasé Pete Marino et de remettre en cause certaines parts de sa vie. Il y a les livres policiers où le personnage central mène à bien sa traque par son exploration de l'esprit humain et des interactions entre les protagonistes du roman. Il y a les livres policiers où la science joue un rôle majeur contre le crime. Post mortem ne se situe ni dans l'un ou l'autre de ces univers, l'aspect technique est maintenant dépassé et l'aspect humain n'est pas assez profondément exploité. Finalement (!!!Attention: élément révélateur de l'histoire!!!) le coupable n'apparait qu'à la toute fin du livre pour disparaître aussi brutalement. Ce sont donc les viols qui tiennent le rôle de l'élément maléfique. Si certains peuvent aimer ce criminel dissimulé dans la brume prêt à frapper, je préfère un criminel dissimulé dans un personnage connu du lecteur. Pour ces raisons, j'ai donc peu apprécié ce livre et n'en recommanderai pas la lecture. Laetitia Mens

mercredi 24 juin 2009

Secrets de voyage de Jean-Didier Urbain

Lors de ses déplacements, le voyageur a la possibilité de jouer un rôle à un moment donné. Que ce soit celui d’agent secret, d’un reporter infiltré ou d’un explorateur affabulateur, ces masques permettent de cacher une réalité, plus ou moins gênante. Dans ce costume, chacun recrée ou efface le morceau de vie qu’il ne veut pas partager. Mais « pour qui nous prenons nous lorsque nous voyageons ? ». Voilà la question que pose Jean-Didier Urbain dans l’épilogue de son livre. Loin de vouloir garder le secret, l’auteur nous montre tout au long de son exposé la route à suivre pour savoir pourquoi nous avons fait le choix de nous évader par ce biais. Jean-Didier Urbain nous apprenait dans un précédent ouvrage que l'idiot du voyage, c'était le touriste (L’Idiot du voyage. Histoire de touristes). Aujourd’hui, ce voyageur traîne encore derrière lui une mauvaise réputation et possède même quelquefois une connotation négative. Face à cette situation, le touriste peut alors être tenté d’aller se mêler à la masse des voyageurs secrets, que l’auteur présente dans ce nouvel ouvrage. Tout en nous présentant successivement le voyageur incertain, les voyageurs de l’ombre, les voyageurs du quatrième type, les évadés du quotidien ou encore le voyageur inexistant, il nous fait connaître dans ce livre les trois relations que le voyage entretient avec le secret, « à savoir : le secret de voyage (ce que l’on cache du voyage), le voyage secret (le voyage que l’on cache) et le secret du voyage (ce que le voyage cache, y compris au voyageur lui-même). » A travers ce triptyque, l’auteur nous fait découvrir de nouvelles pratiques qui permettent de considérer la clandestinité comme un voyage exotique et de voir l'invisible comme une nouvelle manière de partir à l'aventure. Mais au-delà des connaissances apportées par un tel livre, le style d’écriture de Jean-Didier Urbain associe, de manière très habile, la rigueur scientifique de l’anthropologue et la légèreté littéraire de l’écrivain. La richesse de ses propos nous révèle finalement les secrets de ces « voyageurs impossibles » que l’on croyait connaître à travers les lectures de récits de voyage ou notre expérience personnelle. Cet ouvrage est très agréable à lire et permet de se rendre compte au fil des pages que le sujet nous concerne tous. Pierre Sécolier

lundi 15 juin 2009

Divine Endurance de Gwyneth Jones

L’Asie, dans un futur lointain. Isolé au milieu d’un désert au climat impitoyable, le Palais est bien vide : seules restent la petite Lu et la chatte Divine Endurance. Pas vraiment une fillette, pas vraiment une chatte, mais en fait des « poupées d’ange », créées pour faire le bonheur de leurs maîtres en exauçant leurs désirs. Elles finissent par partir dans le Sud en quête de Di (le jumeau disparu de Lu) et des humains survivants. Les voilà bientôt dans la Péninsule, où vit une société décadente, opprimée sous le joug des mystérieux Maîtres. Divine Endurance recherche ces derniers, persuadée que Di les a rejoint. Lu part dans une autre direction, tombée sous le charme de Derveet, princesse sans trône à la tête d’un groupe de rebelles. Mais la chatte et la petite fille sont bien différentes : Tandis que Lu est douce et innocente, la chatte a une vraie nature féline : Elégante, intelligente… et indépendante, sans loyauté aucune. Dangereuse. Surtout quand on prend en compte le don des poupées d’ange de combler les attentes profondes du cœur humain, un don incontrôlable susceptible de faire d’eux les agents de la destruction de cette société moribonde… Une fois passé quelques premiers chapitres un peu longs où sont introduits les personnages principaux, Gwyneth Jones nous dépeint peu à peu une société post-apocalyptique qui fait réfléchir. Les nombreux personnages forment un contexte fouillé. Il y a ceux que l’on voit : nobles déchus, révolutionnaires divers, laissés pour compte… mais aussi ceux que l’on ne voit pas mais dont on ne sent pourtant l’influence : les Maîtres bien sûr, ces mystérieux conquérants retranchés dans leurs îles artificielles et que personne n’a revu depuis l’Ultime Rébellion, à l’exception peut-être de leurs âmes damnées les Koperasi ; mais aussi les Dapurs, harems clos emplis de secrets, d’où les femmes décident en silence de la politique de leurs Maisons. L’auteure nous fait clairement ressentir la complexité de ce monde au bord de l’extinction. Gwyneth Jones suggère souvent plus qu’elle ne dit réellement. C’est parfois troublant pour le lecteur, qui peut se sentir un peu embrouillé par ces allusions peu explicites, mais cela incite à se plonger toujours plus profondément dans l’histoire pour en découvrir plus. Si Divine Endurance, la chatte manipulatrice, a donné son nom au roman, c’est cependant à la petite Lu que je me suis attachée. Fraîche et candide, forte physiquement mais fragile intérieurement, elle se fait aimer instantanément tant des personnages qu’elle croise que des lecteurs, nous entraînant à sa suite dans sa découverte du monde et apportant au livre une petite touche tendre. Marie-Soleil Wienin

mercredi 10 juin 2009

Tsarina de Randall Wallace

En 1774, Kieran Selkirk est un jeune américain fougueux persuadé que son jeune pays va pouvoir se défaire du joug de l’oppresseur anglais. C’est pourquoi Benjamin Franklin le choisi pour l’envoyer en Russie. Sa mission est d’empêcher l’impératrice de Russie, Catherine la Grande, d’envoyer ses soldats aider les anglais à mater la résistance américaine. Fort de sa jeunesse, de son courage et de son enthousiasme, Kieran va toutefois vite s’apercevoir que cette mission va s’avérer encore plus difficile que prévu. En effet, il va lui falloir faire face, entre autres, aux manigances des anglais, au caractère entier des russes et à la dureté du climat. Plus connu pour ses talents de réalisateur (on lui doit notamment Braveheart et Pearl Harbor), Randall Wallace nous propose un roman d’aventure avec pour toile de fond la Russie au temps de Catherine la Grande. D’emblée, dès les premières pages du livre la cruauté de la nature russe nous saisit à travers une attaque de loups, dans un froid glacial. On imagine d’ailleurs très bien la scène que cela pourrait donner dans un film. Le décor est ainsi planté, reste donc à faire évoluer le personnage principal dans son rôle d’espion. Que ce soit lors de ses luttes contre les cosaques et les loups ou lors de ses obligations mondaines dans les diverses ambassades de Saint Petersbourg, notre beau jeune homme prouve à tous sa témérité, son courage, son honnêteté, sa sincérité aux dépends même des chances de réussite de sa mission. En plus, il rencontre l’amour, faisant fi des préjugés de classe sociale. Quel homme ! Il est vrai que notre héros est un peu trop parfait surtout que le milieu dans lequel il évolue est plutôt du genre manipulateur et égocentrique, mais on se laisse porter par la narration sans se poser de questions (il n’y a de toutes façons pas matière à s’en poser). J’ai néanmoins trouvé que d’avoir écrit ce roman à la première personne, enlevait du suspense à une partie de l’histoire, quoique que l’on se doute que cela finira bien. A part cela, pas grand-chose à dire de ce roman qui se lit facilement mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable... Nicole Vougny

lundi 8 juin 2009

Les aventuriers de la mer Tome I : Le vaisseau magique de Robin Hobb

Ce livre est le premier tome du cycle des aventuriers de la mer. Il nous plonge dans le monde de Terrilville, la cité des commerçants navigateurs. Il nous propose de suivre trois histoires parallèles : celle de Althéa, fille cadette d’une famille des commerçants réputés, Hiéman, cousin d’Althéa destiné à devenir prêtre de Sa et Kennit capitaine d’un navire pirate. Althéa rêve de piloter le Vivacia, un vivenef . Ce bateau est fait de bois sorcier ; Ce matériau permet au navire de prendre vie lorsque 3 capitaines de la même famille décèdent sur son pont. C’est à la mort du père d’Althéa que le Vivacia prendra vie. Althéa, qui a toujours voyagé sur le navire en compagnie de son père, sait que c’est elle qui commandera le Vivacia lorsque son père rendra son dernier souffle. Et pourtant, c’est sa sœur aînée qui reçoit le navire en héritage, et par la même, son mari Kyle. Nouveau capitaine du Vivacia après son éveil, Kyle décide d’exclure Althéa de son équipage. Il sait pourtant qu’après l’éveil, il faut qu’un membre de la famille de l’ancien capitaine soit à son bord pour que le navire puisse être contrôlé. Ainsi, Kyle décide d’embarquer de force son fils Hiéman afin de respecter cette règle. Exclue, Althéa fait la promesse qu’elle récupérera le Vivacia, à n’importe quel prix. Kennit, quant à lui, rêve de gloire et de puissance. Mais comment devenir chef des pirates alors que ceux-ci n’en désirent pas et préfèrent fonctionner dans l’anarchie et le chaos ? Il a un plan : développer un commerce avec les navires des marchands en leur proposant de les escorter afin de prévenir toute attaque de pirates ou de serpents de mer. Une fois encore, après le cycle de l’assassin royal, Robin Hobb réussit à nous envoûter dans un style simple et prenant tout en ramenant le lecteur sur les rivages maudits. Pourtant, ce roman m’a laissé immanquablement sur ma faim : c’est le démarrage d’un nouveau cycle, donc l’action est peu présente car c’est la mise en place d’une nouvelle histoire. L’auteur s’attarde donc davantage à décrire les caractères de chaque protagoniste, à situer l’action en décrivant l’histoire de Terrilville et des pirates et également à expliquer le fonctionnement du bois sorcier et des vivenefs. Le style est vraiment fluide, mais malheureusement, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’elle prolonge, dilue, volontairement son histoire. Pourtant, j’ai senti que les différents personnages vont vivre des aventures palpitantes, mais là, dans ce premier tome, je n’ai fait que l’entrevoir. J’imagine Althéa se démenant pour récupérer son navire et Kyle prêt à tout pour arriver à acquérir la fortune et le pouvoir. Attention, ce livre n’est pas dénué de qualité : un style efficace, accessible, des personnages charismatiques et un univers envoûtant, empli de magie, de légendes et de mysticisme. Les seules critiques que j’émets sont dues au fait que j’ai déjà lu le cycle de l’assassin royal et je n’ai pu que comparer les deux histoires et malheureusement, le premier tome des aventuriers de la mer est un cran en dessous. Et oui, je n’ai pas eu l’effet de surprise en découvrant un univers que je connaissais. De plus, Ambre, le personnage mystérieux de ce premier tome, ne l’est pas pour ceux qui ont déjà lu l’autre cycle de Robin Hobb. Pour conclure je dirais qu’il s’agit d’un bon roman qui promet une histoire où se mêle l’aventure et la magie, qui peut décevoir pourtant lorsque l’on connaît l’autre cycle de l’auteur. Florent OLLIVIER

mardi 2 juin 2009

Vieille France de Roger Martin du Gard

Joigneau, le facteur de Maupeyrou petit village d’une centaine d’habitants, part prendre le courrier qui arrive par le train de 55 et commence sa tournée à 8heures. Dès lors nous faisons connaissance avec les habitants du bourg, leurs soucis, leurs habitudes et leurs combines que Joigneau connaît bien. Notre facteur possédant déjà un bon bagou aime en plus sentir, renifler et même si nécessaire passer les lettres à la vapeur et ainsi être au courant de tout. Comme cela, de fil en aiguille, Joigneau fait et défait des intrigues. Les Belges cherchent une personne pour les aider dans leur vieillesse et bien Joigneau envoie Mauriçotte. Les Bosse et les Querolles, veulent prendre en viager la mère Daigne. Notre facteur y mettra son grain de sel. Et ainsi de suite avec les Ennberg, les Vernes… Bien entendu cela dans le but dans tirer un bénéfice. J’ai apprécié cette lecture qui est finalement une chronique ordinaire, d’un jour ordinaire dans un village ordinaire de France pendant l’entre-deux-guerres. La construction du livre fait penser à une multitude de tableaux qui se succèdent rapidement. Nous passons de la gare, à l’école, au bar-tabac, à l’épicerie, à la boulangerie et ainsi de suite. Nous survolons la vie des personnages où l’auteur met surtout en valeur l’ambition personnelle ou plutôt l’égoïsme de chacun pour essayer d’avoir plus que son voisin. D’autres descriptions du livre m’ont plu. L’organisation de la vie politique du village les gens de gauche au bar-tabac des Bosse et les gens de droite chez Mr Ferdinand le coiffeur, la présence de pensionnés de guerre, de veuves de guerre. La vision de Mr des Navières sur l’argent et le rôle de l’Etat est intéressante et d’actualité. Pour finir Roger Martin Du Gard nous montre que déjà les jeunes veulent quitter la campagne pour les grandes villes. Un reflet au vitriol de la campagne française des années 30, mais un reflet très authentique. Edouard RODRIGUEZ

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